CHAPITRE XX
Suite de la révolution d’Angleterre. Richard Cromwel est proclamé Lord Protecteur.
XVich a rd Cromwel avait été proclamé Lord Protecteur par le conseil d’état , une heure après la mort de son père, qui l’avait désigné pour lui succéder, en vertu de Y acte du gouvernement. Le premier soin du nouveau prince fut de convoquer le parlement. Les dépuiés des communes devaient être élus par les villes et les bourgs , d’après les principes de Cromwel 5 il composa l’autre chambre des mêmes personnes qu’on y avait appelées dans le dernier parlement (x).
Pendant que les éleciions se faisaient dans les provinces, Richard Cromwel s’occupait du projet aussi hardi que délicat d’employer la force militaire à se rendre maître des délibérations parlementaires. Cette entreprise dans
(1) Burnet , tom. 1. Myl. Clarend., tom. 6. Cook, cliap. 3. Hume, Hist. d’Angleterre, Rapin Thoiras , - tom. 9.
laquelle son pcre avait toujours échoué malgré l’étendue de ses talens , était prodigieusement au-dessus de ses forces. 11 eut recours aux avis de quelques personnes qu’il croyait attachées à sa fortune ; il s’adressa mal. Ces conûdens redoutaient les fléaux du pouvoir protectorial ; ils l’engagèrent d’admettre dans son conseil privé plusieurs officiers généraux dont ils connaissaient les sentimens royalistes. Cette fausse démarche fut la première origine de la nouvelle révolution qui ramena la maison Stuart sur le trône britannique.
D’un autre côté, les officiers qui composaient le conseil de guerre, craignant aussi l’influence vénéneuse du pou voi r arbitraire dans la main du lord protecteur, résolurent de priver Richard Cromwcl du pouvoir militaire , en conséquence d’un article de Y acte du gouvernement, portaut qu’après la mort d’Olivier Cromwel , la charge de lord protecteur et celle de généralissime des armées britanniques ne reposeraient pas sur la même tête. On ne pouvait prendre une mesure de cette conséquence sans rassembler les régimeus dispersés dans des quartiers éloignés ; les nouveaux conseillers d’état auxquels Richard Cromwel avait donné sa confiance, levèrent celte difficulté, en persuadant à l’imbécille protecteur, que, pour faire réussir le projet formé par lui de se servir de l’armée pour dominer dans le parlement, il devait ap-
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peler auprès de lui les chefs de tous les régimens. Richard , loin d’apercevoir le pié»e , trouvant dans cette idée la sûreté de sa personne et de sa puissance , envoya ses ordres et fut promptement obéi.
Non-seulement tous les colonels se rendirent a Londres, mais ils amenèrent avec eux un
certain nombre de subalternes chargés des pouvoirs de leurs cbrps respectifs. A peine arrivés dans la capitale, les officiers généraux et les colonels s’assemblentsous Je nom de grand conseil de l’armée , et , se croyant en état de ne plus cacher 1 objet de leur convocation , ils présentent au protecteur une adresse dans laquelle ils demandent à être autorisés d’élire un chef du pouvoir militaire conformément à l’acte du gouvernement. Richard sentait trop tard dans quel embarras il s’était jeté * mais le parlement lui donnait bien d’autres inquiétudes.
On reprenait la discussion entamée dans le parlement précédent sur la nature de l’autorité que l’autre chambre devait exercer et sur la légitimité de l’acte du gouvernement. La tournure prise parcelle affaire, paraissait conduire à la destruction du protectorat. Il fallait ménager le grand conseil de guerre pour parer ce coup. Ce, conseil fut agité de tant de façons, qu’il força les communes à reconnaître dans 1 autre chambre Icsprérogativesdont jouis- Tom. VI , 3e. part. 22 -
saient les lords avant la destruction de la royauté. Alors Richard Cromwel obtint des deux chambres la confirmation de sa dignité de protecteur d^Vngleterre , d’Ecosse et d’Irlande; il fut inauguré en cérémonie.
Dans cette circonstance , il crut pouvoir dissoudre le grand conseil de guerre. Les communes étaient intéressées à la séparation d’une assemblée dont le pouvoir rivalisait avec celui du parlement. Elles votèrent qu’aucun conseil de guerre ne pouvait se tenir sans l’autoriÿation formelle du protecteur. L’autre chambre , remplie d’officiers , refusa son consentement. Le grand conseil de guerre, pour éviter le renouvellement de cette proposition , ayant mandé dans les environs de Londres des troupes suffisantes , fit occuper les avenues des palais de Westminster et de Villehall , et força le protecteur à dissoudre le parlement. Dès ce moment le protecteur , abandonné de tout le monde , se trouva sans pouvoir. Ceux qui composaient son conseil privé , se voyant en butte à la mauvaise volonté des soldats , avaient disparu ; l’armée devint dépositaire de toute l’autorité.
Il fallait établir un mode d’administration ; l’armée allait nommer un chef, dont le pouvoir aurait réduit le protecteur à un vain titre. La rivalité entre deux hommes qui sollicitaient cette place, changea subitement la marche des affaires. Un de ces rivaux était Jean Lambert,
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destitué du généralat l’année précédente par — TT Cromvvel, ei l’autre , Viiliams Fledwood, gen- * ° dredeCromwel; ce dernier paraissait réunir . le plusgrand nombredes suffrages. Lambert, pour arrêter le triomphe de son rival ,s’adresseaux officiers subalternes, quin’élaient pas membres du grand conseil de guerre. Ses émissaires leur îepresentent la honte d obéir a un despote, lorsqu’ils peuvent jouir , au sein d'une république bien organisée , de tous les avantages de la liberté. . . ’
Plusieurs de ces officiers s’indignaient qu’il n’eût résulté du supplice deGharles 1er. qu’une nouvelle monarchie plus arbitraire que l'ancienne ; d’autres regardaient comme une insulte la conduite des colonels, quis'arrogaient le pouvoir suprême. Un grand nombre ne prêtaient l’oreille aux émissaires de Lambert, que par le plaisir inexplicable que trouvent presque tous les hommes aux aventures extraordinaires, tandis qu’un petit nombre , dont les vues s’étendaient plus loin, entrevoyaient les avantages que les gens habiles savent tirer des grands changemens. Tous se réunirent pour partager , en qualité de chambre des communes , Je pouvoir législatif que s’arrogeaient les officiers généraux elles colonels.
Londres était en suspens sur la tournure que prendrait cette contestation , lorsque les officiers subalternes, soit par modération , ou
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dans la crainte de causer du désordre dans la capitale , somment le grand conseil de se dissoudre etde remettre le gouvernement de l’état entre les mains du long parlement, cassé par Cromwel en i653. Le grand conseil de guerre •n’ignorait pas que toute sa force consistait dans l’assentiment de l’armée ; il obéit à la sommation qui lui était faite.
L'orateur du long parlement se trouvait à Londres. Lambert est chargé de lui présenter la décision de l’armée : les membres de ce corps sont invités à venir gouverner les trois royaumes ; ils ouvrent leurs séances le 8 mai 1659. Ces députés , qui avaient fait la révolution , étaient alors réduits à quarante-deux. Leur petit nombre les exposait à des railleries piquantes 3 ce parlement fut connu sous le nom de Rumb : ce mot en anglais signifie croupion. On comparait cette assemblée décharnée au croupion d’une volaille rongée jusqu’aux os. Cependant les gens accoutumés à la triture des affaires , s’accordent à penser que quarante-deux hommes laborieux et intelügens , étaient plus en état de débrouiller le chaos de l’état , qu’une assemblée nombreuse , dans le sein de laquelle les dissensions entravent en tous sens là marche des affaires. Il est probable que le nom de Rumb fut donné à ce parlement , moins en raison du petit nombre de ses membres, que de la faiblesse et de la
caducité de ses opérations , lorsqu’il fut chargé, ' pour la seconde fois , des destinées de l’état.
Ce parlement , composé d’indépendans , n’avait appuyé les fanatiques partisans de Crotnwel que pour détruire par leurs mains la rpy.aqté, la pairie , les évêques et les autres grandes corporations qui s’opposaient en Angleterre à l'établissement de la démocratie* Cette révolution consommée, il prenait ses mesures pour faire rentrer dans l’ordre ces fanatiques partisans dcCrornwel, connus sous le nom d ' Aplanisseurs de Levellers*
Le temps paraissait venu d’organiser ce gouvernement démocratique] c’était le vœu d’une partie de l’armée. Dans cette vue , les quarantedeux membres du parlement, malgré leur intérêt de s’adjoindre des collègues pour diminuer le fardeau dont ils étaient surchargés r refusèrent d’admettre dans leur sein ceux qui s’étaient retirés ou qu’on avait exclus , lorsqu’il fut question du procès de Charles 1er. Cette nouvelle exclusion excitait dans l’ame de ceux qui en étaient l’objet un vif ressentiment ; il ne contribua pas médiocrement au rappel de la maison Stuart, dont les affaires semblaient alors désespérées. •
Charles 11 , obligé de quitter la France avec sa famille, en vertu du traité d’ajliance.qopclu par Cromwel avec la cour de Paris , s’était d’abord retiré à Cologne pendant qu’il négo-
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| ciait avec l’Espagne. Philippe 1 Vlui aèsurà une periiion de neuf mille francs par mois , et consentit qu’il fixât son séjour dans Bruges pôur Cire plus en mesuré de profiter des efforts que Ses partisans pourraient faire érî Angleterre. L’éclatanie division entre les f.itiïeui"S:dü protêt to fat, , les itidèpendatas qüi dominaient ''au parlement, et les presbytériens. cjui voulaient y rentrer , favorisait les royalïstcsMl se fit des imouvemehs en Fa Ve tir de Charles II en plusieurs provinces. GhafleS ayant rassemblé autour de lui ses partisans fugitifs y se préparait à passer la mer sur dés’ navires hollandais , lorsqu’il apprit que lés insurrections élevées en sa faveur avaient été réprimées. Il se rèndlt’ à Fontarabie dans lé vain espoir que la France et l’Espagne ayant fait la paix , armeraient en sa faveur* ' '' ; ■ '■< : •: • • •
Lambert, à la tête d’une députation des officiers généraux avait présenté une adresse au péflément , remarquable dans les demandes qu'elle : contenait : c’était un projet d’acte de gouvernement, renfermant les bases d’une administration démocratique. 0n proposait au •parlement de décréter une amnistie générale pour tout ce qui s’était passé depuis que Crom- Tvél avait chassé le parlement eù iô53 , l’abolition du protectorat, l’exclusion des charges et des emplois envers les partisans'de la maison Stuürp, lÿ liberté de conseiçnce à l'égard du
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tous les chrétiens qui ne professeraient pas la religion romaine , la création d’un conseil d'état temporaire pour l’exécution des lois , la fixation précise de la durée de chatjue parlement, et de statuer que la chambre des communes , librement élue , serait séparée en deux chambres par la voie du sort; que l'une, sous le nom de sénat, serait chargée des relations extérieures, de la paix, de la guerre , des alliances , tandis que l’autre , appelée chambre des représentai, conserverait l’administration intérieure, et que toutes deux auraient la surintendance des impôts.
L’exécution de ce projet détruisait les espérances des royalistes ; hors d'état de s’y opposer par la force , ils employaient la ruse. Ils eurent l’adresse d’engager les officiers subalternes de l’armée à demander au parlement, par une adresse , qu’avant de s’occuper d’un nouveau mode de gouvernement , il déclarât Fledwood généralissime des troupes britanniques , Lambert , lieutenant général , et Desborougk , commandant de la cavalerie ; qu’il fût pourvu à l’eutretien des soldats , de leurs veuves et de leurs enfans ; qu’on assignât aux vétérans des établissemens dans un des trois royaumes ; que l’armée fût maintenue dans le droit de s’assembler par députés pour traiter de ses intérêts. Ce balancement laissait aux quarante - deux membres du parlement le temps de délibérer
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1660. sur les différentes propositions qui iui étaient faites. Georges Monck commandait en Ecosse un corps de dix mille hommes j le parlement Juj confère le titre de général en chef des forces de la republique , et lui ordonne de se rendre incessamment à Londres avec son armée pour faire respecter le corps législatif ; Monck obéit.