CHAPITRE PREMIER
Louis XIV fait construire le fort Saint-Jean de Marseille. Mort de Gaston , frère de Louis XIII. Le prince de Condé rentre en France. ^ .ÆL ^
endant les conférences de Saint-Jean-de- x66o.
Luz , le roi s’était rendu sur les frontières où
l’on comptait qne son mariage avec l’infante
serait célébré aussitôt après la signature de la
paix j mais la saison étant déjà fort avancée ,
et les dispenses qu’il fallait faire venir de Rome à cause de la parenté des deux époux , ne pouvant arriver qu’à là fin de décembre , dans un temps où l’abondance des neiges rendaient impraticables les muntagnes de la vieille Castille, et ne permettaient pas au roi d’Espagne valétudinaire de présenter lui-méme sa fille à Louis XIV , on convint de renvoyer les noces aux premiers beaux jours du printemps.
Ce délai engagea le roi et son ministre à voyager en Provence pour y pacifier des troubles qui duraient depuis long-temps : c’étaient les suites d’anciennes dissensions (i)qui semblaient ne devoir pas exiger l’appareil de la guerre. La ville de Marseille conservait, pour tout reste de son ancienne liberté, le droit de nommer ses officiers municipaux qui rendaient la justice dans la ville et maniaient les deniers publics. Henri IV avait confirmé ces privilèges, lorsque Marseille abandonnant les intérêts de la ligue , se soumit à son empire. On lisait encore sur une de ses portes , un éloge de ce grand monarque finissant par ces mots : Sub cujus imperio surnma libertas. « Sous son empire les privilèges étaient en sûreté. » Cette inscription , regardée par Henri IV comme l’cloge le plus agréable qu’on pût faire de lui,
(i) Riancourt , tom, a. Monglat, tom. 4.
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passait aux yeux de ses successeurs pour une ^ q
maxime séditieuse, Le duc de Mer^ieur, gouverneur de Provence, avait voulu dépouiller Marseille du droit d'élire librement ses cousuls et restreindre leurs prérogatives. La ville avait défendu ses droits , d’abord par des écrits , ensuite par les armes ; il y avait eu du sang répandu. Le duc de Mercœur avait épousé une des nièces de Mazarin : ce ministre donnant aux justes oppositions des Marseillais les couleurs d’une rébellion , conduisait le roi en Provence à la tète d’une petite armée qui ne trouva aucune résistance. Il fit alors construire le fort Saint-Jean de Marseille et y mit garnison : on abattit la porte sur laquelle se trouvait l’inscription dont le duc de Mercœur se plaignait (r); quelques infortunés furent livrés au parlement d’Aixj les uns furent pendus, d’autres envoyés aux galères; on exila un assez grand nombre de conseillers au parlement qui n’approuvaient pas ces rigueurs. Pendant le séjour du roi dans Aix , Gaston, duc d’Orléans, mourut à Blois, à l’âge de cinquante-deux ans ; uue partie de son apanage fut donné à Monsieur , qui prit alors le nom de duc d’Orléans. Le prince de Condé n’avait pas plutôt appris la conclusion de la paix, que, sans iucidenter sur les articles
(1) Mém. de Montpensier, tom. 5.
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qui le concernaient , il rentra en France et se rendit auprès du roi à Aix ; il parut à la cour comme s’il n’en fût jamais sorti (t), sans témoigner aucun ressentiment au cardinal duquel il avait tant à se plaindre. Mademoiselle de Montpensicr rapporte, dans ses mémoires, que s’étant jeté aux genoux du roi pour le supplier d’oublier le passé , Louis l’interrompit au premier mot, lui disant : « Mon cousin , après les importans services que vous avez rendus à ma couronne, je n’ai garde de me ressouvenir d’un mal qui n’a porté dommage qu’à vous. »
D'Aix , le roi vint à Avignon ; il y reçut beaucoup de plaintes des brigandages que la garnison d’Orange se permettait dans les environs de' celte place (3). La principauté d’Orange appartenait au prince d’Orange , Guillaume, alors mineur 5 ses biens étaient administrés par sa mère, fille de l’infortuné Charles Ier. Soit défaut d’attention ou défaut d’autorité , la garnison d’Orange vivait dans une licence effrénée. Le roi fut obligé d’assiéger cette ville 5 il en fit démolir les fortifications (3).
Cependant la saison où les cours de France et d’Espagne devaient se réunir sur les fron-
(1) Mém.de mademoiselle de Monlpensier , tom. 5. (3) Mém. de Brienne , tom. 2.
(3) Corps diplomatique , tom. 6 , part. 2 , p. 3oa:.
tières , approchant , le roi prit le chemin de Languedoc; Turenne vint le joindre à Montpellier : ou ne l’avait pas va à la cour depuis la bataille des Dunes. Les services qu’il veuait de rendre sollicitaient une récompense (1). On ne voulait pas rétablir la dignité de connétable; d’ailleurs Turenne professait la religion réformée. Le roi lui accorda le titre de maréchal général de ses armées , qui lui donnait le droit de commander aux maréchaux de France :
celte distinction occasionna dans la suite, des plaintes sans nombre; non qu’on estimât que Turenne n’en était pas digne , mais parce qu’on la regardait comme une espèce de dégradation de la dignité de maréchal de France.
Les deux rois arrivèrent presque en meme "temps sur les frontières de leurs états; il restait quelques difficultés au sujet des limites , elles furent réglées.
Enlin le jour où devait avoir lieu l’entrevue des deux rois- arriva; c’était le 6 juin. Les deux cours se rendirent , sur le midi, à File de la Conférence (i). Les deux rois, après avoir juré la paix sur l’évangile , se promirent une amitié qui ne devait pas durer long-temps*
(1) Mdin. du roar. de Tin-enne , torn. a.
(2) Quincy , tom. 2. Me'm. hist. et chron. de Motte»ville, tom. 5. Moirglat, tom. 4-
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Ils se préseutèrent réciproquement les seigneurs de leur suite. Turenne se confondait dans la foule : le roi d'Espagne demanda à le voir ; il le regarda avec attention, et se tournant vers la reine mère , il lui dit : « Me a dado may malas noxes ; voilà un homme qui m’a fait passer de bien mauvaises nuits. » Ce prince ne pouvait faire du général français un plus grand éloge.