‹ Histoire de France (volume 4)Chapitre 48 sur 70 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Louis XJV épouse l’injante Marie-Thèrése. Dernières opérations diplomatiques de Mazarin,

Deux jours après , Louis XIV épousa l’infante Marie-Thérèse , dans" l’eglise de Sainl- Jean-de-Luz, et revint à Paris. Il y fit son entrée avec la plus grande magnificence qu’on eût encore vue. A cette occasion fut bâtie la porte Saint - Antoine , abattue de nos jours. Paris vit avec admiration cette jeune reine qui avait de la beauté , portée sur un char superbe d'une invention nouvelle, et le roi à cheval à côté d’elle , paré de tout ce que l’art avait pu

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inventer pour ajouter à sa beauté mâle qui arrêtait tous les regards.

On prépara, au boutdes allées deVincennes, un arc de triomphe dont la base était de pierre ; le temps qui pressait ne permit pas qu’on l’achevât d’une manière durable ; il fut élevé en plâtre et on le démolit dans la suite : Claude Perraut en avait donné le dessin. Le cardinal Mazarin, pour solenniser ce mariage , fît représenter au Louvre un opéra italien , intitulé (i) Ercole amante. 11 ne plut pas aux Français ; ils n’y virent avec plaisir que le roi et la reine qui y dansèrent. Le cardinal voulait se signaler par un spectacle plus au goût de la nation. Le secrétaire d’état Lyonne se chargea de faire composer une espèce de tragédie allégorique , dans le goût de celle de Y Europe , où le cardinal avait travaillé. Ce fut un bonheur pour Pierre Corneille qu’il ne fut pas choisi pour remplir ce mauvais canevas. Le sujet était Lisis et Hespérie ; Lisis signifiait la France , Hespérie l’Espagne. Quinault fut chargé d’y travailler. 11 veuait de se faire une grande réputation par la-pièce du Faux Tibèrinus, qui avait eu beaucoup de succès , quoique mauvaise. 11 n’en fut pas de même de Lisis j on l’exécuta au Louvre : il n’y eut de beau que

(r) Voltaire, Siècle de Louis XIV, tom. 3.

itbo. ^es machines. Le marquis de Rieux Sourdéac' ' fit représenier , dans ce temps-là même , à scs dépens, dans son château de Neubourg , la Toison d’or, de Pierre Corneille, avec des machines. Quinault , jeune et d’une figure agréable , avait pour lui la cour ; Corneille avait son nom et la France. 11 en résulte que nous devons l’opéra et la comédie à deux cardinaux.

Ce ne fut qu’un enchaînement de fêtes, de plaisirs , de galanterie depuis le mariage du roi. Elles redoublèrent l’année suivante , à l’occasion du mariage du duc d’Orléans avec Henriette d’Angleterre , fille de Charles II ; elles n’avaient été interrompues que par la mort du cardinal Mazarin.

Ce ministre , depuis la paix des Pyrénées , régnait de la manière la plus despotique. La reconnaissance empêchait Louis XIV de secouer un joug qui commençait à lui peser. C’est une anecdote très-connue à la cour , qu’il avait dit, après la mort du cardinal : « Je ne sais ce que » j’aurais fait s’il eût vécu plus long-temps (i). »

(i) Cette anecdote est accréditée par les mém. de la Porte, pag. 255 et suivantes. On y voit que le roi avait de l’aversion pour le cardinal ; que ce ministre , sou parrain, et surintendant de son éducation, l’avait mal élevé. Il ajoute des accusations plus graves et qui.

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Mazarin exigea et obtint que le parlement vînt le haranguer par députés : c’était une prétention sans exemple dans la monarchie , mais ce n’était pas une trop forte réparation du mal que le parlement lui avait fait. La harangue de l’orateur du parlement était remplie de louanges qui parurent trop fortes , même aux courtisans. Ménage adressa au cardinal une pièce de vers latins alors très - fameuse ; il y disait , comme toute la cour : « Tu méprises sans doute ces » robes si viles ; et puto iàm files despicis » ipse togas. » On en fit des plaintes à la grand’chambrc ; ce n’était plus le temps où cette compagnie pouvait venger ses injures. La cour applaudissait à cette humiliation. Ménage s’excusa j il prétendit qu’il n’avait point voulu désigner le parlement par le mot de robes , quoique ce mot ne pût désigner que la magistrature : la compagnie fut obligée de se contenter de cette explication.

Mazarin ne donna plus la main aux princes du sang en lieu tiers (i). Celui que Louis de Haro avait traité en égal, voulut traiter le Grand-Condéen inférieur. Le premier ministre

rendraient la mémoire de Mazarin infâme ; mais elles ne paraissent pas prouvées.

(i) Mdin. de Molevîlie , tom. 5. Mém. de l’abbé do Choisy >liv. a.Hist. du cardinal Mazori», tom. 3.

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marchait alors avec un faste royal, ayant, outre ses gardes , une compagnie de mousquetaires qui fut dans la suite la seconde compagnie des mousquetaires du roi. On n’eut plus autour de lui un libre accès 3 si quelqu’un était assez mauvais courtisau pour demander une grâce au roi , sa perte devenait certaine. La reine mère , si long-temps la protectrice de Mazarin contre la France entière , resta sans crédit dès qu’il n’eut plus besoin d’elle.

Peu de jours après l’entrée solennelle du roi à Paris , le cardinal tomba malade : les médecins le guérirent 3 mais il lui resta une langueur dont il ne releva plus. Ses longs travaux avaient détruit son tempérament 3 les remèdes, au lieu de le rétablir , ne pouvaient que précipiter sa mort. Le ministre jusqu’alors avait tenu Louis XIV éloigné des affaires ^ songeant bien moins à lui procurer les connaissances dignes du trône , qu’à perpétuer l’aversion naturelle qu’il montrait pour l’élude 3 cependant , voyant sa santé s’affaiblir, il crut devoir donner à son pupille quelques leçons dans l’art difficile de gouverner les hommes 3 c’était d’une manière vague et dont il pouvait retirer peu de fruit. Scs instructions principales consistaient (1) à lui

(1) Mém. deMontpensier, tom, 5. Mém. de l’abbé de Choisy , tom. 1.

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persuader que son intérêt le plus pressant était de ne jamais permettre que lespriuces du sang prissent une autorité qui leur fut propre. 11 lui recommandait sur toutes choses la dissimulation) c’était , selon lui , l’art dans lequel devait exceller tout monarque. 11 lui conseillait de se défier de ceux qui approchaient de sa personne, sans excepter ses propres ministres) il lui recommandait encore d’être impénétrable dans ses desseins.

Tous ceux qui environnaient le roi pensaient qu’il n’aurait jamais de caractère prononcé) le cardinal, plus à portée de l’apprécier, en jugeait autrement. 11 avait observé que, dans le temps de ses liaisons avec Marie Mancini , il avait appris en peu de temps l’italien pour lui plaire , et qu’à l’époque de son mariage, il apprit l’espagnol avec autant de facilité. Ces progrès annonçaient dans le jeune monarque un talent naturel dont ses précepteurs n’avaient tiré aucun parti. En conséquence , Mazarin craignait qu’il ne s'ennuyât de sa nuliité. Un jour que le maréchal de Grammont cherchait à lui faire (i) sa cour , en ‘l’assurant que les dispositions du roi annonçaient qu’il laisserait longtemps les rênes de l’état dans les mains de son ministre : « Ah ! monsieur le maréchal, re-

(0 Mém. de Grammont , tom. x.

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,660. * partit Mazarin , vous ne connaissez pas le

» roi -, il y a chez lui de l’étoffe assez pour faire » quarante monarques. » Une autre fois il dit au maréchal de Villeroi , à l’issue d’une audience donnée par ce prince aux députés de Bourgogne : «Avez-vous pris garde, monsieur, » comme le roi écoute en maître et parle en i> père ? Il se mettra en chemin un peu tard; » mais il ira plus loin qu’un autre. »

Mazarin , malgré la destruction de sa santé , ne laissait échapper de ses mains aucune branche de l’administration. Ses dernières opérations diplomatiques furent des traités de paix , dans lesquels il régla les droits de la Suède , du Danemarck, de la Pologne et du duc de Lorraine. L’arrangement conclu avec le duc Charles de Lorraine , lui était un peu plus favorable que celui des Pyrénées. Le duc rentrait dans la possession du Barrois , à la charge de l’hommage. A l’égard des puissances du nord, Mazarin avait réconcilié la Suède avec le Danemarck ; et le roi de Suède , Charles- Gustave, étant mort , le même ministre avait conclu entre Charles XI, son successeur, qui n’avait que quatre ans , et la Pologne , le traité d’Oliva, dans lequel la Suède abandonnait ses conquêtes en Pologne, et Casimir, roi de Pologne, abandonnait de son côté ses droits à la couronne de Suède.

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