Tome VI , 2e. part
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,660. rêtèrent que les impôts seraient supportés désormais par les propriétaires des terres , non en raison de leur qualité personnelle , mais en raison de leur fortune. La chambre du clergé, •composée d’humbles ministres réduits à de faibles honoraires, ne jouissait d’aucun crédit; presque tous les prêtres tirés des communes , s’attachaient à la noblesse , dont la nomination à la plus grande partie des cures dépendait : ne possédant que fort peu de biens-fonds, la contestation leur paraissait étrangère. Ils attendaient pour se décider le parti qu’allaient prendre les nobles 3 ceux-ci se regardaient dans leurs terres comme autant de souverains 3 ils tempéraient ordinairement leurs hautes prétentions pendant la tenue des états 3 mais ils prirent feu lorsqu’on leur proposa de contribuer aux charges publiques , en raison de leurs possessions. Telle était la force des préjugés que cette contestation se fût probablement terminée à l’avantage des seigneurs , si Othon . Cragge , un des sénateurs , n’eût osé avancer dans la réunion des trois ordres, que c’était au peuple né esclave à respecter les nobles comme ses maîtres , et à recevoir leurs ordres avec soumission. Cette étrange proposition souleva nonseulement les députés des communes , mais ceux du clergé, nés parmiles plébéiens. Nanson, maire de Copenhague et orateur de la chambre
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tles communes , répond que jamais elle ne souffrirait que ceux auxquels on avait accordé des privilèges en abusassent jusqu’à se regarder comme les maîtres de leurs concitoyens.
Cette querelle s’échauffe. Les communes ayant attiré à leur parti la majorité du clergé , rompent l'assemblée générale. Les deux ordres retirés dans leurs chambres particulières , accordent au roi Frédéric III une autorité sans bornes , à condition qu’il dépouillerai t les nobles de tous les droits onéreux ou seulement odieux au peuple , à quelque titre qu’ils en fussent revêtus. Les habitans d'e Copenhague , instruits du sujet de la contestation élevée entre les représentans du peuple et les nobles , prenaient les armes et fermaient les portes de la ville Les nobles menacés d'être exterminés , furent obligés de donner leur consentement à l’arrêté des communes et du clergé.
Sans verser une seule goutte de sang et presque sans efforts, Frédéric III, pat un consentement formel de tous les ordres de l’état , fut reconnu souverain absolu des hommes et des lois , pouvant les faire , les abroger et les né~ gliger à sa volonté. On lui donna juridiquement des armes terribles , contre lesquelles il n’existe pas de bouclier. La couronne, jusqu’alors élective, fut délarée en même temps héréditaire , même en faveur des illles. - «Ainsi,ditRaynal, au lieu d’exterminer une race
orgueilleuse qui(i) prétendait jouir des avantages de la société sans en partager le fardeau, les Danois se livrèrent à une servitude illimitée.
Etrange spectacle auquel oti se demande qu’estce donc qu’un homme? Qu’est-ce que ce sentiment originaire et profond de dignité qu’on lui suppose ? Est-il né pour l’indépendance ou pour l’esclavage ? Qu’est-ce que cet imbécille troupeau qu’on appelle une nation ? Et lorsqu’en parcourant le globe , le même phénomène et la même bassesse se montrent plus ou moins marqués de l’un à l’autre pôle , est -il possible que la commisération ne s’éteigne pas , et que, dans le mépris qui lui succède , on ne soit tenté de s’écrier : Peuples lâches ! peuples stupides ! puisque la continuité de l’oppression ne vous rend aucune énergie , puisque vous vous en tenez à d’inutiles gémissemens lorsque vous pourriez rugir, obéissez, marchez sans nous importuner de vos plaintes, et sachez au moins souffrir si vous ne savez pas être libres. » A peine les Danois furent devenus la propriété d’un maître , qu’ils tombèrent dans une entière léthaKgfi. Aux grandes agitations que causent des '‘droits importans à discuter, succéda une fausse tranquillité. Un peuple qui avait occupé la scène pendant plusieurs siècles ,
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ne jona plus de rôle sur le théâtre du inonde; cet état de nullité ne semblait pas fait pour une nation dont Je territoire est perpétuellement menacé par l’Océan , qui tantôt s’éloigne de ses habitations , et tantôt les engloutit. On voit, dans les îles qui composent le Dnnemarck, une lutte perpétuelle entre les hommes et la mer : elle ne peut être comparée qu’aux combats que livrent perpétuellement les Hollandais au milieu d’un élément capricieux et violent qui les environne et les menace sans cesse. Les habitans d’un tél pays seront libres dès qu’ils s’apercevront qu’ils ne le sont pas. Ce n'est point à des insulaires , à des marins, aux peuples des montagnes que le despotisme peut en imposer long-temps; c’est au milieu des vastes pleines , dans les pays les plus abondans, sous les climats que la nature favorisa de ses dons les plus précieux , que dans tous les temps l’esclavage appesantit son bras de fer sur ■ race humaine, -ét*
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