‹ Histoire de France (volume 4)Chapitre 57 sur 70 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Différend de Louis XIV avec le pape Alexandre VIT.

D ans le même temps , Louis XIV déployait envers le pape une hauteur déplacée , par l’effet du caprice le moins raisonnable. J’ai rapporté précédemment les causes du différend survenu entre les cours de Paris et de Rome ; c’était l’opposition faite à main armée aux recherches Je la police de Rome , pour remettre entre les mains de la justice un artisan décrété de prise de corps et qui s’était réfugié dans le palais du cardinal , protecteur des églises de France. Sous le nom d’asile et de franchises , non - seulement les maisons des cardinaux et des ambassadeurs des puissances de l’Europe , étaient un refuge où les malfaiteurs trouvaient sûreté , mais les privilégiés étendaient ce droit affecté à leurs maisons jusqu’à une très-grande distance qu’on nommait quartiers. Ces prétentions rendaient la moitié de Rome un asile ouvert pour tous les crimes ; le préfet de Rome déclara cet usage incompatible avec la distribution de la justice. On croyait la querelle

4r4 hist. EE xr. ? 1IC* f* > i. xviii.

i Assoupie, lorsque le duc de Créqui fut envoyé

en ambassade à Home pour braver le pape.

Il fit son entrée dans cette capita%(i), à la tôle de huit cents hommes armés, prit possession de son palais et d’uu certain nombre de rues auxquelles s’étendait le droit d’asile accordé par l’usage au quartier de l’ambassadeur de France. Il y plaça des factionnaires comme dans une citadelle. Le pape est le seul souverain auquel on pût envoyer une telle ambassade. Le préfet de Rome renforça de cent cinquante Corses !a garde chargée de maintenir la police. Gctte précaution ne pouvait garantir la tranquillité de Rome contre uu projet expressément formé pour la troubler par quelque coup d’éclat.

La jeunesse de Paris se faisait alors un amusement d’attaquer , durant la nuit, le guet qui Aillait à la garde de la ville ; les gens du duc de Créqui commettaient les mêmes désordres dans Rome. On se fit d’abord un devoir de tolérer cet abus; mais bientôt ces. excès , en se multipliant, jetèrent la consternation dans Rome. On n’osait plus parcourir la ville après le coucher du soleil. Les plaintes portées au

(1) Desmarets , Hist. do» démêlés avec la cour de Rome. Quiocy , tom. ï. Bussy , tom. *. MoDglat , torn. 4. Riencourt, tom. 2.

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dut de Créqui restaient sans réponse : les esprits s’aigrirent.

Une patrouille de soldats corses ayant voulu conduire au corps-de-garde quelques Français qui troublaient la tranquillité publique , des laquais du duc de Créqui accoururent au secours de leurs compatriotes , et blessèrent mortellement un Corse. Un corps -de -garde se trouvait dans les environs : les Corses prennent les armes pour soutenir la patrouille; les gens du duc de Créqui se réfugient dans le palais Farnèse, habité par l’ambassadeur. Quelquesuns d’eux furent tués aux portes de l’hotel. La nuit tombait, et les Corses retournaient à leur poste, lorsqu’ils rencontrèrent par hasard le carrosse de l’ambassadrice. Leur fureur se réveille ; ils font feu sur le carrosse : 1 un page et un écuyer sont tués ; la duchesse éperdae se réfugie dans le palais du cardinal d’Est? Le duc de Créqui sortit de Rome, accusant les parens du pape et le pape lui-méme d’avoir favorisé cet assassinat. Alexandre VII différa tant qu’il put la réparation , persuadé qu’avec les Français il n’y a qu’à temporiser , et que lout s’oublie. If fît pendre un Corse et un sbire au bout de quatre mois ; il ôta le gouvernement de Rome au cardinal Impériali ; mais lui ayant conféré en même temps la léjgation de la Marche - d’Ancône , les Français ne virent dans ce changement qu’une nouvelle

" insulte : le duc de Créqui s’embarqua pour

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On apprit bientôt à Rome que cette affaire prenait la tournure la plus alarmante. Cinquante mousquetaire^avaient conduit le nonce Piccolomini sur les frontières de France; le parlement de Provence faisait saisir le comtal Venaissin , et une armée qui s’assemblait en Provence , sous les ordres du maréchal . de Choiseul-Praslin , se disposait à franchir Jes Alpes et à marcher vers Rome. Dans d’autrfes temps , les excommunications auraient foudroyé ces entreprises ; mais c’était des armes que le temps avait usées.

Alexandre VII prit d’abord (1) la résolution de soutenir , les armes à la main , l’honneur ■ de sa couronne. 11 fut proposé dans son conseil de lever vingt mille hommes, et 4e -soudoyer plusieurs rcgimens suisses ou allemands. On mit à contribution , pour payer ceirtroupes , non-seulement la chambre apostolique , mais les étabüssemcns religieux d’Italie. Tous les moyens de la cour romaine étaient déployés pour animer Jes princes catholiques contre Louis XIV. L’instant notait pas favorable : les Turcs attaquaient la Hongrie -r l’Espagne était

(1) Hist. deLouia XIV , par Laoaartinière , liv. *5. Mém. List, et cbrou.

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embarrassée dans une expédition malheureuse Contre le Portugal ; la guerre éternelle de Candie absorbait i’argeOt des Vénitiens *. riulle grande puissance ne se trouvait en situation de prendre la défense da pape.

Il refusait cependant avec opiniâtreté de rendre au duc de Parme Castro et Roneiglione , condition exigée très -impérieusement par la cour de France , et sans laquelle on déclarait ne vouloir entendre aucune proposition. Alexandre protestait en même temps qu’il voulait supprimer le droit de franchise que s’attribuaient. les ambassadeurs étrangers dans Rome î cependant l’avant - garde de l’armée française s’avançait entre Parme et Modène. Un traité fut alors signé à Pise. On convint que le pape révoquerait l’incamération du duché de Castro , et que le duc de Parme paierait , dans huit ans , la somme de seize cent mille écuS qu’il devait à la chambre apostolique : cette somme n’ayant pas été payée, le duché resta incaméré. Louis XIV promit d’oublier le passé , à condition que le cardinal neveu viendrait en France en qualité de légat lui faire satisfaction ; que ceux auxquels on attribuait l’insulte , seraient privés de leurs emplois et bannis de Rome; que la garde corse serait cassée , et qu’une pyramide serait élevée dans Rome avec une inscription contenant l’injure et la réparation. >

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4 1 8 HIST. Ï)E 3FR. > ïï.® P. , L. XVttt.

Ces conditions (i) humiliâmes eurent leur exécution. Le cardinal Chigi fut Je premier légat romain envoyé dans une cour séculière pour demander pardon. Chigi étala dans Paris un spectacle nouveau. Les honneurs qu’on lui rendit semblaient donner plus d'éclat aux excuses qu’il fit au roi de France. 11 entra dans Taris au bruit du canon , ayant le Grand- Condé à sa droite et le fils de ce prince à sa gauche. Il reçut sous un dais les respects des Cours supérieures, du corps municipal et du clergé, et vint ensuite s’humilier, lui , Rome et le pape , devant un roi qui n’avait pas encore tiré l’épée. Le comtal d’Avignon fut rendu au pape ; l’ambassadeur de France retourna à Rome : Louis XlV permit même, quelque temps après , la destruction de la pyramide.

(i) Superbe carrousel, le 5 juin l66a, $ur la place du Carrousel, .

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