‹ Histoire de France (volume 4)Chapitre 62 sur 70 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Secours donnés par Louis XIP7" à l’empe ; reur contre les Turcs , et au roi de Portugal contre les Espagnols.

Les Turcs attaquaient à la fois l’empereur en Hongrie, et les Vénitiens en Candie. Depuis François Ier. les monarques français avait été constamment allié de la Porte ottomane , nonseulemcntpour les avantages du commerce, mais pour balancer le pouvoir de la maison d’Aut riche. Cependant un roi chrétien ne pouvait refuser des secours à l’empereur, trop en danger. L’intérêt de la France était bien que les Turcs inquiétassent la Hongrie , mais non qu’ils * l'envahissent. Louis XIV envoya six mille hommes en Hongrie , sous les ordres de Coligny , seul reste de la maison du célèbre amiral de ce nom. 11 mena avec lui un grand nom- Li e d’illustres guerriers , et en particulier le jeune la Fcuillade , homme entreprenant, avide de renommée et de fortune. Ces Français allèrent servir en Hongrie , sous le général Monlécuculli , qui depuis, en commandant les

448 HIST. DE ER., IIe. P., L. XVIII.

1661— 6a Impériaux contre la France , balança la réputation de Turenne. Un grand combat fut donné au bord du llaab, entre Je grand visir Kouprougli et Montét^culli. Les Français y firent des prodiges de valeur : les Allemands qui ne les aimaient pas, furent obligés de leur rendre justice ; mais ce n’est pas la rendre aux Allemands de dire , comme on a fait dans tant de livres , que les Français eurent seuls l’honneur de la victoire.

Louis XIV, en mettant sa grandeur à secourir ouvertement l’empereur, mettait sa politique à soutenir secrètement le Portugal contre l’Espagne, quoique Mazarin eut formellement abandonné les Portugais par le traité des Pyrénées. Un traité secret fut conclu entre Turenne et Juan , comte ‘d’Acosta (1). On promet des troupes , de l’argent et même un général. Le maréchal de Scbomberg fut chargé de cette expédition avec un petit nombre de soldats déterminés. 11 établit dans les troupes portugaises une exacte discipline ; il apprit aux généraux portugais l’art de camper avec avantage, et les marches savantes.il fit fortifier les places frontières ; il poussa la guerre avec vigueur et presque toujours avec

(î)Viedumar. de Turenne , tora. 2. Mem. de Monpensier, tom. S.

lôuis Xiv. 449

sittèeè. C’est à son habileté que la maison de "TT TI

. , , . . , , ' , ÎOOI — tfXi

Bragètncé dut la conservation de la couronne dé Portugal ; ainsi Louis XIV passait déjà pour titf prince guerrier et politique ; l’Europe le redoutait avant qu’il eût fait la guèrre.

Ce fut par la môme politique qu'il évita , malgré ses promesses, de joindre lé peu de vaisseau* qu’il avait alors aux flottes hollandaises. Il avait conclu r au mois d’avril 1662, aVeC léS Hollandais j unfe ligue offensive et défehsiVe (t)’, qn’oït appela traité d’alliance, dé Confédération , commerce , navigation, et marine. Cette république recommençait à cette époque la guerre contre l’Angleterre , au sujet du vain et bizarre honneur du pavillon et des intérêts réels dé son commerce dans les Indes. Louis voyait avec plaisir ces deux puissances maritimes mettre en mer tous les ans , l’une contre l’autre, des flottes de pluj de éétrt VârsseaUX , et se détruire mutuellement . pat* des batailles les plus opiniâtres , et dont tout

lé fruit était l'affaiblissement des deux partis. .

Il s’etf donna une qui dura trois jours entiers.

Cé fut dans Cé9 combats que l’amiral Ruyter acquit la réputation du plus grand homme de

(j)Vie du mar. de Turcnne, tom. 2 , pag. i38. Corps diplomatique , tom. 6. Leclerc, tom. 2. Voltaire, siècle de Louis" XIV , tom. 1.

Tom- VI, ae. part. ap

4^0 HIST. DE FR., IIe. F. , 1. XVIII.

1661—62. mer 4u’on eût vu jusqu'alors ; ce fut lui qui alla brûler les plus beaux vaisseaux d’Angleterre jusque dans ses ports , à quatre lieues de Londres ; il fit triompher la Hollande sur J’Occan , dont les Anglais avaient toujours eu l'empire.

Ces deux nations partageaient celte domination. L’art de construire des vaisseaux n’était bien connu que d’elles. La France , sous le ministère de Richelieu , se croyait puissante sur mer , parce que , d’environ soixante vaisseaux ronds renfermés dans ses ports , elle pouvait en mettre en mer environ trente , dont un seul était armé de soixante-dix canons. Sous Mazarin, çn acheta des Hollandais le peu de vaisseaux que l’on avait. On manquait de matelots , d’officiers et de chantiers de construction : le roi entreprit de donner une marine à la Fçance et y réussit avec une. extrême diligence; mais, lorsque la guerre éclatait entre l’Angleterre et la Hollande , et que les deux puissances couvraient l’Océan de près de trois cents vaisseaux de guerre, il n’en avait qu’environ quinze ou seize du dernier rang , occupés sur la Méditerranée contre les pirates de Barbarie. <&■

1661 — bz,

r CHAPITRE XVI.

Attachement du roi pour madame de la Vallière. Promotion des chevaliers du Saint-Esprit. Carrouzel.

Louis XIV partageait son temps entre les affaires qui étaient de son devoir et les plaisirs qui étaient de son âge. Le jeune roi se piqua de donner des fêtes qui fissent oublier celle de Vaux. La reine mère^ Anne d’Autriche , commençait à aimer la retraite; la reine régnante savait à peine le français : la bonté faisait son principale mérite. La sœur dtf roi d’Angleterre fit connaître à la cour les agrémens d’une conversation douce , animée , soutenue par la lecture des bons ouvrages et par un goût sûr et délicat. Elle se perfectionna dans la connaissance de la langue française, qu’elle écrivait mal encore au temps de son mariage ; elle introduisit à la cour une 'politesse et des grâces dont à peine le reste de l’Europe avait l’idée. Madame possédait tout l’esprit de Charles II, son frcre , embelli par le don et le désir de plaire. La cour de Louis XIV respirait une galanterie que la décerné remuait plus piquante ; celle

45 Z HIST. DE FR. , ïi*. P. , L. XVÏIÏ.

52> qui régnait à la cour de Charles II était plus

hardie , et trop de grossièreté en déshonorait les plaisirs (i).

Lacointessede Soissons ,niècedeMazarin ,en qualité de surintendant cae la maison de larcine, logeait au château des Tuileries; elle y brillait par son esprit et par son adresse. Tout ce qu’il y avait de plus distingué à Paris eu hommes et en femmes se rassemblaient chez elle ; son appartement devint le théâtre de toutes les intrigues

amoureuses et de celles de l’ambition. Dans ce brillant tourbillon, le roi acheva de prendre ce ton de galanterie qu’il conserva toute sa vie. Le roi était alors le plus bel homme de son royaume, ce qui le fit désigner dans ces deux vers de la Bérénice de Racine.

En quelque obscurité que le ciet l’eût fait naître , t

Le moH.le en te voyant eût reconnu son maître.

La richesse de sa taille , la beauté de ses lrai(»r «on port majestueux , le son de sa voix noble et touchant, et son adresse dans tous les exercieès , justifiaient l'intention du poële^ Il y eut d’abord entre Madame et le roi , beaucoup de ces coquetteries d’esprit et de • «elle intelligence secrète qui sé remarquèrent

fci} Voltaire , Siècle 'de Louis x

dans de petites fêtes souvent répétées. Le roi ,661— 6a. lui envoyait des vers ; elle répondait de la même manière. Il arriva que le même homme fut à la fois le confident du roi et de Madame dans ce commerce ingénieux : c’était l’académicien Philippe Dangeau dont nous avons des mémoires manuscrits, dans lesquels Voltaire,

Hénault et la Beaumelle ont puisé plusieurs anecdotes curieuses. Le roi chargea Dangeau d’écrire pour lui , et la princesse l’engageait à répondre au roi. Il les servit ainsi tous deux , sans laisser soupçonner à l’un qu’il fût employé par l’autre : ce fut une dès causes de sa fortune.

Cette intelligence jeta des alarmes dans la famille royale ; mais bientôt la passion du roi pour mademoiselle de la Vallière en changea la nature. Le roi réduisit l’éclat de son commerce avec Madame à un fond d’estime et d’amitié qui ne s'altéra jamais.

Mademoiselle de la Vallière était fille d’honneur de la duchesse d’Orléans 5 elle se fit aitner à la cour , moins encore par ses qualités extérieures que par un caractère de douceur , de bonté, de naïveté qui lui était naturel. Sou cœuf était vertueux , mais tendre et sensible: '

cettè sensibilité la trahit. Elle vit Louis XIV chez la duchesse d’Orléans, l’aima avec transport, et le roi , instruit de ses sentiraens, lui donna son cœur. Elle fut deux ans l’objet ca-

, 661—62. de tOÜS ^es amnsemens galans et de toutes les fêtes que le roi donnait. Un jeune valet de chambre du roi , nommé Bellot , composa plusieurs récits qu’on mêlait à des danses, tantôt chez la reine , tantôt chez la duchesse d’Orléans. Ces récits exprimaient avec mystère des Secrets dont tout le monde fut bientôt instruit.

Tous les divertissemens publics que le roi donnait , étaient autant d’hommages à sa maîtresse. 11 y avait près de trente ans qu’on n’avart fait de chevaliers du Saint- Esprit; le cardinal de Mazarin avait toujours reculé cette promotion , parce qu’il avait donné parole à tant de personnes qu’il lui était impossible de la tenir. La naissance du dauphin dont la reine accoucha à Fontainebleau, le ier. novembre 1661 , fut l’occasion de la plus nombreuse promotion qui eût été faite dans cet ordre. Le roi créa , le 1er. janvier 1662 , soixante chevaliers et huit commandeurs ecclésiastiques. L’histoire ne doit pas passer sous silence (1) l’exemple de modestie que le maréchal Fabert donna dans celte occasion, il était du nombre de ceux à qui le

roi avait résolu de donner le cordon bleu. Fa-

(1) Merci, du comte de Bussy, tom. 3. Mooglat, tom. 4. Quincy , tom. 1. Mdm. de Motte ville , tom. 5. dm. de madame de la Fayette.

louis xiv. 4^5

bert était fils d’un libraire de Metz : il répondit 62.

au roi que sa reconnaissance était entière pour la grâce qu’il voulait lui accorder 3 mais que, suivant les statuts de l’ordre, chaque chevalier devant jurer que ses preuves de noblesse étaient véritables, il aimait mieux ne pas jouir de cet honneur que de l’acquérir par un parjure.

La méchanceté des courtisans voulut obscurcir ce qu’il y avait de généreux dans ce refus : ils l’attribuèrent les uns à une bassesse d’amc , les autres à une vaine gloire 3 mais les gens de bien l’admirèrent, et le roi en fut si charmé, que son estime pour le maréchal en augmenta.

A cette cérémonie, qui se fit à l'ordinaire dans l’église des Grands- Augustins, succéda un magnifique carrousel , dont les préparatifs ,

avaient occupé long-temps les princes et les seigneurs. Cette fêle fut donnée en face des Tuileries, dans une vaste enceinte qui a retenu le nom de place du Carrousel. Des maisons , bâties à droite et à gauche , la rétrécirent dans la suite 3 ces maisons abattues depuis la révolution , ont rendu à la place l’étendue qu’elle avait alors. Il y eut cinq quadrilles (1) : ils

(1) Hist. de Louis XIV ,par Lamarlinière , liv. 25, pag. 41. Mém. de Bussy , tom. 2. Quincy, tom. 1. Mem. deMoutpensier, tom. 5,

jr ■ . " “ ’

représentaient cinq nations. Le roi était là la tête des Romains. Le djuc d'Orléans , le prince de Confié , le dijç d’Loghiqn .qi In duc de Guise conduisaient tes Persans , tes Turcs , les Indiens et les Américains, Le de Guise , petit-fils du Balafré , était célèbre par l’audace malheureuse avec laquelle il avait entrepris de se rendre maître de $aples. On disait de lui , en le voyant courir avec le Grand-' Confié : Voilà les héros de /' histoire et de fa fable. La reine mère , la reine régnante et la reine d’Angleterre , veuve de Chartes P**. , étaient sous un dais à ce spectacle. Le fils du duc de Lesdiguières remporta le prix, et te reçut des mains de la reine mère. Ces fêtes ranimèrent plus que jamais le goût des devises et des emblèmes en honneur dans tes anciens tournois , et qui avaient subsisté après eux.

Page 1