CHAPITRE XVII
Établissement des académies des inscriptions et des sciences. Fête de Versailles.
Richelieu avait formé l'académie française; Louis XIV , pu plutôt Colvert, son ministre, établit les académies des inscriptions et des sciences ; la première en >665 , et la seconde en >666. Le but principal de l’academie des inscriptions fut de consacrer la mémoire de,s cvéuemens les plus mémorables. Sur une ?ncdaille frappée à cette occasion , on voyait Mercure gravant sur l’airain avec un style antique ; à ses pieds était un vase rempli de médailles et d’emblèmes. La legende Rerum gestarum Jides , et l’exergue Academia inscriptionum et nnmismatum instituia > signifiaient que les inscriptions, fruits des travaux des nouveaux académiciens , n’exagéreraient jamais et ne contiendraient que la vérité ; cependant les membres de cette société savante montraient de grandes dispositions à la flatterie ; on en trouve la première preuve dans le discours qui sert
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i663— 6^. d’explication à la médaille dont je viens de parler.
« La haute ^opinion, disent les académiciens, » conçue du roi dès les premières années de » son gouvernement se fortifiaitde plusenplus;
( » il fut aisé de prévoir que son règne , déjà » si fécond en merveilles (i), produirait un nombre infini d’événemens dignes d’étre » transmis à la postérité. Dans cette vue , un »• ministre , plein de zèle pour la gloire du roi » et de l’état, institua une académie composée » d'un petit nombre d’hommes choisis pour » faire les inscriptions , les devises, les emi> blêmes; ces monumens devaient former » l’histoire du roi par les médailles : c’était la » principale occupation des académiciens. »
La (2) première occupation de l’académie fut de trouver une devise qui caractérisât le monarque. Un antiquaire, nommé d’Ouvrier1 2, imagina l'emblème d’un soleil dardant ses rayons sur nn globe , avec ces mots : JVec pluribus impar. L’idée était un peu imitée d’une devise espagnole faite pour Philippe II , et plus convenable à ce roi qui possédait la plus
(1) Ces merveilles étaient sans doute les pensioos faites aux académiciens.
(2) Ercctioir des terres de St.-Aignnn , de Nouilles-,, de Coalen et d’Aumont en duchés pairies.
belle partie du nouveau monde et tant d’états 1003—67. dans l’ancien , qu’à un jeune rôi de France qui ne donnait encore que des espérances.
Cette devise eut un succès prodigieux : les armoiries du roi , les meubles de la couronne , ,
les sculptures en furent ornées j cependant le roi ne la porta jamais dans ses carrousels. Une autre médaille fut frappée , dans le même ; temps, en l’honneur de Louis XIV : Apollon y représentait le monarque j il tenait dans ses mains la branche d’olivier et la corne d’abondance , symbole du bonheur et de la paix ; la légende félicitas lemporum signifiait que son gouvernement rendrait la France heureuse : la seconde médaille ne lit pas autant fortune • que la première. .
Le prince , puissant durant la paix , par ses alliances, par ses armées supérieurement entretenues par l’abondance qui régnait dans ses états , était la source de tous les plaisirs et de tous les chagrins. Sa grandeur et son opulence inspiraient l’ambition des hommes , et ses belles qualités causaient l’inquiétude de la plupart des femmes j les uns et les autres aspiraient au bonheur de lui plaire (t) et, par différent
(1) Mi'm. de Mottcville, tom. 5. Mém. de MontjicDsicr , tom. 5, Bussy, Histoires amoureuses des Gaules. , 1
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motifs , voulaient avoir part à ses bienfaits , ou régner sur son ame. Dans celte situation , le monarque ne croyait pas devoir dissimuler ses amours; il laissait voir toute sa passion pour mademoiselle de la Vallière. Des reproches ou peut-être des menaces que lui avaient laites les deux reines , la déterminèrent à se retirer à Chai Ilot dans le monastère de la Visitation, auprès de mademoiselle de la Fayette, maîtresse de Louis XIII (1). Louis ne fut pas plutôt averti de cette retraite , qu’il vole am* près de son amante. La reine son épouse lui reprocha qu’il n’était guère maître de ses pas» sions; il répliqua durement qu’il espérait l’être de ceux qui prétendraient gêner ses inclinations. Après beaucoup de résistances vraies ou feintes, mademoiselle de la Vallière consentit à sortir du monastère. On la remena chez la duchesse d’Orléans : mais elle n’y resta pas long-temps ; le roi la conduisit à Versailles , lieu désert , pour l’embellissement duquel on avait déjà commencé et on continua de dépenser, dans la suite , des sommes incalculables. Jusqu’alors le respect qu’on avait pour les reines , avait empêché les dames de la cour de se rendre publiquement auprès de la favorite;
(1) Intrigues du cabinet, sous Henri IV, pur A»"
LOÜÏS XÏW 46 i
Louis votilut changer ces dispositions par une fête dont Ja magnificence surpassait infiniment * 7‘
celle dn carrousel. Lés plaisirs de l’esprit qui se mêlèrent dans cette occasion nia splendeur de l;t représentation , y ajoutèrent des gTæes dont aucune i'ète n'avait été embellie. Ver* sailies commençait àderenirun séjour délicieuxy sans approcher de cette somptuosité dont nous avons été témoins.
Le 5 mai *(1) y le roi y vint avec une cour composée de six cents personnes, qui furent défrayées avec Jour Suite aussi bie» que tous ceux qui servirent aux apprêts de ces enebantemens.
' H ne manqua jamais à ces fêtes que des mo- Jrtrmétts construits exprès pour les donner , telis qu'en élevèrent les Grecs et les Romains j niais la promptitude avec laquelle on construisit des théâtres, des amphithéâtres, des portiques’ ornés avec autant de magnificence que de goût, était une merveille qtii ajoutait à l’iltiésjon, ét qui , diversifiée dépuis en mille manière, augmentait le charme de ces Spectacles.
11 y eut d’abord une espèce de carrousel.- Ceux qui devaient courir parurent , lé premier' jour , comme dans une revue. Ils étaient préeéttés' dé hérauts. d’armes, de pages- , d’écuyersqui portaient leurs devises et leurs boucliers,»
(1) Voltaire, Siècle de Louis XIV , tour, a.
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i663— 67. et sur ces boucliers étaient écrits, en lettres .d’or , des vers composés par Pcrigny et par Benserade : ce dernier surtout avait uu talent singulier pour ces pièces galantes , dans lesquelles il insérait des allusions délicates et piquantes aux caractères des personnes, aux personnages de l’antiquité ou de la fable qu’on représentait, et aux passions qui animaient la cour. Le roi représentait Roger : tous les diainans de la couronne brillaient sur son habit et sur le cheval qu’il montait. Les reines et .trois cents dames , sous des arcs de triomphes , voyaient cette entrée. Le roi, parmi tous les regards attachés sur lui, ne distinguait que ceux de mademoiselle de la Vallière; lafêteétait pour elle seule j elle en jouissait au milieu de l’affluence. . .
La cavalcade était suivie d’un char doré , de dix-huit pieds de haut, de quinze de large et de vingt-quatre de long, représentant le char du soleil ; les quatre âges du monde, les signes célestes, les saisons , les heures suivaient à pied ce char. Tout était caractérisé : des bergers portaient les pièces de la barrière qu’on ajustait au son des trompettes , auxquelles succédaient par intervalle les musettes el les violons. Quelques personnages qui suivaient le char, vinrent d’abord réciter aux reines des vers convertibles au lieu, au temps, au roi etattx dames. Les courses finies et la nuit venue,
quatre mille gros flambeaux éclairaient l’espace où se donnaient les fêtes 3 des tables y furent servies par deux cents personnages qui représentaient les Saisons , les Faunes, les Dryades, ayant à leur suite des pasteurs, des jardiniers, des moissonneurs , des vendangeurs. Pan et Diane avançaient sur une montagne mouvante , et en descendirent pour faire poser sur les tables ce que les campagnes , les fleuves et les fprêts produisent de plus délicieux. Derrière ces tables en demi-cercle , s’éleva tout d’un coup un théâtre chargé de musiciens. Les arcades qui entouraient la table et le théâtre , étaient ornées de cent girandoles vertes et argentées, chargées de bougies 3 une balustrade dorée fermait celte superbe enceinte.
Ces (1) fêtes si supérieures à celles qu’on invente dans les romans , durèrent sept jours. Le roi remporta quatre fois le prix des jeux 3 il laissa disputer ensuite aux autres chevaliers les prix qu’il avait .gagné et qu’il leur abandonnait. La comédie de la princesse d’Elide , quoiqu’elle ne soit pas une des meilleures de Molière, fut un des ornemens de ces jeux, par une infinité d’allégories fines sur les mœurs du temps , et par des à-propos qui font l’agré-
-{■1) Déni* Salo, conseiller au parlement, dot) ne naissance en i665 au journal des Savans.
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ment des fêtes , mais qui sont perdus pour la postérité. On était encore très-entêté à la cour de l’astrologie judiciaire; plusieurs prince» pensaient, par une superstition orgueilleuse,- «pxe la nature lés distinguait jusqu’à écrire’ leur destinée dans les astres. Le duc de Savoie / Yictor-Amédée , père dé la duchesse de Bourgogne , eot toujours un astrologue auprès’ dé lui , même après son abdication : Molière osa attaquer cette illusion dans les amans magnifiques.
On y voit aussi un foU de cour; ceS misérables étaient encore à la mode : C'était un reste de barbarie. Le besoin des amnseméns, Tint- • puissance de s’ên procurer d'agréables et d’frôn-' ïiêtes dans les temps’ d'igfiorânce et de rmtuVais goût, avaient introduit ce tristé plaisir qui dégrade l’esprit humain. Le fou qui était alors auprès de Louis XIV avait appartenu au prinCé de Condé, il s'appelait Langeli. Le maréchal de Grammout disàit que de tous les fous qui avaient suivi monsieur îé Prince, Longeli Seul avait fait fôrt'ùne. Cé bouffon ne manquait pas d'esprit' ; c’cst for qni dit qu’il U’àflait pas: ait Sermfcn , paréé qtfîf n’aimait1 pas lé bfàlUtf éf qu’il n’euTCndàit pas le tdlstinver.
La farce du Mariage forcé , fut aussi jouée à celte fête ; mais ce qu’il y eut de véritablement admirable , Ce fût la première répré - Sôatation des trois prcmiérs actes du Tartuffe y
Googk
Louis xiv. 465
lè roi voulut voir ce chef-d’œuvre avant qu’il fut achevé 3 il le protégea depuis contre les faux dévols qui voulurent intéresser la terre et le ciel pour le supprimer.
La plupart de ces solennités brillantes ne sont souvent que pour les jeux et les oreilles: ce qui n’est que pompe et magnificence passe en un jour ; mais quand des chefs-d’œuvre comme le Tartuffe font l’ornement de ces fêtes, elles laissent après elles une éternelle mémoire. On se souvient encore dp plusieurs traits de ces allégories de Benserade , qui ornaient les ballets de ce temps-là : je ne citerai que ces vers pour le roi, représenté par le soleil.
Je doute qu’on le prenne avec tous sur le ton De Daphné et de Phsëton ;
Lui , trop ambitieux , elle trop inhumaine,
Il n’est point là de piège où vous puissiez donner Le moyen de s’imaginer
Qu’une femme vous fuie et qu’un homme vons mène.
Ce qui distinguait surtout ces amuscmens qui perfectionnaient en France le goût , la politesse et les talens , c’est qu’ils ne dérobaient rien aux travaux assidus du monarque 3 sans ces travaux il n’aurait su que tenir une cour, il n’aurait pas su régner 3 et si les plaisirs magnifiques de celte cour avaient insulté à la naisère publique , ils n’eussent été qu’odieux 3 Tom. VI , ae. part. 3o
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1653—67. partie de son administration inté-
rieure n était négligée, son gouvernement était réSptecté au dehors : il était beau après eelà dé donner des fêtes.
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CttAPtTllE X VIII.
Belles lettres et beaux arts .
JE établissant l’académie des sciences, Colbert attira d’Italie Dominique Cassini et Huygheus de Hollande par des pensions. Us découvrirent les satellites et l’anneau de Saturne : on est redevable à Huyghens des horloges à pendules. L’académie publia bientôt d’excellens ouvrages pour l'avancemeut des sciences : on acquit des connaissances dans toutes les parties de la physique. Le public fut étonné de voir une chimie dans laquelle on ne cherchait ni la piérré philosophale , ni la fontaine de Jouvence, une astronomie qui ne prédisait pas lès événeinens de ce monde , et une médecine indépendante des phases de la lune. La géographie reçut les accroissemcns les plus prompts. A peine l’Observatoire était élevé par les ordres de Louis XIV , qu’il fit commencer une méridienne par Dominique Cassini et par Jean
iôuis xtv. 467
ïficart : elle fut conduite dans la suite vers le ,663 67'"
nord par la Hire, et prolongée par Cassini père et fils.
C’était un siècle digne de l’attention des Siècles à venir, que celui où les Huygheus , les Cassini , les Picart étendaient l’em pire des sciences où les liéros de Corneille et de Racine, les personnages de Molière, les symphonies de Lully, les voix des Bossuet et des Bourdaloue se faisaient entendre à Louis XIV, au Grand-Condé, à Turenne, à Colbert et à celte foule d’hommes supérieurs qui parurent en tout genre : ce temps ne se trouvera plus où le duc de la Rochefoucault, auteur des maximes, au sortir de la conversation d’un Pascal ou d’un Arnaud allait au théâtre de Corneille.
Despréaux s’élevait au niveau de ces grands hommes, non par ses premières satires , mais H instruisait la postérité par ses belles épîtres , et surtout par son art poétique , où Corneille eût trouvé beaucoup à apprendre. La Fontaine , bien moins élevé dans son style , bien moins correct dans son langage , mais unique dans sa naïveté et dans les graecs qui lui sont propres, se mit, parles choses les plus simples, à côté de ces hommes sublimes. Qui-* nault, dans un genre d’autant plus difficile qu’il paraît plus aisé , fut digne d’ètre placé parmi ces illustres contemporains. En vain
iûu3 — bj.
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Boileau voulut le décrier ; le véritable éloge d’un poêle , c’est qu'on retienne ses vers. On sait par cœur des scènes entières de Quinault, avanlage qui n’est partagé par aucun opéra d’Italie. La musique ne ressemble plus aujourd’hui à celle de Lully j 'mais la simple et belle nature qui se montre dans Quinault avec tant de charmes, plaît encore à toute l’Europe. Si on trouvait dans l’antiquité un poëme comme Armide ou comme Alys, il serait reçu avec idolâtrie.
La langue s’épurait sous Louis XIII. Voiture donna l’idée des grâces légères , du style épistolaire, qui consistent dans l’art de manier la plaisanterie. Olivier Patru, qui le suivit de près , contribua à régler le langage ; on lui dut l’ordre , la clarté , la bienséance du discours , mérites alors peu connus au barreau ; mais le premier livre de génie , écrit en prose, fut le recueil des Lettres Provinciales , en i654* Toutes les sortes d’éloquence y sont renfermées j on n’y trouve pas un seul mot qui , depuis un siècle et demi , se soit ressenti du changement qui altère toutes les langues vivantes. Le bon goût qui règne d’un bout à l’autre dans ce livre , et la vigueur des dernières lettres, ne corrigèrent pas d’abord le style lâche , diffus , incorrect et décousu , adopté par presque tous les écrivains , et surtout par les prédicateurs et par les avocats.
Le premier qui étala dans la chaire une
raison toujours éloquente , fut Bourdaloue 3 Itjbà 67.""
d’autres orateurs , comme Massillon , ont ré* pandu dans leurs sermons plus de grâces , des peintures plus fines des mœurs de leur siècle , niais aucun ne l’a fait oublier. Dans son style', plus nerveux que fleuri , il veut plutôt con* vaincre que toucher , et il plaît sans chercher à plaire. 11 avait été précédé* dans la carrière de la chaire par Bossuet. On a imprimé plusieurs fois que cet évêque vécut marié 3 Saint- Hyacinthe , connu pour la part qu’il eut à la plaisanterie de Matanasius , passa pour son fils 3 ce fait n’est pas prouvé. Il paraît seulement qu’il y eut un contrat de mariage entre Bossuet, très - jeune , et mademoiselle de Vieux , et que cette femme fit le sacrifice de sa passion et de son état aux succès que l’éloquence et le génie de son amant devaient lui procurer dans l’église. Bossuet cessant ainsi d’être son mari , entra dans les ordres , et après ha mort du prélat, les deux familles liquidé-» rent les conventions matrimoniales et les reprises de mademoiselle de Vieux. Jamais elle n’abusa du secret dangereux qu’elle avait dans ses mains ; elle vécut l’amie de Bossuet dans une union respectée. Il lui donna de quoi acheter la terre de Mauléon , à cinq lieues de Paris ; on la connut alors sous le nom de madame de Mauléon.
Les premiers discours de Bossuet , soutenus d’une action noble et touchante, eurent ua
470 hïst. de er. , ii*. p. , l. xriii.
pAfrâi— 67. succès prodigieux ; cependant quand Bourdaioue parut, Bossuet ne fut plus le premier prédicateur. 11 s’appliquait surtout aux praisons funèbres, genre d’éloquence qui demaude Beaucoup d’imagination. L’qraison funèbre de la reine mère, qu’il prononça eu 1667, lui valut levèchéde Condom; l’oraison funèbre de la reine d’Augleierre , veuve de Charles 1er. , prononcée en ié6g , parut presque en tout un chef-d’œuvre ; l’éloge funèbre de la duchesse d’Orléaus, enlevée par la mort au milieu 4e sa carrière, acheva sa réputation.
Les Français furent les seuls qui réussirent dans ce genre d’étoquencc. Le même homme, ^quelque temps après , en inventa un nouveau; il appliqua l’art oratoire à l’histoire. Son discours sur l’histoire universelle, composé pour l’éducation du, dauphin , n’a eu ni modèle ni imitateur. On fut étonné de cette force majestueuse dont il décrit les moeurs., les gou- « vernemens , la naissance et la chute des empires, et des traits rapides avec lesquels il .juge Jes nations.
On peut compter parmi les ouvrages dé ce siècle d’un genre unique > ks caractères de la Bruyère et Je Télémaque de Fénélon. Je ne parle pas des Mondes de Fouteuelle , qui parurent 1686 , ni d’une foule d’autres Bons livres ; je ne m’arrête qu’aux productions de génie , qui distinguèrent cette époque de joutes les autres, v.
louis xiv. '47 ï
. De toutes (i) les productions de l’esprit, la plus négligée, sous le règne de Louis XIV, fut l’histoire ; la disette des bons Historiens ne saurait surprendre les hommes accoutumés à réfléchir ; la gloire et la faveur publique sont le véhicule des talens. J1 est dans la nature de l’homme de ma relier vers ce but par la voie la plus courte et la moins épineuse. De toutes les études auxquelles pu peut se livrer, celle dç l’histoire moderne est la plus hérissée de difficultés ; elle exige le travail le plus long , le plus fatigant et le plus minutieux. L’histoire d’une nation est un vaste registre dans lequel l'homme public doit puiser des exemples à suivre ou ^ éviter; le citoyen la connaissance i4c scs droits, de ses obligations ; l’étranger des leçons pareilles pour le fond’ différentes pour la forme de celles que lui offrirait un traité de morale et de politique. Un pareil monument n’admet ni idées systématiques , nices ressources brillantes de l’imagination qui sont le domaine des orateurs et surtout des poètes. L’historien, après avoir passé un grand nombre d’années dans la poussière des bibliothèques à confronter les auteurs qui se contredisent , à vérifier des dates, à suivre un sillon de vérité à travers les carrières de l’erreur , après avoir péniblement
(i) Erection de la terre de Vfcujour en duché pairie ; sons le titre de la Vallière, en 1667.
Érection de la terre de lu Eeuillade , en duché pairie.
47^ HIST. DE ER. , II*. F. , L. XYm, xbCS—bj. classé ses matériau*, entre à peine dans la carrière. Il ne saurait se flatter de la parcourir, avec succès, s’il n’a fait une étude préliminaire des différeus états par où le genre humain a passé, de l’homme dans l’état de nature et dans l’état de société, et des intérêts des princes , s’il n’a comparé avec soin les siècles et les mœurs, si des calculs chronologiques ne lui apprennent à préparer les faits et à les placer avec ordre j enfin, s’il ne connaît parfaitement le caractère particulier du peuple dont il veut tracer les annales , dé scs opinions , de ses lois , de son culte, de ses passions, des sciences et des arts qu’il a cultivés, de son agriculture , de son commerce ,^de son histoire naturelle , et s’il n’est en état de vérifier dans les faits isolés les actes publics parles chroufques , les chroniques par les actes publics ; les uns et les autres par les mémoires contemporains et par l’esprit de la société.
On abandonne un genre de travail dont le fruit est aussi éloigné qu’incertain , pour cultiver les autres genres de la littérature; on fait des romans, des pièces de théâtre , des éloges, on chante en vers les rois, les ministres, les héros et les belles : cela est plus utile et ne donne pas tant de peine.
La musique, la peinture, la sulpture , l’architecture nVvaienft fait que de faibles progrès en France avant ce qu’on nomme le siècle de Louis XIV. La musique était au berceau
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quelques chansons Impuissantes , quelques airs ~
de violon , de guitare , de téorbe , la plupart 1 ' (>7'
venus d’Espague , étaient tout ce qu’on connaissait. Lully étonna par son goût et par sa science j on eulJbeaucoup de peine à exécuter ses compositions, qui nous paraissent aujourd'hui si simples , si aisées. Nous avions eu de grands architectes sous la régence de Marie de Médicis; elle fit élever le palais du Luxembourg dans le goût toscan. Desbrosses , dont nous avons le portail de Sainl-Gervais , bâtit le palais de cette reine qui n’en jouit jamais.
Colbert établit les académies royales de peinture , de sculpture et d’architecture.
La peinture fut perfectionnée en France sous Louis XIII par le Poussin. Il ne faut pas compter les peintres médiocres qui l’ont précédé : nous avons eu depuis lui de grands peintres, mais non dans cette profusion qui fait une des richesses d’Italie. Sans nous arrêter à un Lesueur qui n’eut d’autre maître que lui-même, et qui fut emporté par la mort au printems de > sa vie ; à un Lebrun , à un Mignard , qui égalèrent la Italiens dans le dessin et dans la compositiWKà un Lemoine qui surpassa peutêtre touè ôéS'peintres dans la composition du salon d’HercuIe à Versailles , le siccle de Louis XIV fournit plus de trente peintres qui ont laissé des morceaux très -dignes de recherches. .
C'est principalement dans la sculpture que les
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1663—67 Français excellèrent sous je règne de LouisXIV.
Si l’on trouvait un jour* sous des ruines des morceaux tels que les Bains d'Apollon, exposes aux injures de J’air dans les bosquets de Versailles, ou le tombeau du cardinal de Richelieu , ces productions seraient sans doute mises à côté de la plus belle antiquité grecque. On égala les anciens dans les médailles ; on ne réussit pas moins dans l’art de grayer les pierres précieuses. De simples orfèvres , tels qqe Balin et Germain méritèrent le rang des pins célèbres artistes par la ciselure en or et en argent , dont la perfection dépend du dessin et du goût.