CHAPITRE XIX
Munificence de Louis XIV envers les savons, les gens de lettres et les artistes.
P flESQUE tous les grands hommes qyi lustrèrent ce siècle eurent part à la générosité dq Louis XIV; une libéralité qui n’avait point d’exemple, répandit un grand LÉat spr son règne. L’idée lui en vint d’un propos du duc de Saint-Aignan qui lui conta qùè le cardinal de Richelieux avait envoyé des présens à plusieurs savans étrangers qui avaient fait son éloge ; le rot n’attendant pas qu’il fût loué ? recommanda à Colbert de choisir un certain
nombre de Français et d’étrangers distingués 1663—67. dans les sciences , dans la littérature et les beaux arts auxquels il voulait douner des marques de sa libéralité. Le ministre ayant écrit dans les pays étrangers, et s’étant fait instruire autant qu’on le peut dans cette matière si délicate . on fît d’abord une liste de soixante personnes ; les unes curent des présens , les autres des pensions , selon leurs besoins , leur mérite.
Le bibliothécaire du Vatican , Allali ,Je comte Oraziani, secrétaire d’état du duc de Modène,
Viviani , mathématicien du grand duc de Toscane’, ïsaac Vossius, historiographe des Provinces-Unies , un résident hollandais en Suède; enfin, jusqu’à des professeurs d'Altorf et de Helmstad, villes presque inconnues des Français , furent étonnés de recevoir des lettres de Colbert , par lesquelles il leur mandait que si le roi n’était pas leur souverain, il les priait d’agréer qu’il fût leur protecteur.
Parmi les Français, dix -neuf professeurs royaux étaient payés pour donner des leçons gratuites au collège royal ; cinq académies * étaient pensionnées ; on avait confié la bibliothèque du roi et le cabinet des médailles aux soins des hommes les plus distingués ; on logeait dans le Louvre les artistes les plus célèbres.
Corneille, Racine, Molière , Boileau, Fléchier,
Quinault , Lully curent des pensions : il est vrai que Chapelain et Cottin furent traités aussi favorablement , mais c’était principalement
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1663—67. chapelain que Colbert avait consulté 5 ces deux hommes , d’ailleurs si décriés par Boileau , n étaient pas sans mérite. Chapelain avait une littérature immense, et c’était un critique trèseclaire. Il y a une grande distance de tout cela au genie ; la science et l’esprit conduisent un artiste, mais ils ne le forment en aucun genre. Personne en France n’eut plus de réputation de son temps , que Ronsard et Chapelain ; c’est qu’on était barbare dans le temps de Ronsard , et qu’à peine on sortait de la barbarie , lorsque Chapelain commençait à écrire. Costar, le compagnon d’étude de Balsac et de Voiture , appelle Chapelain le prince des poêles héroïques.
Les presens faits dans les pays étrangers furent si considérables , que Viviani lit bâtir à Florence une maison des libéralités du roi de France ; on lisait en lettres d’or sur Ja principale porte : Ædes à Deo datee , allusion du surnom de Dieudonné, dont la voix publique avait gratifié ce prince à sa naissance. On se . ligure aisément l’effet que cette magnificence eut dans l’Europe; et si l’on considère tout ce que Louis XIV fit dans la suite de mémorable , les esprits les plus difficiles doivent souffrir les louanges les plus immodérées qu’on lui donna. Les Français ne furent pas les seuls qui le louèrent ; on prononça douze panégyriques de Louis XIV, eu diverses villes d’Italie..