‹ Histoire de France (volume 4)Chapitre 65 sur 70 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Grands jours tenus en Auvergne. Nouvelles lois pour l'administration de la justice. Mort de la reine mère , Anne dj Autriche , et des papes Alexandre VII et Clément IX. Mort du roi d’Espagne , Philippe IV.

A la gloire, aux plaisirs, à la grandeur, à la galanterie qui occupaient les premières années du gouvernement de Louis XIY, ce prince voulut joindre les douceurs de l’amitié ; mais il est difficile à un roi de faire des choix heureux. De deux hommes auxquels Louis XIV marqua le plus de confiance , l’un le trahit indignement, l’autre abusa de sa faveur 3 le premier était Vardès, confident du goût du roi pour mademoiselle de la Vallière; des intrigues de cour le conduisirent à vouloir perdre cette favorite. Il osa, de concert avec la comtesse de Soissons, écrire à la reine régnante une lettre contrefaite au nom du roi d’Espagne : cette lettre apprenait a la reine ce qui ne pouvait que troubler la paix de la maison royale ;

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»663—6 7 ^ ajouta à celle perfidie , la méchanceté de faire tomber les soupçons sur le duc et sur la duchesse de Navailles; ces deux personnes innocentes furent sacrifiées au ressentiment du monarque irrité. L’atrocité de la conduite de Vardès fut trop tard connue , et tout criminel qu’il était, il ne fut guère plus puni que les inuocens qu’il avait faussement accusés et qui furent pb^jgés de quitter leurs charges et de se retirer de la cour 3 on l’envoya dans la citadelle de Montpellier où il resta long- temps 3 la comtesse de Soissons fut aussi exilée.

L’autre favori était Lauzun, tantôt rival du roi dans ses amours passagers , tantôt son confident , ét si connu depuis par le mariage qu’il voulut contracter trop publiquement avec mademoiselle de Montpensier, et qu’il contracta ensuite secrètement , malgré la parole qu’il avait donnée au roi. Ce prince, trompé dansseschoix, disait qu’il avait cherché des amis et qu'il n’avait trouvé que des intrigans. Cette connaissance des hommes qu’011 acquiert trop tard, lui faisait répéter souvent : « Toutes les fois que je donne une place vacante, je fais cent mécontens et un ingrat.

Louis XIV s’occupait d’un objet de l’utilité la plus générale, mais de l’exécution la plus difficile , c’était de réformer les lois ; il y fit travailler le chancelier Séguier, les Lamoignon, les Talon , les Biguon, les Pussort. L’aboli-

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lion des dnels fut un des plus grands services rendus à l'humanité ; ces comblais avaient été autorisés autrefois par l’église et par les parlemens , el quoiqu’ils fussent défendus depuis Henri IV, cette funeste coutume subsistait. Le fameux combat des deux la Fretlc, Saint- Aignan et Argenlieu, contre Cbalais, Noirmoutier , d’Antin et Flamarens , détermina Louis XIV à déclarer par un édit , qu’il ne ferait jamais grâce à ceux qui se rendraient coupables de ce crime : on réformait en môme temps d’autres abus.

Un de ceux auxquels il était le plus important de remédier, était la tyrannie des seigneurs envers leurs vassaux , elle était extrême ; le rôi remédia à ce mal en établissant une chambre de justice ambulante, qui, sous le nom de grands jours , devait parcourir les provinces et punir toutes les vexations des seigneurs : elle commença ses fonctions en Auvergne, où les violences avaient été poussées plus loin- que partout ailleurs; il en coûta la tête à plusieurs; d’autres fureht punis par la démolition de leurs châteaux.

La seule crainte de ces recherches rétablit l’ordre dans presque toutes les provinces du royaume ; mais il restait un point de la dernière importance pour l’administration de la justice , c’était d’abréger les procès. Ce travail immense comprenait la juétice, la.police, la marine , le

commerce, les colonies ; il fut publié eu 1667» L’ordonnance civile parut d’abord , ensuite le code des eaux et forêts , puis des statuts pour toutes les manufactures , l’ordonnance criminelle, le code du commerce, celui de la marine, tout cela suivit presque d’année en année ; vint ensuite le code noir en faveur des ncgres, employés dans les colonies : cette loi était trop rigoureuse , mais elle remédiait à des abus plus graves que l’on vit bientôt renaître.

Pendant que le roi travaillait à ces établisse-, mens, il perdit la reine sa mère , Anne d’Autriche. Un cancer au sein la dévorait depuis plusieurs années; elle mourut le 20 janvier 1666. Le pape Alexandre VII mourut l’année suivante : son successeur, le cardinal Jules Rospigliosi, qui prit le nom de Clément IX, ne régna que deux ans ; il fut remplacé par Clément X, le cardinal Emile Altieri.

La guerre continuait entre les Anglais et les Hollandais. Louis XIV , allié des uns et des autres, était intéressé à les voir s’affaiblir mutuellement. Cependant Charles II, d’un côté , et les états généraux de l’autre, le pressaient de leur donner des secours. Il offrit sa médiation , en déclarant qu’il prendrait parti contre celle des deux puissances qui refuserait de faire la paix ; le roi (1) d’Angleterre

(1) Méui. du mar. de Turenne , tom. 2.

ayant rejeté les propositions qui lui étaient t faites , le conseil de Paris se déclara en faveur des Hollandais. La France avait à peine alors quinze ou seize vaisseaux du dernier rang j le duc de Beaufort, connu durant la guerre de la fronde sous le nom de roi des Halles , et qui périt quelque temps après au siège de Candie, dont j’ai déjà parlé, avait conduit cette escadre sur la Méditerranée pour combattre les corsaires de Barbarie. Il ne se trouva dans le port de Brest de vaisseau armé qu’un seul brûlot, lorsque les états généraux pressaient Louis XI V de joindre sa flotte à la leur. Ce fut une honte que le monarque s’empressa bientôt d’effacer.

Il donna aux états-un secours de ses forces de terre plus esseutièl et plus honorable. Il leur envoya six mille hommes pour les défendre contre l’évêque de Munster, Christophe Bernard de Galen , prélat guerrier, et ennemi implacable , soudoyé par l’Angleterre pour désoler les Hollandais : cet évêque fut forcé d’abandonner les pays dont il s’était emparé sur le territoire des Bataves. Mais ü leur ( 1 ) fit payer chèrement ce secours j il les traita comme nu homme puissant qui vend sa protection à

(l) Mena, chron. servant à l'hist. de l’Europe , depuis 1600 jusqu’en 1716.

Tôm. VI , ae. part. 3r

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des marchands opulens. Colbert mit sur leur ' ’ compte , non-seulement la solde de ces troupes, mais jusqu’aux frais d’une ambassade envoyée en Angleterre pour tenter de leur procurer la paix avec l’Angleterre ; jamais secours ne fut donné de si mauvaise grâce ni reçu avec moins de reconnaissance.

Le roi ayant augmenté ses troupes commandées par des généraux célèbres , était le monarque le plus puissant de l’Europe. L’Angleterre ravagée par la peste , Londres réduite en cendres par un incendie attribué injustement aux catholiques; la prodigalité et l’indigcnce continuelles de Charles 11, aussi dangereuses pour ses affaires, que la contagion et l’incendie , mettaient la France en sûreté du côté des Anglais. L’empereur Léopold avaitfait la paix avec les Turcs à des conditions désavantageuses. Ses vues se tournaient vers la Hongrie qu’il voulait asservir. Le roi d’Espagne^ Philippe IV, venait de mourir à l’âge de soixante ans.

Une régence orageuse succédait dans Madrid à l’administration vacillante de Philippe IV. Le .•'eu! homme que ses talens et Ja confiance publique rendaient capable de conduire avec quelque gloire le vaisseau de l’état, était Juan d^Autricbe. La reine mère, Anne d’Autriche, fille Je l’empereur Ferdinand II, déclarée régente par le testament de son mari ,

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l’éloigna de l’administration pour donner toute sa confiance au jésuite allemand Mi tard , qu’elle fit grand inquisiteur et chef de spn conseil; c’était le renouvellement de Jaconduite d’Anne d’Autriche en France; lorsque, pendant la minorité de Fouis XIV , elle avait éloigné des affaires Gaston , duc d’Orléans et le prince de Conclé, pour les confiera un prêtre italien. Dans l’une et dans l'autre monarchie , les grands de l’étal se soulevèrent contre deux ministres que la politique devait reléguer dans les fonctions de leur état. Les mêmes guerres civiles qui avaient désolé la France étaient sur le poiut de se manifester en Espagne, lorsque la reiné fut obligée de chasser Mit ird , comme la reine de France avait renvoyé Muzarin; mais Mi tard, moins heureux que Mazarin , ne revint plus dans la monarchie qu’il avait gouvernée ; il se retira à Rome avec Ja qualité d’ambassadeur d’Espagne , et parvint dans la suite à la dignité de cardinal.

. Ou prétendait, en France, que la reine Marie-Thérèse, avait des droits sur les Pays- Bas , à l’exclusion du nouveau roi d’Epagne, Charles II , enfant du second lit. « Si les causes des rois , dit Voltaire u ce sujet, se jugeaient pur les lois des nations à un tribunal désintéressé , l’affaire eût été douteuse; elle parut incontestable à ceux que Louis XIV chargea de l’examiner. Ou n’eut point d’égard aux rcuon-

484 E^IST. DE FR., II*. P., L. XVIÏf.

dations faites par ia reine. Les droits respcc-

1 j— hy. t|fs fureut discutés dans divers ouvrages publiés en France et en Espagne } mais les armes devaient décider le procès. Un monarque absolu, riche et bien servi , semblait devoir vain* cre aisément une puissance affaiblie par ses anciennes guerres , gouvernée par une femme et par un jésuite. > . ».

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