‹ Histoire de France (volume 5)Chapitre 4 sur 17 · Tome V · texte numérisé non relu

Tome V

5 o HIST. DE FR. I«. PART. LIV. XIÏI.

1 j7j- , 374 D’après les articles du traité de Bretigny > le duc se croyait autorisé à défendre les droits d’Edouard, son protecteur et sonbeau-père. Ses raisons ne lurent pas admises par la cour des pairs. Le connétable reçut ordre de pénétrer en Bretagne.

Dans cette extrémité, le duc déploya un courage au-dessus de sa fortune. 11 tint longtemps la campague a la tcte d une petite armée. Plusieurs de son conseil lui proposaient de calmer , par une satisfaction apparente, une tempête dont la violence pouvait l’englou- , tir; il suffisait , disait-on, de feindre une rupture avec la cour de Londres. Le duc répondait : Jamais je n’abandonnerai l’alliance d’un prince, mon protecteur et mon ami! Il fut inébranlable. Ne pouvant se maintenir en Bretagne, il se décida à se réfugier dans Londres.

Edouard avait envoyé une nouvelle armée en Bretagne ; elle débarqua à Saint-Mahé , et forma un camp retranché sans entrer dans au cune ville , dans la crainte d’augmenter le mécontentement des Bretons; ceS ménagemens tardifs n’inspiraient aucune con&mce.

Du Guesclin s’avançait sans trouve» d’obstacles. Le duc, s’embarquant àConcq et laissant sa femme dans cette place, abandonnait la défense de ses Etats au général Knollns. Dinan , Vannes , Jugon , Guy-la-Forèt, la Roche-De-

CHARLES-LE-SAGE (Vie). 5i

rien, Guinganrp, Remper-Corentin , Saint- ‘373- «374 Malo , PJoërmel , s’étaient rendues aux Français. Du Guesclin forma le siège de Hennebou.

On se servit de canons. Le général français, ayant fait brèche au corps de la place, résolut de l’emporter d’assaut. Tome la garnison périt par le glaive; d’Hennebon , le connétable vint se présenter devant Brest. Le général Rnolles défendait cette place. Brest, recevant par mets les secours dont on avait besoin, repoussait toutes les attaques. Le connétable tenta une diversion en assiégeant le château de Derval , patrimoine du général Rnolles. Le commandant de Derval , foudroyé par l’artillerie française, promit d’ouvrir les portes s’il n’était secouru dans deux mois. Le siège de Derval avait opéré l’eft’et prévu par le connétable. Rnolles, brûlant du désir de conserver une forteresse dont la propriété lui appartenait, montrait moins d’ardeur à la défense de Brest, il promit de remettre les clefs dans quarante jours, à defaut d’un secours. Rnolles, délivré du soin dé conserver Brest v courut aussitôt à Derval dans l’intention de ne pas exécuter la parole donnée par le guerrier auquel était confié le commandement de cette place. ‘ »

Du Guesclin attendait patiemment le terme convenu. La face des choses changea par l’arrivée du comte de Salisbery dans Bresù

HIST. DE FR- I r *- PART. LTV. XIlI.

ÜA

i»Pà74 H conduisait des troupes supérieures en nombre à l’armée française; cet événement rompait la capitulation de Brest : Knolles prétendait qu’il rompait aussi celle du château de Derval. Du Guesclin abandonna ce siège sur les

ordres formels du roi.

Le seul fruit du sacrifice de ses Etats, fait par le duc de Bretagne, était la gloire de remplir , à l’égard du roi d’Angleterre , les devoirs de la reconnaissance; cette gloire frappait tous les yeux à Londres. L’armement le plus formidable se préparait dans les ports d’Angleterre ; Edouard commandait dans les places de Brest, d’ Aurai, de Becherel, et de Derval, mais il craignait de ruiner, parla présence d’une grande armée , une province , dont il voulait conserver la possession a son cendre. H résolut de prendre terre en Picardie, et de conduire lui-même l’expédition. On eut beaucoup de peine à lui persuader que les fatigues de cette navigation convenaient peu a son âge Le duc de I ancastre fut nomme général de l’armée. Elle se composait de trois mille hommes d’armes formant douze mille combattans et de dix mille archers anglais. Ces troupes débarquées à Calais, furent jointes par plusieurs bandes de malandrins dont Edouard avait acheté les services. Le duc de Lancastre se voyait à la tête de quarante mille

hommes.

Dans celte armée, on voyait le duc de Bre- 1373-137+ tagne , accompagné d’un petit nombre de barons attachés à sa fortune.

Les Anglais traversaient le Boulonnais, l’Artois, la Picardie, trouvant toutes les places fermées sur leur passage. Un froid excessif survint durant l’arrière-saison ; il en fit périr un grand nombre. Le duc de Lancastre prit la route de Guienne. Le connétable le suivait pas à pas sans livi’er une action générale , mais attaquant ses diverses divisions dans toutes les occasions favorables. L’armée anglaise périt par les maladies , la disette , les fatigues , et les accidens de la guerre. A peine six mille hommes parvinrent à Bordeaux dans les premiers jours de i 3 ^ 4 - Le duc de Lancastre repassa bientôt en Angleterre, il fut mal reçu du roi et du prince de Galles. La perte de cet armement détruisait leurs espérances.

i 3 . Les villes de Bordeaux, de Bayonne, et quelques places peu importantes vers les Pyrénées , obéissaient seules aux Anglais dans la Guienne. Le comté de Foix conservait son indépendance. Gaston gouvernait ce petit Etat , et prétendait descendre des rois de France de la première dynastie. Observant une exacte neutralité , les cours de France et d’Angleterre le ménageaient également.

Jamais il n’avait reconnu Ieprince de Galle»

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^373 -, 374 pour son souverain , il croyait relever de Dieu seul. Les avantages des Français en Guienne vinrent le troubler dans sa jouissauce.

Ap rcs la dispersion de l’armée anglaise , le connétable s’était rendu à Toulouse auprès du duc d’Anjou. Les grands barons des provinces méridionales de France se rassemblaient dans cette ville ; on comptait parmi eux les comtes d’Armagnac , d’Albret , de Périgord et de Comminges. On résolut d’enlever les places occupées par les Anglais dans la Guienne.

x5y4 On assiégea Bayonne dans les premiers jours du printemps. Une flotte caslillanne venait bloquer le port. Une trêve d’un an , conclue par la médiation du pape , rompit cetto expédition.

Tous les alliés des deux puissances étaient compris dans ce traité. En conséquence, le duc de Lancastre fut obligé d'abandonner le titre de roi de Castille. Les plénipotentiaires promirent en se séparant , de se réunir dans Bruges au mois de novembre , et d’y concerter une paix générale.

Pendant cette trêve , Charles publia l’ordonnance qui fixait la majorité des rois de France à l’âge de quatorze ans : loi incapable de prévenir les troubles auxquels pouvaient dünjner lieu les longues minorités.

En plaçant les rois à la tête des affaires au

sortir de l’enfance , elle ne leur donnait pas i 3"4 une tête assez forte pour porter la couronne. Charles avait détruit son faible tempérament par un travail trop assidu. Son fils aîné atteignait à peine sa septième année, le roi craignait de laisser la France à la merci des ducs de Berry , d’Anjou et de Bourgogne dont il connaissait l’ambition.

Dans cette ordonnance donnée à Vincennes au mois d’aoùt 1374, leroi, rendant compte de ses motifs, observait que, dans tous les temps, les peuples ont préféré les ordres immédiats de leur souverain à ceux des régens.

Aux exemples, tirés des histoires étrangères et de celle de France, il ajoutait : La Providence, veillant sur l’administration des empires, répand des lumières prématurées dans l’âme des rois. Les jeunes princes sont ordinairement confiés à des personnages éclairés et vertueux. On emploie à les instruire une attention scrupuleuse. Ils doivent donc faire des progrès rapides dans la connaissance des hommes et de leurs devoirs. Si ces assertions ne contenaient pas la vérité la plus exacte , *

elles étaient infiniment précieuses, en indiquant à ses successeurs leur indispensable obligation de cultiver avec soin ces jeunes plantes , destinées à faire le bonheur ou le malheur des hommes.

56 HIST. DE FR. I rr . PART. L1V. XIII.

1^74 Cette loi n’était pas la première de cette nature connue en France. Philippe le-Hardi, par ses lettres patentes données devant Tunis , avait ordonné qu’au moment de sa mort , si son fils n’avait pas atteint quatorze ans , le comte d’Alençon gouvernerait le royaume. La pragmatique de Charles-lc-Sage fut enregistrée au parlement de Paris le 21 mai 1575 , le roi y séant dans son Ut de justice. Le roi en remit l’original aux moines de Saint-Denys , chargés de le conserver dans leurs archives.'

La majorité des rois avait éprouvé plusieurs variations. Un homme, hors d’état de porter les armes , était reconnu. par nos pères , incapable de conduire les affaires publiques. Les Francs, durant les premiers siècles de leur introduction dans les Celtiques, combattaient à pied et portaient des armes très-légères ; leurs enfans pouvaient paraître à l’armée dans un âge peu avancé. S’il en faut croire Grégoire de Tours , Childebert II avait à peine quinze ans, lorsque Gontran le déclara majeur, mettant dans ses mains un javelot dans l’assemblée * du Champ de-Mars. Vers la fin delà première dynastie, la coutume s’établit de combattre à cheval avec une armure pesante, l a majorité des rois fut retardée jusqu’à vingt-un ans.

i/{. Dans le même temps, l’apanage de Louis de France, deuxième fils du roi, fut

fixé à douze mille livres tournois de rentes, eu terres érigées en comté. Le marc d’argent valait cent sous tournois. Cette somme représenterait aujourd’hui cent trente mille francs. Ce prince, parvenu à sa majorité, devait recevoir par supplément quarante mille livres, destinées à former sa maison. Le roi dans sa déclaration assurait le même apanage à ses autres enfans , s’il en naissait dans la suite. Marie, fille aînée du roi, obtenait en mariage cent mille livres avec les meubles, habits et joyaux convenables à sa naissance. La dot des princesses cadettes s’élevait à soixante mille francs avec le même mobilier.

Après ces dispositions, Charles détermina la forme du gouvernement sous la minorité de son fils. Voyant le tombeau s’ouvrir sous ses pas , il , perdait l’espoir de consolider la puissance arbitraire dont il s’était investi avec beaucoup de peine. Plusieurs fois, au moment de succomber sous le poids de l’Etat, il tremblait à la vue de l’énorme puissance , destinée à son fils, sorti à peine des langes de l’enfance. Il comptait peu sur le zèle de ses courtisans, et encore moins sur celui de ses trois frères. A la tête de l’administration, ils pouvaient tourner la puissance royale à leur avantage; écartés de la régence, n’allaient-ils pas se soulever de concert contre des dispositions contraires à leurs intérêts ?

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La qualité de régent fut conférée au duc d’Anjou , et à son défaut au duc de Bourgogne. Le roi confiait au duc de Berry le commandement des provinces au sud de la Loire Le régent devait compte de son administration au roi seul après sa majorité. Ce pouvoir était restreint par Charles-le-Sage , en confiant la tutelle de ses enfans et l’administration des finances à la reiue son épouse , avec le conseil des ducs de Bourgogne et de Bourbon ; et aux seuls ducs de Bourbon et de Bourgogne r si la reine venait à mourir. Les mêmes lettres patentes établissaient un conseil de régence, composé de huit prélats, de seize barons, de deux présideus, de douze conseil lers au parlement ou à la chambre des comptes T d’un administrateur des aides , d’un avocat au parlement et de six notables bourgeois de Paris , au choix de la reine.

Cette déclaration fut enregistrée dans un lit de justice. Charles trop éclairé, selon les expressions de Mably , pour ne pas sentir le peu de confiance inspirée par cet enregistrement , crut suppléer à la sanction nationale, exigeant du régent et des tuteurs un serment de remplir leurs fonctions avec fidélité. Les exemples d’ambition qu’il leur avait donnés, devaient l’instruire de la manière dont ses intentions seraient remplies , la puissance d’un prince

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investi d’une autorité arbitraire, expire à l’entrée de sa tombe, il laisse à son successeur la passion d’obéir à sa seule volonté.

i5. Des conférences s’étaient ouvertes h Bruges. Ce congrès fut infructueux, les légats du pape obtinrent cependant une prolongation de la trêve. Charles-le-Sage demandait la restitution des sommes payées pour la rançon de son père^ et la démolition des fortifications de Calais. Les Anglais réclamaient la stricte exécution du traité de Bretigny. Edouard ne se trouvait pas en état de soutenir par les armes de si hautes prétentions. La mort avait moissonné ses plus grands capitaines, le gouvernement manquait de guerriers et d’argent, le roi ressentait l’abattement d’une vieillesse anticipée; un parlement fut rassemblé: au lieu de voter des subsides , il somma Edouard d’éloignfer de sa personne, Alix Perce sa maîtresse, le duc de Lancastre, le grand chambellan Latimer , et la plus grande partie des courtisans. Le roi n’osa rejeter celte demande de peur que le parlement lui refusât l’argent dont il avait le plus pressant besoin; le prince de Galles fut accusé d’avoir entraîné le parlement à cette démarche. Ce prince approchait du tombeau, Richard son fils était en minorité, il redoutait l’ambition du duc de Lancastre.

Le prince de Galles rendait les derniers sou-

Go HIST. DE FR. I«. PART. LIV. XIII.

1075 pirs , laissant l’Angleterre inconsolable de sa perte. Cet événement détermina Edouard à rappeler auprès de lui les individus exilés, d’après le vœu du dernier parlement. Alix Perce fit reléguer l’orateur de la chambre des communes , dans le château de Nottinghan.

Le duc de Lancastre reparut à Londres. Ce prince, cherchant les moyens d’exclure du trône le jeune Richard, faisait une cour. assidue ù la favorite. Jeanne Quent, disait-on, ne pouvait être considérée comme épouse légitime du prince de Galles. Mariée en premières noces avec le comte de Salisbery , elle se sépara de lui, épousa le lord Holland, et, devenue veuve, se maria avec le prince de Galles , le comte de , Salisbery dont le mariage n’avait jamais été légalement cassé , vivant encore. Cette irrégularité rendait équivoque la légitimité du prince Richard.

Ces imputations contribuèrent dans la suite à la perte de ce prince , elles n’eurent alors aucun effet. Edouard respectait les volontés d’un fils, auquel il devait ses triomphes. Les Anglais voyaient dans le fils du prince de Galles, l’idole de la nation; Richard fut reconnu héritier présomptif du trône.

16. La trêve allait expirer, de nouvelles négociations ne procurèrent pas même une prolongation de l’armistice. Charles, par une con-

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duite heureuse et prudente, avait acquis sur ses ennemis , UDe supériorité dont il pouvait profiter. Plusieurs années de trêve remplissaient les coffres de l’Etat. Des généraux habiles commandaient les armées. Une flotte redoutable demandait à se mesurer avec les escadres britanniques. .Cependant le roi dont la santé continuait de s'affaiblir, désirant de laisser à son fils un royaume paisible, offrait de restituer aux Anglais, la Guienne, à la .charge de l’hommage. Il se contentait en échange de la démolition des fortifications de Calais. Les plénipotentiaires français se départirent même de ce dernier article. Les ambassadeurs anglais, apres beaucoup de délais , prétextant l’insuffisance de leurs pouvoirs, demandèrent le temps de faire leur rapport à Londres ; au lieu d’attendre la réponse, ils partirent au moment où la trêve expirait. Edouard III terminait sa carrière.

Le changement de règne exposait l’Angleterre à des troubles dont la France pouvait profiter. On tâcha de renfermer dans l’île la nouvelle de la mort d’Edouard.

La trêve n’existait plus, Charles -le -Sage avait cinq armées et une flotte maîtresse de la Manche. L’amiral Jean de Vienne la commandait, cette charge d’amiral n’était pas alors «miuente. le titre d’amiral de France fut

. 6s HIST. DE FR. I«. PART. LIV. XIII.

76 connu , pour la première fois , sous le règne de Louis IX j le génie militaire des Français ne se tournait pas du côté de la marine. Charlemagne avait eu des floues; ses successeurs ne les entretinrent pas. Les premiers rois capétiens possédaient peu de provinces maritimes et n’àvaîent pas besoin *de forces navales. La niarine française se rétablit durant les croisades. Des guerres interminables survinrent enâtiite entre la France et l'Angleterre. Il fallut disputer l’empire de la mer à ces voisins entreprenans. Des flottes nombreuses sortirent - alors des ports français ; des navires marchands lescomposaient. Leurs propriétaires les prêtaient au gouvernement moyennant un loyer convenu, les rois prenaient à leur solde des Castillans èt des Génois réputés excellens hommes de mer.

Charles le-Sàgè voulut avoir une flotte constamment à sa disposition. 11 fit construire, dans les ports de Normandié , des Vaisseaux destinés uniquement à la guerre; ils surpassaient en grandeur ceux employés précédemment. Ces vaisseaux, appelés gallées, voguaient par lé secobrs des voiles et des rames. On les garnissait de tours , de balistes , de machines propres à lancer des pierres, et de grappins destinés à favoriser les abordages ; la proue , armée d’un long et fort madrier re-

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vêtu de fer , pouvait briser les flancs des vaisseaux ennemis ; on construisait encore des vaisseaux plus hauts de bord , et dont les manœuvres s’exécutaient avec les se-, les voiles. La force des armées consistait dans la cavalerie. On ne pouvait tenter des descentes sans placer des hommes d’armes sur les vaisseaux. Ceux destinés à ce service se nommaient huissiers, à cause d’une porte alors appelée huis , servant à indroduire les chevaux. Cette porte , dont l’ouverture entrait dans l’eau, était exactement bouchée avant de lancer le bâtiment.

La guerre commença par les opérations navales* La flotte castillanne s’éiait réunie à la flotte française. Les Français et lës Espagnols abordèrent en Angleterre , brûlèrent Hastings , Portsmouth , Darmouth , Plymouth; battirent une armée anglaise ; rançonnèrent les habitans de l’île de "W ight , et se retirèrent chargés de butin.

Pendant cette irruption , les Anglais s’occupaient à placer Richard II sur le trône. Ce princefut couronné le 16 juillet. Le duc de Lanscastre, ne pouvant s’emparer de la couronne , se bornait à gouverner l’Etat durant la minorité de son neveu.

Quatre armées françaises tenaient la campagne. La première, sous les ordres du duc de Bourgogne , bloquait Calais; la seconde.

commandée parleconnétable, devait s’emparer du comté d’Evreux appartenant au roi de Navarre. Le duc d’Anjou conduisait la troisième en Guienne. Clisson, à la tête de la quatrième, faisait le siège d’Aurai en Bretagne. Le duc de Bourgogne se rendit maître de la ville d’Ardres. Cette conquête resserrait la garnison de Calais/ Le duc d’Anjou achevait de soumettre la Guienne.

Un succès non moins soutenu couronnait l’armée française en Bretagne; la ville de Brest, investie par les Français , restait seule à ce prince.

Le roi d’Ecosse portait en meme temps la guerre en Angleterre. Cette irruption n’eut pas de succès ; mais les Anglais ayant tenté de pénétrer en Ecosse , la défaite d’une partie de leur armée les obligea de revenir sur leurs pas.

1 7. Toute la France apprit alors avec étonnement un horrible complot tramé par le roi de Navarre. Ce prince , voulant cacher ses liaisons avec la cour de Londres, avait envoyé à Paris le comte de Beaumont , son fils. Au moment où ce prince arrivait à la cour , des avis secrets instruisirent le roi que ses jours étaient menacés. Rien n’était spécifié dans cette dénonciation clandestine. Les soupçons tombèrent sur le roi de Navarre. On cher-

chait des preuves. Le comte de Beaumont, jeune encore, paraissait peu propre à éclaicir des soupçons vagues; il était accompagné d’un secrétaire nommé Jacques Duruc ; on le croyait dépositaire des intentions du roi de Navarre. 11 fut arrêté et renfermé au Châtelet, i Parmi les papiers saisis chez lui , le prévôt de Paris trouva un mémoire instructif sur la manière de parvenir à empoisonner le roi.

Les faits consignés dans cet écrit furent con-* firmes dans les interrogatoires subis par le prisonnier. D’après sa confession , le roi de Navarre avait engagé un médecin juif , à fixer sa résidence dans Paris avec l’intenlion de donner du poison au roi. Ce médecin, effrayé d’une telle commission , s’était dérobé secrètement de la cour de Pampelune. 11 ne porta pas loin ce fatal secret, dont il se trouvait dépositaire, s’étant noyé ou ayant été noyé.

Ce procès dont l’original subsistait à l’époque de la révolution de 178 g , contient le détail circonstancié d’autres entreprises criminelles de la même nature. On flattait le roi de Navarre du mariage de sa fille, avec Richard Il , et on lui promettait un agrandissement considérable aux environs des Pyrénées ; en conséquence il promettait au duc de Lancastre de lui livrer ses places de Normandie ; le secrétaire du roi avait ordre de trom- Tonie V. 5

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1377 P er l a cour de France , par d'insidieuses négociations., jusqu'au moment où les Anglais pourraient envoyer à Calais une armée redoutable. L’empoisonnement du roi devait accompagner cet événement. On croyait entrevoir dans les embarras inséparables d’une minorité , l’infaillible accélération des succès britanniques.

Le poison, destiné à terminer les jours de Charles, avait été préparé sous les yeux du monarque navarrois par une juive. Un valet de chambre de ce prince reçut ordre de venir à Paris et de se procurer un accès dans la maison royale, au moyen d’un de ses parens, officier daus les cuisines , et d’épier le moment favorable à l’empoisonnement projeté, Le comte de Beaumont ne se trouvait pas à Paris , le jour où Duruc fut arrêté. Venant sur-le-champ à Senlis où résidait la cour , il sollicitait l’élargissement de son secrétaire. Charles fît lireles dépositionsdu prisonnier. On ne soupçonnait pas le prince navarrois d’être entré dans le complot. Le roi lui fil part de l’expédition dont le connétable était chargé en Normandie , en lui disant que les circonstances le forçaient de se rendre maître du comté d’Evreux. La plupart des gouverneurs des villes dont se composait ce comté , accompagnaient le comte de Beaumont à Paris, ils

étaient présens à cet entretien. Le printe de 1^77 Navarre donna dans cette occasion les preuvés les plus éclatantes de sa bonne foi. Ckarles-le- Sage et son successeur eurent toujours à se louer de son attachement à la France.

Les procédures , achevées au Châtelet de Paris , furent portées au parlement. 11 ne parait pas que ce fut par appel j les formes les plus solennelles environnèrent le jugement de cette affaire. Le roi appela dans le parlement un grand nombre d’évêques et de hauts barons ; des magistrats tirés de la chambre des comptes et du châtelet , les secrétaires du roi , le corps municipal, et plusieurs des principaux bourgeois de Paris. L’accusé confirmant sa déposition , la cour prononça contre lui un arrêt de mort.

Breteuil fut la première ville du comté d’Evreux dont s’empara du Gucsclin. La comtesse de Beaumont et le comte de Mortain son frère y étaient enfermés. Le roi les reçut avec bienveillance. Bayeux etCarentan ouvrirent leurs portes. Le connétable vint assiéger Pont-Àudemer , de concert avec l’amiral Jean de Vienne. On employa des canons dont l’usage commençait à devenir ordinaire en France. La garnison capitula , et obtint la liberté de se retirer dans Cherbourg. Conches et Avranches opposèrent peu de résistance.

1378 Les Français marchèrent vers Evrenx dont le commandant se retira avec précipitation.

- Cherbourg restait à soumettre. Cette place passait alors pour imprenable , toutes les garnisons des places évacuées par les Navarrois s’y étaient retirées. La fortune avait accompagné jusqu’alors toutes les opérations de du Guesclin, elle l’abandonna devant Cherbourg.

Le siège poussé avec toute l’activité possible , se trouvait peu avancé à l’entrée de l’hiver. Olivier du Guesclin, frère du connétable, fut fait prisonnier dans une sortie des assiégés. Le roi renvoya cette entreprise à une autre saison. Un corps de troupes françaises fut cantonné dans le Cotentin ; il resserrait la garnison de Cherbourg et l’empêchait de faire des courses dans le plat pays.

Le roi de Navarre hâtait vainement par ses sollicitations le départ de l’armée anglaise , ses préparatifs n'étaient pas entièrement achevés. On lui accorda un subside et une petite armée. Elle fut employée à défendre laNavarre contre les Castillans. Les Anglais exigèrent la cession de Cherbourg. Le traité bornait cet abandon au terme de trois ans. Le conseil de Londres n’incidenta pas sur cette clause , satisfait de posséder un port qui ouvrait aux flottes britanniques l’entrée de la Normandie.

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18. Du Guesclin, abandonnant les côtes de 1^78 Normandie, pénétrait en Bretagne. Le duc de Lancastre débarquait alors aux environs de Saint-Malo. Le duc de Bretagne, réfugié en Angleterre vers la fin du règne d’Edouard IIF, voyant son crédit diminuer pendant la minorité de Richard II , avait cherché un asile au- * près du comte de Flandres. L’expédition du duc de Lancastre le ramena dans Londres. ïl offrit au conseil, de régence la ville de Brest ; on y envoya sur-le-champ toutes tes munitions nécessaires pour une longue défense. Les Anglais, maires des quatre principaux ports de France , Calais , Cherboug , Brest et Bordeaux avaient le choix dos côtes sur lesquelles il leur était le plus avantageux de pénétrer dans le cœur du royaume,

Charles-le-Sage avait été sur le point dé leur enlever Bordeaux. Leduc d’Anjous’était rendu maître de Montpellier, et des autres villes appartenantes au roi de Navarre , en Languedoc. 11. crut pouvoir y lever des impositions nouvelles, sous prétexte des préparatifs nécessaires au siège de la capitale de Guienne. Cet impôt excita un soulèvement dans lequel plusieurs officiers de ce prince furent massacrés.

Le duc d’Anjou accourt sur-le-champ à Montpellier. Les bourgeois étrangers à cette én^euie, appréhendant la destruction de leur ville *

* IZ 7 S avaient eu recours au pape ; le cardinal d’Albane essayait d'apaiser un prince dont on connaissait l’humeur implacable.

Une armée accompagnait le prince français. 11 fut reçu aux portes de Montpellier par le cardinal d’Albane, à la tête du clergé ,

• des membres de l’université, et des enfans des deux sexes au-dessous de l'âge de treize ans. Les magistrats municipaux, dépouillés des marques de leur dignité , portaient les clefs de la ville et les présentaient ; la corde au cou. Le duc les remit au sénéchal de Beaucaire , et poursuivit sa route à travers dçs milliers de .vieillards , de femmes , et d’enfans prosternés sur son passage. On posa des corps de garde dans les divers quartiers , tous les habitans reçurent ordre de déposer leurs armes à l’hotel de-ville. • .

Le duc d’Anjou parut le lendemain sur une estrade dans la principale place de la ville. Montpellier fut condamne à la pbrte de ses privilèges , à la privation de ses officiers municipaux , de son université , à la confiscation de la moitié de ses biens , et au paiement de cent vingt mille livres d’amende, somme immense dans ce siècle. Les portes, les tours, les murailles de la ville devaient être abattues. Jusgue-Jà, les habitans, consternés, n’avaient pas rompu l’affreux silence inspiré par la ter-

reur , mais quand à la suite de ce foudroyant arrêt, le sénéchal de Beaucaire condamna à la mort six cents bourgeois, desquels deux cents devaient périr par le fer, deux cents par la corde, et deux cents par les flammes , on entendit un mélange confus de cris perçans. Les hommes éperdus demandaient grâce , les femmes échevelées se meurtrissaient la poitrine.

Au milieu de la désolation universelle, le cardinal d’Albane supplia le duc dans les termes les plus pressons , de modérer , ou de suspendre du moins la rigueur de cette condamnation. 11 obtint un délai de vingt quatre heures. Dans cet intervalle , le duc ayant eu le temps de consulter ses capitaines , le prélat romain obtint la rémission d’une partie de la sentence. Le duc se contenta de cent mille livres d’amende , ajoutant six mille francs pour les frais de l’expédition. Les individus convaincus d’avoir trempé les mains dans 1* sang des officiers massacrés par la multitude , furent seuls punis de mort ; pendant celte procédure la saison s’avançait. Le duc d’Anjou ne songea plus au siège de Bordeaux.

La Flandre jouissait d’une heureuse paix.

La fertilité de son sol et l’industrie de ses habitans portaient par mille canaux l’abondance et la prospérité dans cette grande province.

Les dissensions entre le*. puissances voisine».

Ça HIST. DE FR. I'*. PART. LIV. XIII.

*378 augmentaient les richesses des Flamands, faeteurs nécessaires des peuples acharnés à sd ruiner. Cette heureuse contrée devenait l’asile des arts et du commerce. Ce bonheur, à peine suspendu par des secousses passagères, devait tout à coup s’évanouir.

Louis* comte de Flandre, donnait toute sa confiance à un de ces hommes dont les talens utiles ou pernicieux, suivant les circonstances, sont également capables de servir les hommes ou de leur nuire. Jearj-de-Lyon était le nom de ce dangereux Flamand. Né dans une condition obscure, son adresse fit sa fortune; à l’éloquence , au courage ,il joignait un sangfroid imperturbable. Toutes les qualités pro-< près à former un chef de parti se- réunissaient en lui. Intrépidité réfléchie, dissimulation profonde , constance à l’épreuve des revers , implacable dans' sa haine ,, il savait dévorer un affront , en méditant sa vengeance.

Chargé par le prince d’assassiner nnhomme dont il avait à se plaindre , ce crime lui servit de recommandation. Il fut créé chef des né-»

gociations deGand, emploi àpeu près semblable à celui du prévôt des marchands de Paris. Oh regardait la ville de Gand comme l'entrepôt des richesses de la Flandre. Elle devait cet avantage à la communication facile des canaux formés par la jonction de la Ly&et de l'Escaut.,

Jcan-de-Lyon exerça sa charge avec l’appro- 078 bation générale.

II fut destitué par le comte. Jean , loin de montrer le moindre ressentiment de celte* injustice , affecta delre redevable à celui qui le déchargeait d’un emploi onéreux. Il attendait l’occasion de sê venger , elle ne, tarda pas à se présenter. Les habilans de Bruges ayant acheté du comte Louis le droit d’ouvrir un canal de leur ville à la Lys, des pionniers commencèrent cet ouvrage.

Les Gantois regardaient ce canal comme préjudiciable à leur commerce. Jean de Lyon fomentait ce mécontentement. Le peuple le choisit pour son chçf; sous sa conduite , il comble les fossés commencés par les habilans de Bruges. Les deux villes plaidaient devant le comte. Il engagea les habilans de Bruges à discontinuer leur canal, à condition que ceux de Gand chasseraient Jean de Lyon de leurs murs. Les Gantois attribuaient à leur contenance guerrière la condescendance des habitans de Bruges. Renouvelant une ancienne association connue sous le nom de chaperons blancs, iis investissent leur chef de toute la puissance publique. Jean de Lyon obtint des gardes et tout l’appareil de la souveraineté.

Sous prétexte de chercher des armes et des piuuitions de guerre, ses soldats entrent dans.

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1378 Ja maison de plaisance du prince, et la livrent aux flammes. Ce crime fermait toute voie de conciliation entre le comte Louis et les Gantois. Jean-de-Lyon mourut subitement : les Gantois élurent un nouveau chef. Le duc de Bourgogne , époux de la fille unique du comte, ménagea un accommodement; Cette réconciliation était apparente. La plupart des villes de Flandre paraissaient disposées à se ranger du parti des Gantois. Le gouvernement du comte mécontentait sans doute ses sujets , puisque l’insurrection devint en peu de temps générale. Les Flamands plaçèrent à leur tête Philippe d’Artcvelle, fils de Jacques d’Artevelle, célèbre dans les anciens troubles du pays. Ce général battit les troupes du comte Louis en plusieurs rencontres , le chassa de Flandre, et le força de recourir, sous le règne suivant, à la protection delà cour de France.

19. Innocent VI était mort en i 56 a. Son successeur Benoît V, abandonnant les bords du. Rhône en 1067 , avait pris le chemin de Rome dont les habitans offraient de le reconnaître en qualité de leur souverain. Urbain passa deux années à Rome. Les raisons qui avaient déterminé ses prédécesseurs à quitter celte capitale paraissaient évanouies. Cependant le pape revint dans Avignon en 1370.

Pétrarque attribue cette démarche aux pré-

ïats de la cour romaine. Accoutumés aux délices delà Provence et à la vie licencieuse menée par eux dans ces contrées, ils ne pouvaient plus supporter la gène du cérémonial exigé dans Rome. Ces raisons sont faibles. Les mœurs italiennes décrites par Boccace , ne devaient pas effrayer les prélats français, et la médiation du pape avait un poids égal , offerte de Rome ou d’Avignon. Cependant le pape n’avait pas repassé les Alpes dans un âge avancé, sans être déterminé par des motifs importans.

La cour pontificale subsistait des rétributions fournies par les chrétiens. Ces ressources surpassaient en valeur les terres de la duchesse Mathilde. Les papes exigeaient le denier de saint Pierre, payé très- irrégulièrement en Angleterre; ils levaient des tributs en Suède, en Danemarck, en Norwège , en Pologne , en Hongrie. Leur chancellerie exigeait des droits plus ou moins onéreux pour l’expédition des indulgences. Ils taxaient l’absolution de tous les crimes , et les hommes , entraînés par leurs passions à commettre les actions les plus condamnables, étaient assez sots pour en payer la rémission au pape.

De tout temps l’homme se fit une idée consolante de la félicité future. Tous les anciens

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législateurs nouèrent , dans le ciel , la chaîne des institutions humaines.

Ensevelissant l’homme tout entier dans la tombe, ils n’avaient aucun dédommagement à offrir au guerrier généreux , se dévouant pour sa patrie. On créa les champs-élysées où la vertu , souvent persécutée sur la terre , devait trouver une récompense inaltérable. L’espoir d’un avenir fortuné, arrêta le malheureux prêt à se livrer à son désespoir. On vit plusieurs fois, les pères, les époux sacrifier les douceurs les plus attrayantes, à la crainte ou au dc'sir d’un état futur..

La cupidité spécula sur cette grande pensée»

Les pontifes romains s’arrogèrent le droit d’ouvrir ou de fermer , à leur gré , le ciel et l’enfer. Jj.e sceptre des ministres de la religion devint terrible , impitoyable. Ils demandèrent des esprits enthousiastes , crédules et soumis , plutôt que des esprits religieux ; on ne put se flatter de couler tranquillement ses jours sans obéir à leurs ordres , sans reconnaître leur infaillibilité. La hiérarchie ecclésiastique, dans sa marche irréfragable, éloigna tout sujet de discussion. Les ténèbres de l’ignorance furenj les bois sacrés dans lesquels les prêtres bâtir rent leurs redoutables sanctuaires.

Les papes ne jetaient pas sans peine les fomdcmens de ce colosse de puissance ; des hardis

penseurs sacrifièrent leur fortune et leur exis- 1378 tence , au frêle espoir de prémunir leur contemporains contre les suites d’une si funeste illusion. J’ai parlé des Vaudois , de leurs maximes, des crimes dont ils furent accusés»

dans la vue de fermer le cœur des peuples à la compassion qu’ils auraient inspirée, et des supplices atroces dans lesquels on les fit périr.

Ces novateurs s’élevaient avec force contre les prétentions pontificales j on arrêta la publication de leur doctrine, en détruisant par le fer et par le feu les téméraires dont les écrits prouvaient qu’à Dieu seul appartient l’infaillibilité j et enveloppant dans leurs proscriptions tous les hommes, toutes les femmes, tous les vieillards, tous les enfans suspects d’hérésie, dans les pays où les nouvelles opinions s’étaient plus généralement répandues , en Provence et en Languedoc.

L’hérésie vaudoise parut noyée dans un fleuve de sang , ou étouffée dans les vastes bûchers allumés par l’inquisition. Cependant un petit nombre d’Albigeois, échappés à la ruine de leur patrie , trouva un asile dans les glaciers des Alpes. Les papes les poursuivaient dans ces retraites sauvages , dont ces infortunés fugitifs, disputaient la possession aux ours.

. Telle est l’indépendance de la pensée humaine que, malgré les armes des artifices et

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» 5 7 8 de la cruauté employées tour à tour, parles agens pontificaux , à l’extirpation des hérésiarques du treizième siècle, un levain de leur doctrine subsistait dans les provinces méridionales de France} il portait dans les esprits une fermentation sourde. Cette fermentation pouvait occasionerune éruption terrible , si un homme de mérite mettait, dans les maximes des Vaudois et dans les conséquences de ces maximes , l’ordre et l’arrangement propres à les rendre évidentes aux yeux des peuples.

Dans le séjour de la cour pontificale près des contrées où les opinions anti - papales avaient pris naissance, se trouvait le plus sûr moyen de les anéantir. Ce séjour offrait la facilité de gagner les uns par les grâces ecclésiastiques, d’arrêter les autres par une surveillance plus active , et de frapper tous les regards par la majesté et la pompe des grandes cérémonies de la religion romaine.

Les anciens Romains augmentaient leurs prétentions à mesure que leurs ennemis obtenaient des succès ; les papes adoptaient cette méthode : ils mettaient en avant de nouveaux droits quand leurs anciennes prérogatives étaientconteslées. Les exactions papales monte, rent à leur comble pendant le séjour de la cour de Rome dans Avignon, malgré les clameurs retentissantes de toute part} iis se considérèrent

comme les maîtres de tous les bénéfices ; ils ‘^ 7 ^ en disposèrent à leur gré, moyennant financé.

Ce trafic devint une source intarissable de richesses. Jean XXII, au rapport de Jean Villaui , avait laissé un tre'sor > dont tous les souverains de l’Europe réunis n’auraient pu se procurer la possession, La France, l’Espagne et l’Angleterre , étaient les pays les plus pressurés par les papes. Le séjour d’Avignou les rapprochait des mines fécondes , découvertes par eux et mises en valeur; il leur importait de le prolonger , et de donner le temps à ces inventions fiscal^ d'acquérir, par la prescription, l’autorité de droits légitimes.

Urbain mourut , on lui donna pour successeur Grégoire XI. Les Romains menaçaient d’élire un autre évêque si Grégoire ne venait par résider dans son diocèse. Le saint siège, revint d’Avignon à Rome , après soixante et douze ans d'absence. Ce retour plongea l’Europe dans de nouvelles dissensions.

Grégoire fit ce voyage en j 076. Les Romains lui donnèrent la qualité de leur souverain par un acte authentique.

Malgré cette soumission , le projet de ce pontife n’était pas de fixer son séjour en Italie. Diverses dispositions annonçaient de sa part un long et prochain voyage. Il n'eut pas le temps lie l’entreprendre , une maladie assez

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157b " J prompte le conduisit au tombeau au mois de mars 1377.

La présence du pape attirait les richesses de l’Occident. Cette considération déterminait les Romains à tout sacrifier au désir d’avoir un évêque résidant dans Rome. Les magistrats présentèrent au conclave un tableau des cala» mités produites dans les domaines ecclésiastiques d’Italie , depuis la translation du saint siège en Provence ; l’unique moyen , disaientils, de prévenir de pareils désordres , était d’élever à la papauté un prélat romain , pu du moins un prélat italien.

De vingt-six cardinaux dont se composait le sacré college , six tenaient la cour pontificale dans Avignon , un septième résidait à Florence en qualité de légat, trois autres se trouvaient absens. Seize cardinaux s’étaient enfermés dans le conclave. Onze Français, un Espagnol et quatre Italiens. Les Français devaient l’emporter sur toutes les intrigues des Italiens , et nommer un pape à leur gré. Un tumulte populaire se prononçait aux environs du Vatican. Des voix séditieuses menaçaient les cardinaux de les brûler s’ils élisaient un pape français. Les électeurs , épouvantés , élevèrent à la papauté Barthélémy Prignano , archevêque de Bari.

. Avant de procédera l’élection , les cardinaux,

CHARLES-LE-SAGE (VI e ).

considérant, dit-on, la violence exercée par le 79

peuplé romain , et se croyant privés de la liberté, déclarèrentl'élection dont ilss’occupaicnt nulle , comme ne contenant pas leur véritable vœu , et promirent de proce'der à une élection canonique à la première occasion favorable.

Mais , dans cette supposition, il fallait élire l’un .d’entre eux , et non un prélat auquel leur compromis ne devait pas en imposer.

Urbain VI fut couronné .au Vatican. C’était un homme sombre et impétueux. A peine intronisé , il s’emporta publiquement contre la conduite peu édifiante des cardinaux ; il menaça Jeanne , reine de Naples , de lui enlever son royaume et de le réunir au domaine de l’église. Il promit de faire justice des rois de France et d’Angleterre , dont les rivalités trom Liaient la tranquillité de l’Europe. Le cardinal de la Grange , menaçant le pontife d^a main , lui dit qu’il avait menti. Quarante ans de discorde furent la suite de cet indécent colloque.

Les grandes chaleurs de l’été se firent sentir en Italie. Les cardinaux prétextant l’insalubrité de l’air de Rome , se réunirent dans Agnani.

Urbain reconnut trop tard son imprudence.

Quatre cardinaux Italiens restaient seuls avec lui ; il les envoya auprès de leurs collègues , et les exhorta à ne pas causer un schisme. Les cardinaux, au lieu d’écouter ces remontrances,

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