Tome V
8a HIST. DÉ FR. I™. PART. LIV. XIII.
i 36 o protestent juridiquement devant l’archevêque d’Arles , camerlingue de l’Eglise Romaine , contre une élection , fruit illégal de la violence. Prignano fut sommé de renoncer au titre de pape. Le patriarche titulaire de Constantinople lut, en présence des cardinaux et de plusieurs évêques , une sentence qui déclarait Urbain, intrus dans la chaire de saint Pierre , comme tel déposé du pontificat avec défenses aux chrétiens de lui rendre leurs obéissances.
11 fallait, procéder à une nouvelle élection. Les cardinaux se retirèrent à Fondi , dans le royaume de Naples , où les quatre cardinaux italiens , irrités de la conduite altière d’U rbain , vinrent les joindre. Robert, cardinal de Genève , prince de la maison de Savoie , fut élu pape le 20 décembre *377. Il prit le nom de Clément VII. Urbain était reconnu dans Rome , Clément^II établit sa cour dans Avignon.
L’un et l’autre pontife envoyèrent des nonces k toutes les puissances de l’Europe. Les partisans de Clément VII furent nommés Clémentins. On donna le nom d’Urbanistes aux amis d’Urbain VI. 11 restait indécis lequel des deux méritait la préférence. Chaque souverain de l’Europe se décida d’après ses intérêts. L’Italie reconnut Urbain , à l’exception du royaume de Naples et des pays soumis à la maison de Maurienne. La cour de France fut clémentine
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Il lui importait de fixer la cour papale dans Avignon , d'où son séjour répandait l’abondance dans les provinces méridionales de France.
Par la raison contraire, la cour de Londres se déclara urbaniste. La Germanie et, à son exemple , les puissances du Nord reconnurent le pape de Rome. Les princes de la maison d’Autriche formaient alors en Allemagne le parti de l’opposition , ils obéirent au pape d’ Avignon. L’Espagne resta neutre durant plusieurs années. La Castille recounut dans la suite Clément. L’Aragon imita la Castille. La Navarre et le Portugal obéirent au pape reconnu par la cour de Londres.
20. Depuis le moment où le duc de Bretagne avait introduit les Anglais dans le port de Brest , Cbarles-le Sage formait le projet de réunir la Bretagne à la France. Une sommation de comparaître devant la cour des pairs, fut signifiée au duc. Le terme de l’ajournement était indiqué au 4 décembre. Le roi vint au parlement le 9 de ce mois. Il tint son lit de justice. Il ouvrit la séance par un discours dans lequel il conclut à la confiscation delq Bretagne, ne se fiant pas , dit l'historien de Bretagne , eu sou procureur -général d’assez en dire.
Cette queition fut agitée durant six séances , un arrêt ordonna la confiscation de la personne et des biens de messire Jean de Moutfort, na-
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i 3 7 8 guère duc de Bretagne. Une clause réservait les droits des eufans de Charles de Blois et de la comtesse de Penthièvre.
Charles dut s’apercevoir, dans le cours même de la procédure , de la fâcheuse impression faite sur l’esprit des grands vassaux de France, par la rigueur à laquelle il se déterminait. Les ducs d’Anjou , de Berry et d’Alençon , et le comte de Flandre , refusèrent d’assister à la # cour des pairs. Cette absence annonçait des dispositions peu favorables aux vues du monarque. Les pairs , présens , prétendirent que le monarque offensé ne devait pas se trouver au jugement. Us exigèrent des lettres patentes, dans lesquelles le roi reconnaissait que ce jugement ne leur porterait aucun préjudice. Ces lettres furent promises. On ne les expédia pas. Les pairs conservèrent la mémoire de cette inexécution. Etant convoqués sous le règne suivant à l’occasion du procès criminel intenté au roi de Piavarre , ils exigèrent cette déclaration , en menaçant de se départir de l’assemblée ; le greffier dressa ses lettres et leur en
remit des copief. t
A la nouvelle de cette confiscation , des confédérations se formaient en Bretagne parmi les nobles et dans la plupart des villes. Les biographes de Bretagne nous ont conservé plusieurs modèles de ces associations. Les ligueui s
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s’engageaient sous la foi du serment à conserver 1578 le droit ducal en faveur des souverains légitimes. Un droit de vingt sous par feu fut imposé sur tous les habitans. On nomma des généraux , on prit même la résolution de rappeler le duc j les Bretons, redoutant la réunion de leur pays à la couronne de France , montraient alors le plus vif attachement à Jean de Montfort. Ce prince fut reçu dans ses Etats comme un libérateur au mois d’août 137g.
Charles avait chargé le duc d’Anjou de la ‘ 3 7 9 conduite de la guerre de Bretagne. Les favoris du roi auxquels du Guesclin ne faisait pas as- f sidument la cour , employaient leur crédit à l’éloigner du commandement de l’armée. Le connétable ne briguait pas cet emploi. Ayant fait fortifier Saint-Malo , il résidait dans cette ville , et la maintenait sous l’obéissance du roi.
La fortune de du Guesclin avait conduit à sa suite un grand nombre d’hommes d’armes ses compatriotes : ces guerriers voyant la France armée contre leur patrie , abandonnaient le connétable, et se réunissaient sous les drapeaux de Jean de Montfort.
Une trêve fut conclue entre le duc d’Anjou et Jean de Montfort ; ce prince promit de travailler à la réconciliation du duc avec le roi. DuGuesclin vint alors à Paris. Le roi lechargea d’une expédition dans les provinces méridio-
1379 nales , où les Anglais se montraient de nouveau. Danscetteoccasion , du Guesclin conjura le roi de faire la paix avec ses compatriotes , dont il pou vait tirer de grands services , Charles le promit. Le connétable vint assiéger le château neuf de Randan s petite place auprès de Mende ; une maladie l’emporta durant ce siège. Les Anglais payèrent une espèce de tribut à son ombre. Ayant promis d’ouvrir les portes du château s'ils n’étaient secourus à jour indiqué , et ce secours n’étant pas venu , le commandant , suivi de la garnison , viut déposer ^ sur le corps du connétable les clefs de la forteresse.
Tous no? historiens ont décrit à l’envi les honneurs funèbres rendus à ce guerrier. Ce fut le premier particulier dont le panégyrique fqt prononcé dans un temple , et dont la sépulture fut placée parmi les tombeaux des rois de France.
2.1. Les hostilités recommençaient en Bretagne après la mort de du Guesclin. Une armée anglaise descendait à Calais sous les ordres du duc de Bukinghan ; elle pénétra en Champagne. La dévastation , l’incendie et le carnage laissaient partout les traces de son passage. Le duc de Bourgogne commandait l’armée française. Deuit hérauts d’armes , envoyés par Bukinghan , offrirent la bataille au gcncial
français ; il lui était enjoint d’éviter une action générale , les hérauts furent renvoyés sans paroles positives.
Dans les temps les plus reculés , on connaissait les fonctions des hérauts d’armes ; ces officiers , chez les Français et chez les Anglais , exerçaient les fonctions attribuées aux faciaux par les Romains. Leur chef portait Je nom de roi d’armes; ils assistaient aux combats en champ clos , aux tournois , au mariage , au couronnement , aux funérailles des rois , et à toutes les assemblées solennelles. La considération dont ils jouissaient, se proportionnait à celle du prince représenté par eux. On appelait Montjoie le roi d’armes de France , les hérauts portaient le nom des grandes provinces.
A la cérémonie de la réception du roi d’armes , les valets de chambre du monarque l’attendaient dans un appartement du château destiné à le recevoir. Le connétable , ou , à son absence , un maréchal de France, l’ayant fait revêtir d’un manteau royal , le conduisait dans la chapelle , précédé des hérauts , et le plaçait sur uu siège couvert d’un velours violet. Le nouveau roi d’armes attendait, assis sur ce siège, , l’arrivée du roi. Il prononçait alors à genoux un serment dicté par le connétable. Le roi le créait chevalier s’il ne l’était pas. 11 le faisait revêtir d’une cotte d’armes en lui disant ; Par
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1379 cette cotte blazonnée à nos armes , nous t’établissons en l’office de roi d’armes ; et posant une couronne sur sa tète , il ajoutait : Notre roi d’armes , nous te nommons par celte couronne Montjoie, au nom de Dieu , de Notre- Dame , et de monseigneur Saint-Dënys.
Après le service divin, le roi d’armes se plaçait chez le roi à la première place de la seconde table dont il faisait les honneurs. La personne du roi et des hérauts d’armes était sacrée. Ils furent soumis dans la suite à l’inspection du grand écuyer.
Une des plus importantes fonctions des hérauts d’armes était de dresser un rôle des nobles dans chaque province. Les hérauts d’armes , en Angleterre , tiennent encore aujourd’hui registre des armoiries de chaque famille. Ils règlent, avec les grands officiers de la couronne, le cérémonial du baptême, du couronnement , du mariage et des funérailles des rois. Mais en France, ce corps dégénéra vers le temps de la mort de Henri II ; il fut com- , P°sé d’individus d'une condition obscure , à la nomination du grand écuyer."
Bukinghan , ne pouvant forçer les Français d’accepter un combat décisif, abandonnait la Champagne après l’avoir pillée. L’armée anglaise traversa le Gâtinais et la Beauce dans 1 intention d’entrer en Bretagne. L’armée fran-
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çaise égalait en forces celle des ennemis. Plu- 1379 sieurs courriers , dépêchés au roi par les gêné* raux, demandaient la permission de combattre.
Le roi répondait : Laissez les Anglais faiteleur chemin, ils se ruineront eux-mêmes. Cependant le duc de Bourgogne se disposait à tenter le sort d’une bataille ; mais les nouvelles reçues de la cour occupèrent bientôt le prince de soins plus importans.
Charles , avec une santé extrêmement chancelante, s’était conservé jusqu’à l’âge de quarante-quatre ans , par le régime d’une vie sobre et réglée. On le fait mourir, nous dit Voltaire, d’un poison lent qui lui avait été donné depuis plus de dix ans, comme s’il y avait dans la nature des alimens qui pussent donner la mort au bout d’un certain temps. Un poison qui n’a pu donner une mort prompte , laisse à la vérité une langueur dans le corps comme toute maladie violente ; mais il ne saurait produire de ces effets lents que le vulgaire croit inévitables. Le véritable poison qui tua Charles-le- Sage fut une mauvaise constitution.
Voltaire parle différemment en d’autres occasions , mais en admettant l’existence de ces poisons , dont l’effet également lent et infaillible donne la mort après un certain nombre d’années. Cet art infâme n’était pas assez perfectionné dans le quatorzième siècle pour de-
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venir redoutable. Cette version sur la mort de Charles se fonde sur le récit de Froissard.
Un médecin allemand, nous dit cet écrivain, envoyé par l’empereur Charles IV, arrêta l’eflicacité du poison , et ne laissa au rot d’autre incommodité qu’un cautère, l’avertissant qu’il mourrait si le cautère venait à se fermer. Cel empoisonnement était attribué au roi de IVavarre. On n’en trouve aucune preuve dans le procès intenté à ce prince. Un médecin habile put fort bien , au moyen d’un cautère, suspendre les effets mortels de la mauvaise complcxion du roi. Ce prince peut-être mourut quand le cautère se ferma , sans attribuer sa mort au poison.
Charles, pendant les derniers jours de sa vie , supprima les impôts établis par lui sans le concours des états , rendant aux principes un hommage tardif et inutile. Inquiet sur l’avenir, il semblait prévoir la catastrophe dont la __ France était menacée.
Ce prince mourut le 16 septembre. 11 laissait trois enfans de son épouse Jeanne de Bourbon, morte avant lui: Charles , son successeur; Louis, duc de Valois et d’Orléans j et Catherine, mariée au fils du duc de Berry. Ses obsèques furent retardées au mois d’octobre. Son corps, durant cet intervalle, avait été déposé dans leglise de l’abbaye Saint-An-
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toine. On attendaitles ducsde Berry , de Bourgogne et de Bourbon. Ils retenaient le dauphin et le duc d’Orléans à Melun , sous prétexte de maladie. On les soupçonnait de vouloir se rendre maîtres de la personne des enfans du roi , dans la crainte d’être prévenus par le duc d’Anjou , régent du royaume.
Lesquatreducs , s’étant enfin rendus à Saint- Antoine , accompagnèrent à pied la pompe funèbre. Charles fut inhumé à Saiut-Denys , dans la chapelle où reposaient le corps de la reine et celui de du Guesclin.
22 . Sous ce règne, les fleurs de lis , semées sans nombre sur l’écu de France, se réduisirent à trois. Charles avait voulu anéantir l’ancien abus des guerres particulières entre les barons. Elles furent interdites par un édit. 11 prohiba même le port d’armes , loi d’une exécution impossible.
Ce monarque est regardé comme le fondateur de la bibliothèque royale. Le roi Jean possédait à peine trente volumes. Son successeur augmenta ce nombre jusqu’à neuf cents.
Cette collection passait alors pour immense.
Elle fut estimée , après le règne de Charles-le- Bien-aimé, deux mille trois cent vingt-trois francs quatre sous. Bedfort acheta ces livres douze cents francs. 11 paya cette somme à l’entrepreneur du mausolée de Charles-le-Bien-
i 556 aimé, el transporta le tout à Londres. On retrouve cependant dans la bibliothèque royale plusieurs.de ces volumes. Ils purent avoir été rapportés d’Angleterre par les soins des savans auxquels la bibliothèque fut confiée dans la suite. De ces faibles commencemens, se forma la collection de livres dont il eût été difficile alors de prévoir la valeur future.
Un grand nombre de livres , rassemblés par Charles-le-Sage , traitaient de l’astrologie judiciaire , regardée alors comme la plus sublime des connaissances humaines. La plupart des médecins étaient astrologues. Le père de Christine de Pisan, physicien du roi, possédait une merveilleuse connaissance de l’influence des astres sur les maladies. Lecrédùle monarque, partageant l’erreur de son siècle, fonda , en faveur de maître Gervais , chrétien , médecin et astrologue, un collège consacré à la médecine et à l’astrologie. Cette folie dura long-temps» parmi nous. Elle n’est pas entièrement guérie de nos jours.
Charles-le-Sage fit traduire en français tous les ouvrages de cette espèce , c’était multiplier des erreurs ; d’autres littérateurs s’appliquaient à des occupations plus utiles. Le roi Jean avait fait traduire Salluste et .Tacite. Charles procura des traductions des Commentaires de César, de Josephe, de Suétone , de Valère- Maxime,
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<le la politique d’Aristote, de ses livres de morale et des problèmes. On fut redevable*de la Rétborique de Cice'ron à Jean d’Antioche , et des Métamorphoses d’Ovide à Philippe de Vitri, évêque de Meaux ; il entreprit cet ouvrage à la prière de la reine Jeanne de Bourbon. Raoul de Presles, avocat du roi, traduisit la bible.
Un des plus singuliers ouvrages de ce siècle est le Songe du Vergier, attribué à Raoul de Presles. Le seul titre , comme il est écrit dans l’ancien catalogue de la bibliothèque de Paris, nous fait connaître clairement le but de l’auteur : un livre appelé le Songe du Vergier, Somnium Viridarii , qui est d’un avis : Comment le pape ne doit avoir aucune connais- • sance en ce qui touche le temporel ou la justice du roi. 11 est surprenant qu’un pareil livre
eût été écrit dans ce siècle.
Nous avons un grand nombre de chroniques de cette époque ; elles prouvent que les gens de lettres, s’occupant de l’histoire, ne profitaient guère des excellens modèles grecs et latins dont l’acquisition était difficile. Christine de Pisan remplit ses livres de froids panégyriques. Froissard s’éleva au-dessus de son siècle par la beauté de son génie. Son histoiçe renferme les e'vénemens principaux arrivés en
i38o Europe depuis i3a6 jusqu'en 1400. Monstrelet continua cet ouvrage jusqu’en 1 466.
Des peintres , attirés de la Grèce par les sénats de Venise et de Florence Vers la fin du treizième siècle, avaient formé des élèves.
Jean G'inabué , le Giotto et André Tafi excellèrent dans la peinture. Nos peintres français apprirent des Italiens à dessiner avec plus d’exactitude. Ils s’appliquèrent d’abord à peindre des objets détachés , dont l’imitation facile exigeait moins de talent. Les miniatures et les vignettes de ce siècle conservent encore l’éclat des plus vives couleurs. Les arbres, les fleurs, les oiseaux , les insectes sont rendus avec vérité, mais sans aucune ordonnance. A l’égard des figures humaines , satisfaits d’en terminer les contours , de représenter les habillemens dans la plus scrupuleuse exactitude, ils ignoraiënt l’art d’exprimer les passions. Us eurent recours à l'écriture. Cet expédient fut dù à une plaisanterie de Bufa Malco, peintre florentin. Un élève le consultait sur les moyens de donner de l’expression aux tableaux j le malicieux Italien lui conseilla de faire sortir les paroles de la bouche de ses figures. L’artiste ignorant suivit cet avis ridicule, trouva des approbateurs, et apporta sa méthode en France. Nous voyons encore , dans des tapisseries antiques., « des monumens de ce goût barbare. 11 charmait
Ja simplicité de nos bons aïeux. On peignait alors en détrempe. La peinture à l’huile fut connue au siècle suivant; on en doit l’invention à Jean de Bruges.
Il nous reste des monumens de sculpture de ce siècle. Cet art n’obtenait aucune supériorité en France sur la peinture. Philippe Brunelleschi et Arnolphede Lapo réformèrent l’architecture gothique en Italie; elle ne faisait pas de grands progrès en France. La piété de nos pères se signalait dans la construction des églises; elles olfrentde grandes beautés.
L’élévation et la hardiesse des voûtes semblent supérieures, dans ces sortes d’édifices, à l’élégance de l’architecture grecque. A l’égard des autres constructions , il ri y faut chercher ni agrémens, ni appartemens commodes. On recevait le jour , dans la plupart des maisous , par des ouvertures longues et étroites, défendues des injures de l'air par des volets de bois. Le verre s’employait avec économie. Un vitrage , obscurci par des peintures , était un luxe réservé aux palais. Ces grands bàtimens , flanqués de tours , se composaient du rez dechaussée et d’un premier étage, divisés en salles d’une grandeur démesurée, décorés de lambris et de peintures. La simplicité des meubles répondait à celle des maisons. Les princes avaient cependant des appartemens.de parade.
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i3lo l’or et les étoffes précieuses y brillaient. Les petits miroirs de verre étamé étaient ral-es. On les tirait de Venise. L’ancien usage des miroirs de métal poli subsista long-temps en France. Anne de Bretagne en possédait un de cette espèce. Les tuiles et les ardoises couvraient les châteaux; on se contentait dechaume sur les autres maisons.
La plupart des officiers du roi logeaient dans le palais durant le temps de leur service. Deux huissiers et deux sergens d’armes , avec - leur carquois, accompagnaient les rois ; c’était toute leur garde. Ils voyageaient dans un chariot attelé de six chevaux. Les dames mandées par la reine , étaient défrayées à la cour. Les enfans de France restaient dans la maison du roi, servis par ses officiers. La maison des jeunes princesses consistait en un chevalier d’honneur , une dame et une demoiselle pour les accompagner. Un clerc leur apprenait à lire et à écrire.
* Plusieurs universités furent fondées par Charles-le-Sage. Celle de Paris était extrêmement nombreuse. 11 se trouva dix mille individus ayant droit de suffrage dans une assemblée tenue à l'occasion du schisme. Les maîtres se présentaient , dans les assemblées , revêtus de la chape et de l’épitoge fourrées. Il leur était défendu de s y montrer en colobes
et en tabards. Le colobe était une tunique à i3So peu près semblable à celles dont se servent les diacres à la messe. Les gens de loi portèrent long-temps ce vêtement. Ou appelait tabard un manteau rond et court. Un pape avait défendu à cette académie d’enseigner le droit civil} le seul droit canonique y fut enseigné long-temps.
On regardait Aristote comme l’oracle de la philosophie} la physique faisait des progrès. Pelletier commenta une partie des OEuvres de Pline-Ie-Naturaliste. Plusieurs savans composèrent une espèce d’encyclopédie remplie de fables. On eut quelques ouvrages de cosmographie. Albert de Saxe examina la grandeur de la terre considérée du sud au nord. On connaît peu de traités métaphysiques durant 1 ce siècle; mais plusieurs livres de morale furent publiés. On cultivait les mathématiques.
Le calcul des différens degrés de vitesse était connu. Les savans annonçaient les éclipses.
Maître Jean, astronome de Galeas Viscomti , avait imaginé une sphère mouvante. Cet ouvrage ferait honneur à nos artistes modernes. Il se composait d’une multitude de cercles et de roues gouvernées par un seul contre-poids.
J’ai parlé des vêtcmens en usage chez nos pères. Aucun peuple ne surpassa les Français Tome V. 7
i36<> dans l’inconstance de leurs habilleraens. Un spectacle curieux serait la représentation par ordre de date , des habits français seulement depuis quatre siècles. Avant cette époque les variétés étaient moins sensibles; un écuyer n’aurait osé prendre l’habit d’un chevalier, encore moins un homme du peuple n’aurait osé s’habiller comme un écuyer. Philippele- Bel avait indiqué les étoilés pour chaque condition. 11 ne fut pas obéi. J’ai parlé des souliers à la pouluiuc. Cette mode passa sous le règne de Charles- le Sage.
Les cheveux longs fuient en usage durant la première dynastie , le serf était rasé. Pépin et Charlemagne portèrent les cheveux courts , Charles-le-Chauve n’en avait point du tout.
L’usage des cheveux longs revint sous la troisième dynastie; cette mode déplut aux gens d’église, ils la condamnèrent. Louis-le Jeune fit couper ses cheveux. Les autres rois jusqu’à Louis Xlil les ont portés courts comme ceux des gens d’église de nos jours. On reprit les cheveux longs sous Louis XIII.
Pendant dix siècles, on couvrait sa tête en France d’aumusses ou de chaperons. Le chaperon était à la mode sous les Carlovingiens, on le fourra d’hermines ou de menu vair. On en lit ensuite tout-à-fait de peaux, ils s’appelèrent auruusscs ; l’aumusse ou le chaperon
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furent abattus sur l’épaule pendant le règne ij»o de Charles-le-Sage. On se couvrit ensuite de bonnets. On appelait mortiers les bonnets de velours galonnés en or.
L’usage des chapeaux s’introduisit sous le règne de CX^arles-le-Victorieux , on les pôrta d’abord à campagne. Us devinrent d’un usage général sous Louis XI Louis XII reprit le mortiety François 1 er porta un chapeau orné de plumas. Henri 11 se coiffait d’une toque; FrànçoÉy II y iftit des plumes ; Charles Maximilign, de&pierreries ; Henri III se coiffait comme les femmes de son temps.
Les gens de distinction portaient l’habit . long à la ville, l’habit court à la campagne et à l’armée; On ne voyait ni fraises ni collet avant Henri IL Charles le-Sage est cependant représenté avec un collet d’hermines. Les habiilemens en changeant de forme conservaient les mêmes noms. Outre le manteau et la robe longue, on se servait en France de cottes simples, de cottes hardies, et de sur-coots; ce dernier vêtement était une espèce desoubrcveste portée sur la cotte. Les mêmes habillemens étaient communs aux deux sexes. Ou lit dans le roman d’Ermine de Rheims : « Il me vint deux femmes portant sur-coots plus longs qu’elles d’environ une aune, elles tenaient à leurs bras ce qui était bas, et avaient
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»38o aussi poignées en leur sur-coot pendant aux coudes. Leurs tettins tressés en haut » De ces sur-coots sont venus nos surtouts. Lagarnache, habit long, descendait aux talons 'et n’avait point de manches. En sortant on se couvrait d’une chape dont on était envéloppé ; les hommes et les femmes s’en servaient. Un ancien écrivain parle d’un comte «t d’une comtesse n’ayant qu’une chape en commun. L’on consèrva dans la suite la partie supérieure de la chape, elle forma 1# chaperon. Il couvrait la tête et les épaules, on le relevait ^ur la tête par un pli prenant environ trois doigts de la cornette.
Par cette cornette , on entendait une espèce de béguin de toile unie ou découpée. Elle fut interdite aux gens d’église par le concile de Rouen en i343. Cette coiffure, se terminant en corne, ressemblait à celle portée de nos jours par le doge de Venise. De cette corne, lui vint sans doute le nom de cornette. Les coiffures de femmes ont retenu ce nom.
Dans le quatorzième siècle , les dames portaient sur la tête une corne extrêmement élevée, elles agrandirent prodigieusement dans la suite cet ornement. Les portes des appartemens se trouvaient trop étroites. On nommait ces coiffures gigantesques des hennins. L’usage des chapeaux fit tomber pour -
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les hommes , la mode des corneiles. On les i38o garnit, en différens temps de plumes , de • franges d’or, et de cordons ornés de perles.
Ces cordons attachaient le chapeau sous le cou. Le retranchement des bords du chapeau forma le bonnet carré à l’usage des gens d’église et de loi.
Plus ou moins de magnificence faisait la différence entre la chaussure des grands et celle du peuple. L’usage des pantoufles fut défendu aux' gens d’église , par un concile de Sens.
On donnait le titre de madame exclusivement aux femmes des chevaliers. Jeanne - d’Artois, princesse du sang, devint veuve le * jour même de ses noces avec le comte de Dreux, elle ne prit jamais d’autre titre que celui de mademoiselle de Dreux. Son mari était encore écuyer , lorsqu'il périt dans un tournoi , six heures après la cérémonie de son mariage.
De tout temps les Français se livrèrent passionnément au jeu. Si on en croit Tacite, ils se jouaient eux-mêmes en Germanie quand ils n’avaieut plus rien à perdre. Charles- le- Sage publia une ordonnance, portant prohibition des jeux de hasard , son édit ne reçut aucune exécution. Les gens de guerre ne connaissaient d’autre passe-temps , les pKnces êux-mêmes donnaient ce mauvais exemple
i 3 oo à leurs courtisans. Louis XI jouait beaucoup,
» son fils davantage; Louis XII peu; François I er
encore mois. Le plaisir de Henri II était de courir la bague; celui de Charles Maximilien, de forger et battre un fer. Henri III se passionna pour les jeux de hasard, il y perdit • des sommes immenses. La même maladie continua sous Henri IV; ce prince voyait avec plaisir les grands se ruiner.
La musique et la danse étaient des plaisirs ordinaires en France dans le quatorzième \ siècle. J’ai fait mention des troubadours et des ménestrels. Charles-le-Sage égayait volontiers la fin de ses repas par des concerts de flûtes. On exécutait des airs à quatre parties. Gui l’Arétin avait inventé en 1026 les * notes de musique. Les offices étaient chantés par un corps de musique dans la cathédrale de Paris dès le règne du roi Jean Les notes se. distinguaient sous les noms de longues, de communes et de minimes. On commençait à faire usage des dièses, des pauses et des soupirs. Les musiciens, dans la plupart des grandes villes, formaient une corporation sous un chef nommé le roi des ménestriers. .Ou les appelait à toutes les fêtes, les poêlés s’associaient avec eux, ils donnaient un nouveau lustre aux vers par les accords de la musique ; les comédiens, les musiciens et les poêles;
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sont souvent confondus par les chroniqueurs i38o du treizième et du quatorzième siècle sous le nom de jongleurs. Ils représentaient des drames sur des théâtres élevés dans les places publiques, la multitude courait en foule à ces divertissemens.
Depuis que le célèbre Gerbert avait inventé les horloges à roues , l’art de l’horlogerie avait été négligé. Le soleil indiquait la marche des heures. On se servait, durant les nuits, de clepsidrés , ou d’horloges de sable. Un grand ouvrage d’horlogerie illustra le règne de Charles - le - Sage, 11 appela d'Allemagne, Henri de Vie , l’horloger le pins célèbre de son temps. Cet artiste plaça sur la tour du palais la première grosse horloge connue en France ; dans ces anciennes horloges se trouvait l’échappement ordinaire , invention singulière dont l’auteur est ignoré.
Avant le règne de Charlcs-le-Sage , le roi avait nommé les officiers du parlement ; d’après nn édit de ce prince , les conseillers , les présidens et même le chancelier de France furent élus au scrutin.
Je parlerai bientôt de l’invention de l’artillerie moderne , dont on commençait à faire usage en France. Après en avoir éprouvé à Crécy et à Poitiers les redoutables effets , nos aïeux-, accoutumés à suivre des routes battues.
changeaient difficilement l’uniformité de leur
marche ; les balistes et les autres machines de guerre produisaient beaucoup d’effet à l’attaque des places. Cette artillerie lançait des quartiers de rochers avec une force prodigieuse.
Les premiers canons étaient moins propres à renverser les murailles des forteresses que ces terribles bombardes dont le bruit retentissait à six lieues à la ronde, mais on ne l’employait pas dans les batailles ; les Anglais ayant fait usage du canon , on fut contraint de les imiter.'
A l’aide .de l’industrie et du temps, l’artillerie moderne se transporta plus facilement , et devint plus meurtrière par ses effets. Je parlerai dans la suite de l’invention des mousquets et des autres armes à feu. Cette nouveauté porta le coup mortel à la chevalerie. Il fallut substituer, à la valeur active , une froide intrépidité -, l’infanterie l’emporta sur la cavalerie. Les armées devinrent plus nombreuses.
Les nations s’épuisèrent à l’augmentation de leurs forces militaires.
DE
FRANGE