LIVRE QUATORZIEME
Charles-le-Bien-aimè (VU*, de ce nom J.
i. Minorité de Charles-le-Bien-aimé. — Régence du duc d’Anjou. — 2. Etats-généraux tenus à Paris. — 5 . Fin de la Guerre de Bretagne. — Trêve avec l’Angleterre. — Etats-généraux de i382. — 4 - Expédition du duc d’Anjou en Italie. — La reine de Naples est assassinée. — 5 . La guerre se renouvelle entre la France et l’Angleterre. — Pacification de la Flandre. — 6. Exactions de la cour pontificale d’Avignon. — Vain projet d’une descente en Angleterre. — 7. Mort du roi de Navarre. — Procès fait à sa mémoire. — 8. Troubles d’Angleterre. — Le connétable de Clisson , successeur de du Guesclin , est arrêté en Bretagne. — 9. Charles-lerBien-aimé prend les rênes du gouvernement. — 10. Entrée de la reine Isabeau dans Paris.
lOG HIST. DE FR. I ro . PART. L 1 V. XIV.
— il. Expédition du duc de Bourbon en Afrique. — Mnladie du roi. — Assassinat du connétable de Clisson. — 12. Suites de la maladie du roi. — i 3 . Guerre entre le duc de Bretagne et Clisson. — 14. Mariage du roi d’Angleterre avec Isabelle de France. — Trêve entre les deux couronnes. — Malheurs publics. — i 5 . Nouveaux troubles en Angleterre- — 16. Le duc de Lancastre enferme le roi d’Angleterie dans la tour , de Londres. — Le parlement fait le procès à ce monarque. — 17. Précis du gouvernement de l’Europe à la fin du quatorzième' siècle. — Orient. — Allemagne. — Opinions de Wielef. — 18. Hongrie. — Bataille de Nicopolis. — Suède. — Danemarck. — Espagne. — Suite du^ schisme d’Occident. — Robert est élu roi de Germanie. — 1 9. Gouvernement de France* sous le règne de Charles-le-Rien-aimé. — 20. Mort du duc de Bourgogne. — Assassinat du duc d’Orléans. — 21 . Suites de ce meurtre.
1 . La France et l’Angleterre se trouvaient gouvernées par des cnfans. Ces deux minorités furent malheureuses. Une divisison prononcée entre les quatre oncles du roi de France annonçait des événemens très fâcheux. Charles-le*Sage, suivant l’observation de Voltaire r dépensait à l’entretien de - sa maison , quinze cent marcs d’or par an ; ses frères en employaient sept mille pour Charles-le-Bien-aimé, âgé de douze ans, qui, malgrécettedisposition, manquait souvent du nécessaire. Il ne faut pa» mépriser ces détails , ajoute Voltaire , ils son*
la source cachéede lu ruine des empires comme de celle des particuliers.
Le duc d’Anjou, ambitieux et prodigue, aurait voulu s’emparer du pouvoir accordé par le testament de Charles-le-Sage aux tuteurs du jeune roi. Les ducs de Bourgogne et de Bourbon, chefs du conseil de régence, supportaient impatiemment lu supériorité du duc d’Anjou , aucun concert ne régnait entre eux. Le duc de Bourgogne ne se contentait pas de marcher d’un pas égal avec le düc de Bourbon , oncle maternel du jeune roi. Le duc de Berry augmentait son crédit au sein de ces divisions domestiques. •
Tous les historiens louent la modération du duc de Bourbon , mais les ducs d’Anjou , de Berry et de Bourgogne cherchaient perpétuellement à se nuire entre eux. Un caractère violent les portait à terminer leurp querelles par les armes , triste fruit de la politique de Charles-le-Sage. Ce prince avait détruit l’autorité des états-généraux au lieu d’en faire l’appui de sa puissance. La conservation de ses entans dépendait du caprice de quatre princes. Leur intérêt particulier pouvait replonger la France dans l’anarchie dont Philippe-le-Bel avait eu tant de peine à la faire .sortir. Les grands, dont le pouvoir prenait peu à peu la place de celai
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des états generaux, redoutaient lés moyens extrêmes employés par les régens.
Un grand conseil se réunit dans Paris. Les princes du sang , des prélats , des grands barons , plusieurs membres du parlement, de la chambre des comptes et de la trésorerie, et les plus notables bourgeois de Paris , composaient cette assemblée. On convint, après de long» débats, dénommer quatre arbitres dont les noms ne sont pas venus jusqu'à nous.
Us jurèrent sur l'Evangile de borner leurs délibérations aux intérêts du roi et de l’Etat. Leroi devait recevoir l’onction royale le 4 novembre. Cette cérémonie termina la régence ; on décidait que le roi gouvernerait ensuite avec t»n conseil présidé par ses quatre oncles. Le duc d’Anjou , dont l’autorité allait expirer, se hâtait d’employer son pouvoir passager à piller les trésors amassés par l’économie de Charles-le-Sage.
Pierre de Savoisi , chambellan du feu roi , connaissait le lieu où cet or était conservé. II le menaça de la mort en présence du bourreau. Savoisi ne crut pas devoir garder le secret de l’Etat aux dépens de sa tête : ce trésor fut sur-le-champ enlevé. On l’évaluait à dîxsept millions de francs. Cette expoliation entraîna un soulèvemeut dans Paris et dans les provinces voisines de cette capitale. Char-
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ies-le-Sage avait publié une ordonnance por- i3bo tant suppression de plusieurs impositionsnouvelles. Ce trésor devait y suppléer ; les Parisiens demandaient à grands cris l’exécution de la loi portée par Charles-le-Sage.Ces clameurs, soutenues par la force des armes, effrayaient le conseil du jeune roi. Il ne se crut pas en sûreté dans Paris au retour du sacre. Voulant calmer la publique effervescence, il publia une déclaration dans laquelle, approuvant l’ordonnance de Charles-le-Sage , il abolissait les subsides créés sans le consentement des états-généraux. Cet édit ramenait la forme de gouvernement anéantie par Charles-le-Sage. On aurait pu remplacer les impositions supprimées avec l’or amassé par Charles, cette ressource n’existant plus, la convocation des étatsgénéraux devenait indispensable.
Au lieu d’açsemblcr dans une même ville les députés de toutes les provinces dont la réunion représentait la volonté nationale, la cour divisant pour régner, convoqua dans Paris les seuls députés de la langue d'oui. Les états de Ijanguedoc s’assemblèrent à Toulouse, ceux de Dauphiné à Grenoble , ceux de Normandie à Rouen , ceux d’Artois à Arras v y
La dignité de connétable de France fut alors conférée à Olivier, de Clisson, frère d’armes de du Guesclin-
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i3i>o 2 . Les états étaient réunis à Paris au mois de novembre*. i38o. Pendant cette assemblée, peu conn ue par nos historiens, les quatre oncles du roi convinrent de décider seuls les principales affaires. La garde du monarque et de son frère derpeurait aux ducs de Bourgogne et de Bourbon. Après cet arrangement les quatre ducs choisirent douze individus chargés de les aider de leurs conseils.
Un subside fut voté par les états de Paris.
On exigeait la suppression des impôts appelés aides, et que le roi , confirmant l’édit publié au retour de Rheims, reconnût solennellement ' que les rois de France n’avaient pas le droit ‘ d’enfreindre les franchises nationales. L’ordonnance demandée fut rendue. Le gouvernement français, dont le pouvoir législatif n’était pas encore consolide par un ioug usage, regardait les chartes accordées dans les occasions délicates , comme n’ayant aucune valeur. On apaisait par des lettres patentes un mécontentement dangereux , on promettait de corriger les abus; et , après le retour de la tranquillité publique, la cour ne remplissait aucune de ses promesses.
Si les états de Paris avaient représenté la France entière , leur première opération eût été sans doute de forcer le duc d’Anjou à restituer l’or dérobé par lui; mais, chargés despou-
voirs de la moitié des provinces françaises , ils lie pouvaient décréter des lois générales. Mably n’a pas fait cette réflexion , en accusant perpétuellement cette assemblée d’avoir pris des mesures insuffisantes.
Pendant qu’elle supprimait les aides , les états du Languedoc, du Ponthieu , de l’Artois les accordaient, La- cour , feignant de considérer cette diversité d’opinions comme une preuve que les opérations des états de Paris n’obtenaient pas l’aveu national , se croyait quitte de ses promesses.
11 n’existait , en France, aucune loi fondamentale dont les articles formels forçassent les rois d’assembler à des époques fixes , les étatsgénéraux de tout l’empire ; les états provinciaux , composés d’élémens contraires , n’opposaient aucune barrière aux invasions de l’autorité ministérielle , la liberté publique devait s’éteindre parmi nous.
Les barons , les évêques , souvent en contestation les uns avec les autres, pour des droits de chasse , pouf des préséances ou des prétentions de pure vanité, dominaient dans ces assemblées provinciales. Ils regardaient les lois générales comme un frein imposé au puissant par le faible ; on les voyait souvent se révolter contre les rois, non pour être libres, mais pour vendre leur soumission à prix d’ar->
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j58o gent. Les prêtres, se servant des idées religieuses , prêchaient , comme un dogme de l’évangile , l’obéissance la plus passive. Les bourgeois riches craignaient de compromettre leur fortune. Dans ces circonstances , avec quelles armes les états des provinces pouvaient-ils combattre quatre princes déprédateurs ?
Cependant , comme une grande assem- ' blée présente une masse de puissance respectable , les états de la langue d’oui obtenaient un crédit supérieur à celui des provinces. Ne pouvant réunir toute la France en une seule représentation , leurs réglemens ne devaient remédier à aucun abus.
A peine séparés , la cour rétablissait les anciens impôts. Le duc d’Anjou négociait avec les principaux bourgeois de Paris, prodiguant les promesses. Ses efforts furent infructueux, ils voulut alors intimider la capitale par un coup d’autorité. Le commandement d’armes appartenait au prévôt des marchands. Le régent pourvut Maurice de Trdsignidi de l'office de capitaine de la ville de Paris. Les principales fonctions de cet officier consistaient à rompre les assemblées des bourgeois. Le rétablissement de l’impôt des aides fut publié à son de trompe ; mais , contre l’attente de la cour , les boutiques sont fermées sur-le-champ; la mul?
titudese réunit dans les places publiques, elle ,3b 0 demande l’exécution de 1 ordonnance publiée pendant la session dés états ; le même soulèvement se manifestait en Picardie, en Champagne et dans d’autres provinces.
5. À la faveur de la minorité du roi , les i38i Anglais , échappant au danger dont ils étaient menacés en France , entrèrent eu Bretagne.
Les Bretons , repoussant la domination arbitraire de la cour de France , ne voulaient pas subir le joug des Anglais. Bukinghan fut contraint de repasser la mer. Les états de Bretagne obligeaient eu même temps leur duc à se réconcilier avec le gouvernement français :
Je duc d'Anjou occupé d’au très objets, reconnut Jean de Montlort en qualité de duc de Bretagne, pair de France.
Avant ce traité, le duc avait signé une protestation secrète devant un notaire apostolique; il déclarait consentir à des clauses contraires à ses liens antérieurs dans la crainte seule de perdre ses Etats , moyen singulier de s'affranchir de ses scrupules en se réservant le droit de manquer à ses promesses. 1
Il vint à Paris rendre hommage. L’hommage était lige ou simple. Par le premier, lè vassal s’engageait à servir son seigneur en personne et contre tous. Cet engagement se trou- * vait plus restreint par l’hommage simple. Le Tome V 8
**38i d uc prétendait ne pas devoir hommage lige. On se contenta de l’hommage simple.
Une conformité frappante existait entre la situation politique de la France et de l’Angle- »• terre. Sans parler de l’âge tendre des deux mo-
narques , gouvernés par des oncles ambitieux , la conduite du duc d’Anjou en France, et du duc de Lancastre en Angleterre, se ressemblait exactement. Le premier ruinait la France , voulànt faire valoir ses droits au royaume de IVaples; le second ruinait l’Angleterre en faveur des siens sur la couronne de Castille.
Les peuples victimes de ces deux entreprises murmuraient également contre les dépenses énormes dont elles devenaient le prétexte Las de se plaindre , ils se révoltèrent. Le caractère des deux nations se fit connaître dans la manière dont elles se conduisirent .
dans cette occurrence. Un collecteur de capitation, dans le comté de Kent, veut soumettre à cet impôt la fille d’un couvreur. Le père ' objecte la jeunesse de sa fille. L’exacteur veut vérifier son âge, et ose faire un geste indécent. Le père indigné le renverse d’un coup de marteau. Un soulèvement se prononce; les comtés voisins se joignent à celui de Kent; la multitude force les prisons , elle en tire un • Franciscain renfermé comme hérétique. Ce moine, nommé Jean Bull, achève d’enflammer
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la populace par ses harangues. Le texte de ses 1 58 1 discours était ordinairement, ce proverbe anglais : Quand Adam bêchait, et qu’Eve filait, il n’existait pas des barons. Le couvreur et le rnoine vinrent à Londres , à la tête de cent mille hommes. La ville est inondée de sang.
Le moine , d’orateur devenu général , se rend maître de la tour. La cour fut contrainte de céder. Leroi traitait d’égal à égal avec le moine. Cependant le maire de Londres était parvenu à rassembler les milices delà cité , il immole de sa main le chef des insurgés. La multitude des pillards prend la fuite, Londres est en sûreté; mais la fermentation subsistait dans lesproviîfces. La cour , dans ces circonstances, ne pouvait se relever de ses pertes , en profitant des troubles de France.
Les aides ayant été conservées par les états de Languedoc , les quatre ducs , sous ce prétexte , avaient rétabli ce subside d’une perception facile aux portes de Paris et des autres villes. Les Parisiens, prenant les armes , déclaraient ennemis publics les percepteurs de cet impôt. En vain le duc de Bourgogne introduisait dans la ville plusieurs compagnies . d’hommes d’armes , les Parisiens les attaquent.
Les hommes d’armes semblaient invulnérables sous leur armure de fer. On enfonce leurs casques et leurs cuirasses avec des masses de
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i3 Ji fer ou de bois dur , appelées maillots. Celte arme inusitée fitdonnerle nom de maillolins aux auteurs du soulèvement.
, Hugues Aubrioi était alors prévôt des marchands. Ce magistrat avait fortifié Paris, et commencé à élever la Bastille. Il y était alors enfermé comme hérétique. Les Parisiens lui rendirent sa liberté.
Aubriot, au rapport du père Daniel , fut un scélérat digne du leu. Villarct eu fait un débauché. C’était un homme modéré dans ses désirs , puisque-le soulèvement des Parisiens étant apaisé , il alla finir obscurément ses jours dans la Bourgogne , sa patrie^
La révolte prenait le caractère d’une insurrection. Les receveurs, proposés à la perception des aides , étaient massacrés à toutes les portes. Le gouvernement fut contraint d’assembler de nouveau les trois états.
i58a Ils ouvrirent leurs séances en i 582 dans la grande salledu parlement. Armand de Corbie , premier président, fit une peinture pathétique des besoins publics ; il demanda les mêmes secours accordés sous le règne de Charles-le- • Sage. Les communes, sans refuser ouvertement, exigeaient la réforme des abus, en attendant de nouveaux pouvoirs de la part de leurs commettans. Les Languedociens , accablés par les exactions auxquelles se livraient
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les agens du duc de Berry , déployaient la même méthode à Toulouse. Cette conduite aurait réprimé la cupidité des oncles du roi, si le duc d'Anjou, alors à la tête d’une armée ne l’avait employée contre Paris.
La guerre continuait entre les Flamands et leur comte. Le duc de Bourgogne protégeait son beau père. L’armée du duc d’Anjou se partagea en deux corps , l’un gagna la bataille de Rosbec, l’autre s’approcha de Paris. Le pillage des maisons de campagne répandues aux environs de cette capitale , avait été abandonné aux troupes. Les bourgeois de Paris furent défaits par des hommes mieux armés qu’eux.
Je crois devoir emprunter les expressions de Mably. « Aubriot s’était démis de sa place. Les Parisiens privés de chef, offrirent cent mille francs au gouvernement , à condition que les franchises de la ville seraient conservées. Ils croyaient en vain avoir acheté la paix par ce sacrifice ; le conseil de Charles voulait décider par la force une question depuis longtemps débattue , et s’affranchir delà contrainte où le tenaient les communes , en refusant de renoncer à leurs franchises. Charles s'approchait de Paris. Les officiers municipaux allaient à sa rencontre. On leur refusa audience. Les troupes brisent les portes de Paris , quoiqu’elles
i 1 8 ■ HIST. DE FR. I«. PART. LIV. XIV.
2 soient ouvertes. Le silence de l’armée présage les derniers malheurs.
» La terreur était répandue sur toutes les familles. On publie un ordre de rechercher les auteurs de îa dernière sédition ; sous ce prétexte , sont jetés dans les prisons trois cents des plus notables bourgeois. On procède avec lenteur contre les prisonniers , afin d’affaisser les esprits par une longue consternation. Au milieu des exécutions dont Paris voyait renouveler l’odieux spectacle, Charles, supprimant tous les privilèges de la capitale , défend aux bourgeois toute assemblée communale , et rétablit les impôts levés sous le règne de son père.
» On avait sacrifié à l’avarice du conseil un grand nombre de riches bourgeois condamnés au dernier supplice , quand la population de Paris fut assemblée dans la cour du palais. Le roi se montra assis sur un trône, environné de ses oncles et de ses ministres. Le chancelier Pierre d’Orgemonl reproche à la multitude, comme le plus énorme des attentats, d’avoir cru, d’après le texte précis des ordonnances ren-‘ dues par tous les rois depuis Philippé-le-Bel, et par Charles lui - même , que les subsides , payés par les Français, étaient des dons gratuits auxquels ils ne pouvaient être imposés arbitrairement ».
Le premier magistrat du royaume ayant ins-
truit les habitans de Paris de leur crime, prononça contre eux une proscription générale.
Chaque individu croyait voir le glaive suspendu sur sa tète. Le frère et les oncles du roi , feignant d’être attendris par le lamentable spectacle dont ils étaient témoins , se jetèrent aux genoux de Charles, implorèrent sa clémence , et demandèrent grâce pour les coupables.
Charles commua la peine de mort en des amendes pécuniaires. La capitale fut entièrement ruinée.
Malgré cette rémission on pend, on noie pendant la nuit plusieurs centaines de bourgeois. L’avocat général du roi au parlement fut traîné au supplice , et s’appelait Jean Desmarcts , c’était un vieillard octogénaire connu pour s’être opposé de son mieux à tous les mouvemens populaires , au lieu de les favoriser ; il lui fut ordonné sur l’échafaud de demander pardon au roi ; il répondit avec fermeté : Philippe , bisaïeul du roi , Jean son aïeul , Charles son père ne m'ont jamais rien reproché, le roi actuel en agirait de même s’il avait âge et connaissance d’homme ; à Dieu seul je demande pardon.
Rouen et plusieurs autres villes furent traitées commeParis. Aucune commune, après cet exemple terrible , n’aurait osé faire valoir ses franchises. Les aides furent établies dans toutes
les villes. Ou imposa un subside auquel tous les ordres de l’Etat étaient assujélis. Les barons éludèreut la loi , les prêtres payèrent d’abord ; mais dans la suite, voulant conserver l'image de leurs anciennes immunités , ils transigèrent avec le prince j le clergé paya scs subsides sous le nom de don gratuit.
4 . Le duc d’Anjou e'tait enfin parti pour l’Italie. Les deux papes s’anathématisaient réciproquement depuis le commencement du scliisme .Clément V, pape d’Avignon, reconnu en France , partageait avec le gouvernement les dépouilles de l’église de cet empire. Urbain , pape de Rome , mécontent du conseil de Paris , mais ne pouvant lui faire sentir le poids de son indignation , la faisait tomber sur Jeanne , reine de Naples. 11 avait formé le projet de démembrer ce royaume , et d’investir , de la principauté de Capoue , Batille-Prignano son neveu. Jeanne fut excommuniée et déposée par une sentence rendue au Vatican. Il s’agissait de mettre cette bulle à exécution. Le pape jeta les yeux sur Charles de Durazo , reconnu par la reine en qualité de son héritier. Il combattait alors les Vénitiens dans la Dalmatie à ' la tête des armées de Hongrie. La reine ne pouvait ignorer la négociation d’Urbain. Cependant la conduite atroce du duc de Durazo ne pouvait pas se présumer.
CHABLES-LR-BIKN-AIMÉ (VII* ).
Le bandeau fatal dont les yeux de Jeanne^ i38z étaient couverts allait tomber. Urbain couronna Durazo , roi de Naples , dans Rome.
Durazo appela sous ses drapeaux ces compagnies d’aventuriers dont la marche seule répandait l’épouvante. Le pape se disposait à s’avancer avec Durazo vers Capoue. La reine, indignée, transfère l’adoption faite par elle de Durazo au duc d’Anjou , frère de Charles-le-Sage.
Des ports de Provence dont Jeanne était maîtresse, le duc d’Anjou pouvait en peu de temps envoyer sur les côtes de la Campanie des secours sulfisans à sa mère adoptive. Ce prince, s’étant emparé des trésors de son frère , leva des troupes avec rapidité ; mais il les employa contre les Flamands et les Parisiens.
Son or se dissipa , et quand il se mit en devoir de passer à Naples , la reine n’était plus.
La ville de Naples avait ouvert les portes aux soldats du pape. La reine tomba dans les mains de l’usurpateur; il l’enferma dans la forteresse de Muro , et peu de temps apres , la fit étouffer entre deux matelas.
Charles , duc d’Anjou , couronné roi de Naples dans Avignon par Clément , parut enfin dans la Campanie. A son armée se réunissaient le3 barons napolitains attachés à la mémoire de la reine. Charles de Durazo évitait une action décisive. L’armée française se con-
i55a .suma par les chaleurs du climat de Naples. Le duc d’Anjou mourut ; son fils encore enfant hérita de* ses droits. Ramondcllo - Orsino , guerrier très-renommé , resta dans la Campanie le chef du parti français en qualité de régent j mais il ne put rien entreprendre. l e royaume de Naples devint successivement le partage de Charles de Durazo , et de ses deux enfans , Ladislas et Jeanne. Le fils du duc d’Anjou régna en Provence sous le nom de Louis II ; il eut un fils appelé dans la suite au royaume de Naples par Jeanne , connue sous le nom de Jeanne II.
ij85 5. Pendant cette guerre d’Italie , le conseil de Londres, redoutant les progrès des armées françaises en Flandre après la bataille de Ros* bec , envoyait des troupes < ans les Pays-Bas j
. leur petit nombre les rendait inutiles. Le fanatisme suppléait à ce défaut. Urbain faisait prêcher en Angleterre une croisade contre les princes soumis à son compétiteur. L’évêque de Norwick fut nommé général de cette sainte guerre. Ce prélat débarque à Calais à la tête de deux mille hommes d’armes et de quinze cents fantassins, tous absous de leurs péchés. D’après les projets d’Urbain, ces troupes devaient attaquer la France, mais, par une de ces contradictions dont l’histoire fournit dé fréquens exemples , elles se jetèrent sur les
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1 erres du comte de Flandre. Ce prince cepen- i5! dant était urbaniste. Les croisés traitent avec les Gantois, et reçoivent leur serment de fidélité au nom du monarque anglais en qualité de roi de France. Le comte, hors d’état de résister aux Flamands et aux Anglais , se réfugia à Paris.
Une armée française se rassemblait. Le duc de Bretagne voulut faire la campagne sous les drapeaux de Charles le-Bien-aimé , à la tête de deux mille hommes d’armes.
Cette campagne se termina par des conférences entre Bologne et Calais , on convint d’une nouvelle trêve. Les Gantois furent compris dans le traité. Le comte de Flandre mourut peu de temps après. Il laissait ses États à sa fille unique , épouse du duc de Bourgogne.
On observait assez mal la suspension d'armes. Il fut résolu par le conseil de Paris de tenter une descente en Angleterre. On préparait dans le port de l’Ecluse une flotte composée d’une multitude prodigieuse debatimens de toute grandeur ; une armée redoutable assemblée dans l’Artois , devait monter celle flotte.
Ces préparatifs jetaient la terreur en Angleterre. Toute l’ile prît les armes. Trois cent mille hommes, au rapport des contemporains , se rassemblaient sur les bords de la mer. La
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,ÿ 4-1385 cour de Richard II était agitée de jalousies et des soupçons fomentés par l’ambition des oncles du roi , l’audace des favoris , et la faiblesse du monarque. Une sourde fermentatalion continuait à troubler les provinces. Ces considérations rendaient le danger plus pressant. Mais à la cour de France, chacun se conduisait par des vues particulières, elles s’accordaient rarement avec l’intérêt de l’Etat.
Les Gantois, ayant surpris la ville de Dam, formaient le hardi projet de brûler la flotte française au moment même où les troupes s’embarquaient. Ce complot fut découvert.
Le duc de Bourgogne tourna les armes françaises contre les Flamands. Leprojetde guerre maritime fut renvoyé à l’année suivante. Les Français prirent d’assaut la ville de Dam , et la livrèrent aux flammes. Les troupes se répandant en Flandre , portèrent le carnage et Ja désolation jusque sous les murs de Gand.
Les Gantois étaient épuisés, et ne pouvaient compter sur les Anglais assez embarrassés à garder leurs côtes. Le duc deLancastre, occupé de ses projets sur la Castille, cherchait l’occasion de les exécuter. Ainsi les intérêts des deux royaumes se bornaient à des vues particulières.
Suivant le raport de Juvénal -des-Ursins , toutes les dispositions relatives au passage de
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l’armée française en Angleterre étaient termi-33'4 '3°j liées. Les troupes et la flotte e'taient prêtes. L’expédition échoua; le bruit public attribuait ce mauvais succès aux généraux. Ils partagèrent entre eux l’argent destiné à l’armée, et non contens de cette infidélité , gagnés par les ennemis de la France, ils mirent tant de lenteur dans l’embarquement des troupes , que la mauvaise saison survenant , rendit la travèrsée impossible.
Tout concourt en effet à inspirer le soupçon d’une secrète intelligence entre les oncles du roi de France et ceux du roi d’Angleterre.
Le ministère de Londres parut favoriser le duc de Bourgogne en abandonnant les Flamands.
Cet abandon les forçait à poser les armes, le duc de Bourgogne désirait ardemment d’arrêter la désolation d’uue province devenue son patrimoine. Des conférences s’ouvrirent dans Tournai. La paix fut conclue le )8 décembre i585, en présence des ambassadeurs de France. Les Gantois renoncèrent à leur alliance avec les Anglais , prêtèrent serment au duc et à la duchesse de Bougogne ; l'observation des franchises de la province fut solennellement jurée.
6. Le duc de Bourgogne, à l’exemple du roi de France, son neveu, reconnaissait le pape
>3 4- '385 d’Avignon, les Flamands obéissaient à Urbain. Le duc ne vint pas à bout de changer les dispositions de ses nouveaux sujets. Les exactions de la cour d’Avignon décriaient Clément et ses adhérons. La France retentissait de plaintes sans nombre ; le conseil de Paris se vit dans la nécessité d’y faire droit.
Depuis près de neuf ans , le pontife avait fait lever par ses receveurs , le dixième de tous les revenus ecclésiastiques de l’empire français. Cet argent semblait augmenter la cupidité pontificale. De nouvelles taxes étaient inventées chaque jour. Procurations de bénéfices , service de la chambre du pape , confimation , premiers fruits , toutes ces contributions absorbaient les richesses ecclésiastiques. Cependant les désirs ne paraissaient pas satisfaits. Le pape établit un nouveau droit sur tous les bénéfices , et chargea l’abbé de saint Nicaise de Rheims d’en exiger le produit. Menaces et censures, tout fut mis en usage. L’insolvabilité la plus manifeste ne garantissait pas des poursuites pontificales. Les collecteurs apostoliques dévoraient la substance d’un clergé accoutumé à dévorer la substance des fidèles. Une clameur générale annonçait la fin de cette dangereuse spoliation. Le premier président Arnaud, de Corbie, fit le voyage d’Avignon dans le vain espoir d’obtenir la modé-
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ration de la nouvelle taxe. Lesbiens ecclé- i3V l 3 : >5 siasliques furent partagés en trois lots ; le premier destiné à l’entretien des biens et des maisons , le second au paiement des charges , le troisième restait au béne'Gcier.
Il était toujours question d’une descente en Angleterre j l’amiral Jean de Vienne ne fai- »
sait aucun cas des milices anglaises.
Une funeste expérience démontre que les hommes acharnés à s’entre-détruire , employèrent à ce fatal usage leurs richesses et leur population ; la comparaison respective de leurs forces semble donc être devenue un motif nécessaire de modération , ou d’encouragement. Heureux si la connaissance de cette balance contribuait à les rendre plus justes et plus éclairés sur leurs véritables intérêts ! Depuis un demi-siècle la France soutenait une guerre continuelle et souvent mal- t heureuse. Deux siècles avaient accumulé les pertes de la France , Charles-le Sage les répara en partie. La continuation des hostilités après une minorité désastreuse , achevait d’accabler la nation et par conséquent de ruiner les ressorts du gouvernement.
Tout paraissait tranquille en France; cependant un mécontentent universel annonçait Ja plus terrible explosion à la première occasion.
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‘357 Dans cette circonstance , un nouveau projet de descente eu Angleterre était formé sans calculer les dépenses inutiles prodiguées l’année précédente. Le port de l ’Ecluse renfermait les vaisseaux destinés à cet armement , quinze cents navires devaient transporter cent tnill e combattans, parmi lesquels on Comptait trente mille cavaliers. Le connétable de Clisson présidait à la construction d’un édifice étonnant. C’était une ville de bois de trois mille pas de diamètre , munie de tours et de crénaux , capable de contenir une petite armée. Cette ville navale, composée de pièces de rapport fut transportée sur une flotte équipée par le connétable dans les ports de Bretagne. Cet appareil serait suspect d’exagération si la vérité n’en était attestée par tous les contemporains. Lue magnificence extrême augmentait encore la dépense de cet armement.
Les Anglais, à la vue de cet apprêt extraordinaire , ne regardaient pas leur territoire suffisamment garanti par les précautions prises. On murmurait contre la sécurité du roi et de son conseil. Dans cette conjecture la surprise fut extrême , apprenant le départ du duc de Lancastre avec une partie des soldats nécessaires à la défense de l’ile. Se flattant de conquérir là Castille, il allait dans le port de Lisbonne réunir ses forces à celles du roi de Portugal, son allié.
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Charles-ie-Bien-airné arriva au port de l’E- i586 cluse, accompagné des ducs de Bourgogne et de Bourbon. On attendait le duc de Berry et la floue de Bretagne. .Elle fut brisée par un coup de mer en traversant la Manche. Clissou rassembla une partie de ses vaisseaux , et fit voiles vers l’Ecluse. Les dommages furent réparés comme on put. La saison s’avançait , les troupes consumaient les vivres et les fourrages ; la disette se fit sentir dans uue armée fort mal payée ; le duc de Berry parut enfin; les vents ne permettaient plus de tenter le passage ; le roi adressa à son oncle les reproches lesplus j ustes; le prince, sans s’émouvoir,tourna la chose en plaisanterie. Tant de préparatifs étaient perdus ; le duc de Bourgogne se fit adjuger la ville de bois. Une grande partie de cette flotte immense périt durant l’hiver par des coup de vents. La cour revint à Paris.
7 . Le roi de Navarre , Charles surnommé le Mauvais, venait de mourir, épuisé par les débauches et par la fatigue, à l’âge de cinquante six ans. Les médecins lui avaient conseillé de ranimer sa chaleur éteinte; enveloppé durant la nuit dans un drap imbibé d’esprit-de-vin, le feu prit à ce drap par l’imprudence d’un valet de chambre : le
roi fut brûlé.
Il était réduit à sou royaume de Navarre,
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i586 les comtés d’£vreux et de Montpellier avaient été conquis par les armées françaises. Ce prince mourut le i er janvier i586, et , deux mois après, on commença contre lui un procès criminel. La cour de France avait sans doute des raisons de feindre d’ignorer sa mort , on voulait priver son fils du comté d’Evreux dont la mouvance * s’étendait sur le quart de la Normandie ; les lois ne permettaient pas de poursuivre criminellement , le fils innocent d’un père coupable; on prit le parti d’appeler un mort en justice comme s’il eût été vivant.
Le 2 mars, le roi tint son lit de justice au parlement, les pairs, suivant l’usage avaient été ajournés; deux d’entre eux. seulement accompagnèrent le roi. Dans cette assemblée furent renouvelées les protestations rapportées précédemment à l’occasion du procès du duc de Bretagne. Le premier huissier, assisté de deux conseillers de la cour et du prévôt de Paris, appela le roi de Navarre, à la porte de la grand’chambre, à la table de marbre et sur Je grand escalier; personne ne s’étant présenté, le procureur- général demanda défaut contre le prévenu , et donna ses conclusions à fin civile. L’avocat du roi cita l’exemple de lucifcr et des mauvais anges précipités du
CHAB LES-LE-BIEN-A IME ( VIE ) .
or
ciel en punition de leur révolte, celui d'Adam et d’Eve, coupables de félonie, expulsés du paradis terrestre. Il allégua les lois féodales , dont les dispositions adjugeaient au seigneur le flef du vassal rebelle. 11 fit envisager le crime de lèse-majesté, comme devant être puni même après la mort du coupable , et conclut à la confiscation des terres possédées en F rance par Charles, roi de Navarre. L’avocat criminel du roi conclut à son tour. Les charges de procureur et d'avocat du roi étaient ordinairement remplies par des clercs, auxquels les lois canoniques ne permettaient pas de conclure à la mort. Cet usage entraînait la nécessite d employer le ministère d'un laïque dans les procès criminels. Les charges de procureur civil et de procureur criminel furent reunies dans les siècles suivans.
Ces poursuites contre le roitle Navarre ne furent pas continuées. Le parlement appointa le procès. Ce jugement préparatoire formait un commencement de titre; le roi possédait les comtés de Montpellier, de Champagne , de Brie et d Evreux, à l’exception de Cherbourg occupe par le| troupes anglaises. On voulait seulement intimider les enfans du roi défunt et les amener à céder au roi leurs possessions situées dans le nord de la France et h se contenter d’un dédommagement dans les provinces méridionales.
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, 3 2 H1ST. DE FR. I' e . PART. LIV. XIV.
Tiâtï 8. Malgré la fâcheuse issue des projets de descente en Angleterre, on y revenait encore. Clisson devait conduire la nouvelle entreprise. Les vaisseaux se rassemblaient dans les ports de Normandie. Jamais des circonstances plus favorables n’avaient permis de se flatter d uu heureux succès. L’Angleterre, agitée par de violentes secousses , touchait au moment d’une révolution. La conduite des courtisans du jeune Richard indisposait la nation. Le parlement exigeait l’éloignement de ces flatteurs, le roi répondait : Pour l’amour de mon parlement je ne chasserai pas le moindre marmiton de mes cuisines; il ajouta, au rapport de Rapin de Thoyras : Mes sujets veulent se révolter contre moi, mais avec le secours du roi de France , je saurai les ranger à leur devoir. Ces paroles annonçaient un secret concert , sinon entre Richard ét Charles, du moins entre la cour de Londres et les oncles du roi de France*
Une armée de quarante mille hommes , levée par les mécontens, s’approchait de Londres. Le monarque fut contraint de céder; les favoris se retirèrent. L’examen de leur administration découvrit l’excès de léur inconduite. Richard en parut convaincu ; cependant ce prince les rappela peu après leur disgrâce. Us n’eurent pas de peine à lui rendre ses oncles
odieux. Le duc de Lancastre combattait en Espagne, Cambridge et Bukingham, créés depuis peu ducs d’York et de Glocester , se virent exposés à l’indignation du roi , fomentée par de faux rapports. On accusait Richard de vouloir céder Calais et Cherbourg au roi de France.
Les mécontens prennent de nouveau les armes. Richard, entièrement défait, promit de se conduire par les conseils du parlement.
Deux bills furent publiés ; le premier défendait d’attribuer au roi les mouvemens précédens, le second accordait une amnistie générale.
Pendant la plus grande effervescence de ces troubles , l’Angleterre était menacée d’une invasion ; les mômes causes qui avaient enchaîné les descentes précédentes , auraient probablement reftdu vaine celle dont le commandement étaitconfié à (disson; mais un obstacle imprévu rompit toutes les mesures prises en France.
Clisson voulait marier sa fille à Jean , comte de Blois, prisonnier en Angleterre; ce traité vint aux oreilles du duc de Bretagne. Les états de la province se tenaient à Vannes. Clisson s’y trouva ; le duc l’engagea à visiter le château de l’Hermine, dont il augmentait les fortifications , Clisson cède à ses instances. Ayant examiné les appartemens, le> duc le conduit
i54 HIST. DE FR. b». PART. LIV. XIV.
jü6 dans la principale tour, le priant de lui dire son sentiment, comme connaisseur en fortifications. Parvenu dans la deuxième chambre de la tour, des hommes , apostés, le traînent dans un cachot. C’était à l’entrée de la nuit. Le duc mande le capitaine du château * il lui ordonne de lier le connétable dans un sac et de le jeter à la mer. Cet officier, nommé Jean Balavan, se charge de cette commission.
Pendant la nuit , le duc eut le temps de réfléchir aux suites d’un assassinat dont, par un motif de jalousie, il avait donné les ordres* cet événement pouvait lui enlever son duché, il se livrait au désespoir. Balavan entre dans son appartement , le duc , hors de lui-même , le repousse. Apaisez-vous, Monseigneur, s’écria Balavan , le connétable n’est pas mort* quand vous me commandées de le noyer, je considérai l’excès de la coffre dont vous paraissiez saisi , et j’augurai votre désolation si je vous obéissais. Balavan > mon ami, répondit le duc , tu m’as fait le meilleur service.
Après cet aveu , le duc semblait devoir éteindre le souvenir de cette action inique. Il écouta la voix de l’intérêt. Le connétable obtint sa liberté au prix de cent mille livres , et en livrant au duc Saint-Malo, Lamballe et la Motte Guincamp. De cette manière il met tait Clisson hors d’état de payer la rauçon du
prince auquel il destinait sa fille, mais il se couvrait d’une infamie ineffaçable.
On vit arriver Clisson à Paris au moment où la nouvelle de sa singulière aventure faisait le sujet de toutes les conversations. Le roi promit au connétable la plus éclatante vengeance. Les ducs de Berry et de Bourgogne ralentirent bientôt le ressentiment du monarque. Le premier venait de signer un acte de confédération avec le duc de Bretagne.
On ne parla plus de l’expédition d’Angleterre. Le duc de Bretagne faisait fortifier ses places.. Le comte d’Arondel, amiral d’Angleterre, croisait sur les côtes de France. Les ducs de Berry et de Bourgogne représentaient combien il était dangereux de pousser à bout un prince dont les ports pouvaient être ouverts aux ennemis.
Des commissaires royaux envoyés à Nantes, pressaient le duc de faire satisfaction au connétable , le duc tergiversait j l’année fut employée en vaines négociations.
Le roi vint l’année suivante tenir une cour plénière à Orléans. Le connétable y accusa le duc de Bretagne d’avoir attenté contre la majesté royale ; tirant son gant , il le jeta aux pieds du roi. Personne ne releva le défi au nom du duc. Ce prince , mandé à la cour , s’excusa sur une indisposition.
*388 Ses amis lui représentaient les dangers auxquels il exposait la Bretagne, il se décida enfin à venir à Paris. Le roi l’attendait au Louvre , il le reçut en présence de ses oncles. Le duc promit toute la satisfaction que le roi pouvait désirer er fit ensuite naître mille difficultés. Cependant cette affaire prenait une tournure sérieuse. La cour des pairs allait en prendre connaissance. Monlfort, après plusieurs conférences avec les ducs de Berry et de Bourgogne, rendit à Clisson son argent et ses villes. Le duc et le connétable se réconcilièrent en apparence.
g. Cette querelle, partageant la cour, manifestait les divisions dont elle était depuis long-temps le théâtre. L’excessive autorité des ducs de Berry et de Bourgogne excitait la jalousie des grands. On attribuait à ces deux princes la mauvaise issue des expéditions contre l’Angleterre. Le roi lui-même commençait à regarder ses oncles comme des censeurs incommodes. Dans une assemblée , tenue à Rheims où se trouvaient, avec les princes du sang, les grands officiers de la couronne, plusieurs barons, plusieurs évêques et les membres du conseil, on mit en délibération, si le roi ne devait pas prendre les rênes du gouvernement ? Le chancelier s’adressa d’abord au cardinal , évêque pair de Laon. Le prélat s’excusait de parler le premier sur une question
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aussi délicate ; mais le roi lui ayant ordonné «388 de s’expliquer , il observa que le roi , entrant dans sa vingt-uuième année , devait gouverner par lui-même. Le prélat avait d’abord craint de s’expliquer trop ouvertement; s’apercevant que l’assemblée approuvait ses opinions , il s’étendit sur les vices de l’administration.
Les ducs de Berry et de Bourgogne ne s’attendaient pas à être critiqués sans ménagement.
Chacun adopta l’avis de l’évêque de Laon. Le roi, s’adressant à ses oucles, les remercia de * leurs services , et déclara son intention de régler désormais les affaires de son royaume.
Les deux dues se retirèrent dans leurs terres.
Ils avaient rempli toutes les places de gens attachés à leurs intérêts. On les remplaça par de nouveaux ministres. Le seul duc de Bourbon conserva son crédit auprès de son neveu.
Le nouveau conseil d’état fut composé de ce prince , du connétable , de deux maréchaux de France et neuf autres conseillers. Arnaud de Corbie, premier président au parlement, obtint la dignité de chancelier , devenue vacante. Audoin Chauveron réunissait dans ses mains les charges de prévôt des marchands et de prévôt de Paris ; il fut destitué , et contraint de rendre compte de sa double administration devant des commissaires. Sa justification parut complète ; cependant , redoutant l’animosité
i3S8 de ses ennemis, il obtint des lettres d'abolition. Elles sont remarquables , en nous instruisant que la ville de Paris était imposée à la taille en temps de guerre, et fournissait des canons , de la poudre et un certain nombre d’hommes d’armes. Ces hommes d’armes allaient en campagne sous les ordres du prévôt de Paris. Le mariage du roi , l’entrée de la reine, étaient l’objet d’une taxe particulière, appelée la taille de la reine ; le prévôt des . marchands fixait l’imposition de chaque chef de famille et l’époque des paiemens ; la cour nommait les collecteurs.
La plupart des historiens assurent que les impôts furent abolis par le nouveau conseil d’état. Ce n’était pas une chose possible ; mais le roi fit remise d’une augmentation imposée l’année précédente.
11 fut ordonné au prévôt des marchands de veiller à la propreté des rues de cette capitale. Les motifs de cette ordonnance tirés de l’état où se trouvait alors Paris, devenu un véritable cloaque par la négligence des habitans , offre un tableau dégoûtant. Il ne m’est pas possible d’en rapporter* le détail fastidieux. Plusieurs ordonnances sur le même sujet annoncent un défaut d’exécution , provenant sans doute dé la multitude d'affaires dont un seul magistrat
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était surchargé. On voyait dans Paris (i) plusieurs enceintes privilégiées , remplies de cabanes dans lesquelles logeaient une multitude de fripons. Ils mendiaient durant le jour, et volaient durant la nuit; les ruses, avec lesquelles ils excitaient la compassion par des infirmités simulées, avaient procuré le^ont de Cour des Miracles au lieu principal de leurs rassemblemens , il en reste aujourd’hui des vestiges. Plusieurs enclos dans Paris portent encore le nom de Cour des Miracles. On ne pouvait approcher de ce? repaires, sans être exposé à être insulté. Le gouvernement 11e tentait pas meme de réprimer celte scandaleuse licence. Cet opprobre de l’humanité ne fut entièrement déraciné que dans ces derniers siècles.
Un des meilleurs moyens de procurer à la nouvelle administration l’approbation générale , était de rendre la paix à la France. Des négociations furent entamées vers la fin de cette année. Les dispositions de la cour de Londres favorisaient cette bonne oeuvre. Richard II , forcé de fléchir sous l’autorité parlementaire , ne pendant pas de vue le désir de manquer à ses engagemens, se rapprochait de la cour de France. Divers incidens retar-
(1) Recherches sur la ville de Paris.
______ i4o HIST. DE FR. F*. FART. LIV. XIV.
1^89 dèrent le succès des opérations diplomatiques ; mais les hostilités ne recommencèrent pas.
1 o. Le jeune roi ne joignait pas aux bonnes qualités du cœur, celles d’un esprit sage et éclairé; c’était un prince humain, généreux, mais imprudent, entêté et dominé par ses caprices. L’espoir de la paix laissait respirer les Français. Au lieu de conserver soigneusement l’argent destiné aux opérations de la guerre, il remployait en folles profusions. L’entrée dans Paris d’Isabeau de Bavière fut long-temps célèbre par le genre de sa magnificence. Cette fête eut lieu le 20 juin 1389, selon Froissard. La cour, réunie à Saint-Denys, attendait la nouvelle reine. Douze cents bourgeois de Paris , en robes mi-parties rouges et vertes, la reçurent hors des portes de la capitale- Elle s’avauçait eu litière découverte , escortée par les ducs de Berry, de Bourgogne, de Bourbon et d’Orléans; les duchesses cPOrléans et de Berry la suivaient sur des palefrois dont les freins étaient tenus par des princes ; des litières, semblables à celles de la reine , portaient les autres princesses ; à côté de leurs voitures , marchaient à cheval les plus grands seigneurs; le cortège était fermé par les dames de la cour.
A l’entrée de la ville, la reine trouva un ciel étoilé ; des petits garçons habillés en anges y récitaient des cantiques; la Vierge Marie y
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paraissait, tenant en scs bras son enfant , le- 1389 quel s’ébattait avec un petit moulinet , fait d’une grosse noix. On avait entouré la fontaine de Saint-Denys de drap bleu semé de fleurs de lis d’or ; de jeunes filles , habillées de blanc , chantaient mélodieusement , et présentaient aux passans clairet et hypocras dans des vases d’argent. Des chevaliers français, anglais, castillans et maures, représentaient , sur une estrade, un combat nommé le Pas d’armes de Saladin.
A la seconde porte de Saint-Denys, on voyait, dans une superbe chapelle, Dieu séant en sa majesté. De petits enfans de chœur chantaient moult doucement en forme d’anges.
Deux de ces enfans posèrent sur la tête de la reine une couronne enrichie de perles et de pierres précieuses , en récitant ces vers :
Dame , enclose entre fleurs de lis ,
Reine, êtes-vous de paradis ,
De France et de tous le pays ?
Nous retournons au paradis.
Plus loin , était une salle de concert. Isabeau voyait avec surprise ces merveilles du temps.
Le Châtelet lui offrit un nouveau spectacle. Sur une forteresse, paraissaient des hommes d’armes ; on y voyait un lit paré , où gissait madame Sainte-Anne; c’était, disent les contemporains, le symbole du lit de justice. Auprès
i4a HIST. DE FR. I«. PART. LIV. XTV.
1389 de la forteresse , on vit s’élancer, d’un bois un cerf blanc ; il s’avança vers Sainte-Anne : un lion et un aigle, sortis du même bois, voulaient le dévorer ; douze pucelles , l’épée à la main , prirent la défense du cerf et de Sainte- Anne.
Le cortège passa ensuite sur le Pont-au- Change. Un voltigeur descendit avec rapidité sur une corde tendue depuis le sommet des tours de Notre-Dame ; comme la nuit approchait, ajoute Froissard, il tenait dans ses mains des flambeaux allumés , ils furent vus de tout Paris -, c’était sans doute un manequiu.
Isabeau fut reçue à la -porte de la cathédrale , par l’évêque de Paris à la tête dé son clergé. Elle offrit quatre pièces de drap d’or, et la couronne reçue par elle en entrant dans Paris. Une autre sur-le-champ fut posée sur sa tête.
Le lendemain se fit la cérémonie du couronnement dans la Sainte-Chapelle. La cour dîna dans la grande salle du palais. Des ménestrels représentèrent devant les convives le siège de Troie. On appelait entre-mets ces représentations scéniques. Les jours suivans se passèrent en bals et en festins.
Les plénipotentiaires de France et d’Angleterre venaient de convenir d’une trêve de trois années. Une grande partie de l’Europe
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«e trouvait comprise dans le traité j l’empereur 1389 d’Allemagne, les rois de Castille, d’Aragon, de Portugal, de Navarre et d'Ecosse, la Flandre, le Brabant et la république de Gênes.
11. Le duc de Bourbon avait (été prié de 1 390-1 39* demeurer à la cour, cependant il prenait peu de part au gouvernement. Ses avis trop désintéressés obtenaient rarement le suffrage d’un jeune monarque obsédé sans cesse par des ministres avides. Ce prince et un petit nombre de barons, témoins de la légèreté avec laquelle les finances publiques étaient consumées , gémissaient des maux présens et de leurs funestes conséquences. Il prit le premier prétexte de s’éloigner avec honneur. La république de Gênes demandait des secours contre les corsaires d’Afrique. Cette expédition lui fut confiée. Des chevaliers français allèrent combattre dans la contrée . où saint Louis était mort. Us en revinrent avec une gloire stérile, se consolant de l’insuccès de leur voyage, par le plaisir de conter leurs aventures.
Le connétable n’avait pu contraindre le duc de Bretagne à remplir ses engagemens, le duc récriminait. En vain le roi avait défendu à l’un et à l’autre de prendre les armes , ils se * faisaient justice par les armes malgré la cour de Paris.
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De nouveaux commissaires anglais et français renouaient les négociations de paix. Les ducs de Lancastre et d’York vinrent en France. Les ducs de Berry , de Bourgogne , d’Orléans et de Bourbon , allèrent les recevoir aux portes de Paris, et les présentèrent au roi.
Les conférences durèrent quinze jours , mais on ne termina rien. Les deux ducs recevaient par écrit leurs instructions dont ils ne pouvaient s’écarter. On signa une prorogation de trêve d’un an. Les deux ducs partirent comblés d’honneurs et de présens; des ambassadeurs français les accompagnèrent à Londres.
Charles tomba dangereusement malade peu de temps après. On aperçut alors les premiers symptômes de ce délire funeste, dont les fréquens accès affligèrent le reste de sa vie. Peutêtre en avait -il déjà ressenti des attaques : on peut du moins le conjecturer par l’attention inusitée avec laquelle ses ministres interdirent plusieurs fois , à tout le monde , l’approche de sa personne. Charles se trouvait dans la vigueur de l’àgej un sage régime, secondé par la bonté de sa complexion , eût surmonté celte infirmité dans son origine. Ses courtisans combattaient ses noires humeurs par une continuité de fêtes à la cour. Chaque jour voyait éclore de nouveaux plaisirs. Le luxe de la
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reiue enchérissait sur celui des couriisans. 13^-13^. Cette magnificence augmenta sans cesse, malgré les calamités publiques auxquelles il semblait insulter.
Les ambassadeurs de France ne recueillirent aucun fruit de leur voyage en Angleterre.
La cour, après les avoir long-temps trompés par des re'ponscs vagues, renvoya la négociation à une enquête parlementaire. Le souvenir des journées de Crécy et de Poitiers, retraçait sans cesse , aux Anglais , le tableau de leurs anciens triomphes •, on parut con- * vaincu qu’il fallait chasser les Anglais de toutes leurs possessions en France, avant d’attendre d’eux une paix solide.
Un attentat imprévu ralluma le feu de la guerre. La nuit du i 3 au 14 juin iSga, le connétable fut assassiné, dans la rue Culture- Sainte-Catherine, par Pierre de Craon à la tête d’une vingtaine de soldats. Ils le crurent mort le voyant tomber de son cheval j il était seulement blessé , et il guérit.
Craon se réfugia en Bretagne , le duc fut regardé comme l'auteur de ce crime. Sommé de livrer Craon et ses complices, il fit des réponses évasives. ,
D’après les règles de la justice , le duc de Bretagne devait être sommé de se justifier devant la cour des pairs. J’ai parlé des cir- Tome V. 10
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1390-1393 constances desquelles on pouvait induire une secrète connivence entre ce prince et les ducs de Berry et de Bourgogne. Charles résolut de marcher en Bretagne et de punir son vassal.
Les ducs de Berry et de Bourgogne reçurent ordre de se rendre à l’armée avec les troupes à leurs ordres. Ils obéirent disant hautement que cette guerre était injuste. Le roi partit du Mans, le 5 août, et prit la route de Piantcs. Depuis plusieurs jours, disent les contemporains , on apercevait de l’égarement dans les yeux du monarque.
1392 12. Charles traversaitlaforêtduMans. Un in-
connu , ayant la tête et les pieds nus , s’élance entre deux arbres, saisit la bride du cheval du roi, et crie d’une voix menaçante : Charles, ne chevauche pas plus avant , mais retourne , car tu es trahi. Cet homme se retira, et personne ne songea à l’arrêter. Le roi parut faire peu d’attention a cette aventure. Sortant du bois , il fut frappé d’un coup de soleil ; devenant furieux il tua quatre hommes , et tomba bientôt dans une léthargie profonde.
On attribua sa maladie à des causes surnaturelles. On ne les admettrait pas aujourd’hui j mais pourquoi cette espèce de fantôme qui avait troublé son imagination ne fut-il pas arrêté ? Depuis quinze jours chacun dans Paris regardait l’expédition de Bretagne comme de-
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vantêtre funeste. Toute la France crut Charles empoisonné et ensorcelé , je ne m’en étonne pas. Nous avons été témoins dans Je dix-huitième siècle, malgré ses lumières, de préjugés populaires aussi peu raisonnables.
Le duc d’Orléans , frère du roi , avait épousé Valentine de Milan. On accusait Valentine d’avoir empoisonné ou ensorcelé Charles. Les ducs de Berry, de Bourgogne et de Bretagne pouvaient faire circuler ces bruits injurieux, lis prouvaient que les Français, alors très-ignorans, regardaient les Italiens comme plus habiles ou plus instruits.
On oublia la guerre de Bretagne ; les troupes reçurent leur congé; le roi revint à Paris. Les ducs de Berry et de Bourgogne s’emparèrent des rênes de l’Etat.
Les ministres, nommés par le roi , furent chassés. Le connétable vint, à l’hôtel d’Artois, prendre les ordres du duc de Bourgogne : car à lui était baillée la charge du royaume de France , dit Froissard. D’où l’on peut conjecturer une assemblée des grands barons dont il ne reste aucun vestige. La perte de Clisson était résolue Clisson, lui dit le prince, vous n’avez que faire de vous embesoigner des affairestlu royaume, d’où , diable, tenez-vous tant de finances , le roi monseigneur, ni beaufrère de Berry, ni moi n’en pourrions tant
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j'Sga mettre ensemble. Partez de ma présence , et faites que plus ne vous voye , car s’il n était l’honneur de moi , je vous ferais l’autre œil crever.
Clisson sortit sans répliquer. Le duc d Orléans , dont il pouvait espérer de l’appui , résidait au château de Creil, auprès du roi son frère. Ses deux oncles ne lui laissaient aucune autorité , le connétable se réfugia dans ses terres en Bretagne.
Les ministres du roi , enfermés à la bastille, s’attendaient à périr sur un échafaud. Il était difficile de les justifier entièrement sur l’administration des revenus publics, une excessive opulence déposait contre eux. Le prévôt de Paris instruisait leur procès. Le roi interposait en vain sa médiation en leur faveur. Cette interception ne ralentissait pas les procédures. Ils trouvèrent une protection plus puissante dans la duchesse de Berry. Cette princesse devait son mariage aux négociations d’un de ces ministres ; elle obtint leur grâce. Ils perdirent seulement la plus grande partie de leurs biens.
Pendant l’instruction de ce procès, ‘des commissaires du parlement, se transportant eu Bretagne , ajournèrent le connétable. 11 n'avait garde de se mettre dans les mains de ses ennemis. Son procès fut instruit par contumace*
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Appelé à la porte de la grand’chambre , à la table de marbre et sur le grand escalier, et personne ne se présentant de sa part , la cour des pairs le bannit du royaume comme faux, déloyal envers la couronne, et le priva de la dignité de connétable. Le comte d’Eu, gendre du duc de Berry , lui fut substitué.
Un médecin était venu à bout de rétablir la santé du roi. Il recommandait surtout de ne pas contrarier ce prince et de ne l’occuper d'aucune affaire sérieuse , afiu de donner à son esprit le temps de se fortifier. Une aventure digue de la rusticité de ce siècle, le jeta dans uue très-fâcheuse rechute. On fit à la cour une mascarade dans laquelle le roi, dégrisé en satyre, traînait à sa suite quatre autres satyres enchaînés. Us étaient vêtus d’une toile enduite de poix résine, à laquelle s’attachaient des étoupes. Le duc d’Orléans eut le malheur d’approcher un flambleau d’un de ces habits. Il s’enflamma sur-le-champ. La flamme passa d’un habit à l’autre. Les quatre compagnons du monarque périrent dans les flammes. Le roi fut sauvé par la présence d’esprit de la duchesse de Berry. Elle l’enveloppa dans son manteau.
Les symptômes de sa maladie reparurent.
Ce prince pouvait être guéri par des bains, par un régime. On fit venir de Montpellier un
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1392 magicien ; il promit de chasser la maladie par des paroles. Le monarque languit sept mois dans l’état le plus déplorable. La raison lui revint peu à peu, ce ne fut pas pour long temps. Sa vie devint une alternative continuelle de santé faible etderechules terribles. Son régne devait durer trente ans, c’étaient trente ans de calamités en France.
1393 On tint , en 1393 , de nouvelles conférences avec des commissaires anglais. Le roi s’était transporté dans Abbeville , où les princes , ses oncles l’avaient conduit, dans l’intention de rendre les Anglais témoins du rétablissement de sa santé. Les plénipotentiaires convinrent d’abord d'une prorogation de trêve. Cet heureux préliminaire semblait annoncer des v*es pacifiques. La cour de France offrait d’abandonner, au roi d’Angleterre, le Limousin, l’Agénois, le Querci , le Rouergue et le Périgord. Elle demandait Calais en échange. Les Anglais refusaient obstinément d’évacuer cette ville. On la leur laissait en démolissant ses fortifications , ce projet fut encore rejeté. Une seule démarche produisit quelque effet. Ce fut la demande faite , au nom du nouveau roi de INavarre, de la restitution de Cherbourg. Les plénipotentiaires, n’ayant aucun prétexte d’éluder cette restitution, se contentèrent d’imposer la condition que la cour de France ren-
drait le reste du comté d’Evreux. Le roi de Navarre en fut mis en possession : une rechute du roi suspendit les négociations.
Pendant ce nouvel accès , on eut le temps d’examiner les circonstances de cette cruelle maladie. Elle s’annoncait par un abattement d’esprit. 11 dégénérait par degré en aliénation totale. Le roi oubliait alors les autres et lui même. La présence delà reine lui devenait insupportable. 11 fallait même éloigner de lui toutes les femmes. La seule duchesse de Berry conservait de l’ascendant sur son âme.
D’Abbeville, le roi vint àCrcil, dont l’air passait pour très-sain. Tous les remèdes employés devenant inutiles , on eut recours aux pratiques religieuses; elles n’eurent pas un plus heureux succès. "
Le duc d’Orléans , entraîné par le feu de la jeunesse, livré aux plaisirs de son âge, était peu propre à suivre avec constance des projets ambitieux. L’exercice du pouvoir suprême flattait son amour propre. Les mesures sans lesquelles il ne pouvait s’emparer du gouvernement et s’y maintenir , demandaient une application au-dessus de ses forces. Frère unique du roi , son crédit s’éclipsait devant celui de ses deux oncles , plus accoutumés à la triture des affaires. Leduc de Bourgogne surtout obtenait une supériorité personnelle dont il
1393 était difficile de le dépouiller. Tout semblait concourir à la fatale élévation de ce ppince : étendue des domaines , nombre des créatures, génie , splendeur, réputation militaire. Le duc de Berry , son frère aîné , voluptueux , prodigue , inconstant et faible , cédait à l’ascendant de son cadet , capable de sacrifier l’Etat à la grandeur de sa maison. Marguerite de Flandre , duchesse de Bourgogne , augmentait l’ambition de son époux. Cette princesse , jalouse des prééminences dues à sa fortune et à sa naissance, méprisait la duchesse d’Orléans., issue d’un sang moins illustre , mais qui l’entplortait sur elle par les grâces de la jeunesse , l’éclat de la beauté et l’avantage des talens. Une rivalité entre ces deux princesses produisit des intrigues , des soupçons , des faux rapports j elle dégénéra en aigreur , en haine.
Ces dispositions, se joignant à l'intérêt des deux familles, divisèrent les maisons d’Orléans et de Bourgogne. L'attention du duc de Bourgogne à augmenter son autorité embrassait les objets les moins importans. Il prit' l'intendance des chasses, avec un pouvoir illimité. Les permissions de chasser dans les forêts royales furent révoquées , sans excepter celles des princes du sang. On fut a contraint de lui en demander de nouvelles.
1394 Des considérations particulières engageaient
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le duc de Bourgogne à renouer les conférences suspendues par la maladie du roi. L’interruption du commerce, entre ses Etats des Pays-Bas et la Grande-Bretagne, ruinait les manufacturesétabües dans cesbelles provinces. Il avait même été forcé de tolérer des arrangemcns particuliers formés par plusieurs villes de Flandre avec celle de Londres.
Un pèlerin du pays de Caux , nommé l’hcrmite Robert, fut alors présenté à la cour. A son retour de Jérusalem , au milieu d’un violent orage, une figure céleste , brillante comme le cristal, lui avait dit (i) : Robert, tu échapperas de ce péril , car Dieu a ouï tes oraisons et t’a pris à gré. 11 te mande par moi d’aller trouver le roi de France. Dis lui qu’il incline à la paix devers le roi Richard d’Angleterre. Tu en seras écouté , et tous ceux qui voudront continuer la guerre seront rigoureusement punis en leur vivant.
Ce visionnaire parut devant le roi dans un de ses momens lucides; ce prince, paraissant persuadé de sa mission surnaturelle, lui ordonna d’accompagner des ambassadeurs français envoyés à Londres. Les Anglais firent peu de cas de ces révélations ; cependant les ducs de Lancastre et d’York passèrent de nouveau en France. Ils conférèrent avec les ducs de Berry et de Bourgogne. On convint d’une
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1394 prorogation d'armistice jusqu’au mois de septembre i5g8. On se proposait, durant ces quatre années , de travailler efficacement à vaincre toutes les difficultés, et à conclure une paix solide.
Richard II y paraissait déterminé depuis long -temps. Un nouveau motif fortifiait sa résolution. Anne de Luxembourg, fille do l’empereur Charles IV, reine d’Angleterre, mourut presque immédiatement après la signature de la trêve. Le mariage du monarque anglais avec Isabelle de France, présentait un moyen honorable de faire des deux côtés des sacrifices propres à consolider la paix.
t5. La France, délivrée depuis plusieurs années des horreurs de la guerre, se serait relevée de ses perles , si les princes , abusant de la maladie du roi , n’avaient continué de surcharger les provinces d’impositions. Aucun mécontentement ne se manifestait. La tranquillité de la cour n’était pas encore troublée par la mésintelligence des ducs d’Orléans et de Bourgogne. Us saisissaient avec empressement les occasions de se nuire en secret, sans rompre ouvertement ensemble. Le duc d’Orléans gagnait peu à peu la confiance du roi. Le duc de Bourgogne s’ert aperçevant , cherchait do nouveaux moyens de se rendre nécessaire. 11
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se fit donner la commission de pacifier les i3g4 troubles élevés en Bretagne.
La disgrâce du connétable offrait toute facilité au duc de le traiter sans ménagement. Des hostilités continuelles faisaient le malheur de la province. Le duc et le connétable étaient soutenus secrètement par des secours étrangers Le duc de Bourgogne favorisait le duc de Bretagne. Le duc d’Orléans embrassait le parti deCiisson. Ces deux princes fournissaient des troupes et de l’urgent , et se faisaient ainsi la guerre sous des noms empruntés. Clisson résidait dans le château de Josselin. Le duc se préparait à faire le siège de cette place. Clisson y ayant pourvu à sa défense , se retira à Moutcontour. La garnison de Josselin, vivement pressée et manquant de vivre$, se voyait sur le point de se rendre. L’armée de Clisson, trop inférieure à celle du duc, ne pouvait tenter de combattre les assiégeans; et ce qui le désespérait, Marguerite de Rohan, son épouse, renfermée dans la place , allait tomber dans les mains du vainqueur. 11 eut recours au comte de Rohan , son beau-frère , épou^ de Jeanne de Navarre , tante du duc de Bretagne. Leduc consentit à un accommodement.
(Jisson promit de payer une partie des frais de l’armement. Le duc leva le siège. Celte pacification ne dura pas long temps. On reprit
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1394 les armes des deux côtés. Le duc parut devant Saint- Brieux où le connétable s’était retrauché. Le duc lui fit offrir le combat par un héraut d’armes. Il le refusa. Le duc de Bourgogne , nommé arbitre par la cour de France , parut alors en Bretagne. Le duc et le connétable convinrent de s’en remettre à son jugement. La paix fut publiée et rompue presqu’en même temps.
Cette longue guerre se termina dans la suite par un trait de générosité. Le duc de Bretagne commençait à ressentir les atteintes de la vieillesse. Après une carrière épineuse , il se voyait au moment de transmettre à ses enfans une fortune mal assurée, fruit incertain de cinquante années de combats. Jean , l’aîné de ses fils , atteignait à peine sa septième année. La maison de Blois pouvait après sa mort s’élever sur les débris de sa famille. Une longue expérience ne lui permettait pas de se reposer sur la foi des traités. 11 résolut de se réconcilier sincèrement avec Clisson.
Une lettre est écrite dans les termes les plus affectueux. Le duc offrant à Clisson l’insinuante peinture de la tendre amitié dont les douces chaînes faisaient le bonheur de leurs jeunes années , l’invite à venir régler avec lui les clauses de leur réconciliation sans aucun plénipotentiaire. Le connétable, surpris deçà
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changement subit , exigeait le fils aîné du duc en otage. Le duc mande les barons de Rohan et de Montboucher : Partez , leur dit- il , menez mon fils au châtel Goncelin, et m’amenez messire Olivier de Clisson , car je me veux accorder avec lui. Clisson part sur-le-champ , et abordant le duc, lui présente son fils. Le prince ne s’attendait pas à cette confiance héroïque. Il admira la grandeur d’àme d’un ennemi trop long-temps méconnu. D’ailleurs il ne lui était plus possible de s’opposer au mariage de Jean de Blois , comte de Penthièvre, avec la fille de Clisson. Cet hymen avait été célébré ; non-seulement une paix sincère fut signée , mais le duc , en considération dé cette paix , augmenta les avantages de la maison de
Blois.
14. Au mois de juillet, arriva dans Paris une ambassade envoyée par Richard II. Elle venait demander Isabelle, fille aînée du roi. Cette princesse était promise au duc de Bretagne . Ce prince devait consentir aisément à recevoir en échange la seconde fille de France, dontl’àge s’assortissait mieux avec celui du prince de Bretagne , destiné à devenir son époux. Le conseil deParis exigeait la signaturedu traité de paix comme un préliminaire des conventions.
C’était aussi l’intention de Richard. Ce prince, haï de ses sujets, envisageait dans une étroite
i3g5 alliance avec la cour de France, les moyens d’introduire dans son royaume le gouvernement arbitraire. 11 cachait ses scntimens au duc de Glocester , dont l’aversion envers la France obtenait l’aveu du parlement.
Richard , dans la crainte d’augmenter la mauvaise volonté de ses ennemis , n’avait pas inséré un plein pouvoir de signer la paix dans les instructions données aux ambassadeurs.
On leur enjoignit même de protester dans les formes les plus compatibles avec le succès de leur négociation , en faveur des droits revendiqués en France par les rois d’Angleterre. Ils offrirent une trêve de ving-huit ans. Le roi donnait à sa fille une dot de huit cent mille francs. Le double traité fut signé le 9 mars. Les ministres anglais épousèrent la princesse par paroles de présent.
i5q6 L’âge de la jeuue reine s’opposait à la consommation prochaine du mariage. Ce délai ne s’accordait pas avec l’empressement du monarque, anglais. 11 sollicitait, avec les plus vives instances , le voyage de la princesse à Londres , afin de se former de bonne heure aux manières anglaises. Ce prince fit à ce sujet un voyage à Calais , accompagné des ducs de Lancastre et de Glocester ses oncles , des plus riches lords et d’un graud nombre de dames. Toutes les démonstrations du luxe
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avaienl été prodiguées dans ce voyage. On évalua la dépense de la cour de Londres , à trois cent mille marcs d’argent. Cette énorme profusion annonçait, non la grandeur mais l’imprudence du roij voulant en imposer par une richesse apparente , il s’était procuré l’or nécessaire avec des manœuvres dont la bassesse indignait la nation.
Le comte de Saint-Pol reçut ordre d’aller complimenter Richard dans Calais. La cour suivait à petites journées cet ambassadeur. Le duc de Bretagne accompagnait Charles dans ce voyage. 11 venait d’assister aux fiançailles du prince de Bretagne , avec Jeanne , seconde fille du monarque français. Le duc, quittant ses états, avait remis la régence à Clisson, et la garde de sa famille. Les Anglais conservaient en Bretagne le port de Brest. Le duc , accompagnant le roi , se flattait de déterminer Richard à cette restitution ; Richard exigea cent vingt mille francs d’or. Cette restitution et celle de Cherbourg furent mises au nombre des crimes politiques imputés dans la suite à ce prince par le parlement britannique.
Richard vint à Guines j Charles s’était arrêté dans Ardres. Les oncles des deux monarques réglaient les détails de l’entre vue. On avait dressé, dans la plaine , des tentes autour du local où les deux rois devaient se
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rencontrer. Ils partirent à la même heure.
Charles , vêtu d’un habit court fourré de martre, les épaules couvertes de son chaperon et d’une longue cornette relevée en forme de chapeau , marchait entre les ducs de Lancastre et de Glocester. Les ducs de Berry et de Bourgogne conduisaient de la même manière le roi d’Angleterre habillé d’une longue robe. Ils traversèrent une double haie de huit cents chevaliers occupant seuls l’intervalle entre les tentes , dont l’accès était interdit sous peine de mort. Un pilier marquait le milieu de l'espace vide, les deux souverains s’y embrassèrent. Le roi de France conduisit celui d’Angleterre dans un magnifique pavillon , où deux trônes étaient préparés ; on apporta le vin et les épices suivant l’usage du temps. Les deux princes se séparèrent après une heure d’entretien.
Isabelle fut présentée le lendemain , par son père, à son époux ; les princesses de la cour de France la mirent entre les mains des duchesses de Lancastre , d’York, de Glocester et d’Irlande. Le mariage fut célébré à Calais. Les deux époux s’embarquèrent le 6 novembre. On était convenu d’une nouvelle entrevue dans laquelle la trêve de vingt-huit ans ferait place à une paix perpétuelle.
Les rechutes de l'infortuné Charles , deve-
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liaient plus fréquentes. Le retour instantané de sa raison ne rendait aucune stabilité au gouvernement. Si le roi eut perdu la raison sans espoir de retour , on aurait pourvu à l’administration publique d’une manière définitive. Les états-généraux ne furent pas assemblés. L’autorité restait dans les mains du roi , chacun s’emparait de cette autorité précaire et avilie. Paris devenait le théâtre d’une guerre civile, tantôt sourde, tantôt plus déclarée. l es factions se multipliaieut , l’université elle-même se mêlait de gouverner.
Le déplorable sort du prince offrait un spectacle digne de compassion ; on l’entendait s'écrier : Si des malveillans sont coupables de mes souffrances, je lts conjure de ne me pas tourmenter davantage et d’achever de me faire mourir. Sentant d’ordinaire des mouvcmens avant-coureurs de ses accès , il se jetait à genoux, implorait à haute voix la clémence divine, et recommandait d’éloigner de lui tous les instrumens avec lesquels il aurait pu nuire. Ces accès ressemblaient dans leurs symptômes à ceux de la rage. Objet de la tendre pitié de ses domestiques, il devenait pour la reine un sujet de crainte et souvent de dégoût j elle se faisait remplacer dans le lit de son époux par une jeune fille d’une naissance commune. Ce fait était public. Ou