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l3 9 ù appelait celte jeune fille, la petite reine. Elle eut un enfant du roi.
Deux Augustins , à l’exemple du sorcier dont j’ai parlé, se disaient en état de guérir le j oi. Ils furent logés près de l’hôtel Saint- Paul. On leur procura tout ce qu’ils demandaient , ils eurent recours à diverses sortes de remèdes, et ensuite aux évocations magiques.
D’abord, on se contentait de les observer.
Les impressions faites par des ridicules sortilèges sur la tête du monarque, augmentèrent la violence de ses accès. La conduite des deux moines fut alors examinée de plus près. On les pressa de déclarer d’où provenait la maladie. De maléfices, répondirent-ils.
Sur leur déclaration le barbier du roi et un concierge du palais d’Orléans, furent incarcérés. Une procédure régulière démontra leur innocence. Les deux moines impudens osèrent alors accuser le frère et la belle-sœur du roi. Us furent interrogés juridiquement, et varièrent dans leurs réponses; la crainte de la question arracha l’aveu de leur imposture. L’abus, fait durant plus de six mois par ces deux fourbes, était une chose ordinaire dans ce siècle. Avant de livrer les deux prêtres imposteurs à la justice séculière , ils furent dégradés.
Une extrême confusion régnait en France, souvent des ordres contraires étaient donnés
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sur les mêmes sujets. Le roi, revenu en santé, approuvait les uns ou les autres, suivant ses premières impressions. Les bruits les plus injurieux à la réputation des princes du sang circulaient dans Paris.
Ou accusait (i) le duc de Bourgogne d’avoir conduit sur un échafaud les deux moines, en haine de la mort de Jean Bar, bien bon clerc, dit la chronique, habile nécromancien, invocateur du diable, et remplissant bien ce devoir. Ce Jean Bar avait promis au duc de Bourgogne, de lui procurer la visite du grand diable d’enfer. Le duc d’Orléans, irrité de n’avoir pas été admis au mystère infernal , livra au bras séculier le magicien , il fut brûlé au marché aux Pourceaux. On peut juger par ces détails à quel degré d’égarement les grands de ce siècle se livraient : manœuvres secrètes , jalousie de gouvernement , débauches, avarice, superstition, on devait tout redouter de l’assemblage monstrueux de tant de déréglemens. Si on juge du reste de la nation par sçs conducteurs, les mœurs devaient être détestables ; tous les écrivains du quatorzième siècle ne cessent de déclamer contre la dépravation de leurs contemporains.
(i) Froisgard, Cliron.
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1*97-1398 Des pluies continuelles , accompagnées de coups de vents impétueux , inondèrent les campagnes, dans la plupart des provinces, en 1398. Les fleuves débordèrent, les moissons ne mûrirent pas, une horrible famine fut suivie de maladies contagieuses. Ôn interdit dans la plupart des villes la pompe des funérailles , dans la vue de diminuer la consternation produite par l’extrême mortalité. Ce fléau dura près de trois ans. 11 ferma le siècle et fut le triste prélude des calamités du siècle suivant.
i5. Pendant cette suite funeste d’inirigues, de divisions, de malheurs, une série des plus fâcheux évéuemens se succédait en Angleterre. La nouvelle reine avait été conduite à Londres, et couronnée dans l’église de Westminster ; toute l’Angleterre désapprouvait également l’alliance contractée et le traité conclu par le roi. Brest et Cherbourg ne dépendaient pas de l'Angleterre , les Anglais se croyaient en droit de conserver ces deux places en indemnité des dépenses par eux faites en faveur
• du roi de Navarre et du duc de Bretagne. Pendant la cérémonie de l’entrée publique de l’ambassadeur français , on affectait de répéter : Il vient sans doute négocier la reddition de Bordeaux et de Calais. Le duc de Glocester avait approuvé d’abord le ma-
Cil ARLES-LE-BIEN- AIMÉ (VIL). i65
riage de Richard et d’Isabelle, ces dehors de 1397-139® complaisance ne durèrent pas long-temps ; il blâmait dans toutes les rencontres la conduite de son neveu. Elle était en effet blâmable; ayant épuisé ses finances par une vaine prodigalité, et n’osant demander des subsides au parlement , il se permettait des emprunts forcés sur les villes et les riches particuliers.
Le duc de Glocester crut devoir faire des remontrances à son neveu , elles furent mal reçues ; ce prince se retira dans ses terres. Les favoris profilèrent de son absence pour achever d’irriter le roi contre lui. Sa perte fut décidée.
Sa conduite n’offrait aucune prise à la justice.
Richard employa pour s’en défaire une voie plus certaine. Il vient un malin dans la maison de campagne habitée par ce prince; le trouvant au lit , il le prie de s’habiller et de l’accompagner à Londres où des affaires de la plus haute importance devaient être discutées dans son conseil. Glocester, sans défiance, s’habille, monte à cheval et suit le roi.
On entra dans un chemin creux ;- Richard pique son cheval et devance son oncle ; des hommes apostés l’entourent, le portent dans une barque préparée sur la Tamise. Un vaisseau l’attendait à l’embouchure de ce fleuve : il le conduisit à Calais. Le roi , de retour à Londres, fit conduire àla tour les lords attachés au.
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*397-13$ duc. Une injustice aussi criaute pouvait amener un soulèvement. On publia une déclaration du roi dans laquelle il était question d’une conspiration dont les auteurs et les complices allaient être livrés à la justice. Les pairs sont convoqués à Notlinghan , ils réclament la convocation du parlement. Des mesures , prises parla cour, lui promettaient une chambre des communes dont elle dirigerait le vœu ; ce fut , suivant l’opinion des historiens anglais, le premier exemple de corruption. Les barons , enfermés dans la tour de Londres , sont condamnés à mort. Richard donne publiquement un ordre de conduire le duc de Glocester dans la tour de Londres , et le faitétrangler dans la tour de Calais.
Ce crime préparait la chut» de Richard. En vain il publiait des apologies , elles ne séduisaient personne. Richard comptait sur les secours de la cour de France , sans calculer l’incertitude de ces secours dans la triste si*, tuation du roi son beau-père. Il se flattait d’assujélir les Anglais au pouvoir arbitraire par les armes de la terreur , moyen dangereux d’asservir un peuple fier et amoureux de sa liberté. Cependant le parlement obéissait à ses volontés ; mais l’inquiétude , la haine , les soupçons attachés à la tyrannie , assiégeaient son palais. Le duc de Lancastre venait
de mourir , le duc d’Heresfort, sou fils aîné , intimidé par le sort du duc de Glocester , s’en garantissait par toutes les précautions imaginables.
Dans cette vue , le due de Norfolck s’étant permis en sa présence de parler du roi en termes peu mesurés , craignant un piège , il se hâta de le dénoncer. Norfolck lui donne un démenti. Cette affaire devait se terminer suivant les lois de la chevalerie. Le roi voulut assister au combat , et dans l’instant où les deux champions entraient dans le champ clos , il leur défendit les voies de fait , et exila l'un et l’autre. Norfolck alla mourir à Venise. Le fils du duc de Lancastre vint à Paris où la haine du roi le poursuivit. Pendant son séjour en France , le duc d’Orléans s’empressa de lui prodiguer des marques d attachement.
Ces deux princes contractèrent une de ces alliances particulières dont l’usage était alors assez commun. Ils devinrent frères d’armes.
Richard , couvert du sang de son onele immolé par ses ordres , et de celui des amis de ce prince, délivré par l’exil et la proscription, des grands dont il redoutait la censure > assuré de l’appui de son beau-père, maître d’un parlement dont la dernière session avait couronnetoutes ses volontés , osait dire publiquement que toutes les lois dépendaient de son bon
»397- 1398 plaisir. La nation, indignée , frémissait en silence , ce calme apparent préludait la plus affreuse tempête.
Richard se portait en Irlande à la tête d’une armée. Un soulèvement se déclare à Londres.
Ce prince avait perdu les deqx tiers de ses Etats , et ne connaissait pas encore celte catastrophe. L’archevêque de Cantorberi , Thomas Arondel , frère d’un des pairs condamnés à mort par le parlement , en fut le principal - moteur.Ceprélat,enveloppédansladisgrâcede son frère, s’était d’abord retiré à Rome. Le ' désir et l’espoir de la vengeauce le ramenèrent dans sa pairie. La plupart des pairs, prêts à prendre les armes, attendaient un chef. On jeta les yeux sur le duc d’Heresfort. Le prélat passe en France , travesti en moine ; le duc balançait à se livrer aux conseils de l’archevêque de Cantorberi. I a crainte d’encourir le blâme attaché au rôle d’usurpateur , sa haine envers Richard , le désir de la vengeance , l’espoir d’une cou-* ronne , et les difficultés de l’entreprise agitaient tour à tour son âme. La conjoncture était pressante, il fallait agir et non délibérer.
Le duc résolut de se conduire de manière qu’il pût reculer sans honte , si les choses n’étaient pas disposées comme on les lui montrait. Il prit publiquement congé de la cour çlç France t sous le prétexte d’un voyage en
Bretagne. Arrivé à Vannes , il équipe un bâtiment léger , y monte avec sa suite composée d’environ quatre-vingts hommes.
A son arrivée sur les côtes d’Angleterre , la conjuration éclata. Soixante mille combattans se rangèrent sous ses drapeaux : ayant pris le titre de duc de Lancastre , il précipite sa marche vers Londres. Les ministres du roi se réfugient à Bristol , abandonnant les rênes de l’Etat au duc d’York , nommé par le roi chef de la régence durant son voyage, l ancastre se rend maître de Bristol ; voulant satisfaire la fureur du peuple, il livre les ministres du roi à la mort.
Le duc d’York, ami du repos, était faiblement attaché au monarque dont souvent il désapprouvait hautement les actions ; abandonnant Londres , il se retira d’abord dans son apanage. Instruit des applaudissemens avec lesquels sou neveu était accueilli , il vint auprès de lui. Richard fut instruit de l’arrivée du duc de Lancastre, au moment où, victorieux en Irlande , il ramenait son armée en Angleterre. Les ordres furent donnés de précipiter la marche des troupes , croyant voir les Anglais rentrer promptement dans l’obéissance et ses ennemis à s^s pieds.
Peut-être eût-il réussi , se présentant brusquement devant la capitale ; mais , ayant perdu
du temps à rassembler une nouvelle armée dans la principauté de Galles, cet imprudent abandonne celle d’Irlande , et suivi de peu de monde, va se renfermer dans une forteresse réputée imprenable. Ses troupes se dispersent , la plupart passent sous les enseignes du duc de Lancastre.
16. Ce prince victorieux sans avoir combattu , marche vers le château , où Richard attendait sa destinée , dans une stupide inaction. Richard demande une entrevue. Lancastre l’accepte. Il entre dans la forteresse à la tête d’une troupe peu nombreuse, ordonne à Richard de le suivre , le conduit à Londres et l’enferme dans la tOur. Le parlement s'assemble. I ancastre entre dans la tour de Londres , accompagné d’un grand nombre de pairs. Le monarque, auparavant si redoutable,, passant tout à coup dans l'excès du découragement , offrait de résigner sa couronne, se contentant d’une pension suffisante pour lui et sa famille. Ses offres sont acceptées. Richard remet au duc de Lancastre la couronne , le .sceptre et les autres marques de la royauté.
Un bill de la chambre des communes , approuvé dans la chambre haute, prononça la déposition du roi et déclara le trône vacant. Le duc Henri de Lancastre demandait la couronne comme plus proche héritier ; cette
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qualité de plus proche heritier de Richard lui 1399 fut accordée.
Dès le commencement de la révolte , la reine, Isabelle de France, perdit sa liberté. On avait éloigné d’elle la comtesse de Couci, seule Française de sa suite. La cour de France fut instruite par cette dame du changement survenu en Angleterre. Un évêque et un baron furent envoyés à Londres. Le nouveau monarque leur témoigna son désir d’entretenir la paix avec la France. La trêve fut confirmée.
Ou s’occupa des arrangemens devenus nécessaires. Le roi promit d’abord de renvoyer honorablement la princesse, et de restituer la dot. Des difficultés survinrent. La dot resta en Angleterre ; la princesse fut conduite, en 1 400 , dans Boulogne , et ensuite à Paris.
17. A la fin du quatorzième siècle , l’empire 140° d’Orient s’ébranlait dans ses fondemens. L’empereur Andronic était mort en i 332 , on lui avait conseillé de laisser tomber sa marine, dans la vue de forcer les matelots sans emploi, à se livrer aux travaux de l’agriculture.
Le résultat de cette mauvaise opération procura aux Turcs un grand nombre de mariuiers. 9 Ils reçurent les connaissances nautiques. Andronic 111 régna peu de temps. Il laissa son trône à son fils Jean Paléologue.
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17a HIST. DE FR. Ire. PART. LIV. XIV.
Amurat III , empereur des Ottomans , avait succédé à sou père Orcan. Ce prince, fondateur de la milice des janissaires , s’empara de la plus grande partie de la Romanie et d© la ville d’Andrinople ; elle devint la capital© de son empire. L’empereur Jean Paléologue court à Rome , baise les pieds du pape , reconnaît sa primatie. 11 s’humilie , se flattant en vain d’obtenir, par la médiation de ce pontife , un secours que la situation de l'Europe ne’permettait pas de lui donner.
Après avoir parcouru les principales régions de l’Occident, sans trouver des hommes disposés à le défendre, rampant sous Amurat, il négocie avec lui , comme un esclave avee son maître ; l’empereur d’Orient sert à la fois de lieutenant et d’otage à l’empereur turc.
Amurat et Paléologue font crever , de concert, les yeux chacun à leur fils aîné , dont ils se défiaient également. Paléologue confie son second fils à Amurat. Ce fils, nommé Manuel, accompagne le vainqueur musulman dans ses armées, et le sert contre les chrétiens.
Amurat est assassiné , son fils Bajazet lui succède. L’abaissement des empereurs grecs •parvient à son comble. Paléologue avait construit une forteresse près de Galata. Bajazet lui ordonne de démolir ce château, et de recevoir dans sa capitale un cadi turc , chargé
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de juger les marchands turcs, domiciliés dans »4 00 cette ville. L'empereur est contraint d’obéir / le chagrin de ce double outrage lui coula la vie. Son fils Manuel lui succéda. Ce prince mourut en 1426, revêtu d’une robe monacale.
L’empereur d'Allemagne, Charles IV , était mort en 1378, son fils Wenceslas, roi de Bohême, lui succéda. Ce monarque fut occupé en Germanie de querelles interminables. On ne le connut dans son royaume d’Italie, que pour avoir vendu à Jean Galeas Viscomti , comte de Vertus, les droits régaliens dépendans de la Lombardie, en le créant duc de Milan. Jean Galeas avaitmarié sa fille Valentine avec le duc d’Orléans , frère de Charles-le-Bien-aimé. Les suites de cet hyménée conduisirent les Français en Italie, sousle règne deLouis XII.
Wenceslas fut un des princes les plus Maltraités par les historiens. Les contemporains le dépeignent comme un monstre de cruauté et de débauche; les sentimens d'une haine parlicu-< lière concourent probablement à former ce tableau Son père avait épuisé la Bohême par ses largesses , dans l’espoir d’attacher les princes d’ Allemagne à sa personne. Wenceslas '• tint une conduite différente. Son économie déplut aux Allemands, mais ses procédés, à l’égard des gens d’église, furent surtout le prin-
i4co cipe des noires couleurs avec lesquelles on crayonna son portrait.
Ce prince , profondément frappe' des suites du despotisme dont les évêques se permettaient les plus crians abus , en désirait la réforme. Son père avait fondé l’université de Prague.
Elle devint en pfeu de temps une des plus célèbres écoles de l’Europe. Les savans, attirés par Wenceslas, y portèrent les livres de Jean "Wiclef, persécuté en Angleterre. Les désordres du clergé excitaient alors une réclamation générale. La plupart des évêques de France, d’Allemagne, d’Espagne , et même d’Angleterre disputaient aux monarques les droits régaliens. Les papes étaient les rois de ces souverains; les uns et les autres se croyaient supérieurs aux princes laïques.
La paresse, attachée à l’opulence , ramenait une partie des évêques à l’ignorance des laïques. Les universités de Paris , de Bologne , d’Oxfort , d’Heidelberg et de Prague, cultivaient les lettres abandonnées par des prélats trop riches. Les docteurs de ces universités ne partageant pas cette opulence, éclataimt contre les scandales donnés par le haut clergé ; enfin, on examina quelques mystères du christianisme.
Jean Wiclef avait déchiré sais ménagement le voile dont ces mystères étaient cou-
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verts. Il renouvelait les raisonnemens des 1400 Vaudois. A l’entendre, un homme raisonnable ne devait croire à des choses impossibles.
Un corps, selon lui , ne pouvait être à la fois en plusieurs endroits , et sans renoncer aux lumières de la raison, il était impossible d’admettre que le pain et le vin , touchés , mangés, et bus dans l’eucharistie, n'existaient pas. Wiclef supprimait encore la confession auriculaire , comme une pratique contraire à la tranquillité des familles ; il condamnait les indulgences vendues par les papes , il s’élevait avec force contre le colossal pouvoir dont les conséquences menaçaient d’anéantir la puissance civile. Sa doctrine préludait à celle des proies tans.
La seule curiosité, inspirée parle sujet de la querelle), et la hardiesse de l’écrivain répandaientles ouvrages deWiclef, on les expliquait, on les commentait dans l’université de Prague.
Wcnceslas protégeait Jean Hus, recteur de cette académie. Ce savant n’adoptait pas toutes les opinions de Wiclef; mais, témoin des excommunications réciproques lancées par les deux papes , des indulgences prodiguées par eux à leurs partisans , des croisades publiées contre leurs compétiteurs , il regardait les livres de Wiclef comme remplis d’un grand
1400 nombre de vérités utiles, présentées sous un jour convenable.
Wenceslas favorisait les opinions nouvelles dont la discussion attirait dans Prague un grand concours d’étudians; il adhéra encore au concile de Pise , dont je parlerai dans la suite , il y adhéra dans un temps où la plupart des princes d’Allemagne se déclaraient contre ce synode; comment les moines chroniqueurs allemands n’auraient ils pas fait de ce prince un portrait hideux ? Wenceslas fut déposé du trône d’Allemagne en 1400. Ne voulant pas causer une guerre civile, il se retira dans son royaume de Bohème.
23. Louis, roi de Hongrie, était mort en i38a, laissant son royaume à sa fille Marie, épouse de Sigismond, fils de l’empereur Charles IV.
Charles de Durazo, voulant usurper ce trône, comme il avait usurpé celui de Naples , fut assassiné. Sigismond , sans compétiteur désormais , se flattait d’illustrer son règne en se déclarant chef d’une croisade préchée contre Bajazet. Cette guerre devint célèbre par le grand nombre de princes qui s’y engagèrent.
Jean, comte de Nevers, fils du duc de Bourgogne, y conduisit une petite armée française. Bajazet rencontre les chrétiens auprès deNicopolis. Suivant les annales bizantines, les Français, avant la bataille , avaient égorgé lespri-
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sonniers turcs j Bajazet, victorieux, fît à son 1400 tour massacrer tous les Français tombés dans ses mains. Il réserva cinq chevaliers parmi lesquels se trouvait le comte de Nevers. Ce prince paya , cent mille ducats , sa liberté' et celle de ses quatrecompagnons.
Bajazet se rend maître de la Thracc et de la Grèce. Les Ottomans arrivent aux portes de Constantinople. Le siège de cette place est formé. Sa perte paraissait certaine. Le sultan s'éloigna brusquement, après avoir conclu avec Manuel une trêve de dix ans, durant laquelle Manuel s’obligeait de payer chaque année à son vainqueur, un tribut de dix mille écus d’or, et permettait aux musulmans de bâtir une mosquée dans Constantinople.
La retraite de Bajazet était due aux ravages faits , dans l’Asie mineure , par Tartare Timour , connu en Europe sous Je nom de Tamerlan. Cet événement retarda la chute de l’empire grec.
La Suède, le Danemarck, la Norwégc formaient alors un seul empire. Marguerite de Valdemar, appelée la Sémiramis du Nord, le gouvernait. Celte union , concentrant dans un seul gouvernement les objets de commerce fyurnis parle nord, lui offrait des moyens de prospérité. Mais une ancienne antipathie, entre les Suédois et les Danois, tendait perpé- Tome V. 12
1400 tuellement à rompre ce lien. En vain la reine Marguerite conclut, en 1398, le traité connu sous le nom d'union de Calmar, réunissant les trois royaumes sous le même monarque ; cet acte diplomatique, origine des troubles les plus fâcheux, ne subsista pas long-temps.
Les quatre royaumes chrétiens d’Espagne ne mettaient aucun poids dans la balance de l’Europe. Une ancienne alliance attachait la cour de Paris à celle de Tolède , Les liens d’amitié subsistaient aussi entre la France et la Navarre, depuis la mort du roi Charles. Son fils avait même vendu, à Charles-le -Bien-aimé,son comté d’Evreux et le port de Cherbourg.
La postérité masculine des ancieos comtes de Foix , issus de la maison mérovingienne , s’était éteinte en ï 3 g 8 par la mort de Mathieu de Foix. Isabelle, sœur de ce prince, porta celte grande succession dans la famille des captais de Buch.
Le pape Urbain , après avoir vainement tenté de conquérir le royaume de Naples , rentrait au Vatican. 11 y mourut en 1389. Les cardinaux urbanistes lui substituèrent Pierre Tomacelli , couronné sous le nom de Boniface IX. Clément VII mourut dans Avignon, le 16 septembre 1394. C’était une occasion d'éteindre le schisme. La cour de France fit prier les cardinaux de renvoyer à un autre
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temps la création d’un nouveau pape. Lecourrier, envoyé par le roi, arrivait dans Avignon au moment où les cardinaux entraient au conclave j ils refusèrent d’ouvrir les lettres dont il était porteur. Pierre de Luna , créé pape le 28 septembre, prit le nom de Benoît XIII. Les cardinaux, avant de procéder à l’élection, avaient signé un compromis dans lequel chacun d’eux promettait de renoncer au pontificat, si cet abandon paraissait nécessaire à la paix de l’église. Pierre de Luna avait fait Ce serment. Le pape oublia les promesses du cardinal.
Pendant un des intervalles durant lesquels Charles-le-Bien-aimé jouissait d'un peu de santé , l’empereur Wenceslas était venu à Rheims, concerter avec lui les moyens de terminer le schisme. La voie la plus courte parut être de déterminer les deux pontifes à renoncer au pontificat. Wenceslas se chargea de cette négociation. BenmtXllI ne la rejetait pas absolument j Boniface IX fut assez habile pour faire déposer l’empereur par les trois électeurs ecclésiastiques auxquels se joignit l’électeur palatin, ancien ennemi de Wenceslas.
Ces quatre électeurs appellent à la couronne Robert, électeur palatin , les autres électeurs s’opposaient à ce changement; mais Wénces-
i80 HIST. DE FR. ï™. FART. LIY. XIV.
1400 las renonça à l’empire. Il gouverna la Bohême jusqu’à sa mort , arrivée en 1418.
Boniface IX mourut de la pierre, le i* T octobre 1404. Benoît XIII, voulant prouver sa bonne volonté à la cour de France, venait d’accepter la voie de la cession du pontificat, conduit à celle mesure par un arrêté pris par le clergé de France assemblé à Paris. On décida de ne reconnaître aucun pape durant le schisme. Il était défendu d’avoir égard aux censures émanées de la cour pontificale, et de lui fournir de l’argent sous aucun prétexte.
L’exécution de cet arrêté réduisait à l’aumône le pape et toute sa prélature. Benoit se hâta d’envoyer des légats à Boniface; ils furent témoins de la mort de ce pontife. En vain ils proposaient de suspendre l’élection de son successeur. Ou plaça, sur la chaire papale, Cosme Méliorati. Il prit le nom d’InnocentVII. On blâmala conduite des cardinaux; mais peut-être ne purent-ils pas afr différemment : n’étaientils pas à la merci de ce même peuple romain , qui avait rempli de bois sec le dessous de la salle où leurs prédécesseurs étaient assemblés en 1578. Dans l’état des choses, les Romains "l’auraient pas reconnu pape un prélat français. Cependant la cour de Paris tint compte à Benoît XIII de ses efforts infructueux, l’église française rentra sous son obéissance. Inno-
cent VII, pape de Rome, jouit peu de temps 1430 de sa dignité. Les cardinaux de son parti promirent, par un acte signé de leur main, d’abdiquer la papauté si le pape d’Avignon acceptait ce moyen. Ils choisirent Ange Corrario, homme vénérable par son âge de soixantedouze ans. Il s’appela Grégoire XII. Un tel personnage ne devait pas sacrifier le repos de l’Europe à son ambition. Oui, disait le nouveau pontife, j’irai trouver mon compétiteur ; je concerterai avec lui les moyens de finir le schisme, quand je devrais faire le voyage à pied , le bâton à la main.
Grégoire XII , tenant ce discours généreux, n’avait pas encore connu les charmes de la papauté) ceux auxquels les replis du cœur humain étaient connus, n’attendaient pas de deux vieillards la renonciation volontaire à une dignité, regardée comme la première de l’Europe. Benoît et Grégoire amusèrent les peuples par des brefs réciproques, dans lesquels ils s’exhortaient mutuellement à quitter un titre dont l’un et l’autre faisaient ses délices; Benoît était à Marseille. Des nonces de Grégoire XII vinrent dans cette ville; les deux compétiteurs promirent de tenir une confé-.
rence dans Savone.
Grégoire exigeait un surcroît de décimes, sous prétexte des frais de son voyage. Le doge
de Veuise fut prié, de sa part, de le faire escorter par les vaisseaux de la république. Les Vénitiens refusèrent cette escorte, en alléguant une guerre prête a s’élever entre les républiques de Venise et de Gênes.
Grégoire ne parut pas mécontent de ce refus. 11 lui prêtait une raison spécieuse d’éviter la conférence de Savone.
Benoît partageait avec Grégoire le désir de conserver la papauté. Profitant, en homme habile , de la maladresse de son compétiteur , il était venu à Savone à la fin de septembre 1407. Les cardinaux de Grégoire le pressaient de se mettre en route, lui représentant l’avantage assuré par son absence au pape d’Avignon, lui faisant redouter un général abandon, il leur opposait la crainte des Génois , ennemis des Vénitiens.
Les cardinaux abandonnent sa cour brusquement. Réfugiés dans Pise, un bref publié par eux annonça, à tous les princes et à tous les peuples de l’Europe , les motifs de leur conduite, en les exhortant à réunir l’église sous un seul chef.
La collusion des deux papes ne trompait personne. La France présenta une seconde fois , aux nations chrétiennes , un moyen infaillible d’éteindre le schisme. Les évêques assemblés , en 1 408 , se retirèrent de l’obéis-
sance de l’un et l’autre pape. On appela cette i4 00 décision, la neutralité de l’église de France.
A cette nouvelle, Benoit frappe d’excommunication les peuples et les rois qui lui refuseraient leur obéissance. Celte bulle fut brûlée à Paris par la mata du bourreau.
Gênes s’était mise sous la protection de la France. Le maréchal de Boucicaut commandait dans cette ville. Benoît, craignant delre arrêté à Savone, passa en Catalogne, et établit sa cour à Perpignan.
Ses cardiaux, s’étant réunis à ceux de Grégoire dans Livourne, convinrent d’sssembler à Pise un concile général ; son ouverture fut fixée au 25 mars ï4°9«
19. Vers la fin du quatorzième siècle, et au commencement du quinzième, s’établit en France le gouvernement dont le moule fut brisé parla révolution de 1789. Charlesle-Sage en jeta les fondemens. Il prit entièrement sa forme au sein des incertitudes , des faiblesses et des crimes, dont la maladie de Charles-le-Bien-aimé fut accompagnée.
Sous ce rapport , le règne de ce prince doit être considéré comme une des époques les plus mémorables de notre histoire.
Depuis le règne de Philippe-le-Bel, les états généraux avaient profilé de toutes les circonstances, pour donner à la France une eonsti-
1400 tution régulière. Ils devinrent dans la suite un simple instrument dans la main des rois.
Charles - de - Valois , Jean II , et Charles-le- Sage redoutaient la censure de ces grandes assemblées. Nous verrons le despote, Louis XI, ne pas craindre de les convoquer deux fois} ils obéirent aveuglément à ses volontés.
Auparavant, les rois cherchaient à se débarrasser de la contrainte où les tenait la surveillance nationale. Sous Louis XI, la nation parut fatiguée de ses assemblées. Lesreprésentans se confièrent à la prudenca»du monarque j ils l’autorisèrent à prendre les mesures les plus convenables au bon ordre et à la tranquillité publique. On rendra aisément raison de cette différence, en observant qu’avant le - règne de Charles-le-Bien-aimé, la nation fléchissait souvent sous la politique des rois} mais bientôt comprimant le ressort de son énergie, elle réclamait hautement ses immunités. Mais après cette époque, la marche des événemens l'avait accoutumée au pouvoir arbitraire.
Au sein des guerres, dont les circonstances furent sur le point de démembrer la France , il se forma une nouvelle série de passions et d’intérêts. Les Français , emportés loin d’eux- •luèmes par des événemens perpétuellement inattendus, obéissant à la loi du moment*
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perdaient les traces de leurs anciennes institu- i4°° tions. On sacrifiait , à la faction dont on embrassait les intérêts , des prérogatives dont, en d’autres circonstances, on eût avec opiniâtreté conservé l’exercice. Comment songer à des immunités dans des momens, où personne n'était assuré de ses propriétés et même de son existence? Tous les corps de l’Etat se dé- , formaient. Les uns voyaient s’échapper de leurs mains le pouvoir dont ils avaient joui , les autres acquéraient des prérogatives inusitées;
Le gouvernement de France était monarchique , donnant à ce mot l’acception la plus étendue. Tous les ressorts de l'Etat tendaient à concentrer l’autorité publique dans les mains du monarque. On nous parle du despotisme des cours orientales dont nous ne saurions nous faire des idées complètes ; mais nous savons que le padisha de Constantinople ne saurait enfreindre les lois économiques renfermées dans le Coran. Il ne peut ni altérer les monnaies ni augmenter les impôts. Aucune entrave de cette nature n’arrêtait en France la marche de l’autorité royale. Les rois faisaient les lois qui leur plaisaient ; et quand il leur plaisait , iis les abrogeaient de même ; cartel est notre bon plaisir : ainsi finissaient les édits.
On nous parle de lois fondamentales, il n'en existait aucune eu France. Le réglement,
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i4oo concernant la succession à la couronne, par ordre de primogéniture, était maintenu, parce que son exécution garantissait la dynastie royale des troubles auxquels pouvait donner lieu la moindre incertitude dans le mode de succession au trône, et affermissait la paix intérieure entre les branches de la maison régnante.
Je parlerai bientôt de l’enregistrement des lois aux parlemens , regardé par plusieurs publicistes comme un contre-poids au despotisme des rois de France.
Le balancement des pouvoirs , d’où résulte la liberté publique dans les pays gouvernés par une constitution régulière, était inconnu en France. Le roi faisait une loi dans son conseil, ses ministres la mettaient à exécution; les magistrats jugeaient d’après sa tenue littérale, sous peine de cassation des jugemens.
Le même individu moral pouvait être considéré en France, comme législateur, exécuteur des lois et juge suprême. Le monarque assemblait la nation dans les occasions calamiteuses ; c’était pour la consulter , sans se croire astreint à exécuter ses arrêtés. Cette forme de gouvernement manquait de régulateur. Les états-généraux assemblés considéraient comme légitime toute autorité dont ils pouvaient s’mvestir, n’étant pas un ressort ordinaire du gou-
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vcrncment, leur pouvoir s’éteignait avec leur 1400 session.
Un pressant motif d'éviter les grandes commotions dont les résultats peuvent amener des changemens politiques , engageait la cour à maintenir la stabilité des lois criminelles, et même des lois civiles ordinaires ; mais daus toutes les occasions , où il s'agissait de la puissant# et de lu, force publique , les rois usaient sans ménagement de l’autorité la plus versatile.
Cette puissance était soutenue sur trois bases dont la solidité lui promettait une longue du-< rée : une noblesse possédant toutes les charges honorables , les parlemens tenant du roi leurs prérogatives , et le clergé exempt de payer les charges publiques.
La puissance des grands , autrefois la rivale de celle des rois , en devint l’appui. Chacun d'eux tournait à son proüt les prérogatives de la couronne. Si la nation avait tenté de rétablir ses prérogatives , tous les grands du royaume s’y seraient opposés de concert. Se regardant comme les instrumens de la puissance royale , ils n'auraient pas souffert qu’elle se partageât avec les états-généraux. Le pouvoir des barons vfut augmenté par Charlesle-Victorieux. Ce prince , ayant éprouvé les plus cruelles atteintes de la fortune, voulait jouir en paix du fruit de ses travaux. Voyant les barons plus jaloux que
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1400 lui -même de son autorité , il leur en aban-* donna l’exercice.
Une milice tou jours subsistante fut créée, et payée au moyen d’une taille perpétuelle , assise sur les non-nobles. Cette nouveauté avantageuse aux barons , leur procurant de l’emploi, indifférente au clergé, était agréable aux simples citoyens, en procurant à la cour > moyennant un subside modéré , un moydn de les protéger contre les gens de guerre, lesquels » privés de solde, pillaient les campagnes.
Alors, nous dit Mably, les finances et les troupes entre les mains du roi le rassuraient contre les tempêtes. Les grandes charges s© trouvaient eu France dans les mains de la no-, blesse. On ne verra plus , eomrae on voyait auparavant, des combats entre l’autorité du roi et les immunités de la nation. S’il s’élève des troubles, l’autorité royale sera constamment respectée. O11 ne combattra plus pour lui assigner des bornes , mais pour décider à quello cabale d’ambitieux l’exercice en sera confié. Un clergé nombreux , répandu dans les villes et dans les campagnes , prêchera aux peuples . l’obéissance passive, aussi long-temps que le roi et les barons se soumettront à son pouvoir supérieur. Les parlemens concourront avec les barons et les prêtres à l’augmentation de la puissance royale , dans la vue de s’en investir»
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Avant le règne de Charles le-Bien-aimé , le 1400 parlement de Paris , rendu insensiblement perpétuel, ne se composait pas toujours des memes magistrats. Toutes les parties de l’administration furent également négligées durant la maladie de ce prince. Les commissions des juges n’étaient plus renouvelées régulièrement ; ils se continuèrent d’eux-mcmes dans leurs fonctions, et rendaient un grand service au public, en n’abandonnant pas le palais.
Les barons jugeurs, obligés de défendre leurs foyers , quittèrent le tribunal ; les présidons lettrés prirent le mortier et le manteau d’hermine des chevaliers -, les conseillers retinrent la robe des licenciés en droit à laquelle ils donnèrent plus d’ampleur et plus d’éclat, en adoptant la couleur écarlate dans les grandes cérémonies.
Le parlement judiciaire ne prenait aucune part aux affaires politiques; Charles le-Sage augmenta sa considération en tenant dans son sein des se'ances royales qu lits de justice. On ne saurait rapporter clairement, comment s’établit l’usage d’enregistrer les lois dans ce tribunal suprême. Ce droit, semblable dans son origine et dans ses progrès à la plupart des autres usages de notre nation , s’accrédita probablement peu à peu , souffrit des varia-
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1400 lions j et dut ses accroissemens à un concours de diverses circonstances.
Le royaume, en proie aux plus funestes divisions , déchiré par les grands*, dévasté par les guerres, dévoré par l’anarchie , laissait aux tristes colons peu d’espérance d’un meilleur sort. Ils tournaient leurs regards vers les magistrats. Plusieurs provinces , voulant prévenir les ruines de leurs propriétés, envoyaient aux parlemens leurs oppositions aux impôts arbitraires dont on les surchargeait. La confiance , dont la nation honorait ses juges , apprenait aux diverses factions, maîtresses successivement sous Charles-le-Bien-aimé de l'autorité publique, combien il leur importait de flatter le parlement. Les ministres le consultèrent sur leurs projets ; ils publièrent les nouveaux édits dans son sein ; on les inscrivit sur ses registres. Les magistrats se hasardèrent à délibérer sur plusieurs ordonnances , et s’ils ne les approuvaient pas, elles étaient enregistrées avec des marques d’improbation.
Cet instinct qui èonduit les corps comme les individus à étendre leur crédit, enhardit le parlement à exercer une espèce de censure sur les actes législatifs. Le public inspiré par ses appréhensions, voyait avec plaisir une barrière s’élever entre lui et le despotisme.
Enfin le parlement devint la cour des pairs ;
ce changement s’opéra insensiblement comme i4°° tous les autres, il n’y eut long-temps rien de réglé .en France sur les jugement concernant les pairies; soit que les pairs dussent être jugés par les pairs de France ou par un jury dont la composition nous est inconnue. Le roi convoquait la cour des pairs tantôt dans son palais, tantôt dans une église, quelquefois dans une maison particulière. Philippe-le- Eel avait voulu soumettre les pairs à la juridiction du parlement. 11 n’y réussit pas. Je dois, lui écrivait le comte de Flandre, être jugé par mes pairs et non par vos avocats.
11 est dans la nature des établisscmens humains, d’augmenter sa consistance dans les occasions favorables. Un corps , chargé de la • discussion des affaires publiques, acquerra perpétuellement une nouvelle autorité s’il est constamment assemblé et animé d’un même esprit; il tient registre de ce qui favorise ses prérogatives. Un point gagné l’est nçn-seulement pour toujours , mais il devient un moyen d’en gagner un second. Ce qu’il n’obtient pas dans un temps viendra dans un autre. Des magistrats, recommandables parleurs lumières et par leur intégrité, furent appelés dans la cour des pairs, cet usage devint bientôt uneloi.
Si on en croit Voltaire, le premier arrêt rendu par le parlement contre un pair, fut
1400 pour déclarer déchu de ses droits à l’héritage de ses pères, le dauphin Charles. J’ai rapporté plusieurs arrêts rendus précédemment par le parlement contre d’autres pairs , mais à l’époque du procès fait au fils de Charlesle-Bien-Aimé , le parlement était devenu la cour ordinaire des pairs.
En vain le président Hénault révoque en doute cet arrêt appelé par Boulainvilliers la honte éternelle du parlement (1) de Paris; ce fut plutôt la honte des généraux d’armée , des factions de la cour, et surtout d’une mère implacable.
Voici ce qu’on lit dans les Mémoires de Jean Juvénaldesllrsins : « Du parlemeuteommençant le 12 novembre 1420. Le 3 janvier fut ajourné à trois briefs jours , à son de trompe sur la table de marbre, Messire Charles de Valois , dauphin de Viennois, seul fils du roi , à la requête du procureur du roi, pour raison de l’homicide commis en la personne de Messire Jean duc de Bourgogne, et après toutes les solennités requises, fut, par arrêt, convaincu des cas à lui imposés, et comme tel banni et exile du royaume, déclaré indigue de succéder à toutes seigneuries venues et à venir. Dudit arrêt, ledit Messire de Valois
(1) Traité du gouvernement de France.
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appela tant pour lui que pour ses adhérens 1400" a la pointe de son épée. »
Les Anglais, plus soigneux que nous de conserver leurs archives, ont trouve' à la tour de Londres l’original de l’arrêt préliminaire rendu dans ce procès.
Devenu cour des pairs, le parlement obtint le droit de faire des remontrances sur les édits. Les prend ères furent adressées à Louis XI en 1461, au sujet de l’abolition de la pragmatique sanction. Ce prince avait demandé 1 avis du parlement. 11 lui présenta un mémoire en quatre-vingt-neuf articles , intitulé : Remontrances touchant les privilèges de l’église gallicane.
Les rois créèrent dans les grandes provinces des parlemens sur le modèle de celui de Paris! Chacune de ces cours de justice prétendit partager les mêmes prérogatives. La simplicité de 1 ancienne constitution française reçut une nouvelle atteinte. Les nouveaux parlemens s’attribuèrent le droit non-seulement de vérifier mais de modifier les édits. Ce droit convenable a un corps unique dont l’autorité s’étend sur tout l’empire, ne pouvait s’exercer, sans de graves mconvéniens, par plusieurs tribunaux éloignés les uns des autres, tous indépendans.