Tome IX. n
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17a! Enfin des hommes prévoyans , voulant cachef une richesse enviée , resserraient les métaux précieux.
On ne saurait rejeter sur lô conseil de ré- • gence le résultat romanesque du jeu des actions. C’était une inconcevable frénésie , à laquelle aucune police ne pouvait mettre obstacle. Le prix des actions doubla , tripla , quadrupla. Des hommes heureux ou adroits . se procurèrent des bénéfices immenses. La nation entière devint plus commerçante et bientôt après plus riche. Le système de Law éclaira les Français sür les combinaisons commerciales. Le vaste édifice élevé par Law écrasa son architecte. Un commerce réel naquit d’une richesse imagiuiÜre. On vit fleurir la compagnie des Indes , créée par Colbert ; elle rivalisa , durant près d’un demi-^ siècle , avec celles de Londres et d’Amsterdam.
Des plaintes s’élevaient sur la partialité des commissaires chargés du visa. On érigea uü tribunal , connu sous le nom de chambre de l’Arsenal. Parmi les individus conduits devant ce tribunal^ se trouvait le duc de la Force, pair de France. La chambre, se regardant comme incompétente , renvoya son jugement au parlement. Ce duc , possesseur d'une for* tune immense en papier, n’osant l’employer en entier en achat de terres , avait acheté des
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epiceries j il les faisait vendre. On ne conçoit" pas quel crime cette spéculation contenait dans Tordre des lois ! Un pareil commerce dérogeait, disait-on, à la dignité d’un duc et pair. Mais la compagnie des Indes était une association de i .negocianSi Les princes du sang, le régent lui-même en faisaient partie.
La communauté des marchands épiciers avait fait' saisir pour douze ou quinze cent mille francs d’épiceries. Elles furent réclamées par un marchand. Les syndics de la commua naulé voyaient en lui un facteur du duc de la Force, ils regardaient les marchandises, comme étalées en vente , en contradiction aux reglemens du commerce , parce que lé duc n’avait pas acquis des lettres de maîtrise : c’était un crime de lèse-marchandise. Le parlement n ignorait pas que le duc de la Force était Tami particulier de Jean Law; donnant à cette affaire une grande importance , il convoqua les princes et les pairs. Après de longues contestations , les associés du duc de la Force furfent admonétés. A l’égard du duc , il fut condamne aux frais et à se comporter à Tavenir avec plus de. circonspection.
3. Dubois ne se montra pas dans cettë affaire. 11 s’occupait de choses plus intéres* santés pour lui. Devenu archevêque de Cambrai , après la mort du cardinal de la Tr« -
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1731 mouille, successeur de rillusirc Fénélon > il sollicitait le chapeau de cardinal.
Clément XI était mort le 19 mars. Les car-' dinaux placèrent sur le trône papal le cardinal Michel Ange Conti, Innocent Xlll. Dubois engageait le cardinal de Rohan à lui être favorable , lui offrant le prentier ministère^ en récompense de ses bons offices. Rohan, allant ou conclave, prit pour conclaviste l’abbé de Tencin , devenu cardinal dans la suite.
Tencin , agent de Dubois , promet la tiare au cardinal Conti par la protection de la cour de France , s’il voulait s’engager par écrit à donner à Dubois le chapeau de cardinal. Le marché fut conclu et signé. Tencin répandait l’or à pleines mains. Conti fut nommé pape.
Après les (i) cérémonies de l’exaltation, Tencin somme le pape de tenir sa parole. Le pontife s’élnit laissé arracher ce malheureux > écrit, dans un moment oü l’ambition écartait les raisonnemens , il tergiversait. Tencin menaça de rendre le billet public. Le Saint-Père, intimidé, nomma Dubois cardinal.
Cette année est célèbre par la première expérience de l’insertion de la petite vérole , à laquelle on substitue aujourd’hui la vaccine. Les Circassiennes sont de temps immémorial
(1) Duclos , Mémoires Secrets, tome II.
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en usage de donner la petite vérole à leurs enfans , par une incision au bras et insérant dans cette incision une pustule enlevée dessus un autre enfant atteint de la même maladie.
La tendresse maternelle et l'intérêt introduisirent cette coutume. Les Circassiennes sont pauvres. Leurs filles , belles pour la plupart , deviennent le principal commerce du pays. La Circassie fournil de beautés les harems du padesha de Constantinople, dusopbide Perse, et des hommes de ces deux empires assez riches pour acheter cette précieuse marchandise. Une nation ne néglige pas les connaissances utiles à son négoce. I es Circassiens s’aperçurent que peu d’individus sont attaqués deux fois de la petite vérole; ils remarquèrent encore que les petites véroles étaient bénignes certaines années. De ces deux observations plusieurs d’entre eux conclurent que si un enfant de six mois avait une petite vérole bénigne il n’en serait pas marqué. Il s’agissait donc pour conserver la beauté de leurs filles de leur procurer une petite vérole de bonne qualité. On y réussit. Les Turcs adoptèrent cette méthode.
Milady Montagu , étant avec son mari ei> ambassade à Constantinople , fît insérer la petite vérole à un enfant dont elle accoucha dans cette capitale. De retour à Londres, elle
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parla de son expérience à la princesse de Galles. On en fit l’épreuve sur des criminels condamnés à niort ; elle fut heureuse. La princesse fit inoculer ses enfans. L’Angleterre suivit cet exemple. On combattait cependant ce procédé à Londres comme nous l’avons vu combattre à Paris. Un curé anglais assura en chaire que Job avait été inoculé par le diable.
4. L'infante d’Espagne accordée au roi, fit son entrée dans Paris le 3 mars ; on la logea au Louvre. Dubois, ayant reçu le chapeau de cardinal , n’assistait plus au conseil de régence. 11 prétendait y précéder le chancelier , les pairs et les maréchatix de France. N’osant tenter celte expérience , il eut recours au cardinal de Rohan , le remerçiant de ses bons offices , et lui prometatnt de nouvea u la patente de premier ministre , il lui dit que le régentj» voulant préparer sa cour à cette nouveauté, lui accordait une place dans le conseil de régence. Lie cardinal de Rohan s’assit immédiatement apres les princes du sang. Sa haute naissance justifiait cette séance. Tout le conseil se récria quand Dubois se plaça à côté du cardinal de Rohan. Le chancelier d’Aguesseau , lespairset Içs maréchaux de France sortirent de la salle. Le conseil resta composé des princes du sang, des deux cardinaux, des secrétaires d’Etat, et des individus (^ui ne disputaient pas la pré-»
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séance aux cardinaux. Un duc et pair rencon- 172a trant le même jour au Louvre le cardinal Dubois, lui dit: Cette journée sera signalé^ dans l’histoire; on n’oubliera pas d’y marquer, monsieur, que votre entrée dans le conseil en a chassé les grands du royaume.
D’Aguesseau fut exilé pour la seconde fois.
D’ArmenonvilIe obtint les sceaux , et céda le pas aux deux cardinaux.
Le congrès de Cambrai venait de s’assembler , il ne fut pleinement en activité avant les premiers jours de 1724. Les seuls intérêts des cours de Vienne et de Madrid restaient à discuter. Le roi d’Espagne adhérait à la quadruple alliance. Un nouveau traité , signé à Madrid le i 3 juin 1721 , donnait aux Anglais une satisfaction complète au sujet du conimerco de l’Assiento.
On discuta d’abord à Cambrai rimportanqo des privilèges accordés par l’empereur d’Allemagne , à une compagnie de commerce éta« ' blie dans Ostende, en 1717. Cette association alarmait les puissances maritimes, comme si des édits, portant création d*une compagnie do commerce , pouvaient donner aux Autrichiens des comptoirs en Asie et en Amérique ; (des ports , des côtes , des matelots en Europe. Les Hollandais , s’étant interdit tout intérêt dans lix
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nouvelle compagnie, sollicitaient les cours de Paris, de Londres et de Madrid d’obtenir la suppression de cet établissement hors d’état de se soutenir. L’octroi en fut retiré f>ar un traité signé à Vienne , en 1731, entre l’empereur d’ tlleniagne et le roi d’Angleterre. -
5 . A l’approche de la majorité, les courtisans s’agitaient, les uns pour conserver leur crédit, les autres pour supplanter leurs rivaux. Les Français, prompts à oublier les calamités passées, cherchaient à effacer les traces du système du I-aw. Le régent, forcé d’adopter quelque réforme dans ses dépenses, ne surveillait plus les affaires générales avec la même activité ; l’effet habituel de ses débauches nocturnes diminuait son aptitude à gouverner. Dubois s’applaudissait de l’indolence du régent. Sous prétexte de le soulager de mille soins importuns, il le rendait insensiblement étranger à plusieurs parties de L’administration.
Dubois augmentait le nombre de ses amis • par toutes sortes de voies. Le duc du Maine revenait à la cour. 11 gagna sa confiance , lui faisant part de la manière adroite dont il avait caché unepartiede la conspiration Cellamare , et lui promettant les honneurs du Louvre après la déclaration de la majorité. La jeune infante d’Espagne était élevée au Louvre. On
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lui donnait le tiire d'infante reine. On voyait *72^ grandir avec plaisir celte princesse , sans prévoir que son mariage ii’aurait pas lieu. Quelques difEcultés an sujet de la bulle Unigenitus troublaient seules la tranquillité publique.
Les prêtres se partageaient, en France, en appelans de la bulle et en acceptans.
Plein de mépris pour ces disputes, le çégent avait placé à la tête du conseil de conscience, le cardinal deNoailles, regardé comme le chef des jansénistes. Les négociations , au .sojet du mariage du roi avec l’infante , le forcèrent d’adopter d’autres idées. Le roi d’Eispagne le contraignit de donner au roi un confesseur jésuite, nommé Linières. Cet homme rendit la secte moliniste dominante à la cour.
Alors fut remis en vigueur le formulaire inventé sous le règne de Louis XIV, Les aspirans aux grades des universités étaient tenus de prouonçer celte espèce de serment. En signant le formulaire , on condamnait cinq propositions contenues ou non contenues dans le livre de Jansénius. Cette condamnation donnait lieu à des subtilités sans nombre ; les jésuites y ajoutèrent cette phrase aggravante :
Je condamne les cinq propositions dans le sens que Jansénius avait en vue écrivant son livre intitulé Augiistinus.
Dubois protégeait les molinistes. Son auto-
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17*2 jjié n’était pas respectée par les jansénistes. On publiait de part et d’autre des brochures sans nombre. Les deux partis attendaient avec im> patience un changement de règne. Tout le monde détestait Dubois. Les courtisans s’aperçevaient avec une maligne joie que le jeune roi partageait les sentimens du public.
,Louis XV avait fait une maladie assez grave en 1721; le médecin Helvétius proposait une saignée au pied , le chirurgien Maréchal refusait d’exécuter cette ordonnance médicale.
Le régent , le duc de Bourbon , la duchesse de Ventadour et le duc de Villeroi assistaient à la consultation des médecins. On appela les docteurs Falconet , Silva et Dumoulin. Helvétius les amena à son avis. La fièvre diminua une heure après la saignée ^ le danger disparut.
Aux premiers accidens de la maladie , beaucoup d’individus parlaient d’empoisonnement, ils osaient presque ouvertement jeter leurs soupçons sur le duc d'Orléans. Ce prince repoussait la calomnie par une contenance assurée ; elle se trouva démontrée par la convalescence du roi; Les ennemis du régent n’en répandaient pas moins dans le public leurs propos calomnieux.
Peu de temps auparavant, le jésuite Linières avait pris possession de son emploi. Il lui
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fallait des pouvoirs de l’archevêque de Paris , il les refusait. Cet incident déconcertait Dubois et la cabale jésuitique. Les fêtes de Pâques approchaient. Un des chapelains des Tuileries, approuvé par le cardinal de Noailles, entendit la confession du roi. On résolut de le tirer du diocèse de Paris. Plusieurs attribuèrent à cette obscure intrigue le retour de la cour à Versailles. L’évêque de Chartres, dévoué aux jésuites , offrait d’approuver Linieres, il pouvait confesser le roi dans la maison de Saint-Cyr, à l’extrémité du parc. Ce local se trouvait sur le territoire de l’évêche de Chartres.
6. Dubois voulait obtenir le titre de premier ministre, ce fut la vraie cause de cette translation. Les courtisans , les ministres et leurs bureaux se croyaient établis pour longtemps à Paris. Le régent , entraîné par son penchant vers les plaisirs de la capitale, ne désirait pas de s’en éloigner. On représentait encore l’état de désordre où se trouvaient les appartemens de Versailles , abandonnés depuis la mort de Louis XIV.
Dubois combattait ces observations. Il disait au régent ; Dans votre position à la majorité , votre premier soin doit être de conserver votre puissance. 11 vous importe pour cela (^uela cour soit peu nombreuse , et eora-
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1722 posée de vos créatures. Les courtisans seront très-nombreux à Paris. Vos ennemis peuvent profiter de quelque circonstance pour vous perdre, l.es choses deviennent diflërentes à Versailles. La plupart des grands seigneurs n y ayant pas de maisons , y viendront rarement. Dubois fortifiait ce raisonnement par l’attention employée par tous les ministres despotes à isoler les rois. Ils leur persuadaient qu’ils seraient mieux instruits par eux de ce qui se passait dans leur capitale, que par une foule importune. Toutes les grandes révolutions ont prouvé la fausseté de cette assertion. 11 est mille choses qu’un monarque peut et doit connaître par lui-méme, vivant au milieu de ses sujets. En traversant sa capitale , il lit dans tous les yeux les passions dont les cœurs sont afiectes. Un ministre a souvent intérêt de cacher au roi la disposition des esprits. Il la présente ou la fait présenter d'une manière fautive. Le roi , trompé, s'endort dans une molle et fatale insouciance. II en sort quelquefois par le bruit d’une insurrection qu’il n’est plus temps de préveqir. 11 est probable que si Louis XV et Louis XVI avaient continué de passer les hivers à Paris , nous aurions évité les malheurs de la révolution.
Louis XV vint à Versailles au mois de
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juin avec l’infante reine. Le régent y éprouva bientôt un ennui mortel. Âu-d^sus des intrigues par son rang, il devenait chaque jour plus incapable des affaires. L'habitude d’une vie licencieuse la lui rendait nécessaire. Ses soupers dont la compagnie était si mélée , et sa petite loge à l’opéra d’où U choisissait ses convives , lui manquaient à Versailles. Plusieurs de ses serviteurs l’engageaient à chercher dans les occupations de son état une dissipation agréable. Vains conseils. La plupart des hommes quittent les plaisirs quand les plaisirs les quittent.
L’homme accoutumé à une vie crapuleuse , ne se corrigera pas en vieillissant. Le goût du travail nait et se conserve par l'habitude, il ne se prend pas dans un âge avancé.
Le duc d’Orléans, voulant cacher au roi sa manière de vivre, résidait au Palais-Royal quand le roi faisait son séjour dans le palais des Tuileries. Dubois prévoyant l’ennui du prince à Versailles et ses fréquens voyages à Paris, saisissait toutes les occasions de corn trarier ses goûts. Il l’entretenait d’affaires dans les temps ou elles l’excédaient. Le régent laissait le tout à la disposition de son ministre. 11 se rendit insensiblement maître de la correspondance avec les provinces. Cependant les affaires languissaient accumulées.
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Ghacun se plaignait de cette lenteur. Duboi^ prévenant les reproches de son maître > lui faisait honte de sa paresse.
11 est impossible, lui disait Dubois , de faire marcher la machine du gouvernement si les principaux ressorts ne sont dirigés par une seule main: Votre intérêt exige que lé point de réunion soit vous ou moi. Sans cela, rien n’ira J votre régence tombera dans- le mépris. Que te manque-t-il pour agir? répondait le r^ent. Un titre. Un litre fait la principale autorité d’un ministre. Le régent ne se dissimulait pas le mépris dont il allait se couvrir, en nommant Dubois, premier ministre. Celte appréhension ne le tirait pas de sa léthargie.^ Environné par les créatures de ce prélat, elles ne cessaient de se répandre en éloges des talens supérieurs du ministre , et de son inviolable attachement à son mdlre.
Excédé par l’ennui des affaires. Dubois était le seul sur lequel il p£tt se reposer sans crainte. Ce prélat était privé d’appui personnel. C’était un ressort qu’on pouvait briser avec facilité. Le régent, ayant pris son parti, n’était plus arreté que par la honte de le déclarer. On faisait alors les préparatifs pour le sacre du roi ; la cour apprit avec surprise la disgrâce du maréchal de Villeroi.
C’était la suite d’une rixe dans laquelle I 9
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gouverneur du roi avait traité, comme le der- 172a nier des hommes, le cardinal Dubois qui voulait l’engager à lui rendre le roi favorable, si le régent le nommait premier ministre. A ce ïujet de mécontentement se joignaient d’autres considérations. La place de Villeroi l’obligeait à veiller à la conservation des jours de son élève. 11 avait osé dire à ses amis particuliers , que les mauvais desseins du régent exigeaient de lui des précautions minutietises.
Ces propos furent rapportés. Villeroi devenait le point de ralliement des mécontens.
Soit grandeur d’âme , soit insouciance, le régent méprisait ces insultes. Les mauvais procédés de Villeroi contre Dubois comblèrent la mesure. Le régent , ayant pris la résolution de le chasser de la cour, fît part de son dessein au duc de Bourbon. Ce prince lui conseilla d’amener une occasion dans laquelle Villeroi , se livrant à des écarts ordinaires , ne parût pas uniquement sacrifîé au cardinal. Cette occasion se présenta.
Le régent avait dit publiquement qu’il était temps d’instruire le roi des affaires secrètes de l’Etat, et qu’il se chargeait de ce soin. Il vint un jour entre dix et onze heures du matin dans l’appartement du roi , oh se trouvaient le duc de Bourbon, le comté de Clermont, le duc ' de Villeroi , le précepteur Fleuri , évêque de
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,-22 Fréjus, et d'auires personnes. Après quelques motnens de conversation , le régent pria le roi de passer dans son cabinet. Le duc de Bourbon et les autres se retirèrent. Le gouverneur Villeroi voulut entrer dans le cabinet du roi avec le régent. Ce prince, avec les expressions de la plus délicate politesse, lui représenta que les objets dont il voulait entretenir le roi n’admettaient aucun témoin. Le maréchal de Villeroi , abusant des égards dont les excès auraient été suspects à tout autre , répartit que le roi n’avait point de secret pour son gouverneur. Le régent, prenant alors le ton de supériorité, dit au maréchal: Vous vous oubliez, monsieur. Vous ne sentez pas la valeur de vos paroles , la présence du roi m’empêche seule de vous traiter comme vous le méritez. Il fait une profonde révérence aa roi, et sort sur-le-champ. Le maréchal, déconcerté, suivait le régent et voulait entrer en justification ; le prince jeta sur lui un regard méprisant. Sans lui répondre, il continua sa route.
Villeroi se présenta le lendemain chez le régent. Se repentant de sa démarche indiscrète, il espérait de calmer'par des excuses respectueuses un prince dont il connaissait * la molle facilité j au moment où il traversait les antichambres , les portes se ferment
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Sur lui; le capitaine des gardes du régent lyaa lui demande son épée. On le plaça dans une chaise ù porteurs , on le conduisit hors des . jardins. Trois officiers des mousquetaires l'attendaient^ et l’accompagnèrent à Villeroi. 11 J reçut une lettre de cachet : il lui était enjoint d’aller dans son gouvernement de Lyon , etd’y rester jusqu'à nouvel ordre.
Fleuri , évêque de Fréjus, redoutant les effets de cette catastrophe, s’était caché. Le roi , privé de deux individus qu’une longue habitude lui rendait nécessaires , paraissait mécontent. On chercha Fleuri ; on le trouva , il revint à Versailles; la place de gouverneur du roi fut confiée au duc de Charost.
Dans cette occasion , le régent fit part au duc de Saint-Simon des raisons qui le détérminaient à donner à Dubois la patente de premier ministre. Saint-Simon fit de vains efforts pour rendre quelque énergie à l’âme du prince; il persista dans sa détermination. Dubois fut déclaré premier ministre. Le parlement enregistra son diplôme.'
7 . On arrivait sans secousses à l’instant où le roi ayant atteint l’âge de treize ans accomplis, la minorité allait cesser. l.,omsXV reçut Fonction royale à Rheims, le 23 octobre. Au retour de ce voyage fut conclu le mariage de la princesse de Beaujolais , seconde fille du Tome IX. 8
1722 régent, avec l’infant Charles , frère du prince des Asturies. Ce mariage resta sans exécution. La princesse revint en France avec sa soeur la reine douairière d’Espagne , veuve de Louis !*'■.
Depuis le sacre, le régent, accompagné du cardinal Dubois , venait chaque jour dans l’appartement du roi , où se trouvaient ordinairement le duc de Bourbon , le duc de Charost , et l’évêque de Fréjus. 11 présentait un mémoire dont la lecture durait un quart d’heure. Ces mémoires contenaient de courtes instructions sur la guerre, les négociations et les finances. Chaque soir le régent entrait seul chez le roi. 11 lui rendait, sans témoins, un autre compte de son administration.
^ 3 Le 16 février, le roi entrait dans sa qua- ^ torzième année. Le duc d’Orléans se présenta à son lever, et lui offrit ses hommages. Plusieurs individus avaient été exilés à l’occasion - des disputes ecclésiastiques. Le régent demandait au roi ses ordres à ce sujet. 11 répondit laconiquement : Je n’ai exilé personne. Cette insouciance permettait au régent d’obéir à la pente de son âme. Ces exilés furent rappelés. La cour vint à Paris le 20. Louis XV tint le lendemain un lit de justice au parlement. Il dit : Messieurs, je suis venu vous informer que, suivant les lois de mon royaume , j’en vais
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prendre le gouTcrncment. Le duc d’Orléans ditensvite : Je remets , Sire, dans vos mains, les rênes de vos étals assurés d’un repos durable. J’ai réparé l’altération des Gnances, causée par de longues guerres , vous consommerez cet important ouvrage. J’ai cherché dans votre maison une alliance pour Votre Majesté. J’ai hâté la cérémonie de votre couronnement. Rendez les Français heureux. Sire; ce sera' la récompense de mes travaux. Le roi répondit : Mon oncle, ma gloire se confondra toujours avec le bonheur de mes sujets. Je vous prie de présider à mes conseils. Je confirme le choix fait du cdrdinal Dubois en qualité de premier ministre.
Dans une longue harangue, le garde des sceaux attribua , au caractère inconstant des Français , la mauvaise issue du système de Law. Le premier président de Mesmes et l’avocat général Blancmenil parlèrent ensuite.
On admit les marquis de Lévis, de Biron et de la Vallièreen qualité de ducs et pairs. Le roi fut complimenté les jours suivans aux Tuileries, par les cours supérieures , l’assemblée du clergé , l’université , l’académie française , le corps de ville et les corps des marchands de Paris.
On remplaça le conseil de régence par un conseil d’état ordinaire. 11 fut composé des
iya5 ducs d’Orléans, de Chartres, de Bourbon, du cardinal Dubois, de l’évêque de- Fréjus et des ministres, f.és conseils des finances et ^ des dépêches furent rétablis comme ils étaient sous le règne de Louis XIV. Le duc d’Orléans rendait compte au roi des principales afTai> res. Félix Lepelletier de la Houssaye venait de donner sa démission , parce que le conseil refusait d'adopter l’émission d’un nouveau papier monnaie; Charles Dudun devint contrôleur général.
Un papier monnaie dont la valeur repose sur la condance publique , devient ordinairement la perte d un empire quand il n'est pas nécessaire ; gage de prospérité chez un peuple où domine un esprit public; la nature enlève à cette monnaie fictive tous ses avantages , quand un gouvernement arbitraire l’emploie.
Dans ce système politique, les intérêts des gouvemans ne sont pas toujours ceux des gouvernés , le public redoute une ressource dont on peut abuser facilement : ce seul doute détruit la confiance, qu’un rien alimente et qu’un rien écarte; le papier monnaie regardé comme ministériel et non comme national, tombe dans le mépris ; si on est forcé de le recevoir , on se hâte de le convertir en argent.
Ce papier était demandé par la compagnie des Indes , elle sollicitait en même temps lu '
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vente exclusive du café ; cette concession ruineuse pour toutes les villes maritimes, eût été ■probablement accordée , si on n’eût observé dans leconseilquesansla liberté de vendre du sucre et du café, il était impossible ù la ville de Marseille de sortir de ses ruines.
Tonnelier de Breteuil, intendant deLimoges, venait de siK;céder à Leblanc , ministre de la guerre ; chacun parut étonné de voir un ministre actif, plein de zèle , aimé des troupes , estimé géne'ralement , remplacé par un inconnu: ce choix était l’effet de la reconnaissance du cardinal Dubois et le prix de sa discrétion. Dubois s’était marié très-jeune, dans un village du Limousin ; la misère sépara les deux époux. Dubois, voyant devant lui une route ouverte vers la fortune , envoyait de temps à autre quelque argent à sa femme intéressée à. ne pas ébruiter cet hymen. ParVenu à l’épiscopat , il devenait intéressant pour lui d’anéantir les preuves de son premier engagement ; Tonnelier fut chargé de celte commission ; suivi d’un seul valet et sous prétexte d’une secrete tournée , il vient chez le pasteur du village, oû le mariage avait été célébré, et s’empara subtilement de la page où se trouvait cet acte. . . La femme de Dubois obtint une pension assez considérable, elle vint à Paris après la mort de son mari et Lui suyvécut long-temps..
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Depuis 17 1 5 , le clergé de France n’avait pas été assemblé. Réuni, cette année, il choisit Dubois pour son président ; sa session ne fut connue que par une vaine demande d’étre autorisé à faire le procès aux appelans de la bulle Unigenitus ; il lui fut enjoint de garderie silence.
Dubois , parvenu au comble de la fortune, atteignait le terme de sa vie -, un ulcère à la vessie , fruit de ses débauches , le tourmentait depuis long- temps: il creva tout à coup. On appela les médecins , la gangrène leur parut sur le point de se manifester ; ils déclarèrent qu’à moins d’une amputation prompte et d’un succès douteux > le malade n’avait pas deux beures à vivre; Dubois entrait dans un accès de fureur contre les médecins. Le duc d’Orléans eut beaucoup de peine à le déterminer à subir celle opération , les médecins lui proposent de recevoir les sacremens; le trouble de celte terrible annonce augmente sa colère : il apostrophe tous ceux qui s’approchent, enfin il prétexta un cérémonial particulier pour les cardinaux , qui ne devaient pas communier comme les autres hommes. Le curé de Versailles allait aux informations, à Paris, cheii le cardinal de Bissy ; le danger devenait plus pressant ; l’amputation de la vessie fut faite par le chirurgien la Peyronie, en présence de tous les médecins
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de la coar; la nature de la plaie ne laissait 17*3. aucun espoir. Dubois mourut vingt-quatre heures après l’opération , à l’âge de soixantesix ans.
8. Celle mort toucha peu le régent, il rou- / gissail intérieurement d’avoir laissé prendre tant d'empire sur son esprit à un homme aussi vil. La patente de premier ministre lui fut ex- ~ pédiéeau moment où on enterrait son indigne favori, il ne devait pas en exercer long-temps les fonctions; malgré la bonté de son tempérament, la nature avait fixé le terme de sa vie, à l’âge de quarante-nfpfans. La mort du ministre chargé du poids des afiaires , écrasait ce prince d’un travail auquel il ne pouvait plus s’accoutumer : sa santé s’altérait rapidement, on prévoyaitqu'il serait emporté par une apoplexie; il se plaignait d’unepesanteur de tête habituelle: l’attribuant à ses travaux trop prolongés , ses amis lui conseillaient de les modérer et même de les abandonnernâomentanément pour veiller à sa santé; la voix de l’ambition étouffiiit tout autre sentiment dans l’âme d’un prince enivré des charmes du pouvoir suprême.
Louis XV, trop jeune et trop peu instruit , ne pouvait se charger de l’administration publique. Son précepteur. Fleuri, cachait à peine ses vues ambitieuses , à l’âge de Voixante-dix ans , sous les dehors d'une modestie affectée;.
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3 ]c duc d’Orléans craignait , abandonnant un instant les rênes de l’£tat , de les voir s’échapper pour toujours de ses' mains. Le chirurgien Chirac dont il avait écouté avidement les pronostics , lorsqu’il lui annonçait la mort prochaine de Dubois, l’avertissait en vain du péril dans lequel il mettait ses jours , par- l’excès du travail. Il le menaçait d’une mort subite } c’est tout ce que je désire, répondait le prince. Chirac lui trouvant, les premiers jours de décembre , le teint extraordinairement enilamméj et les yeux remplis de sang , voulait le saigner sans délai ; le prince renvoya à un autre jour cette opératio'n. Le rendemain , ayant travaillé comme à l’ordinaire avec le roi , il vint à Paris sur les six heures, la tête appesantie. Il dormit assez long-temps ; se trouvant soulagé J il donna quelques audiences , et entra dans un salon où se trouvait la duchesse de Phalaris une de ses favorites. Il lui dit : Je suis bien aise de vous voir , j’ai grand mal de tête. En même temps voulant s’asseoir, sa tête tomba sur-son estomac et luimême à terre. On se bâta d’appeler un chirurgien. 11 était trop tard. t
Ainsi mourut un des hommes les plus aimables , plein d’esprit et de talent , de bravoure , d’humanité , mais en même temps un des princes les plus incapables par son insou-
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lai
ciauce de gouverner un empire. Tl se piquait de ressembler à Henri IV par son audace dans les combats , les réparties vives , et les qualités aimables avec lesquelles il so\imettait les cœurs et les volontés. 11 lui ressembla surtout par son amour effréné pour les femmes.
Ses ennemis, yersant l’amertume sur tous^les înstans de sa vie , l’accusèrent d’avoir poussé le de'sordre de ses mœurs jusqu’à l’inceste ; selon eux , il avait consommé cecrime avec trois de ses filles, les duchesses de Berry, deModnèe, et l’abbesse de Chelles. Comment concevoir que, brûlé par ces horribles flammes, il eût pu voir avec tranquillité lapassion effrénée delà duchesse de Berry pour le comte de Riom, et la tendresse indiscrète de la duchesse de Modène, pour le duc de Richelieu. Le duc d’Orléans pressa lui-méme le mariage de sa fille avec le duc de Modène. 11 la vit partir pour Tltalie sans regret , ni elle ni sa sœur ni montrèrent jamais cette profonde corruption de mœurs, seule capable de fouler aux pieds tes lois de la nature. Si le duc d’Orléans ne s’offensa jamais sérieusement de cette accusation abominable, c’est que, regardant les faiblesses , de l’amour comme tenant au caractère de Henri IV , il se croyait assez défendu contre cette calomnie par son invraisemblance. 11 fut au contraire glacé d’indignation , à la vue des libelles dans lesquels on le traitait d’enpoisouneuf.
I aa HIST. DE FR. 1I«. PART. LIV. XXVD.
1723 Ce prince avait lu de sang-froid les premières strophes des Satires de. la Grange Chancel. Il en loua même le mérite poétique; se voyant accusé dans les strophes suivantes , de la mort des enfans et des petits enfans de Louis XIV , son émotion fut la même , que si la première fois cette affreuse calomnie avait frappé ses oreilles. Cependant, maître de livrer l’auteur à la sévérité des lois, il se borna à le tenir quelque temps enfermé aux îles Sainte-Marguerite; son âme sans ressort était, dit-on, inaccessible à la haine comme à l’amitié. II fut calomnié sans mesure.. Toutes les actions de sa vie attestent son penchant à la clémence. Ce divin tribut de tous les bons rois défend la mémoire du duc d’Orléans , et marque sa place dans l’Histoire.
Malgré l’ambition de Fleuri , la mort, inopinée du dud d’Orléans ne lui avait pas donné le temps de combiner ses dispositions vers le premier ministère. Le duc de Bourbon se saisit de l’autorité publique. Sa seule intrigue fut de faire dresser par la Vrillière la patente de premier ministre , et de la donner à signer au roi en lui annonçant la mort du duc d’Orléans. Le duc de Chartres aurait pu prétendre de succéder à son père. Il ne disputa rien au duc de Bourbon. Frappé de la mort du régent , et prenant un parti extrême , il se jeta dans une dévotion monastique.
LOUIS XV
Fleuri, n’ayant mis aucun obstacle à la nomination du duc de Bourbon , jouissait de toute la confiance du jeune monarque. Le duc de Bourbon se logea dans l’appartement du duc d’Orléans au château de Versailles.
La foule des courtisans s’empressait auprès de lui; les plus adroits allaient faire leur cour à la marquise de Prie , dont on connasisait l’empire absolu sur son esprit. Fleuri, aucontraire, resserré dans un petit appartement , ne brillait d'aucun éclat extérieur. On le voyait constamment auprès du roi. Fleuri, prodiguant au duc de Bourbon des marques de respect, le mit dès le premier jour sur le pied de concerter les affaires avec lui; l’ascendant de Fleuri sur le premier ministre, par son adresse, n’échappait pas aux secrétaires d’Etat. Ils Importaient secrètement leur portefeuille avant de travailler avec le premier ministre. Fleuri paraissait les guider en reconnaissance de leur déférence àson égard; dès-lors il gouvernail la France sous Louis XV , comme la marquise de Maintenon l’avait gouvernée sous Louis XIV.
Peu de temps après , le prélat fit entendre au duc que, lui abandonnant les affaires d’Etat , sa conscience l’obligeait à veiller sur celle de l’église. C’était , disait-il, un soulagement pour un prince chargé du poids de la
172.5 France. Le duc de Bourbon pouvait i>e pas connaître le prix de cette branche d’administration. Peut-être aussi crarguait-il de mécontenter un homme chéri dn roi. .11 lui laissa la feuille des bénéfices. II en disposait sans cesser de se mêler des autres affaires. Devenu collcgue du premier ministre , on pouvait prévoir qu’il serait incessamment le dispensateur suprême, de l’autorité royale.