LIVRE VINGT-HUITIÈME
. Composition du ministère. — Occupations du roi. — a. Politique de l’Europe jusqu’à la paix d’Aix-la- CLapelle. — 3. Suppression du cinquantième. — Refonte des. monnaies. — 4- Les Espagnols tentent en vain de reprendre Gibraltar. — Réconciliation entreles cours de France et d’Espagne. — 5. Traité de paix entre les Espagnols et les Anglais. — Mort de Georges I"'. — Affaires ecclésiastiques. — Diacre Paris. — Convulsions. — Mort du cardinal de Noaillcs. — Vintlmille lui succède. — 6. Congrès de Soissons.
— Pragmatique sanction. — ’j. Intérieur de la France.
— Politique de la cour à l’égard de l’Angleterre’. — . Naissance du daupliin. — 8. Suites des querelles ecclésiastiqites. — Lit de justice. — g. L’empereur d’Allemagne envoie une armée en Italie. — Le roi de Sar—
: * iSa BIST. DE FR. Ile. PART. LIV. XXVIII.
daigne abdique sa couronne Mort du dernier Far-
nese. — ,o. Naissance de l’insurrection des Corse» œntre les Génois. Traité de Vienne. -L’infant Charles est introduit en Italie. — u, Etablissemen» ' formes par le cardinal de Fleuri. - Suites des trouecclésiastiques. — Nouvelles ecclésiastiques.
1 . Le tempérament de louis XV était , dans sa jeunesse , faible et délicat. Fleuri , craignant de fatiguer ses organes, ou pour d autres causes , négligea de lyi inspirer le goût de l’étude, ressource précieuse dans tous les temps de la vie et dans tous les rangs de la société. Il négligea non moins dans la suite de le formera la triture des affaires. Ceminisire redoutant, au bord de sa tombe , queson élève saisit les rênes du gouvernement , lui laissait contracter une paresse difficile à déraciner chez les particuliers, et à plus forte raison chez un monarque environné par une cour légère et voluptueuse. Louis XV, se défiant de son jugement, alla constamment dans lasuiteà lappui des autres.
Ce prince proposait souvent le meilleur avis dans son conseil. Cet avis était rarement suivi. 11 le subordonnait à celui des autres. 11 n était cependant pas convaincu de l’erreur de son opinion. 11 disait au contraire à ses nii-
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nistres : Prenez garde, vous allez faire une sorlise. 11 arrivera telle et telle chose , il faudra reculer. Ayant présenté ses obscrvalioiis avec la modestie d’un simple particulier , il signait une décision qui n’était pas la sienne. Tous ses discours au parlement étaientl’ouvrage de son conseil. Ce pr\nce, parlant avec facilite, ne prononçait aucune phrase dans les cérémonies publiques , d’après lui-même. On concluait de son embarras, qu’on pouvait l’amener à d’autres résolutions ; de là les combats continuels d’autorité, l’instabilité dans les décisions du conseil , les variations dans le gouvernement.
A l’entrée de Fleuri dans le ministère , le conseil se composait du duc d’Orléans , des maréchaux d’Uxelles , de Villars , de Tallard , du comte de Morvillc et du contrôleur-général Dodun.j Les secrétaires d’Etat étaient Philippeaux de Maurepaspourjla marine, Philippeau de Saint-Florentin pour la maison du roi , Leblanc rétabli au ministère de la guerre après lu mort de Dubois.
Maurepas.par les grâces d’uu esprit frivole, amusait le mentor du roi. On ne pouvait guère prévoir que ce ministre succéderait un jour au crédit de Fleuri , et précipiterait la France dans les convulsions dont nous avons «lé témoins. Saint-Florentin , devenu dans la
1726 suite duc de la Vrillièrc, et Leblanc, ne donnaient aucune inquiétude au cardinal. Doduo fut obligé de donner sa démission. I.a régie des finances fut rendue à Pelletier Desfbrts. Les sceaux , enlevés à d’Arnien on ville, furent confiés à Chauvelin , ministre des relations extérieures dans la suite.
Le duc du Maine avait * recouvré les honneurs duLouvre, en qualité de prince du sang. Il se montrait rarement à la cour. Retiré h Seaux avec son épouse, les plaisirs de l’esprit avaient remplacé auprès de la duchesse du Maine les erreurs de l’ambition. Des lettres patentes du 16 avril I >73 7, accordaient, auxenfans du duc du Maine et du comte de Toulouse , les honneurs dont leurs pères étaient en possession. A l’égard du duc de Bourbon, son exil cessa en 1 729 ; il avait épousé , l’année .précédente, la princesse Caroline de Hesse-Binfeld , dont il eut le prince de Condé.’
2 . Deux puissances nouvelles se formaient alors , la Russie et la Prusse. Avant le règne de Pierre 1 ®*' , les Russes étaient regardés en Europ'e comme un peuple sans industrie , presque sans police , répandu dans des déserts immenses. Cet empire commençait à influer sur les affaires depuis la bataille de Puhawa. La Prusse s’élevait sur des fondemens moins so-
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lides. Ses forces se préparaient, mais nese de- 1726 ployaient pas encore.
La puissance ottomane déclinait. L Italie, divisée en divers gouvernemens faibles et morcelés, faisait un commerce assez florissant, et ne jouissait d’aucune influence surle système politiquede l’Europe. Le pape. Innocent XIII» étant mort en 1734, le cardinal Ursini lui succéda sous le nom de Benoît XIII ; la Grande-Bretagne augmentait son pouvoir maritime. La Hollande diminuait le sien. La maison d’Autriche se trouvait dans la situation où la paix d’Utrecht l’avait placée. Charles VI reconnaissait les droits de l’infant Charles sur les duchés de Toscane et de Parme; il promettait ses bons offices à Philippe V , pour le remettre en possession de Gibraltar et de Minorque. Ces liaisons entre les cours de Madrid et de Vienne alarmaient celle de Londres.
Elle resserrait par le traitédeHannovre son alliance avec la France. La Prusse et la Hollande accédèrent à ce traité , auquel le roi de Prusse renonça bientôt.
Le Portugal , la Savoie , le Danemarck et la Pologne s’occupaient uniquement de leurs affaires intérieures. La Suède étonnait l’Europe par la hardiesse avec laquelle , après la mort de Charles XII, elle déterminait ses droits politiques. L’épouse du prince de Hesse,
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j6 sœur du dernier roi , sanciionna une forme tTadminislration nouvelle. L’autorité royale se tempérait par celle des quatre ordres de Suède. Cette constitution se fût consolidée si on avait mis plus d’harmonie entre toutes les parties du gonvemement. Un défaut complet d’équilibre, entre le pouvoir légfislatif et le pouvoir exécutif, menaça constamment d’une chute prochaine le nouvel ordre de choses établi en Suède. Ce vice , infectant toute la masse du gouvernement, entraîna une extrême confusion. Les Suédois, sans avoir joui de la liberté , se yirent en butte à toute la tyrannie produite par le choc des factions.
L’anarchie amena une contre - révolution en
3. Fleuri n’avait aucune connaissance en finances, l’impôt du cinquantième n’avait pas été perçu. On fut même contraint de remettre aux peuples une partie des tailles pour l’année 1726^ Le contrôleur général présentait ces deux ol^ets comme un déficit de cent millions.Pourle remplir on passa un nouveau bail des recettes générales ; il s’éleva à soixante millions. Onpoita à quatre-vingts millions les fermes générales, en y joignant le contrôle des actes et quelques au-, très droits. Ce bail fut connu sous le nom de bail des restes , en raison d’un abandon fait aux fermiers-générauk de plusieurs contribu-
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lions arriérées. Opération désastreuse! elle livra les contribuables à la rapacité des financiers , et devint la source de la scandaleuse opulence de tous les *intéressés dans ce bail.
Cette augmentation des revenus publics ne rendant -pas encore la recette égale à la dépense , on proposa une refonte de monnaie , et une réduction des rentes créées après la chute du système. Ce projet fut combattu dans le conseil parle maréchal de Villars : On parle de proportionner la recette à la dépense, s’écriait ce vieux guerrier , pourquoi ne pas rapprocher la dépense delà recette par des économies ? L’empereur d’Allemagne , dont les revenus ne s’élèvent pas à la moitié de ceux de la France , entretient de nombreuses années ; méprisons un vain luxe , la couronne de France sera bientôt respectée dans les quatre parties du monde.
Malgré ces observations , le retranchement des rentes fut adopté, On envoie l’édit au parlement. Il fait des remontrances j les magistrats disaient au roi j Faites attention, sire, au grand nombre de pères de famille , forcés parle malheur des temps , à convertir leur fortune en rentes, etqui vont être réduits à la mendicité. Ces rentes viagères ne sont qu’au quatre pour cent. Elles paraissent d’autant plus sacrées, que leurs propriétaires ont été forcés d’accep-
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sû ter cet emploi de leurs capitaux, offert par le gouvernement. L’édit fut cependant enregistré pour éviter un lit de justice. Machaùlt fut chargé de ce retranchement. On lui présenta cent cinquante mille requêtes , appuyées de pièces jiistiGcatives J les murmures et les clameurs augmentaient chaque jour. Fleuri , effrayé , lit rendre, en 1728, un édit, portant rétablissement de dix- huit cent mille francs de rentes supprimées.
Philibert Orri ; succédant en 1730 à Desforts , inventa de nouveaux moyens de tenter les capitalistes. On imagina les tontines, les loteries, et d’autres sortes d’emprunts. Les inconvéniens de ce système, insensibles sous le ministère de Fleuri , produisirent des embarras dontfurent accompagnées les dernières années de Louis XV, et qui occasionèrent la chute du gouvernement sous celui de Louis XVI.
De l’année 1726 datent les monnaies d’or et d’argent en circulation parmi nous> jusqu’à la refonte des monnaies d’or faite en 1786 par Charles de Galonné. On doit attribuer à cette constance dans le système monétaire , la prospérité où la France parvenait en 1789.
Entre les années 1726 et 1780, la fabrication des monnaies d’or s’éleva à neuf cent cinquantesept millions deux cent mille francs , et celle
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des monnaies d'argent à un milliard quatre 1726 cent quatre - vingts millions sept cent mille francs, à quarante-huit francs le marc, mesure commune.
Suivant les calculs de Necker, depuis 1780, le numéraire augmenta en Erance de quarante millions chaque année. 11 pouvait se trouver dans l’empire français , à l’époque de la révolution de 1789, la masse immense de deux milliards huit cent millions d'or ou d’argent. Si quatre cents millions avaient été fondus par les orfèvres ou circulaient hors de France, il restait encore chez nous deux milliards quatre cents millions. Cette observation doit empêcher de croire légèrement à la rareté du numéraire en France. Un ralentissement dans la circnlation tient à une multitude de circonstances. Les espèces d’or et d’argent ne sauraient manquer dans un pays favorisé par la nature du plus riche territoire , de la situation la plus heureuse , et d’une population abondante et pleine d’industrie.
4. Des symptômes de guerre se nianifes- ,^27 taienten 1727. La cour d’Espagne faisait des levées extraordinaires. Elle offrait des subsides à l’empereur. Les escadres britanniques parcouraient d’un air menaçant les côtes d’Europe et d’Amérique. On se disposait en Espagne à tenter le siège de Gibraltar. L’empereur
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7 d’Allemagne menaçait de prendre les armes en faveur des Espagnols. Ces dispositions donnèrent lieu à plusieurs conseils extraordinaires à Versailles. On y développa la véritable situation de l’Europe, vacillante entre la paix et la guerre.
Une escadre anglaise bloquait Porto Bello.
Les Espagnols se présentaient devant Gibraltar. Fleuri crut devoir ordonner des armemens. Philippe V sentit l’inutiliié de ses entreprises. Les Anglais enlevaient ses galions. Benoît XIII offrait sa médiation. iSes nonces négociaient à Vienne , à Pari5, à Madrid. La bonne intelligence entre les deux branches" de la maison de Bourbon fut rétablie à l’occasion de la naissance de l’infant Louis-Antoine, dont la reine accoucha le 25 juillet. Louis XV écrivit à Philippe V une lettre de félicitation. Ce monarque déclara sur-le-champ sa réconciliation avec le roi de France.
5." Un traité de paix fut signé à Paris parles ministres de France , d’Angleterre, d’Autriche et d’Espagne. Les principaux articles étaient la suspension des privilèges de la compagnie d’Ostende , la levée du siège de Gibraltar, l’indication d’un congrès à Aix-la-Chapelle , tenu à Soissons , et l’abandon aux Anglais du commerce de l’Assiento , conformément au congrès d’Utrecht. George I**" revint dans ses
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Etats d’Allemagne. La mort le surprit dans Osnabrück. A cette époque le chevalier de Saint-Georges se rapprochait des cotes d’Angleterre, voyage sans fruit. Les Anglais, loin d’ouvrir à la maison Stuart le chemin du trône, témoignaient leur attachement aux princes deBrunswick-Hannovre, en augmentant la liste civile du nouveau roi.
Fleuri , dans de fréqueus voyages à sa maison d'Issy, s’occupait des disputes ecclésiastiques. Il cherchait à gagner le cardinal de Noailles. Ce pre'lat, durant la régence, avait rétracté son acte d’appel pour garantir le parlement de Paris de la destruction dont Dubois le menaçait ; il ne restait pas moins attaché aux adversaires de la bulle Unigenitus.
Plusieurs cürés de Paris venaient de lui présenter un mémoire dans lequel se trouvaient renouvelés tous les reproches faits aux jésuites. Cet écrit fut supprimé par un arrêt du conseil. Fleuri , cédant dans cette occasion à l’impulsion des jésuites , s’enfonça dans un labyrinthe dont il ne put sortir.
Durant les dernières années de Louis XIV , les jésuites avaient écrasé les jansénistes avec des lettres de càchet. Les choses changèrent au commencement de la régence J mais, dans la suite, le roi d’Elspagne s’étant obstiné à ne consentir au mariage de l’infante Marie, sans Tome IX. • ii
que la bulle fût reçue en France comme loi tic l’Etat, les querelles ecclésiastiques recommencèrent. On négociait à Rome. De nouvelles difficultés survinrent. Le pape avait adopté des correctifs, au moyen desquels le cardinal deNoailles révoqua son appel. Ces restrictions, à ce que disaient les jésuites , énervaient la loi papale. Elles avaient été accordées pour calmer les scrupules des prélats opposans, et devaient rester dans le secret de leur conscience sans se manifester aux yeux des peuples. Les opposans répondaient : Les scrupules des fidèles n’ont pas moins besoin d’être calmés que ceux de leurs pasteurs. 11 faut donc les publier hautement. Les jésuites , abusant de leur crédit , tourmentaient les jansénistes. Ceux-ci réagissaient contre leurs oppresseurs.
Un diacre de la paroisse de Saint-Médard , nommé François Pdris, homme simple et modeste , mort appelant et re’appelant , fut le héros choisi par eux. Des miracles s’opéraient, disait-on, à son tombeau. Un biographe, zélé janséniste , écrivit sa vie. Ce livre obtint un succès prodigieux. L’homme est amoureux des choses 'extraordinaires. Une foule immense entourait le tombeau du diacre Pdris. L’imbécillité populaire secondait les inventions d’un grossier charlatanisme. Des mendians affinaient à ce cimetière, lis se disaient guéris
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de maladies feintes. D’autres prétendus mala* des, arrivés sur la tombe du thaumaturge, éprouvaient des convulsions , dont lu manifestation dans les temps anciens annonçait la présence d’une divinité' propice. On donnait ces sensations pour des prodiges. On parlait dans toutes les sociétés de Paris de sourds qui avaient entendu quelques paroles , d’aveugles qui avaient vu quelques objets , de boiteux qui avaient marché droit quelques instans. Les miracles étaient attestés par des individus qui les avaient presque vus. Un conseiller au parlement, nommé Mongeron, publia un gros livre dans lequel ces prodiges étaient rapportés avec leurs preuves. Le cardinal de ISoailles, séduit par un grand nombre d&témoignages , en constata plusieurs par des formes juridiques.
Les jésuites résolurent d’ébranler la fermeté du cardinal de Koailles, présentant à.sesyeux l’exemple d’un évêque dégradé pour cause de son attachement au jansénisme. On choisit Soanen , évêque de Séné» , en Provence, homme sans crédit et sans entours. L’archevêque d’ Embrun , Guérin deTenciu, tint un concile dans sa métropole. Le promoteur y dénonça une instruction pastorale de cet évêque, comme contenant des propositions injurieuses à la bulle Unigenitus. Soanen eut le
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J 727 courage de défendre son ouvrage. Les pères du concile d’Embrun Je privèrent du pouvoir épiscopal. Ce vieillard octogénaire, recommandable par son érudition , son désintéressement, et la pureté de ses mœurs, fut relégué dans les montagnes d'Auvergne, à l’abbaye de la Chaise-Dieu. II y mourut peu de temps apres. Cette affaire eut des suites auxquelles les je'suites ne s’attendaient pas. Le cardinal de Woailles se montrait l’ardent défenseur deTéveque persécuté. Douze évêques, se réunissant à lui, se plaignirent au roi des manœuvres condamnables employées pp le concile d’Embrun , et appelèrent de ses décisions au futur concile général. Cinquante avocats de Paris publièrent une consultation conforme à l’écrit des évêques appelans. Les pamphlets se multipliaient. Le concile d’Embrun était comparé à un conciliabule connu sous le nom de brigandage d’Ephèse. Le pape déclarait hérétiques les censeurs du concile d’Embrun. L’kiquisition de Rome livra aux flammes la vie du diacre Pdris ne pouvant le brûler lui-même.
Cette condamnation à Rome augmentait les convulsions à Paris. Jamais fanatisme ne fut plus accrédité. Les jésuites parvinrent enfin à détacher Noailles du parti janséniste , ce prélat était obsédé par la maréchale de Grammont, sa nièce , elle voulait le décider
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à se soumettre à la bulle. Une autre de ses nièces, la duchesse de la Vallicre , rengageait au coulraire à persévérer dans ses mêmes sentimens. 11 vivait dans une extrême irrésolution. On lui arracha enfin une acceptation sous la promesse de nouvelles explications attendues de Rome, et qui ne vinrent pas. Cette acceptation devint un triomphe pour les molinisles ; le pape ordonna des actions de grâce dans toutes les églises de Rome. Ces démonstrations de }oie humiliaient le cardinal. Il craignait de s’élrc avili aux yeux de la postérité; la honte, le chagrin avancèrent l’instant de sa mort. 11 eut pour successeur au siège de Paris, Yintimille, zélé moliniste.
6. Le congrès de Soisson s s^ouvrîtaw mois » 7 ?S. de juin. Les premières conférences n’annonçaient pas une issue favorable; la cour de Madrid exigeait pour article préliminaire la restitution de Minorque et de Gilbraltar. Les ministres britanniques demandaient an contraire une renonciation formelle du roi d’Espagne à ces deux possessions. Les escadres anglaises menaçaient de nouveau les côtes de l’Amérique espagnole. Philippe V fut contraint de céder, il laissa aux Anglais Gibraltar et Minorque. L’empereur abandonnait la compagnie d’Ostende , les délibérations se
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i7at> concenircrcnt alors sur les difficultés élevées entre les cours de Vienne et de Madrid.
L’empereur ne pouvait éviter d’accorder l’invesliture des duche's de Toscane et de Parme à l’infant Charles. Un autre sujet de discussion se présentait.
Charles VI n’ayant que des filles j avait publié une célèbre ordonnance dans laquelle il leur accordait la succession à ses Etats par ordre de primogénilure , et appelant à sa succession à leur défaut les filles de l’empereur Joseph, son frère aîné. Il s’était assuré de la renonciation de la princesse électorale de Saxe, fille de l’empereur Joseph , et de celle de la princesse électorale de Bavière. Plusieurs princes invoquaient des droits auxquels Charles VI ne pouvait préjudicier. Charles Albert, électeur de Bavière, réclamait la succession entière , en vertu d’un testament de Ferdinand, frère de Charles-Quint. Le roi de France formait des prétentions non moins étendues, comme représentant la branche aînée de la maison d’Autriche. Le roi de Prusse revendiquait quatre duchés en Silésie, ses aïeux y avaient renoncé , étant trop faibles pour soutenir leurs droits par les armes ; les renonciations des princes, fruit de leur impuissance, s’évauouissent aux premiers regards d’une fortune plus heureuse j la faiblesse "
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avait dicté ces contrats, la force les résilie, Charles VI, voulant éteindre toutes ces réclamations, proposait au congres de Soissons de garantir Tordonnance dans laquelle il disposait de ces couronnes. Elle e'tait connue sous le nom de pragmatique sçinction.
Philippe V négociait secrètement le mariage de l’infant (diarles, son fils du second lit, avec la célèbre Marie-Thèrèse. Cette al- ' liance aurait rendu à la cour de Madrid toute son ancienne splendeur. Charles VI avait des vues difl’érentes. Sans adopter les pro-^ positions de Philippe V, il ne les rejetait pas absolument. Cet embrouillement avait amene des liaisons passagères entre la cour de Vienne et celle de Madrid, on les voyait disparaître peu à peu. La cour de France ne montrait aucune disposition à garantir la pragmatique sanction.
Depuis le règne de François 1*'', tous les rois de France avaient employé leur politique à diminuer la puissance de la maison d’Autriche. L’instant arrivait d’atteindre ce but sans secousses. La maison d’Autriche s’éteignait: devoit-on contribuer à en élever une nouvelle ? Les conférences de Soissons languissaient.
Alors fut signé à (i) Séville, entre les mi-
Cf) Le 29 novembre 17*9.
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‘7^^ nistres d’Espagne, de France et d’Angleterre, un traité dans lequel la possession des duchés de Toscane et de Parme était assurée à la cour de Madrid , après l’extinction des maisons de Médicis et de Faruèse.' Le roi d’Espagne renonçait définitivement à Minorque et à Gilbraltar, Fleuri promettait pour l’exécution de ce traité, six vaisseaux et quelques régimens , les Anglais six autres vaisseaux. I-es puissances contractantes garantissaient tous les privilèges accordés à leur commerce, ce qui # détruisait la compagnie d’Ostende. Les Hollandais accédèrent à ce traité.
1729 7. Depuis le traité de Séville, l’Europe,
long-temps agitée par ' des négociations relatives aux traités d’Utrecht et de Neustadt , pouvait compter sur Ift paix. Ce fut un temps heureux ; chaque nation , cultivant à Fenvi les sciences , les arts , l’agriculture et le commerce, oubliait ses calamités passées.
Après les crises d’une regence orageuse , les premières années du ministère de Fleuri heureuses et paisibles , ofl’reut un spectacle flatteur ; on y voit la cour de Paris si redoutée durant les beaux jours du règne précédent , et si hiimiliée ensuite, devenir l’arbitre de l’Europe et faire chérir sa modération j on y volt un jeune monarque dépositaire des intérêts de plusieurs grandes puissances, leur
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procurer presque malgré elles les avantages 1729 de In paix.
Au moment où le cardinal de Fleuri succéda au duc de Bourbon , l’intérieur de la France prenait une face nouvelle et flatteuse , l'épuisement où l’avait réduite la banque de taw, les défiances inspirées par l’administration du duc de Bourbon , la disette des grains, la misère, les maladies , suites d’une année désastreuse , les désordres de tous les genres, tout cela disparaissait comme par enchantement. Le crédit public se rétablissait au dehors et au dedans. Le commerce se ranimait, s’étendait. L’allégresse publique avait reçu un accroissement par la naissance du dauphin , père de Louis XVI , dont la reine acoucha le 4 septembre. Un voyageur, conduit dans notre patrie pour s’instruire, n’aurait pas reconnu un pays dont toutes les ressources épuisées peu d’années auparavant annonçaient la prochaine dissolution.
Fleuri retrempait les ressorts de l'administration publique par une épargne générale et soutenue , qualifiée d’avarice sordide par les courtisans, mais sans laquelle, dans l’état d’inanition dont sortait la France, tous moyens d’amélioration seraient devenus inutiles. Cependant cette économie nécessaire produisit quelques mauvais effets. Sous prétexte d’é-
729 pai’f;ne, il laissait tomber la marine française, et assurait aux Anglais des succès brillans»
si la guerre renaissait entre les deux nations. Lii il fermait les yeux sur l'intention donnée par les Anglais à la cession de l’Acadie.
Maîtres de l’Acadie et de l’île deTerre-Neuve, les flottes anglaises bloquaient l’embouchure du fleuve Saint-Laurent. Cette position leur permettait de gêner le commerce et la navigation du Canada, quand il serait de leur intérêt de- le faire. Dans le même temps ils se rendaient maîtres du commerce sur le golfe du Mexique. Ces abus, poussés à l’excès , entraînèrent la guerre entre les cours de Madiid et de Londres , et dans la suite entre celles de Londres et de Paris.
Voltaire, jetant un' coup d’œil philosophique sur ces événemens, observe avec ce style enchanteur qui attache à la lecture de ses ouvrages , que, par un raffinemenldepolitique admirable, le cardinal de Fleuri tourna les efforts des Anglais nos rivaux vers l’agrandissement de la maison de Bourbon. Je ne partage pas l’opinion de Voltaire. Les Anglais entendaient trop bien leurs intérêts , pour commettre une semblable faute en politique.
S’ils se prêtaient aux arrangemens de la cour de Madrid , pour procurer à l’infant Charle.-i les duchés de Toscane et de Parme , cette
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complaisance leur procurait des avanu^j^es .1729 commerciaux du plus grand prix.
' Ce qu’on peut dire à ce sujet de plus avantageux pour le cardinal de Fleuri , c’est que ne se semant pas un ge'nie assez élevé pour prévenir les maux dont la France était menacée , il se bornait aux plus urgens.
D’Aguesseau fut rappelé de son exil en 172g.
Les sceaux ne lui furent rendus que- longtemps après.
8. Au sein d’une profonde paix, les que- ,^30 relies ecclésiastiques seules continuaient à troubler la France. L’archevêque de Paris , Vintimille, attaché aux jésuites comme son prédécesscrur l’avait été aux jansénistes , combattait vaillamment eu faveur de la bulle. 11 eut le crédit de chasser de la Sorbonne cent docteurs recommandables parleurs lumières.
Le reste de la Sorbonne, auquel fut alors donné le nom de carcasse, avait adopté le système des jésuites. Les docteurs expulsés se pourvurent comme d’abus au parlement de Paris. L’archevêque redoutait les suites de cet appel. Si le parlement eût déclaré cette radiation abusive, l’influence de ces docteurs pouvait anéantir l’acceptation de la bulle. Un lit de justice eut lieu le 3 avril. Leroi fît enregistrer une déclaration, dans laquelle était
1730 ordonnée l’exe'culion stricte de la bulle Unigenitus et des autres rescrits de Rome , publiés contre les jansénistes. Le roi üt défense au parlement de délibérer. Tout se passa selon le désir du cardinal. Des le lendemain , furent préparées des remontrances. Un dé leur objet concernait les fréquentes évocations des procès au conseil d’Etat. C’est où Fleuri attendait les magistrats ; on négocia. Le parlement, occupé de ses propres intérêts , perdit de vue les docteurs exclus de la Sorbonne. On prononça sur leur appel vingt ans après. La plupart de ces persécutés avalent péri dans les fers , dans l’exil ou dans l’obscurité de leur retraite.
Malgré cette victoire éclatante, les jansénistes ne posaient pas les armes. Des réclamations perpétuelles parvenaient au château de Versailles. Fleuri fut contraint d’exhorter les évêques à ne pas donner à la bulle la dénomination de règle de foi, mais seulement celle de jugement de l’église, et de ne point interroger les laïques sur cet objet. Cet arrangement mécontenta les jésuites et leurs adversaires. La publication des écrits polémiques redoublait. Après avoir combattu la bulle , on agitait des questions plus importantes. Plusieurs canonistes portaient leurs regards sur la nature et l’étendue de la juridiction ecclésias-
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tique et sur ses rapports avec la puissance civile. Une nouvelle entreprise de la cour romaine donnait lieu à cet examen.
Les attentats de Grégoire VII contre les droits des souverains , ses sanglans démêlés avec l'empereur Henri IV , les guerres, les dévastations occasionées par lui , en poussant la démence jusqu’à déposer Henri de la dignité inpériale, n’avaient pas empêché Grégoire XIII de placer ce fougueux pontife dans le martyrologe romain. Paul V lit composer un office en l’honneur du nouveau saint. Alexandre VH ordonna la célébration de cet office dans les églises de Rome. Clément XI permit aux Bénédictins de l’insérer dans leur bréviaire. Enfin Benoît XIII étendit la célébration de cet office à toutes les églises du rit latin. La légende de saint Grégoire VII excita en France une rumeur générale. Le parlement de Paris en ordonna la suppression. Les parlemens de Bordeaux , de Rennes et de Meta rendirent de semblables arrêts. Plusieurs évêques publièrent des raandemens contre cet office. On distingua la lettre pastorale de Caylus , évêque d’Auxerre.
Benoît, sous prétexte des opinions jansénistes de ce prélat , flétrit son mandement par un bref. Ce bref fut dénoncé au parlement. Fleuri donnait tous ses soins à sus-
1750 pendre l’activité des magistrats. Un nouveau bref du pape rendit ses efforts infructueux.
Le pontife cassait tous les actes du parlement , contraires à la légende de saint Grégoire VII, comme attentatoires à l’autorité pontificale. ’ 11 ne fut plus possible alors d’imposer silence aux gens du roi. Un arrêt prononça la suppression du bref de Rome.
Des écrits pullulaient contre les entreprises anciennes et modernes de la cour romaine.
Fleuri se flatta de mettre un terme à ce débordement de paroles, imposant un nouveau silence absolu sur les questions du jansénisme. En conséquence de cette déclaration du roi , fut supprimé par un arrêt du conseil un mémoire de quarante avocats de Paris , pour la défense d‘un curé d’Orléans , ayant appelé comme d’abus d’une ordonnance de son évêque.
Il n’est pas rare que les avocats se trompent,mais ils sont avocats , pour donner leur avis sur les contestations nées entre les particuliers. Fleuri les fit condamner à se rétracter. Condamner des jurisconsultes à parler contre leur pensée , est un acte d’autorité d’une * difficile exécution. On avait remarqué des
expressions dans lesquelles ces avocats , relevant les prérogatives parlementales , semblaient atténuer l’autorité du monarque. Ces
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expressions» malignement interprétées , étaient 1700 présentées au conseil comme séditieuses. Les avocats, protestant contre les interprétations, données à leurs raisonnemens , refusaient la rétractation exigée d’eux.
Une consultation fut signée par le plus grand- nombre des avocats de Paris et de Rouen. Ils y .expliquaient les lois relatives à leur profession; ils déclaraienten même temps, qu’attaqués dans leur honneur, ils se voyaient forcés d’abandonner le barreau. A. cette occasion , les avocats prirent le titre d’ordre , trouvant le terme de corps trop commun. Ils répétèrent si souvent , l’ordre des avocats , que le public s’y accoutuma. Les avocats exerçaient des fonctions volontaires. On ne pouvait leur contester le droit de les suspendre.
Le public se déclarait en leur faveur. Le roi. fit défense au parlement de Paris de se mêler de cette affaire. Il ne pouvait guère éviter de s’en mêler. Le parlement prit le temps où le cardinal se trouvait dans sa maison d’Issy , pour envoyer une députation à Versailles ; elle fut mal reçue. Fleuri convenait ingénument qu’il y avait quelque chose à dire dans la forme un peu arbitraire, employée contre les avocats ; apres de longues négociations , ils obtinrent une espèce de satisfaction. Un nouvel incident se présenta. Le pape voulait faire
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3 o le procès aux avocats devant les tribunaux ecclésiastiques. Je parlerai bientôt de la tournure pi'ise par cette affaire.
9. Pendant ces disputes à Paris , l’empereur Charles VI avait envoyé une armée en Italie.
Les alliés de Séville avaient cru épouvanter la cour devienne; elle pénétrait leur arrièrepensée. Des puissances dont les intérêts se contrariaient, ne devaient pas entreprendre sérieusement une guerre dont l’avantage tournait uniquement au profit de Philippe V. Oa feignit à Vienne de ne pas craindre la guerre. Les forces autrichiennes s’élevèrent en Italie à soixante-quinze mille combatians en i'j5o.
La mort d’Antoine Farnèse, survenue le 20 janvier , sans laisser de postérité , donnait ouverture au droit de succession , accordé çar divers traités à l’infant Charles. Charles VI se proposait de forcer la cour de Madrid à garantir la pragmatique sanction , sans parler désormais du mariage de l’infant .avec Marie Thérèse. La duchesse douairière de Parme favorisait les démarches de la cour de Vienne ; elle feignit une grossesse. Les troupes autrichielmes entrèrent dans les places les plus importantes du duché. Charles VI déclarait ne pas vouloir se mêler de l’administration du duché, mais le conserver , pour le remettre au prince qui allait naître, ou, à son défaut, à
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l’infant Charles. Philippe V sollicilait les alliés 1^30 de Séville de remplir leurs engagemens. Ce fut le sujet de nouvelles ncgociaiions , durant lesquelles on apprit avec étonnement l’abdication, faite par Victor* Amédée, de la couronne de Sardaigne.
Ce prince parcourait sa soivante-sixième année. Tantôt allié, tantôt ennemi de la cour de France, son irre'solulion passait pour politique, mais sa valeur et plusieurs autres qualités le faisaient distinguer. Les alliés de Séville lui offraient la Lombardie s’il voulait employer scs forces contre la maison d'Autriche.
Depuis plusieurs années il méditait , dit-on, de descendre du trône; cependant, dans la crise où se trouvait l’Italie, on fut persuadé que ce monarque, froisse entre ses engageniens avec la cour de Vienne et ceux auxquels les cours de Paris et de Madrid l’engageaient d’accéder, se lira d’embarras en cédant son troue à son fils, âgé de vingt-neuf ans. Victor Amédée ayant recommandé à son fils de se concerter avec la cour de France, et s'étant • réservé la somme modique de cinquante mille écus de pension , fixa sa résidence sur les bords du lac de Genève, sous le nom de comte de Tende.
Combien le cœur de l’homme est faible et inconstant ! Victor Amédée avait abdiqué la Tome IX. 1 3
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1700 couronne par un caprice ; il se repentit par un autre caprice de son abdication. La société de la comtesse de Saint-Sébastien , sa favorite , devenue sa femme , et les douceurs d’une vie privée la plus agréaÉlement variée, ne contentaient pas un homme accoutumé, pendant un demi siècle^ à s'occuper des intérêts de l’Europe. Charles Emmanuel, son fils, aurait acquis une gloire au-dessus detoutes les couronnes, s’il eût rendu à son père celle qu’il tenait de lui. Victor Amédée fut arrêté, par ordre de son fils , avec une indigne violence. Séparé de son épouse , on l’enferma au château de Pont- Callier. Celle conduite révolta l’Europe. Charles Emmanuel rendit la liberté à son père , il lui rendit en même temps son épouse. Ce prince mourut dans sa retraite en 173a. Celle catastrophe put contribuer à détourner Philippe V de faire une nouvelle abdication. Ce monarque conservait le désir de rentrer dans la vie privée. 11 ordonna un jour au président de Castille d’assembler le conseil d’état et d’y déclarer sa renonciation à la couronne en faveur du prince Ferdinand. La reine , prévenue de cette résolution , eut beaucoup de peine à déterminer son mari à consulter Louis XV avant de faire une démarche dont il pourrait long-temps se repentir. Louis XV écrivit suivant les désirs de la reine. Philippe resta sur
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le trône sans perdre la volonté dVn descendre.
Ce fut un combat continuel jusqu’au temps, o i , la conduite tenue à l'égard de Victor Amédée, chassa de son âme la pensée de cesser de régner.
C’était un temps fatal têtes couronnées.
Le sultan Âchmet venait d’étre déposé dans une révolte et enfermé au vieux sérail. Un fanatique, de la lie du peuple, avait opéré cette révolution ; il s’avisa d'attribuer les revers , éprouvés par les armées en Perse , à une punition de Dieu, de ce que les Musulmans se déchiraient entre eux au lieu de réunir leurs armes contre les chrétiens. Cet homme fut suivi par la multitude. Le padisha revenait d’Asie ; au lieu de dissiper l’attroupement par les armes, il temporisa. Plusieurs corps de , janissaires se réunirent aux factieux, alors le sultan reçut la loi. On l’enferma. Les révoltés placèrent sur le trône le sultan Mahmouth, iils du frère d’Achmet, gardé en prison depuis la déposition de sou père en 1703.
lo. On commençait à parler de l’insurrec- ' 73 * tion des Corses contre les Génois, dont les suites réunirent cette île à la monarchie française.
La Corse, après avoir i^ippartenu aux Phocéens , aux Carthaginois , aux Romains , aux Sarrasins et aux Français, sous Charles Martel , recouvra son ijçidépendance pendant le
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*7^1 règne des faibles successeurs de Charlemagne. Elle n’enjouit pas long-temps. Les Génois y formèrent des établissemens dans le douzième , siècle, et se rendirent, maîtres du pays dans le quatorzième. Les insulaires surpassaient leurs dominateurs en forcç et en bravoure. Une perpétuelle désunion entre eux favorisait les Génois. Les Corses tentèrent plusieurs fois de les renvoyer eu Italie ; n’ayant pas re'ussi, les Génois, vainqueurs, aggravèrent les chaînes des vaincus. Leur poids devint insupportable. Une haine atroce , une antipathie invincible s’invétéra entre les Corses et les Génois. Ce fut nue seconde nature.
Dans une requête présentée à Louis XV , en ï 768 , les chefs des Corses signalaient dans l’île vingt-six mille assassinats sous l'administration des seize derniers commissaires génois, et dix-sept cents depuis deux ans. Us accusaient les commissaires génois de conniver à ces crimes pour s’approprier des confiscations et des amendes. Cette accusation pouvait être exagérée. Elle prouvait du moins combien le gouvernement de Corse était vicieux.
L’insurrection commença sous le commissariat de Michel Pinelli , les Corses se contentaientalorsde l’abrogation des nouveaux impôts et du rétablissement de quelques droits nationaux ; on leur promit satisfaction : au lieu de
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tenir cette parole, Pioelli fil assassiner plusieurs 17Ï0 chefs des Corses venus à Bastia rédiger la pacification. La Corse entière prit tes armes j Georges Pompiliani fut élu général: il tomba entre les mains des Génois. Les Génois avaient recours à l’empereur Charles VI, en même temps ils négociaient avec les Corses.
Jean Baptiste Grimaldi et Ch'arles Fornari, recommandables par leur naissance et leur mérite, envoyés dansl’île, avec des paroles de paix , proposaient un armistice. Alvarino chef des Corses l’accepta ; le but des Génois était d’attendre les renforts promis par l’empereur d’Allemagne, l.es Corses, instruits de cette supercherie , rompent la suspension d’armes »
déposent Alvarino , choisissent à sa place Ëvaristo Ciaiten. Charles VI avait envoyé dans nie six mille hommes sous les ordres du prince de Wirlemberg 5 ces troupes battirent d’abord les Corses , et furent repoussées dans la suite. L’année de la magistrature de Ciaiten étant expirée , Louis Giaferi fut nommé magistrat suprême. Se retranchant dans les montagnes , il n’en descendait que pour dévaster les terres * des Génois. Leduc deWirleinberg, convaincu de l’impossibilité de forcer les déülés des muatagnes avec six mille hommes , bornait ses exploits à ravager les champs des (’orses; les pertes faites^ par les Allemands eu plusieurs.
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rencontres, jointes aux maladies causées par le climat , diminuaient leur nombre. Le géuc' rai allemand offrait une capitulation impériale. On verra dans la suite l’effet de cette mesure.
Charles VI, ayant besoin de ses troupes en Italie, n’envoyait pas des renforts en Corse. Fleuri avaitor donné à l’ambassadeur de France à La Haye , de se concerter avec les Hollandais et l’ambasadeur de. Londres. Un traité fut signé à Vienne } l'Europe fot délivrée des négociations multipliées depuis la conclusion de la triple alliance, elles commençaient à former un chaos difficile è débrouiller. Le duc de Toscane, après avoir protesté contre le successeur que la politique européenne lui désignait, se soumet aux lois de la nécessité. La duchesse douairière de Parme déclara que les symptômes de sa grossesse s’étaient démentis. Six mille Espagnols , embarques à Barcelonne , sur une escadre anglaise , prirent terre à Livourne, ils furent rois en possession des duchés de Parme et de Plaisance : l’infant Charles , traversant les provinces méridionales de France, vint gouverner ses nouveaux Etats. La cour de Madrid, conservant de plus hautes espérances, restait armée sous prétexta d’une expédition contre les côtes de Barbarie.
1.^31 II. Fleuri formait alors plusieurs établis semens qui éterniseront la mémoire de son