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ministère. Le régent avait ordonné en 1721 >1731- 73a aux jésuites du collège de Paris d’instruire , aux frais publics , dix jeunes gens dans les langues orientales. Ils devaient servir d’interprètes aux consuls français dans le Levant.
Avant cette institution, les ministres et les négocians français étaient exposés à la mauvaise foi et à l’ignorance des interprètes étrangers ; cette fondation fui d’abord purement politique. Fleuri la rendit littéraire, établissant dans Constantinople un collège où les élèves, venus de France, devaient s’occuper à, traduire les livres turcs , arabes , ou persans.
Ces traductions et les originaux sur lesquels elles avaient été faites , furent successivement déposés à la bibliothèque de Paris ; ces envois enrichirent cette précieuse bibliothèque de dix mille manuscrits.
Le Jardin des Plantes , à l’extrémité duquel s’élève aujourd’hui le pout de fer d’Austerlitz, qu’on eût dû construire en pierre, attira l’attention du principal ministre. Ce jardin, dont tous les étrangers admirent la richesse, fut fondé par Louis XllI. Richelieu en réunit l’intendance à la charge de premier médecin du roi. Fleutjj plaça ce précieux établissement sous l’inspection du ministre de la maison du. roi. Dufaï, prédécesseur du comte deBuil'un,
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en fut nommé directeur. Ce jardin , négligé auparavant, fleurit alors.
Avec des dépenses vraiment royales , furent rassemblés un grand nombre de plantes , d’arbustes , et d’arbres exotiques. On construisit des serres et les autres bâlimens nécessaires à leur conservation. Le public y admira un cabinet d’tiisioire naturelle et un herbier des plus complets qui soient en Europe. Des cours gratuits de botanique , de chimie , d’anatomie, y furent successivement institués. Le mérilo des professeurs attira dans cette école des hommes de toutes les nations , désireux d’apprendre des sciences utiles à l’humanité.
Un des plus' précieux établissemens du cardinal fut l’école de chirurgie de Paris. La médecine prenait une face nouvclle^oncommençaità substituer le vrai savoir à la pédanterie , l’expérience à la routine, les découvertes avantageuses aux v i e ux'préj ugés . On prodiguait moins les remèdes Ou laissait agir la nature. Les médecins propageaient des méthodes propres à conserver la vie des hommes. Elles rappelaient à la vie les noyés et lesasphixiés. Ils publiaient des spéciliques contre la morsure des vipères et des autres animaux venimeux. Ils combattaient victorieusement deux fléauf destructeurs du genre humain, la petite vérole et les maux vénériens. Le roi acheta , du chirurgien Bras-
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sart, le secret de l’agaric du chêne, dont la *7 propriété est d’arrêter sans ligature les hémorragies dans les amputations. Des disputes s’élevaient entre les médecins et les chirurgiens. Elles devinrent l’occasion d’une révolution dans la chirurgie. Les chirurgiens fuient soumis à des études plus réglées. Il s’éleva dans leur sein une académie royale. Elle proposa des questions dont la solution importait au bien général des hommes. Elle fonda des prix en faveur des adeptes qui parvenaient à les résoudre. La Peyronie fonda le premier de ces prix.
Louis XV aimait cet art dont les progrès se faisaient distinguer. Ilordonnadans Montpellier la construction d’une école de chirurgie dont la beauté fut surpassée par le bâtiment de l’école de chirurgie de Paris. La chirurgie parvint en France à un point de perfection dont elle n’approche dans aucun autre pays.
I.e chirurgien Petit trouva un moyen de guérir la fistule lacrymale. Le (^lirurgien Laforesl perfectionna cette invention. Fayet trouva l’art de guérir l’anévrisme sans*ligature. Ledran osa le premier amputer un bras ou une jambe dans l’articulation même j cette opération rénssit. So^ilier, chirurgien de Montpellier, pour guérir les abcès au foie , osa percer le Uaiic du malade ; il introduisit dans le foie
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'73* une canule d'argent émoussée par le bout, formant un canal par où le pus s'écoulait au dehors. Dayiel fil l'extraction de la cataracte, qu’avant lui on se contentait d’abaisser. Levret inventa le forceps^ instrument admirable pour abrégerles accouchemens laborieux et épargner tant de douleurs auxfemmes. D’autres chirurgiens tentèrent de redresser les individus dont les jambes ou l’épine du dos étaient cambrées, et réussirent quelquefois. Bourgelat établit à Lyon une école où fut enseigné l'art de guérir les animaux. Louis XV prit cette école sous sa protection. Il en érigea une pareille aux environs de Paris connue sous le nom d'école vétérinaire.
Les disputes entre les jansénistes et les molinistes augmentaient. Louis XV avait créé un évéché dans Dijon. L’abbé Boiihier, nommé par le roi , n’obtint ses bulles qu’à condition que les avocats dont j’ai parlé précédemment , seraient poursuivis criminellement en France, ou que le roi perqaettrait à l’inquisitiôn de faire leur procès : cette prétention papale serait inconcevablç, si tous les contemporains ne l'attestaient. Le parlement de Paris , loin de consentir à ce désordre , venait de rendre deux arrêts contre les empiètcmens de la cour romaine. L’un condamnait un mandement de l’archevcque d’Ëmbrun , comme séditieux ,
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l’autre faisait brûler par la main du bourreau, une lettre pastorale de l’evêque d’Apt. Fleuri, ennemi des partis extrêmes, hésitait incertain, La folie des convulsions prenait des accroissemens au tombeau du diacre Pâris. 11 est difficile aujourd’hui de concevoir la stupidité des spectateurs témoins d’un charlatanisme révoltant, si on ignorait les manœuvres de l’esprit de parti. On concevrait encore moins comment il se forma dans les opinions un partage éclatant sur la manière d’envisager ces extravagances, et comment ce^ partage d’opinions produisit douze volumes in-4° pour ou contre le jansénisme.
Dans presque tous ces livres on admettait la vérité des faits miraculeux. Quelque-suns les considéraient comme ne surpassant pas les lois de la nature; le plus grand nombre, les attribuant à un agent surnaturel , ditféraiem sur la classe dans laquelle il fallait les placer. Les uns y voyaient l’œuvre de Dieu, les autres l’œuvre du diable. Tel fut l’excès du délire, que l’archevêque de Paris fut contraint de de'fendre de rendre un culte public, à un diacre non canonisé, qu’on appela comme d’abus de cette défense ; que des avocats en grand nombre signèreuteet appel, etqueleparlementnelerejetapas. Le concours de la populace autour du tombeau dePâris,devenait une occasion fréquente de voL
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» de querelles, d’immoralités j la cour fit murer ce tombeau. Les enthousiastes continuèrent les miracles dans les maisoas voisines. Un nouveau, symptôme de jansénisme fut sur le point d’opérer la destruction du parlement de Paris.
Entre les pamphlets jansénistes on distinguait ùn ouvrage périodique , écrit avec autant de sel et d’urbanité que d’amertume et d’ironie, sous le nom de Nouvelles Ecclésiastiques. Cette gazette avait paru pour la première fois en 1728. Le public la lisait avec avidité;
Durant environ deux ans, tous les efforts de la police échouèrent dans le projet de découvrir les auteurs et les imprimeurs de ce journal. Les nombreux espions des jésuites perdaient leurs peines. La feuille paraissait chaque semaine. Ceux qui voulaient se la procurer la recevaient par la poste.
On raconte qu’un jour un janséniste paria avec lü lieutenant de police Hurault, que la Gazette Ecclésiastique entrerait dans Paris tel jour à telle heure, échappant à la vigilance des commis aux barrières. Le jour venu, se pré- ■sente un homme j on le fouille avec une minutieuse exactitude. Un barbet suivait l’homme inspecté. Ce chien sous une seconde peau dout il était artistement couvert , portait dans Paris
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la provision hebdomadaire de ces feuilles. Le 173 » magistral s'avoua vaincu. Il fut plus heureux dans une autre occasion. Un imprimeur fut condamné au carcan. Le parlement était accuse' par les jésuites de favoriser .secrètement, la circulation des Nouvelles Ecclésiastiques. 11 crut devoir condamner plusieurs de ces icuillcs à être brûlées par la main du bourreau. L’archevêque de Paris condamnait l’ouvrage entier par un mandement rempli de maximes ultramontaines. Vingt-deux curés de Paris refusèrent de lire ce mandement au prône, et eu appelèrent comme d’abus. Le cardinal de Fleuri , venant au secours de son confrère, fit défendre au parlement de se mêler d’affaires ecclésiasti(]ues.
Cette défense eût supprimé les appels comme d’abus i seul rempart alors existant contre les perpétuelles entreprises de la cour de Rome.
1 e parlement, délibérant sur cette prohibition, ^ décide qu’attendu qu’elle attaquait l’essence de scs fonctions , il ne pouvait continuer à rendre la justice avant son entière révocation.
Une députatioo^ient auprès du roi à Compiègne. Le pr®ier président veut faire des représentations. Le roi lui impose silence ; un conseiller présente au roi la délibération du parlement } le roi la fit déchirer par le secrétaire d Etat Màurcpas ; deux conseillers
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1732 sont enlevés par lettres de cachet. Le parlement reste chambres assemblées , c’est-à-dire, cesse de s’occuper des affaires particulières. Des lettres du roi sont apportées au parlement. Il lui était enjoint , sous peine de forfaiture , de reprendre le cours des audiences; la compagnie regardant cet ordre comme un désavœu de la déclaration concernant les affaires ecclésiastiques , l’enregistre et rend un arrêt en ces termes : •
La paissance temporelle est indépendante de toute autre; nul pouvoir ne peut donner atteinte à son exercice. Il n’appartient pas aux ministres de l’église de fixer les limites entre les deux puissances. Les canons de l’église ne sont pas des lois de l’Etat avant d’être revêtus de l’autorité du souverain. A la puissance temporelle seule appartient la jurisdiction extérieure. Les prêtres sont comptables au roi , de ce qui peut blesser les lois de l’Etat.
Le mandement de l’archevêque de Paris fut remis au procureur général. Les gens du roi avaient reçu des ordres pre'cis du principal ministre. Ils incidentaie|||||i Un conseiller fut commis pour faire les* fonctions de procureur général. Le parlement , ayant reçu les vingt-deux curés appelans de la décision de leur évêque, déclara cette ordonnance abusive. Les magistrats avaient apporté beaucoup
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de célérité dans cet acte de vigueur. Lechan- 17 celier d’Aguesseau , en rendant compte dans le conseil , excita une vive surprise parmi des hommes accoutumés à regarder la volonté du roi, comme devant diriger la justice même.
Une députation du parlement est mandée ; on . lui notifie un arrêt du conseil , prononçant la cassation des arrêts du parlement. Plusieurs membres du parlement sont constitués prisonniers.
Tous les magistrats se déterminent à donner leur démission. Les chambres des enquêtes et de requêtes exécutent cette résolution sur-lechamp. Us écrivent au chancelier : Réduits à l’alternative de perdre notre liberté, en remplissant nosdevoirs, ou de nous déshonorer eii trahissant notre conscience , nous remettons nos charges au roi. la grand’chambre restait séante au palais. On s'attendait à Versailles ^ qu’elle allait abandonner l’exercice de la justice. La faveur publique dont les magistrats s’investissaient , rendait dangereux tous les moyens employés pour leur substituer d’autres juges , avec lesquels très-probablement les avocats et les procureurs auraient refusé de correspondre.
Fleuri négocia , les chambres reprirent leur service. Une députation vint présenter au roi ■de nouvelles remontrances àMarly. Leionne-
>7''2 ment des courtisans fut au comble, voyant les magitrats paraître , sans avoir été mandés, dans un Jieu consacre aux fêtes et aux plaisirs. Ils furent accueillis par les railleries des jeunes courtisans. Le premier présidents’obstinait à demander audience. Le roi n’ayant * pas auprès de lui le cardinal de Fleuri , refu- •saii d’écouter le parlement. Après de longs pourparlers , la députation retourna à Paris , où elle devait recevoir la réponse du roi. Fleuri arrivait à Marly , mandé par Louis XV. Une déclaration fut envoyée au parlement. Il y était ordonné <pjc désormais ^les appels comme d’abus seraient jugés parla grand’charabre seule.
Dans l’assemblée des chambres tenue pour entendre les commissaires chargés de rendre compte de cette déclaration , plusieurs conseillers proposaient d’examiner de nouveau et avec plus de soin cet acte , dont plusieurs dispositions leur paraissaient obscures. Un président des enquêtes , répondit : Je ne vois rien d’obscur dans cette déclaration. Elle tend clairement à la destruction des chambres des enquêtes et des requêtes , mon avis est de supplier le roi de la retirer comme contraire aux véritables intérêts de la couronne.- Cet avis fut adopté.
On eut recours à un lit de justice, au châ-
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teau de Versailles. Le roi y fit enregistrer sa déclaration. Le parlement, de retour à Paris, proteste contre Je lieu où s’était tenu le lit de justice et contre l’enregistrement de l’édit. Il prononce qu il ne cessera de représenter au roi l’impossibilité d’exécuter une loi dont l’effet changerait l’essence de la cour des pairs. Lés chambres conviennent de rester assemblies jusqu’au moment où il plairait au roi de faire droit à leurs justes réclamations , et de leur rendre Jes magistrats enlevés aux fonctions judiciaires, par lettres de cachet.
Fleuri répondit a cet arrêté en exilant tous les membres des enquêtes dans diverses villes éloignées de Paris. La grand’chambre, restée seule au palais, refusait d’enregistrer les lettres patentes pour la chambre des vacations, attendu qu’elle devait être formée d’individus tirés de toutes les chambres. C’était la veille des vacances du parleiaent. Le conseil du roi se partageait. Les molinistes abusaient de leur triomphe d’une manière insultante. Plusieurs mandemens d’évêques préconisaient des préter/ions ecclésiastiques, destructives de la puissance temporelle. Ou ne pouvait méconnaître la nécessité d’un frein capable d’arrêter Jes plus dangereuses innovations. Fleuri chargea d’Aguesseau de se concerter avec la grand' chambre. On rappela les exilés ; le parlement Tome IX. t ,3
fit sa rentrée le i®*' décembre. Des lettres patentes lui attribuèrent la connaissance des contestations au sujet du jansénisme^la déclaration du roi, ordonnant que les appels comme d’abus seraient jugés par la grand’chambre seule , fut regardée comme non avenue. On ne saurait donner trop d’éloges à la conduite tenue à cette occasion par le parlement de Paris.
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FRANCE
SECONDE PARTIE