‹ Histoire de FranceChapitre 14 sur 19 · I. Guerre de — Succession des monarque* de · texte numérisé non relu

I. Guerre de — Succession des monarque* de

Russie depuis Pierre I"'. — Mort du roi de Pologne , Auguste. — Sou fils lui succède. — Aventures de Stanislas Leczinsky. — 2. Evénemens militaires. — Mort des maréchaux de Bervvick. et de \illars. — 3. Traité de paix. — Des astronomes] déterminent la figure de la terre. — Voyage au Pérou. — Conquêtes de Thomas Koulikan. — 5. Travaux des astronomes français dans le Nord. — 6. Intérieur de la cour de Versailles. — 7. Fleuri fut le premier corrupteur de Louis XV. — La marquise de Mailly devient la maîtresse du roi. — 8. De la princesse de Vintimille. Petits appartemens. — Disgrâce de Chauvelin. — Amelot y ministre des relations extérieures. — Cony-

piralion. — 9. Portrait de deux hommes qui gouvernaient Fleuri. — 10. Occupations de la reine. — 1 1. Le roi fait l’acquisition de Choisy. — Petits soupers. — Leur influence sur le gouvernement. — 12. Mort de Charles VI. — Prétendans à la succession. — Démêlés entre les Français, les Anglais et les Espagnols au sujet de leurs établissemens en Amérique. — i 3 . Mort du Pape , du roi de Prusse et de l’impératrice de Russie. — Le roi de Prusse commence la guerre.

J. Une guerre passagère , sans détruire les querelles religieuses en France, vint suspendre l’attention qu'on leur donnait, et qui leur prêtait quelque importance. Depuis la mort de Louis XIV, l’Europe jouissait de la paix. La mort du. roi de Pologne, Auguste, électeur de Saxe , la replongea dans les hostilités dont elle est rarement exemple. Ce prince mourut à Varsovie le i*’' lévrier. Aune Juannona régnait alors à Pctersbourg. Dans l’espace de six ans trois règnes avaient 6ni en Russie ; un quatrième commençait. Catherine était morte à l’âge de trente-neuf ans, après vingt-sept mois de règne. Les Russes placèrent sur le trône Pierre JI, fils de l’infortuné Alexis Petrovit*. Le prince de Mencicow , principal agent de ce choix, gouverna l’empire. Dans l’espoir d’éterniser sa puissance, il destinait sa fille au jeune empereur. Elle fut fiancfee , étant trop jeune pour consommer son mariage. Un

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jeune homme , nommé Dolgorouky , détruisit la fortune de Mencicow.

Dolgorouky , compagnon d’études etd’amusemens de Pierre II , âgé de treize ans , persuada au monarque, qu’en état de gouverner son empire , il était temps de se soustraire rm joug de Mencicow. Pierre abandonna furtivement la maison dans laquelle on l’clevait. Une escorte, disposée par la famille Dolgorouky, le conduit à Pétersbourg. Mencicow, chargé de chaînes , fut traipé en Sibérie avec sa famille.

Dolgorouky , investi du pouvoir suprême, marchait sans le savoir vers une catastrophe non moins tragique. Pierre II mourut de la petite vérole en 1730 , dans la quinzième année de son âge. 11 venait d’être fiancé avec la sœur de son favori. Celte mort imprévue ne déconcerta pas les Dolgorouky. Se croyant assurés du sénat et des généraux , ils font cxclint? du trône les deux filles de Pierre 1 *'' , et couronnent Anne, fille du czar Juan, frère aîné du législateur des Russes. Elle résidait à Mittau. Dolgorouki lui présentant le diplôme de son élection, exige la signature d’un acte dans lequel elle accorde à la noblesse rus.se des prérogatives dont jouissait l’ordre équestre eu Pologne. Anne acheta sans hésiter l’empire à ce prix. Arrivée à Pétersbourg, aidée par les

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i/jj comtes de Munich et de Biron, toute la famille Dolgorouky est arrêtée. On Tenvoie construire des huttes en Sibérie, à côté de celles de INIencicow. C-e guerrier venait de succomber à scs chagrins. Sa femme et sa fille, fiancée à Pierre II , l’avaient suivi au tombeau. Son fils et sa seconde fille furent rappelés à Péiersbourg.

Ap rcs la mort d’Auguste , la couronne de Pologne semblait appartenir à Stanislas Lecziiisky. Ce prince, depuis le mariagede sa fille, résidait au château de Meudou. Sa fortune surpassait ses désirs. Ce prince avait eu le temps de se convaincre que le bonheur ne consiste pas dans la possession d’une couronne. Sa situation le forçait de subordonner ses volontés à celles de la cour de France. Un puissant parti voulait la guerre. On représentait au roi la nécessité de placer une barrière dans le *îiord , contre les entreprises des Russes. Un grand nombre de Polonais se déclaraient en laveur de Stanislas. Ce prince alla en Pologne sans augurer favorablement de son voyage.

De.s efibrts étaient prodigués par les cours de Péteisbonrg et de Vienne, en faveur de l’électeur de Saxe, fils du dernier roi. Ce prince avait proteste contre la pragmatique sanction. La cour de Vienne voulait le gagner.

Charles VI se proposait de marier sa fille aî-

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née , Marie -Thésèse , ayec le duc de Lorraine. Dans celte vue il se flattait , qu'ayant procuré une couronne à l’électeur de Saxe, ce prince, par reconnaissance , deviendrait le défenseur de celle qu’il destinait à Marie-Thérèse. L'électeur de Saxe fut élu. A peine Stanislas eut le temps de sc réfugier dans Dantzick avec un petit nombre de ses partisans. Il y fut sur-lechamp assiégé par les Allemands et les Russes. Les Dantziquois se croyant tenus par les lois de l'honneur de répondre à la couflance de Stanislas, et comptant sur l’assistance de la cour de France, se préparaient à se défendre. Dantzick , fortifié régulièrement, recevait par mer des provisions en abondance.

Dantzick fut attaqué le 21 février i354> Chacun convenait dans le conseil de Versailles de la nécessité de secourir cette ville. On craignait d’éprouver des obstacles de la part de l’Angleterre , si on armait une escadre redou-. table. Fleuri se contenta de faire embarquer quinze cents hommes sur quelques vaisseaux de ligne , commandés par l’amiral delaMothe.

Le principal ministre devait envoyer successivement d'autres troupes. Les ennemis de Stanislas ne lui en donnèrent pas le temps. Le siège durait depuis trois mois. Les assiégeans bombardaient la ville. Cette conduite n’ébranlait pas la fermeté des Dantziquois.

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>733- ‘734 On vit enfin paraître les renforts attendus de France. La Mothe jetant ses regards sur les nombreux bataillons campés autour de Dantzick , jugeant qu’il sacrifierait sans fruit ses soldats , tourna ses voiles vers Copenhague. Le comte de Pleko , ambassadeur de France en Danemarck , regardait cette retraite comme humiliante. C’était un jeune homme qui joignait au goût pour les belles lettres, des sentimens héroïques dignes d’uiie meilleure fortune. Il résolut de secourir Danizick ou de périr sous ses murs. Ayant levé à la hâte quelques compagnies de volontaires , il met à la voile, et parait le 27 mai à la vue de la place. Une flotte russe croisait à l’embouchure delaVistûle. N’étant pas en mesure de la combattre, il débarque ses compagnons formant en tout dix-huit cents hommes.

Par la disposition des ennemis , Pleko ne po^uvait entrer dans la place sans forcer le camp des assiégeans. Il attaqua le quartier des Russes. En un instant on arracha les palissades. Les fossés sont comblés et les retranchemens emportés. Pleko s’avance à la tête de ses compagnons, pousse, presse, renverse tout sur sou passage. Les Russes croient voir devant eux l’ombre de Charles XII. Ils fuient après avoir perdu deux mille hommes. Mais bientôt revenant de leur surprise, et errvisa-

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géant le petit nombre des guerriers qu’ils ont 1733- 1734 à combattre, cette troupe invincible est foudroyée par le canon. Pleko tombe percé de coups. Les Français , privés de leur chef, désespèrent de faire une nouvelle brèche pour sortir du camp du côté de la ville. Ils continuaient de combattre. Exténués par la faim et la fatigue , réduits à un petit nombre , ils furent contraints de capituler. Les Russes les transportèrent auprès de Pétersbourg et les traitèrent avec humanité. On attribua la mauvaise issue de cette expédition au cardinal de Fleuri , plus propre à combattre des hérétiques que des guerriers. Pleko , à la tête de dix mille Français , eût battu l’armée russe , et ramené le roi Stanislas en F'rance.

Dantzick ayant perdu tout espoir de secours, Stanislas pressait ses magistrats de conclure une capitulation. Il s'agissait d’échapper luiméme à la vigilance des ennemis acharnés à sa perte. On lui proposa plusieurs expédiens.

Il se détermina pour celui dont l’ambassadeur de France était auteur. Je crois devoir employer la relation faite par ce prince , à la reine sa fille , de ce singulier et périlleux voyage.

« Dantzick étant forcé d’ouvrir ses portes , chacun formait des projets pour ma retraite.

Celui du marquis de Monti me parut le plus

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>733-1734 praticable.’ Venu chez lui, je me déguisai eu paysan. Je sortis de la ville à dix heures du soir. Un habit usé, une chemise de grosse toile, un bonnet des plus simples , un bâton d’une épine rude, enfilé d’un cordon de cuir, et des bottes; tout cela avait été préparé d’avance. Je trouvai en sortant legénéraJSteinflich déguisé comme moi. Le major de la place avait préparé au bas du rempart une nacelle dans laquelle nous traversâmes le fossé. Cette nacelle était gardée par trois hommes qui s’étaient chargés de me conduire sur le territoire du roi de Prusse. Nous voguâmes à travers la campagne inondé^ , dans l’espoir de traverser la Vistule, et de nous trouver avant le lever du soleil au-delà des avant-postes des ennemis. Quel fut mon étonnement, lorsqu’après plusieurs heures de navigation , mes conducteurs me menèrent dans une cabane au milieu des marais! Ils m’annoncèrent la nécessite de passer en cet endroit le reste de la nuit et le jour suivant , parce que l’heure avancée ne permettait pas de passer la Vistule avant le jour. Ne pouvant dormir, je m’avisai de tromper mes inquiétudes en faisant connaissance avec mes trois conducteurs. Un quatrième s’étuit joint à nous dans les marais. Je voulais démêler surtout ce personnage. Le chef de la troupe me parut une tête démontée. Il joignait

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la lé»èi'cté à la suliisance. On ne pouvait sans >733-'?34 rire lui voir affecter un air de supériorité, et regarder la moindre répliqué à ses ordres comme une rébellion. Le surnuméraire était un banqueroutier , obligé de s'exiler de sa patrie. Rien n'égalait la brutalité et la bêtise de mes deux autres conducteurs.

« Je passai le reste de la nuit, couché sur un banc , la tête appuyée sur le marchand ruiné. Au lever du soleil , portant mes regards sur Dantzick, j’entends une décharge générale des batteries du camp et de la flotte des ennemis. C’était en réjouissance de la capitulation de la ville. La journée me parut d’une longueur extrême. La nuit vint enfin. On s’embarqua de nouveau ; on arriva vers minuit au bord d’une rivière que je crus être la Vistule. Mes conducteurs tenaient conseil entre eux : le résultat fut que leur chef, avec Steinflick et le banqueroutier remonteraient à pied la chaussée au bord de la rivière. Nous devions , les deux autres et moi , la cotoyer à U’avers les marais. Cette rivière était le Nariug. Je demandai fréquemment à mes conducteurs si nous joindrions bientôt Steinflick :

Le voilà , me disaient-ils, il marche devant nous; nous ne quittons pas la chaussée suivie exactement par lui pour examiner l’endroit où nous traverserons la Vistule. Ils quittaient

>733-*734 cependant cette chaussée, je m’en aperçus lorsqu’au point du jour on m’avertit de me garantir de ceux qui avaient intérêt de nous découvrir.

» Mes deux conducteurs me menèrent che* un villageois de leur connaissance , sa cabane ressemblait à celle où j’avais passé l'a nuit précédente. Avez-vous ici des Russes, lui demandèrent d’abord mes conducteurs? — Actuellement, répondît notre hôte, il n’y en a point , il en vient' souvent dans le jour.

Les deux paysans sans autre observation me conduisirent dans un grenier au-dessus de la chambre où nous étions. Il s’y trouvait une botte de paille; ils m’engagèrent à m’y reposer , et allèrent à la recherche de Stein-

/ flich que je ne cessais de demander. Mettant la tête à la lucarne de ce grenier, je vis un officier russe, il se promenait à grands pas dans la prairie. Deüx soldats gardaient son cheval. L’air rêveur de cet officier, et le séjour de deux soldats armés dans un lieu assez éloigné de leur camp , tout me faisait craindre une trahison. Ma frayeur augmenta à la vue de plusieurs Cosaques , ils venaient dans mon misérable abri. Je me couchai sur ma butte de paille ; j’y rêvai aux moyens de prendre la fuite; j’entends monter dans mon grenier:

c’était mon hôte; il venait m’avertir de l’ar-

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rivée des Russes et de ne faire aucun bruit,- '73^ 1734 ces Cosaques venaient déjeûuerj leur halte faite, il» partirent.

;> Dans la crainte d’autres Cosaques, je ne sortis pas de mon grenier. Mes compagnons me dirent sur le soir que Steinflick viendrait me prendre pendant la nuit à un endroit dont on était convenu , et où se trouvait un bateau propre à passer la Vistule ; nous rentrâmes dans la nacelle à la nuit clause ; on la laissa à un demi-mille où les inondations finissaient. Nous marchâmes plusieurs heures , enfin nous découvrîmes la Vistule. Un de mes paysans me pria de rester un moment avec son camarade , et alla voir si le bateau était à l’endroit indiqué; nous l’attendîmes une heure. 11 vint et me dit : Les Russes ont sans doute enlevé le bateau; il faut chercher un autre moyen à passer le fleuve. Le jour commençait à paraître , une cabanne se trouvait assez près de moi; j’y entrai et je fus sur-le-champ reconnu. Que vois-je, s’écria mon hôte, c’est le roi. Oui, mon ami, lui dis-je d’un air confiant, je m’assure que vous ne me refuserez pas les secours dont j’ai besoin. Cet homme me promit de me conduire au-delà du fleuve et me tint parole ;' il sort et se hâte de chercher un bateau. Pendant son absence, j'aperçus le chef

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i73.i-i/34de nos conducteurs, je lui demande des nouvelles de Steinllick : Nous suivions , nie répondil-il, la chaussée de laVislulej nous vous y attendions , une troupe de Cosaques venait à nous , chacun a pris la fuite ; je ne sais où sont mes deux compagnons.

» Sur les cinq heures du soir mon hôte revint, il avait trouvé un bateau; il fallut attendre la nuit à cause des Cosaques répandus dans les environs ; ces Cosaques faisaient prisonniers tous les hommes à peu près de mon âge et de ma taille. Je partis avec mon hôte et les trois paysans ; de tous côtés paraissaient des leux de divers camps volânsj la lueur de ces feux m’aidait à éviter les Russes. Arrivé auprès du village de Keismarc, mon hôte me fait arrêter quelques momcns , et va à la découverte ; le hameau était plein de Cosaques; il leur échappa, disant qu’il venait de porter des vivres à l’armée , qu’il avait perdu ses chevaux dans le marais et qu’il les cherchait; il avait trouvé un endroit propre à passer la Vistule, nous y marchâmes ; un bateau nous y attendait , je traversai le fleuve sans accident.

» A mon départ de Dantzick, l’ambassadeur de France m’avait remis deux rouleaux chacun de cent ducats, je priai le général Sicinfl ck de se charger de la moitié de cet

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argent, le reste ëtait dans ma poche; tirant mou hôte à Técarl et le remerciant avec affection , je lui mis dans la main autant de ducats que j’en pus ramasser dans nia poche.

Cet honnête villageois , surpris et presque honteux, refuse mon présent, je le pressais, il me dit enfin : Si pour vous contenter , il faut recevoir quelque chose, j’accepte un ducat, je le garderai toute ma vie comme un souvenir du bonheur de vous avoir connu.

» Nous arrivâmes auprès d’un gros village , il m’importait de ne pas m^arrêter; je demandai des chevaux. Mes trois paysans , croyant n’avoir plus rien à craindre, ne m’écoutaient pas; ils entrèrent dans un cabaret, et après avoir bu largement ils s’endormirent. J’achetai un chariot et deux cheveaux au prix de vingt-cinq ducats; ce marché, fait par un homme dont l’extérieur paraissait celui d’un paysan peu riche, excitait l’attention des passans. Je sortis surde-champ du village , ayant donné quelques ducats à tm de mes paysans encore à demi-ivre ; je le renvoyai , le chargeant d’annoncer au marquis de Monti mon htureux passage de la Vistale. 11 fallait traverser le Nagaw pour atteindre les terres du roi de Prusse; par- -vemi au bord de cette rivière , nous ne trou- 'vâmes aucun bateau, les Russes les avaient

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*73J- *734 tous enlevés; un pécheur m’offrit sa nacelle, j’y entrai avec un de mes paysans , laissant l’autre avec le chariot; je lui ordonnai d’attendre son camarade et d’en partager le prix avec lui ; arrivé à l’autre bord et à couvert de tout danger , je congédiai mon troisième paysan avec un billet pour Monti. Je me rendis à Mariembourg. »

Stanislas fut reçu par le roi de Prusse avec les égards dus à son rang. Il fixa sou séjour à Kœnigsberg où sa cour devint brillante par l’aflluence des magnats polonais attachés à ce prince. Le général Steinflich, échappé à mille dangers^ vint le joindre dans cette ville.

*7^ 'il. Après cet affront fait par Charles VI au beau-père du roi de France, Fleuri ne pouvait conserver la paix avec la cour de Vienne ; la guerre lui fut déclarée par un manifeste. Le prince Eugène avait , dit-on , opiné dans le conseil de Vienne, qu’on devait tout sacriber pour éviter une rupture dont il prévoyait les suites fâcheuses. Ces sortes de prédictions sont souvent faites après l’événement : le trône de Pologne, procuré à • l’époux de la fîlle^inée de l’empereur Joseph, était un très-notable avantage pour la cour de Vienne; les revers éprouvés par les Autrichiens en Italie , dépendaient de circonstances diilÀcilies à prévoir, et auxquelles les

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Anglais et les Hollandais auraient probablement mis des obstacles , si leurs suites avaient influé sur la balance de l’Europe.

Après la convention à laquelle l’infant Charles devait le duché de Parme, les Espagnols avaient conservé leurs forces sur le pied de guerre. Le conseil de Madrid feignait de préparer une expédition contre les Maures d’Afrique. Son véritable but était de recouvrer toutes les provinces d’Italie appartenantes à l’Espagne avant la guerre de la succession. C’était le système d’Alberoni^ auquel ou revenait quand l’occasion se montrait favorable. Un traité fut conclu entre les cours de Madrid et de Turin, Philippe offrait au roi de Sardaigne la réunion du Milanais et du Mantouan à ses Etats et de changer son titre insulaire en celui de roi des Lombards , à la charge de céder à la France , la Savoie et le comté de Nice. Au moyen de cet arrangement la cour d’Espagne, se rendant maîtresse des Deux-Siciles , aurait formé un royaume contigu de la Trébia au cap Sparvimento.

Charles VI payait assez cher ses triomphes dans le Nord ; obligé de tenir ses principales armées sur le Rhin aux ordres du prince Eugène> il ne put éloigner les Français d’Allemagne. Ses provinces d’Italie tombaient sous les efforts combinés des Français , des Tome IX. »4

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754 Espagnols et des Piémontais. Villars , chargé du commandement de l’armée d’Italie , de concert avec le roi de Sardaigne , s’emparait de la Lombardie presque sans résistance. Les chaleurs du climat d’Italie, et les fatigues inséparables des fonctions d’un général d’ar> mée , achevèrent de détruire le tissu des organes du maréchal de Villars; une défaillance générale le força de quitter l’armée, il en remit le commandement au marquis de Coigny, et sortit du camp de Bossolo , frappé de la maladie dont il mourut. Villars, apprenant à Turin la mort du maréchal de Berwich , tué d’un coup de canon devant Philisbourg, disait : Cet homme a toujours été heureux. Villars avait témoigné plusieurs fois combien il désirait de mourir les armes à la main. Quelque temps auparavant, au siège de Pizzigithoue, un officier lui représentait qu’il s’exposait trop : Vous auriez raison, lui répondit-il, si j’étais à votre âge ; ayant peu' de jours à vivre, je ne dois pas négliger les occasions d’obtenir une mort glorieuse.

11 mourut le 19 mai dans la même chambre, dit-on, dans laquelle il était né quatre-vingtquatre ans auparavant. Son père était ambassadeur de France à la cour de Turin.

L’infant Charles entrait au mois de mai dans le royaume de Naples ; personne ne le

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défendait. Les Âulricliiens et le vite roi Vis- *7^4 conîî , ayant abandonné la capitale , le prince espagnol y fut reçu. 1 e roi d'Espagne céda ‘

sur le-cfaanip ses droits sur ce royaume à son fils. 11 prit possession de l’autorité souveraine. Les Autrichiens s’étaient retranchés dans l'Apulie , auprès 'de Bitonto. Les Espagnols, commandés par le duc de Montemar, les attaquent dans leur camp, llssontcontraiulsde poser les armes ; le duc de Monteraar reçut dans cette occasion le titrcdeducde Bitonio; les Espagnols ayant soumis le royaume de Naples, passent eû Sicile j les habitaus , préférant l'a domination espagnole à celle des Allemands, , favorisaient le roi de Naples. Les Autrichiews s’enfermaient dans Syracuse , dans Messine , et dans Trapani. Charles VI perdait deux royaumes , pour avoir voulu en procurer un à l’électeur de Sax^. Charles couronné à Palerme , sous le nom de Charles 111 , envoya à Paris en qualité d’ambassadeur , le prince de Caracciolo.

Après la mort deVillars, le comte de Merci, 1734-1735 ayant rallié divers corps autrichiens répandus en Italie, se défendait conü eCoigny. Charlesl 1 1 envoya l’année suivante un renfort de trente mille hommes de l’armée combinée de France et de Piémont. Les Autrichiens abandounè-

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> 73 -*- 1735 rem ]’ltalie , la seule ville de Manloue leur restait à la fin de 1735.

Sur les frontières d’Allemagne, les Français,-, aux ordres duduede Berwick, s’étaient emparés de la Lorraine j cent mille hommes s’avançaient vers le Rhin. Les divisions de cette armée étaient conduites par les ducs de Richelieu et de Noailles, le prince deTingry, les comtes Maui’icc de Saxe et de Belleisle, et le marquis d’Asfeld. Elles entrèrent dans le fort de Kel et dans Philipsbourg. Berwick mourut glorieusement devant cette dernière place , le ta juin. Ce guerrier visitait les tranchées, accompagné de son fils et de plusieurs . officiers. Un coup de canon le tua entre sou fils et le duc de Duras. Le marquis d’Asfeld et le duc de Noailles , créés maréchaux de France, restèrent chargés de la conduite de l’armée.

# Après la prise de Philipsbourg^, on se porta

sur Mayence , un mouvement du prince Eugène força les Français de s’éloigner. Ils cherchaient à pénétrer dans la Souabe ; on trouva le prince Eugène dans des retranchemens inexpugnables, L’armée prit ses quartiers d’hiver au milieu de l’automne j les Hollandais craignaient de voir les Français s’approcher de leurs frontières, et. que, malgré la neutralité des Pays-Bas stipulée dans un

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traité signé à La Haye, au mois de décembre •734-1735 1754, la rVance attaquât la Flandre et le Brabant, où les garnisons autrichiennes étaient extrêmement faibles. Les cours de Londres et de La Haye' proposaient des conditions de paix, laissant entrevoir leur volonté de secourir la cour de Vienne , si elles n’étaient pas acceptées.

Stanislas devait abdiquer la couronne de Pologne , conservant les honneurs attachés au titre royal. Tous ses biens et ceux de son épouse lui étaient rendus. Ou obligeait le roi- Auguste à publier une amnistie générale dont l’ellét autoriserait les partisans de Stanislas , à rentrer dans leurs biens et leurs dignités.

Charles VI devait céder les deux Siciles à Charles III , eu échange du duché de Parme. , On donnait au roi de Sardaigne le Tortonnais, et le Novarrais ^ enfin la Toscane , après la mort du géand duc, devait être érigée en république.

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