‹ Histoire de FranceChapitre 17 sur 19 · Tome IX. i · texte numérisé non relu

Tome IX. i

1740 Toute la Hongrie prend les armesi La reine rassemble ses forces entre Presbourg et Vienne.

Ces préparatifs ne Semblaient- jias devoir ■ empêcher les Français et les Bavarois d'assiéger Vienne. Cette ville avec des forlibcatioiis irrégulières, environnée de vastes faubourgs, ne pouvait opposer une longue résistance.

Comment Marie - Thérèse aurait-elle défendu sa capitale contre l’armée parvenue à ses portes, et contre deux autres armëés, française et prussienne , devenues dispOiiibles depuis la convention de Hanovre ? Le roi de Prusse, n’ayant plus d’ënoemis à combattre en Silésie, se trouvait en mesure de conduure devant Vienne la grosse artillérie dont manquait l’armée combinée de ^i*ànce et de Bavière.

A la vérité, on soupçonnait le roi de Prusse de vouloir conclure ufle paix particulière avec la cour de Vienne > par la médiation de l’Angleterre. Ce bruit, vrai ou faux, devait détourner le maréchtll 4 e Belleisle de s’enfoncer dans la Bobén^e, pq, en cas de défection du roi de Prusse , |1 Revenait presque impossible de maintenir un^ communication avec la France. Le siégé de Vienne était donc préférable. A cette considération s’enjoignaient d’autres. La guerre d’idvakipn doit être cun-

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duite par des lois particulières j elle •devient 1740 malheureuse si on ne la termine pas avec rapidité. Le sort de la capitale décide ordinairement de celui des provinces. Le principal effort d’une armée envahissante doit donc se diriger contre elle.

L’alarme cessa dans Vienne en apprenant , le a5 octobre, que l’armée française ayant quitte son camp de Sainl-Polten et passé le Danube, se portait sur la Bohème, laissant dans Lintz dix mille hodimes , sous les ordres du marquis de. Ségur. La Bohême devait appartenir à l’électeur de Bavière, d’après les conventions entre les cours de Paris> de Madrid et de Berlin. Lés Français s’approchent de Prague. Cette ville , mal fortifiée, était défendue par une garnison de trois mille hommes. Belleisle. négligeant les formes ordinaires, lui livre un assaut général la nuit du 27 novembre. Trois attaques principales sont •combinées J Chevert, alors Jieütenant-colonel an r^iment de Beauce , entre le second dans la phee. U avait été précédé par un grenadier de son régiment. On monte sur les remparts , une porte est enfoncée, les Français sont maîtres de Prague. L’électeur de Bavière reçut l’hommage des états de Bavière ^ le 19 novembre; il vint ensuite à Francfort où la couronne impériale devait être placée sur sa tête.

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*74* 5. Phih’ppe V opérait une puissante diver-

sion en Italie. Quinze mille combattans , embarqués li Barcelonnc , avaient été transportés à Orbitello sous l’escorte des escadres combinées de France et d'Espagne. L’amiral anglais Haddock mouillait dans la rade de Gibraltar a^^ec douze vaisseaux de ligne. Inférieur à l’armée navale des deux couronnes , il se réfugia dans Port-Mahon. Celte fuite indignait les Anglais ; iis en attribuaient la honte à la neutralité de Hanovre, tes Espagnols parvenus en Italie , sur les côtes de Toscane , dans le canton appelé /o siato degli presidi , apparte- • nant au roi des Deux-Siciles , le grand duc , dont les Etats se trouvaient sans défense , leur livra le passage ; il se déclara neutre dans la cause de sa femme et de ses eufans- Le duc de Modène embrassait aussi la neutralité; il en fut de même du pape , sur les lèrres duquel l’armée espagnole devait passer après avoir reçu un renfort dc'troupes napolitaines. De* nouvelles troupes castillannes arrivaient par la voie de Gênes. Cette ville les laissait traverser son territoire. Le roi de Sardaigne, dans l’es^ poir d’obtenir la Lombardie , promettait de réunir ses forces à celles d’Espagne et de France. 11 reconnut bientôt l’erreur de sa politique. Craignant de voir la Lombardie tomber sous les lois de la maison de Bourbon ,

dont les possessions l’auraient entouré de toute part, il ferme aux Français*les portes des Alpes, et^onclut, avec la reine de Hongrie, un traité dans lequel , sans renoncer à ses droits sur la couronne des Lombards , il lui promet le secours de ses armes, moyennant un subside payé par l’Angleterre. Cette conduite fut taxée de perfidie à‘ Paris et à Madrid. C’était un faux jugement. Charles-Emmanuel ne pouvait s’agrandir que du côté de l’Italie. La cour de France lui avaitpromis plusieurs foislcMilanais. Dans la perspective de ce beau pays , consistait le seul moyen offert par la fortune dans la révolution des événemens , pour changer en sa faveur , le vain titre de roi de Sardaigne , en un royaume véritable. La maison de Savoie devoit donc appréhender , comme le plus grand des malheurs , de se voir pressée entre la France, et les possessions de la maison de Bourbon, en Italie. Cet événement la menaçait d’être tôt ou tard opprimée, anéantie.

Il n’est de traités durables entre les souverains que ceux dont Fcxccution procure des avantages à toutes les puissances contractantes. 15 II empire abuse-t-il de ses forces? la puissance lésée ne se croit point tenue à l’observation desarrangemens arrachés à sa faiblesse, ou à son ineptie. Ils sont l’effet de la violence ou de la ruse. Les ruses et la force les ront-

174> peut quand l’occasion se présente de Je faire avec succès. Les» seules provinces dont se composait autrefois le royaume d# ‘ Lombardie, pouvant augmenter les possessions du roi de Sardaigne , cette espérance devait l’ttttacber à la cour de France. Demander davantage de lui , était exiger de sa part une reuODciaticn éternelle à ses intérêts en laveur de voisins assez puissans pour le punir un jour de sa maladresse.

Par une politique inconvenante, les cours de Paris et de Madrid se firent du roi'de Sar daigne un ennemi redoutable; d’un côté, il consei'va la t ombardieà la reine de Hongrie, de l’autre, il lui rendit le service inappréciable d’arrêter, dans les an&actuosités des Alpes, soixante mille Français ou Espagnols, se consumant en efforts aussi vains qu’ils auraient élé utiles ailleurs.

Marie Thérèse, tranquille désormais sur le sort de ses provinces italiques , porta en Allemagne les troupes dont elle eût été forcée de faire usage dans les duchés de Milan, de Toscane et de Parme. Ce fut la première cause des mauvais succès éprouvés par lés Français en Allemagne.

Il n’existait aucune déclaration de guerre entre la France et l’Angleterre. Cependant les Anglais enlevaient les navires marchands Irau-

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çais soqs des prétextes frivoles. Une escadre bi-itaoaique combattit même cette année auprès de Snint-Doi:ningue une escadre française qu’elle feignit de prendre pour espagnole. Les Ifollandais assuraient Fleuri de leur neutralité> ils donnaient des secpnrs à la reine de Hongrie , et prirent enfin ouvertement sa défense.

Une déclaration du 19 avril imposa un dixième sur tous les, revenus territoriaux. Cet impôt fut supprimé en i']^. Un ambassadeur Ottoman arrivait alors à Paris ; on prétendit qu’il proposait d’attaquer la reine de Hongrie. Fleuri, loin d’augmenter l'embrasement de l'Europe , voulait , au contraire , terminer une guerre commencée presque malgré lui.

Ou avait déterminé le conseil de Versailles en faveur de l’électeur de Bavière, en présentant cette guerre comme un coup de main dont la promptitu.de assurait le succès. Belleisle demandait deux armées de cinquante mille hommes chacune. Fleuri diminua la force de ces armemens.

Belleislepritles choses comme elles étaient.

Un événement plus ou moins prochain , pou-.

vait changer les mesquines opérations du cardinal âgé de quatre-vingt-dix ans. Sa carrière , selon les apparences , devak se terminer avant la fin dss hostilités. 11 se flattait qu’un.

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aulre minisire développerait plus d’énergie.

Au surplus , il lui restait la ressource de jeter les mauvais succès sur la parcimonie du cardinal. 11 engageait l’électeur à augmenter le nombre de ses troupes ; ses insinuations ne réussissaient pas ; ce prince , obligé par les traités de fournir cinquante mille hommes , en eut à peine vingt-cinq mille effectifs, soit que les subsides de la France ne lui permissent pas de payer une armée plus nombreuse , ou qu’une plus forte levée de soldats 'devînt impossible en Bavière en raison des dispositions des habitans.

En s’enfonçant dans la Bohême, dix mille Français et huit mille Bavarois laissés au bord du Danube gag^'daient l’Autriche antérieure , la Bavière et le Haut-Palatinat j des contrées d’une si vaste étendue ne pouvaient être garanties d’une invasion par un si petit nombre de troupes. Les maréchaux de Belleisle et de Broglie commandaient les Français. Ils avaient calculé que les Autrichiens occupés à se défendre en Bohême contre les Français , les Bavarois et les Saxons , en Silésie contre le roi de Prusse , eu Italie contre les Espagnols et les Piémontais , ne seraient pas en mesure de se porter en Bavière. D’ailleurs , cet électorat pouvait être protégé par l’armée d'observation cantonnée dans les environs de

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Francfort. Ces combinaisons manquèrent à 1741 la fois.

Le roi de Sardaigne ayant mis ses troupes à la disposition de la cour de Vienne, les Autrichiens destinés à la défense du Milanais refluaient en Allemagne. Le parlement bçitannique avait déclaré contraire aux intérêts <îb l’Angleterre la convention de Hanovre.* L'armée d’observation ne pouvait pas s’éloigner de la Westphalie.

4 . Kevenhuller, général autrichien, entrevoyant la possibilité de conquérir l’Autriche antérieure, rassemble une armée sous prétexte de mettre Vienne en étal de soutenir un siège, et marche au cœur de l’hiver vers Lintz.

Ségur hors d’état de tenir la campagne >74s’était renfermé dans cette ville. Le grand duc , arriva devant Linlz, le 3.1 janvier, elle fut contrainte de capituler.

Belleisle déployait dans Francfort le caractère d’ambassadeur extraordinaire de France auprès du collège électoral. Broglie restait seul chargé de la guerre de Bohême : l’élection du nouvel empereur avait été fixée au i**' mars. Des événcmens particuliers avancèrent .cette cérémonie'. La bulle d’or réglant les circonstances "de l’intronisation des Césars germaniques., ne permettait pas à une femme *

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HIST. DE m. IK PART. LIV^. XXX.

> 7 12 de donner une voix éJectorale. Les droits des électorats tombés de lance en quenouille devient être exercés par Je plus proche agnat.

Marie Thérèse employait tons ses efforts à placer la couronne impériale sur la tête de son époux. Il importait à la réussite de ce pitijet que son ambassadeur de Bohême fût admis dans Je collège électoral. Elle fit re, mettre aux électeurs ûn mémoire daus lequel ses pi-éientions étaient établies , c’était en vain. Leroi de Pologne, électeur de Saxe , en qualité de plus proche agnat , réclamait la voix électorale de Bohême en faveur de son fils déclare majeur, afin dç le rendre capable d’exercer les fonctions électorales.

Marie Thérèse avait déclaré son époux coregent de ses royaumes. Elle espérait de lui transmettre en cette qualité la voix électorale de Bohême. L’électeur de Mayence , né sujet, de l’Autriche, adoptait les vues de la reine de Hongrie. On négociait avec le roi de Pologne- L’électeur palatin proposait à l’électeur de Mayence de différer l’élection à cause des contestations élevées au sujet du suffrage de Boheme. L invasion de ce royaume par les Fiançais, éloignait cette contestation. L’électeur de Bavière ayant été proclamé roi dans

^ Prague, la voix de la Bavière resta suspendue par un décret du collège électoral.

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En vain l’ambassadeur de Marie Thérèse à 174a Francfort protesta contre cet arrêté, l’électeur de Bavière fnt proclamé roi des Romains, le 24 janvier. Ce prince reçut la couronne des mains de l’électeur de Cologne son frère; jusqu’alors tout avait réussi à ce prince. La fortune semblait l’attendre au faite des honneurs pour rendre ses revers plus remarquables. La Bavière tombait au pouvoir des Au* trichiens. Le. nouvel empereur n’osait sortir de Francfort. En vain , le cardinal de Fleuri envoyait en Allemagne une nouvelle armée aux ordres du duc de Harcourt , elle arrivait trop tard. Ses services se bornèrent à ouvrir une communication entre la Bohême et la France , favorisée par la conquête faite par le comte de Saxe de la forteresse d"’Egra aux extrémités de la Bohénte, non loin des frontières du Haut-Palatinat.

Les aflaires du nouvel empereur prospéraient en Bohême, où Belleisle était revenu après les cérémonies du couronnement. Le roi de Prusse, maître de la Moravie, s’approchait de la Bohême. Le prince Charles lui livra.]a bataille de Chotusit, et la perdit complètement. Dans le même temps , les Français battaient les Autrichiens auprès de Sahay. Ces événemeiis avaient déterminé la reine de Hongrie à faire la paix avec le roi de Prusse. •

1742 Depuis long-temps la cour de Londres travaillait à cette réconciliation. La cour de Vienne abandonna à celle de Berlin la Silésie et le comté de Glatz. Frédéric II réunissait au courage et à l’ambition d’un conquérant les lumières d’un génie cultivé par l’étude et une connaissance approfondie des hommes.

11 prévoyait les succès de la reine de Hongrie. Les troupes de Charles Vil , faibles et commandées par des généraux sans talens, ne se soutenaient qu’avec les subsides de la France. Les troupes saxones rendaient peu de services. L’électeur de Saxe, dont l’épouse était une princesse autrichienne, pouvait-il concourir sérieusement à la ruine d’une maison alliée de si près à la sienne? Frédéric se trouvait heureux d’obtenir d’un traité la possession de ses conquêtes.»

Ce prince avait commencé seul la guerre j seul il avait fait ses conquêtes , il ne se croyait pas tenu de consulter ses alliés pour la terminer. Ij 6 maréchal de Belleisle , étant venu dans son camp, il lui dit : J’ai prescrit des conditions de paix à la .reine de Hongrie, elle les a acceptées ; Je fais la paix ; tout autre gouvernement agirait comme moi.

Si on croit l’auteur de la vie de Frédéric II , ce monarque fut déterminé dans sa conduite par celle de Fleuri. 11 eut connaissance des

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propositions d’une paix particulière , faites > 7-1* par ce ministre à la cour de Vienne. Le procédé de Frédéric fut une ruse, qui en déconcerta une autre.

Frédéric (i) ayant rendu une visite au général Pallant, prisonnier et blessé à la bataille de Chotusit , ce général lui témoigna son désir de le réconcilier avec Marie Thérèse , il ajouta : Le conseil de Prusse sera dupe de celui de France j j’en parle avec une connaissance complète. — Avez-vous des preuves de ce que vous dites? reprit vivement Fré- > déric. Pallant demande quelques jours ; il dépêche un courrier à Vienne. A sou retour, il fait avertir Frédéric. — Voilà une lettre , sire, lisez-la. Le monarque lut , et se trou-^ bla. C’était une lettre de Fleuri à Marie Thérèse, dans laquelle il offrait de lui garantir la Silésie , si elle voulait céder à Charles VII le reste de la Bohême. Le roi demande s’il pouvait garder cette lettre quelques jours. Pal-, lant y consentit. Le roi, de retour chez lui , dit à plusieurs généraux : Le cardinal de Fleuri me prend pour un sot , il est loin de son compte.

A peine l’armée française en Bohême s’éle-

(i) Histoire de Frédéric II, tome P'.

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174a vait au printemps 1742 à ving-tcinq mille hommes effeclifs j on attendait un renfort de douze mille soldats arrivés à Egra. Broglie place une division à Flavemberg, pour protéger la marche de ce secoure. Belieisle sollicitait dans Dresde un renfort de quelques régimens. Les ministres de Pologne, -à.

l’exemple du roi de Prusse , négociaient avec Marie Thérèse; .sans en convenir formellement, ils prétextaient le mauvais état des troupes saxonnes. D’ailleurs, ajoutaient- ils , depuis la paix entre la Prusse et l’Autriche , l’électoral de Saxe a besoin de toutes ses forces , pour se garantir du sort éprouvé par l’électorat de Bavière. Belieisle , après une négociation infructueuse, revint à Prague ou l’armée française se voyait sur le pomt d’ètre assiégée par soixante mille Autrichiens.

5 . Broglie attendait l’arrivée des renforts venus d'Egra, pour tenter le sort d’une bataille. On comptait plüS de cinquante mille hommes souS lés ordres du prince Charles de Lorraine et dii prince de Lobkovits'; mais dans ce ndmbre , Sè Ifbuvaiëiit un grand nombre de Pandours et de Croates, propres à tuer dés fuyards, et non à combattre en ordre de bataille. Le prince Charles s’était emparé des défilés d’Ègra ; non seulement il empêcha le renfort de pénétrer en Bohême ,

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mais il battit le corps français place à Fia- 1

vemberg.

Broglie ne désespère pas de la fortune; à la tête d’environ huit mille hommes , il prend ia route de Prague. Il devait, dit-on , prendre celle d’Egra, et revenir en France : Cela n’était pas possible. D’ailleurs , les ordres précis étaient de défendre la Bohême. Les Autrichiens suivaient pas à pas les Français. Broglié passait la petite rivière de Blanils; son arrière-garde, composée des régimens de Navarre et d’Anjou , repoussait les Pandours. JPendant ce temps les équipages traversaient la rivière. Cette circonstance sauva cette arrière-garde. Les Pandours , s’éloignait de gens avec lesquels il n’y avait à gagner (|ue des coups , se jetèrent sur les bagages. Les conducteurs coupent les traits des chariots , et s’enfuient sur les chevaux. Les Français achevaient alors dépasser la rivière. Broglie, ayant rangé son armée en bataille sur l’autre rive, attendait les ennemis dans une position avantageuse. Ils balancèrent à passer la rivière, malgré leur grande supériorité. Le maréchal s’éloigna durant la nuit, et arriva saus être entamé sous le caüon de Prague.

Cette retraite fît beaucoup d’honneur au maréchal de Broglie. Elle ne changeait pas la position embarrassante de l’arme'e française.

Les Autrichiens parfirent bientôt devant Prague j leur armée , fortifiée par divers corps venus de Silésie, s’élevait à soixante mille combattans. Tous les préparatifs de défense avaient été faits par Broglie et par Belleislc. Une partie de l’armée française occupait la ville , le reste campait sous ses murs. La plus grande difllculté était de se procurer des subsistances.

On comptait dans Prague près de quatrevingt mille habitans ; ils furent désarmés.

On les obligea de déposer leurs effets les plus précieux dans plusieurs églises , avec menaces d’y mettre le feu au moindre soûle-* vement. Fleuri avait envoyé aux deux maréchaux des pleins pouvoirs, pour traiter de la cession de la Bohême. Belleisle , dont son collègue connaissait la supériorité dans les négociations , offrait d’évacuer le pays , si les Autrichiens voulaient évacuer la Bavière. Le prince Charles rejeta cette proposition ; il se flattait de réduire les Français à la nécessité de poser les armes , sans égard pour les habitans de Prague , menacés de périr par l’excès de la disette.

pe nouvelles troupes arrivaient au camp autrichien. Les soldats français étaient réduits depuis les premiers jours de juillet à une demi-ration. Les habitans de Prague

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élaîom encore plus à plaindre. On leur de- 174a mandait fréquemment des contributions en argent. Tout le vin enfermé dans les caves fui emmagasiné par lés soldats , il en fut de même de.s autres provisions. Le pain et l’eau étaient presque la seule nourriture des bourgeois. On tuait les chevaux, ils procuraient de la viande aux soldats sains et du bouillon aux malades; les deux maréchaux dormaient l’exemple de la frugalité , leur table était servie de chair de cheval. ,

Des déiachemens hongrois , battant la campagne , massacraient les soldats français s’ils s’écartaient pour trouver quelques subsistances. Belle isle reçut du cardinal de Fleuri des lettres pour le comte de Conigzed ; ce fut une occasion de renouer des conférences. Fleuri convenait dans ces lettres d’avoir été entraîné hors de ses mesures. Bien des gens savent, disait-il', combien j’ai été opposé aux résolutions prisés dans le conseil^ on a déterminé le roi à signer une ligue contraire à mon penchant. Le vieux ministre , par celte tournure, cherchait à se rendre moins odieux à la cour de Vienne. Cette lettre annonçait, dans le conseil de Versailles, un défaut de fermeté.

Pour toute réponse, Marie-Thérèse fit imprimer la lettre de Fleuri dans les papiers publics répandus en Allemagne. Le cardinal. Tome IX. 1 9

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1742 dans une seconde lettre, se plaignait de cette conduite j il ajoutait : Dans la sniie ^ Monsieur, je ne vous parlerai plus avec franchise. Conigzed fit encore imprimer cette seconde lettre. Le cardinal prit le parti de les désavouer j ce désaveu ne trompa personne ; il contribua , au contraire , à propager Topinion , qu'au mépi’is de la foi publique, il avait voulu conclure une paix particulière aux dépens du roi de Prusse. Le prince Charles notifia aux deux , maréchaux la détermination de la reine de Hongrie de n’entendre à aucune capitulation, à moins que la garnison de Prague ne se rendît prisonnière de guerre.

6. On délibérait à Versailles sur les moyens d'ouvrir à l’armée de Bohême un chemin de retraite. Le maréchal de Maillebois commandait sur le Bas-Rhin , l’armée qui avait forcé le roi d’Angleterre à signer la neutralité de Hanovre. 11 fut proposé de l'envoyer en Bohème, démarclæ assez imprudente dans la circonstance où on se trouvait. Fleuri s’y opposait , il représentait combien étaient inconvenantes des dépenses énormes en faveur d’un prince qui ne s’aidait pas lui-même. La plus grande partie des ministres furent d’un avis différent. En effet, l’honneur national exigeait de dégager l’armée de Bohême , et même de continuer à protéger l’empereur

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bavarois, puisque la cour de France l’avait jeté dans la détresse dont il s’agissait de le tirer.

. Une considération particulière s’opposait à l’éloignement de l’armée du Bas-Rhin. Une armée anglaise, commandée par le comte de Stairs , élève de Malborougb , se formait dans la Belgique j elle pouvait tenter une irruption en France.

Si Louis XV favorisant l’élévation de l’électeur de Bavière au rang des Césars , n’obéissait pas à un projet formel de faire des conquêtes , il voulait au moins augmenter son influence diplomatique en Europe -, cette influence pouvait atténuer celle de la Grande- Bretagne.

Dans le temps où le pouvoir de la maison d’Autriche égalait son ambition , l’Angleterre la combattait quelquefois de concert avec la France. La cour de Londres changea de conduite dans la suite. La situation de la France et le génie de ses habitans donnent plus d’ombrage aux Anglais , que ne pourraient le faire les provinces autrichiennes , quand elles seraient plus vastes et plus puissantes. La cour de Londres regardant les Français comme leS seuls rivaux redoutables à sa puissance commerciale , se réunit constamment à leurs ennemis, uon pour envahir comme autrefois,

le sol de la France, mais pour empêcher les Français de poser des bornes à l’empire exercé par le pavillon britannique sur l’Océan. Iæs A nglais, jaloux de dominer sur les mers , désirent peu d’obtenir sur le continent quelques provinces dont la possession leur serait fréquemment contestée, ^e renfermant dans leur île, ils affectent un désintéressement dont la position topographique leur fait une loi.

Jamais ils ne manquent d’annoncer la volonté de ne faire aucune conquête , et de prendre les armes uniquement pour maintenir l’équilibre de l’Europe. Ces grands mots font leur effet. La plupart des hommes sont entraînés par l’arrangement des phrases , autant que par la force des raisons contenues dans ces phrases. On s’allie avec une puissancë dont les intentions paraissent si pures ; cependant elle court à son but en silence. On se sacrlGe pour elle.

Ainsi la Grande-Bretagne après avoir protesté hautement d'entrer sans aucun motif d’intérêt dansla ligue formée contre LouisXlV, à l’occasion delà succession d’Espagne, s’était fait céder à la paix , en Amérique, la baie d’Hudson, l’île de Terre-Neuve, l’Acadie dont elle étendait à volonté les limites , et en Europe , Minorque et Gibraltar. Il serait injuste d’attendre plus de désintéressement d’ui^

gouvernement que d’un autre. Rome et Car- lr ^:l thage^ Pompée et César, tendaient à l’augraentalion de leur puissance avec une ardeur égale, l a différence consistait seulement dans la manière d’aller à leur but. Rome, en guerre contre Carthage, parlait de délivrer les peuples opprimés par la république africaine. Pompée se couvrait comme César du prétexte spécieux de protéger la liberté publique. Au fond^ on voulait dominer et se procurer beaucoup d’argent. C’est le but des grands comme des petits , des gouvernemens comme des individus : l’envie et le désir immodéré des richesses sont deux monstres anciens comme le monde ; ils habitent les palais et les cabanes.

Durant la régence , la cour de Londres s’était alliée avec celle de Paris. Le doc d’Orléans entraîné par des embarras sans cesse renaissans , oubliant avec combien de facilité la France pouvait devenir l’entrepôt du commerce du monde , laissa tomber la marine française et négligea les colonies dans un temps où les Anglais , parcourant toutes les mers , cherchaient les points du globe sur lesquels ils pouvaient plus aisément se fortilier et s’assurer les bénéüçes d’un commerce exclusif. On ouvrit enfin les yeux , à Paris et à Madrid , sur la politique anglaise ; on désirait y mettre un terme. L’Espagne^ ne voulait plus

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1742 enrichir les Anglais à ses dépens ; la France annonçait la même volonté. Dès-lors, l’Angleterre remua l’Europe entière au sujet de la pragmatique sanction , dont les suites lui étaient indifférentes. Elle négocia la paix entre Frédéric II et Marie-Thérèse , dans l’espoir 'd’écraser la France et l’Espagne , et de les empêcher de porter leurs regards sur ses empiétemens maritimes.

7. Dans cette situation des choses, l’éloignement d’une armée, chargée de couvrir la Flandre française, pouvait entraîner des suites fâcheuses. Le roi consulta les généraux les plus expérimentés. I.e maréchal de Puységur relevait les dangers de cetle expédition. Le maréchal d’iMfred en convenait , et n’en insistait pas moins sur la nécessité de la tenter. Le roi préféra ce parti hasardeux. Il restait à déterminer la route de l’armée. Charles Vil voulait l’envoyer en Bavière. Chercher à pénétrer en Bohême était, selon lui, afTaihllr l’armée dans la saison de l’hiver où ou entrait. D’ailleurs, ajoutait ce monarque , en protégeant la Bavière, voisine de la France, n’aiteignalt-on pas le but de dégager l’armée de Prague, forçant les Autrichiens d’accourir sur les bords du Danube? Maillebols appuyait les observations de Charles VII, craignant de manquer de subsistances, en hiver, dans les arides dé-

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filés de la Bohême. On convint de rassembler 1 74a une seconde armée dans la Belgique. Le duc de Noailles en prit le commandement.

L’armée, assiégée dans Prague, méritait par sa belle défense, les efforts faits en France en sa faveur. Ses fréquentes sorties montraient aux Autrichiens les dangers de leur entreprise.

La nouvelle se répand de l’arrivée prochaine d’une armée nombreuse. L’ardeur des assièges augmente; celle des assiegeans diminue. Les généraux autrichiens perdent l’espoir de faire prisonniers deux maréchaux de France et une armée entière. On renoue les négociations.

Belleisle se rend difficile à son tour. La reine de Hongrie se voit contrainte d’ordonner la levée du siège. Elle envoie ses troupes aux frontières de Bohême. Maillebois était parvenu à Araberg dans le Haut-Palalinat. Son armée y fut renforcée par le corps de troupes envoyé eu Bavière au printemps, lin avait fait aucun progrès. Cette inaction était attribuée à la mésintelligence entre le maréchal de Thoring i commandant des Bavarois, et le duc de Harcourt. Les Autrichiens occupaient la partie de la Bavière entre l’Inn et le Danube. Les Français et les Bavarois se canionhaieni dans les contrées entre le Danube et le Haut-Palatinat. Charles VII avait rappelé Thoriog , remplacé par le baron de Sekendorf. On comp-

174 a tait plus de cinquante mille combattans dans rurrnée française. Les Bavarois furent chargés de pénétrer vers Munich , et de s’y fortifier. Les Frauçais s’avancèrent vers la Bohême.

Plusieurs généraux proposaient de marcher du côté d’Essain } c’était la route la moins montucuse. On préféra la route d'Egra.

Maillebois évitait une action générale ; les Autrichiens ne la cherchaient pas. Les comtes de Saxe et de Ralincourt eurent ordre de prendre poste à Plua, non loin d’Egra. I.’avantgurde marcha sur le-champ. Elle campa le a5 septembre à Mezing. On était alors en Bohême. Il fallait traverser les hautes montagnes de Saals , les défilés de Caaden , et percer plus de vizigt lieues dans un pays où on ne trouvait des vivres ni pour les hommes ni pour les chevaux. La communication avec la Saxe n’éprouvait aucun obstacle. L’électeur, alors allié de la reine de Hongrie , avait plaçé ses troupes sur les frontières; elles s’opposaient à tout transport de vivres au camp français.

Broglie était sorti de Prague à la tête de douze mille hommes. 11 prit poste au confluent de l’Eger et de l’Ellbe. Ce mouvement favorisait la marche de Maillebois. 11 s’agissait de forcer les gorges de Caaden, où le grand duc était retranché. 'Tous les efforts de Maillebois fui'ent infructueux. ?i’ayant plus de pain que.

LOTUS XV

pour cinq jours, on rétrograda. Maillebois ,^^2 laissant une forte garnison dans Egra , prend la route du Danube , il cherche à donner au grand duc des inquiétudes pour Vienne. Le grand duc marche sur-le-champ vers Passau.

Broglie , instruit de la retraite de Maillebois , recueille des subsistances de toute part et ramène son armée dans Prague , en laisse le commandement à Belleisle , et remplace Maillebois accusé par la voix publique de n’avoir pas fait tous les efforts possibles pour forcer les défilés de Caaden.

En Italie , la guerre n'était déclarée qu’entre la reine de Hongrie et le roi d’Espagne. La plupart des- puissances de la péninsule y prenaient part en qualité d’auxiliaires. Le roi de Sardaigne s’était emparé du duché de Modène.

Marie-Thérèse lui cédait dans le Milanais, le pays de V igévano , la partie du comté de Pavie située entre le Pô et le Tezin, le canton d’Anghiera et le marquisat de Final appartenant aux Génois. Le roi d’Angleterre lui accordait cinq millions annuellement. Le ducdeMontemar Bitouto, loin de conquérir la Lombardie, se rapprochait de Naples. L’infant Philippe, frère du roi de Naples , avait vainement tenté de pénétrer en Italie par le territoire de Gènes. L’amiral Mathews s’était opposé avec succès à sou passage. Ce prince se rendit maître de la

Savoie. Cette diversion forçait Charles Emmanuel à ramener une partie de ses forces sur les. montagnes du Piémont. L’armée de Montemar, moins pressée, respirait. Elle fut ajQTaiblie par l’événement le moins prévu.

Une escadre anglaise parait , le 18 août, à la vue de Naples. La guerre n’était pas déclarée entre les cours de Naples et de Londres^ Le commodore anglais menace le roi des Deux-Sicilès , de bombarder sa capitale s’il n’abandonne sur-le-champ les intérêts du rui d’Espagne. Nouveau Popilius, il donne au conseil de Naples quelques momens pour se déterminer. Il fallut obéir. Le port de Naples se trouvait dépourvu d’artillerie, aucune précaution n’avait été prise contre une insulte. Charles III rappelle son armée. Les troupes castillanes auraient été forcées de poser les armes sans l’expédition de l’infant Philippe en Savoie.

8. Des succès variés signalaient la guerre maritime entre les Anglais et les Espagnols. On murmurait à Londres. Les partisans de l’opposition dans le parlement avaient déclaré, dès l’année précédente, combien inutileioent on armait à grands frais des flottes nombreuses , puisqu’elles n’empêchaient pas les navires castillans d’aller en Amérique et d’en revenir chargés d'or et d’argent. On ijifectait de trem-

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hier pour la Jamaïque. On exagérait les ren* forts fournis par Louis XV à Philippe V. On attribuait à la convention de Hanovre , la situation défavorable de l’Angleterre. Plusieurs orateurs de la chambre des communes osaient comparer l’électorat de Hanovre, à un goufre, où les trésors britanniques s’abîmaient, et dont les intérêts nuisaient perpétuellement à ceux de la Grande-Bretagne : Georges fut forcé par l’opinion publique à prendre une part directe à la guerre continentale. Frédéric de Hesse , roi de Suède , e'poux de la reine Ulrique Eléonore , ayant reçu des subsides de la France > faisait la gueure à la Russie. Les « événemens n’en furent pas favorables aux Suédois. Leur armée s’était laissée enfermer dans Helzingfort , sans communication avec Stockholm, le monarque Suédois, pour sortir de ce mauvais pas , fut contraint de céder aux • Russes une partie de la Finlande.

Depuis plusieurs années , la plupart des privilèges de la compagnie française des Indes autorisaient des monopoles odieux. Elle gênait la traite des Nègres, elle entravait les progrès de la culture du sucre et du café, bornant ses soins à tirer le meilleur parti pour elle-même des droits dont elle jouissait. Le contrôleur-général Orri , dont l’intégrité et le désiute'resscment formaient le caractère, avait

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174a résolu de rectifier les opérations de cct élîtblissemetu et d’augmenter en même temps sa prospérité : ce soin fut confié à des hommes d’un grand mérite. On envoya Dumas à Pondichéry dont les Français étaient maîtres depuis le milieu du dix-septième siècle , mais dont ils ne tiraient aucun parti. Le nouvel administrateur obtint de la cour de Delhi un territoire considérable. Les fortifications dont il entoura Pondichéry donnèrent à cette place une haute considération durant les guerres nées parmi les princes du pays. Ils regardaient comme une faveur inappréciable la liberté d’y déposer leur famille et leurs trésors.

La fiourdonnaye obtenait le commandement des îles de France et de Bourbon. Ce marin, né à Saint-Malo, se livrait aux voyages nautiques dès son enfance. On le connaissait également propre à construire des vaisseaux et à les défend: e^ tous ses projets portaient l’empreinte du génie. Les diflicultés n’étonnèrent Jamais son âme. 11 possédait l’art difficile de communiquer son énergie aux hommes soumis à ses ordres , ses pensées se portèrent d’abord vers le but d’inspirer de l’émulation aux colons découragés par les gènes dont les enlaçait la compagnie des Indes. Il fil cultiver le riz et le blé pour la nouniture des Européens , et le manioc dont il avait traus-

Loris XV.

Soi

porté la culture du Brésil , pour la subsis- 1742 tance des noirs. L’ile de Madagascar lui fournit abondamment de la viande. Un poste, établi dans l’ile inculte de Rodrigue ne lui laissait pas manquer des tortues. Les navires allant aux Indes ou à la Chine trouvèrent aux îles de France et de Bourbon des rafraîchissemens précieux après une longue navigation.

Un troisième Français illustrait sa patrie dans les Indes , cetait Dupleix. Il dirigea d’abord le comptoir de Chandernagor sur le Gange. La prospérité de cet établissement devint en même temps un sujet d’admiration et de jalousie. Dupleix n’avait pas trouvé en arrivant une seule chaloupe. 11 arma quinze navires à la fois, lis faisaient le commerce d’Inde à Inde sur la mer Rouge , sur le golfe Persique, à Surate, à Goa, aux Maldives, aux Philippines. Dupleix fut appelé en , pour succéder à Dumas à Pondichéry.

Jamais les affaires de la compagnie des Indes n’avaient été aussi florissantes ; abandonnant lés opérations mesquines contre lesquelles se récriaient tous les planteurs d’Amérique, elle se livrait à un commerce dont les retours s’élevèrent dans une seule année à vingt-quatre millions. L’envie et la jalousie s’attachèrent à des hommes précieux dont les

5oa HIST.DEFR.II'.PART.LIV.XXX.

174a talens et la probité auraient porté les opérations commerciales des Français dans l’Inde à un degré de splendeur dont les Anglais n’auraient pu saper les fondeinens. Ces viles pas- . sidns détruisirent les espérances les mieux fondées.

Prévoyant une rupture entre la France et l’Angleterre , la Bourdonnaye pensait que celle des deux nations dont le pavillon se montrerait le premier aux Indes obtiendrait les avantages les plus décisifs. Venu à Paris en 1741 > il proposait au gouvernement de lui confler une escadre. Il l’eût conduite à l’île de France. Son projet était de mettre à la voile de cette île à la naissance des hostilités, décroiser sur le détroit de la Sonde^ où passent la plupart des vaisseaux allant à la Chine ou en révenant. 11 aurait intercepté la plupart des bâtimens anglais et protégé ceux de son pays. Maître de l’Océan indien , il pouvait ruiner tous les établissemens britanniques dans cette partie du globe. Ce plan fut approuvé, le roi accorda cinq vaisseaux de ligne et quelques frégates. Labourdonnaye mit à la voile.

On demandait aux directeurs de la compagnie des Indes, Fargent nécessaire au payement de cette expédition , dont on leur faisait mystère; ils firent entendre de si violentes clameurs, ils

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assurèrent avec tarft de constance le principal i’]ipministre ^que la neutralité entre les deux compagnies des Indes anglaise et française ne serait pas violée, qu’ils parvinrent à faire prévaloir cette opinion j elle était déraisonnable. Comment pouvait-on supposer qu’une puissanceessentiellementcommerçanterenoncerait à combattre sur l’Océan indien pourl’intérét de son négoce ? Si les ministres britanniques faisaient des propositions de neutralité , n’était-ce pas évidemment dan.s la vue de se donner le temps d’attaquer avec succès les ennemis de leurs spéculations ? La fragilité de la convention de Hanovre offrait un exemple frappant des suites d’une neutralité stipulée pour les Indes. D’ailleurs, la marine royale devait-elle se regarder comme tenue d’observer des conventions conclues entre deux compagnies commerçantes? N’aurait-elle pas attaqué sur les côtes européennes des navires vainement en sûreté sur celles d’Asie ? On rappela l’escadre. La perte de la plupart des navires français démontra trop tard la justesse des vues de la Bourdonnaye.

Ce marin, abandonné à sa seule industrie, parvint , à force de soins , à former une escadre composée d’un vaisseau de soixante ca- , nons , et de cinq navires marchands , armes en guerre. 11 osa attaquer l’escadre anglaise en

5o4! IIIST. DE FR. IR. PART. LIV. XXX.

194a Asie. Elle fat forcée de s’éloigner de la côte de Coromandel. Il assiège Madras , et réduit cette ville à capituler. Le ministre lui avait ordonné formellement de ne conserver aucune conquête sur l’océan indien. 11 permit aux vaincus de racheter leur ville pour la somme de neuf millions. Jamais opération dans ces contrées ne fut plus utile et plus glorieuse. Les directeurs de la compagnie des Indes à Paris se divisaient alors en deux partis. Celui qui avait enlevé à la Bonrdonnaye son escadre , voyaitavccchagrinles ressources de son génie; poursuivant sa vengeance , il versa le poison de la jalousie dans l’âme de Dupleix. Deux hommes faits pour s’estimer , pour illustrer « de concert le nom français , devinrent les ins-

truraens d’une haine qui leur était étrangère. Dupleix , pour mécontenter la Bonrdonnaye, réprouvant la transaction signée par ce marin , la fit casser par un arrêt du conseil supérieur de Pondichéry ; il garda Madras contre la foi des traités. La Bonrdonnaye fut dépeint à la cour de France sons les traits d’un prévaricateur. On l’accusait de s’être contenté d'une rançon trop faible , acceptant des présens trop considérables. Ce procédé coûta neuf millions à la compagnie. Le vainqueur se disposait à tenter de nouvelles conquêtes. Les discussions dans lesquelles on l’entraîna lui

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enlevèrenl uu temps précieux. Après avoir attendu vainement sur la côte de Coromandel les renions promis de France, il vit sa petite escadre battue par. un coup de vent.

1 es malheurs forcèrent la Bourdonnaye à revenir en France. Les Anglais , délivrés de cet ennemi redoutable , attaquant à leur tour les Français , .assiégèrent Pondichéry. Le vainqueur de Madras fut enfermé à la Bastille. Il resta dans cette prison durant plus de trois mois J privé de embrasseniens de sa famille.

' Des commissaires du conseil lui avaient été donnés pour juges. Convaincus par l’évidence, ils l’acquittèrent honorablement. Ses ennemis voulaient sa mortj ils furent satisfaits. Ce marin inourut en sortant de la Bastille, des suites de la maladie la plus cruelle. 11 avait pour valet de chambre, François Damien, l’assassin de Louis XV dans la suite. On accusa cô monstre d’avoir donné à son maître un remède à l’eau forte. En vain tous les secours furent prodigués pour arrêter les effets de cet empoisonnement , la Bourdonnaye périt au moment où , vainqueur de ses ennemis , il se flattait de jouir de quelques jours heureux j affreux résultats des services mémorables rendusàlaFrance.

Dupleix répara sa fatale erreur en défendant Pondichéry contre deux amiraux anglais, soutenus par les troupes d’un prince du pays Son Tome IX. ao

5o6 HIST. DE FR. 1I«. PART. LIV. XXX.

'742 activité et celle du comte de Bussy , son lieutenant-général, sauvèrent cette ville. Les Anglais furent contraints à lever le siège , après quarante-deux jours.de vaines attaques. La victoire navale remportée par la Bourdonnaye, et la levée du siège de Pondichéry, imprimaient parmi les peuples de l’Indostan un grand respect pour le nom français. Dupleix , couvert de gloire , obtint des récompenses brillantes. Ce bonheur passa comme un songe; il devait éprouver les mêmes traitemens sous lesquels la Bourdonnaye avait succombé.

9. L’armée de Maillebois , affaiblie par les maladies , avait pris ses quartiers d’hiver en Bavière, sous les ordres de Broglie. Belleisle se trouvait de nouveau resserré dans Prague, par le prince de Lobkowits. Le général français avait employé l’intervalle des deux sièges à se procurer des vivres. Il venait de recevoir les pouvoirs les plus amples de se conduire à son gré , et de sauver l’armée à tout prix.

Comment traverser dans le cœur d’un hiver, dont le froid fut presque égal à celui de 1709 et 174*^, trente-huit lieues de montagnes arides, sans magasins , presque sans cavalerie, environné d’une armée supérieure , et harcelé par des nuées de troupes légères î Ces obstacles étaient effrayans. Us pouvaient devenir encore plus insurmontables au printemps. Le

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grand duc avait abandonné les gorges de Caa- 174^ den , regardées comme impraticables durant l’hiver. Ils les eût occupées de nouveau après le dégel. Ces considérations dirigèrent la conduite de Belleisle. Couvrant son projet d’un secret impénétrable , il trompa les habitans de Prague. Le grand duc, durant le premier siège, avait ravagé les environs de cette place, afin de ne laisser aucune subsistance aux Français. Celle circonstance seule l'urçait Uobkowils à placer scs cantonnemens à plusieurs lieues de la ville, au delà delà Moldau , dans des cantons conservés , laissant à l’autre rive de la rivière plusieurs corps de hussards, avec ordre de voltiger sans cesse autour de la place bloquée.

Des glaçons énormes , charriés par la Moldau , laissant appréhender au général la destruction de ses ponts volans , il les fit retirer.

Celte opération favorisait la retraite de l’armée française , à laquelle la nature semblait s’opposer. Belleisle fixant son départ à la nuit du 16 au 17 décembre, cache ses préparatifs sous prétexte d’un grand fourrage. Les espions autrichiens en instruisirent les hussards. Ils se portaient vers les endroits désignés, et laissaient aux Français le passage libre. Le maréchal part à la tête de son armée. Elle se i-éduisait à douze mille hommes d’infanterie et trois

5o8 HIST. DE FR. II*. PART. L^V^ XXX.

1742 mille chevaux. Au centre étaient les équipages , des caissons de pain pour douze jours ^ trente pièces de canons , des chariots chargés de poudre, de balles , et des outils nécessaires * pour jeter des ponts sur les rivières , ouvrir des ' chemins, écarter la neige. L’armée sort par la porte Caroline , marche durant toute la nuit , traverse dix lieues de plaine, couverte de neige , et arrive sans obstacles aux déSlés de Rakounits.

Belleisle malade se faisait porter partout où sa présence était nécessaire pour soutenir le courage des troupes , ou pour diriger les attaques contre les cavaliers hongrois montés sur des chevaux infatigables > et dont les efforts tendaient à retarder la marche de l’armée.

Lobkowits , ayant enlevé ses ponts sur la Moldau , employa à les rétablir un temps qui contribua au salut des Français. Les jours étaient courts J on les employait à marcher. La nuit se passait au bivouac , dans la neige et la glace, auprès des feux faits avec les arbres rencontrés en chemin.! On traversa Rakounits, Rabeinsten, Luditz , Pascbaw, Lauterbach.

L’armée était perpétuellement poursuivie par les troupes légères ennemies , mais la rigueur du froid devenait pour elle l’ennemi le plus redoutable. A peine perdit - on cinquante hommes en se défendant contre les hussards.

LOUIS XV. 5og

Près de douze cents hommes furent victimes du froid excessif. On brûlait les voitures de vivres et de munitions , brisées par des accidens. L’armée parvint à Egra après dix jours de marche sans avoir été entamée. Elle se trouvait dans un délabrement déplorable. 11 fut porté dans les hôpitaux d’Egra plus de cinq cents soldats avec les pieds ou les bras gelés. D’autres soldats ne paraissaient pas malades, et moururent subitement pour s’être approchés trop tôt du feu; plusieurs devinient prodigieusement enflés. Quelques-uns, arrivés 'dans Egra, moururent à Amberg d’une fièvre inflammatoire après un long délire qui tenait de la rage.

Cette retraite fut considérée comme le chefd’œuvre de l’art militaire. Les contemporains la comparèrent à celle des dix mille. L’impartialité oblige de convenir que ce fait d’armes ne saurait entrer en comparaison avec celui dont Xénophon fut le héros et l’historien.

Une hardiesse égale présida aux deux entreprises. Une prudence égale les conduisit , cl un bonheur égal les couronna. Les difficultés et les dangers étaient bien différens. La courst'. du général français se bornait à quarante lieues. Les glaces charriées par la Moldau , retenantles Autrichiens au-delà de cette rivière, il profite de cette circonstance pour dérober

une marche à ses ennemis , et se remire maître de l’entrëe des montagnes. Dès lors les seules troupes irrégulières accoutumées à fi anchir des rochers , mais peu propres à combattre des troitpes re'glêes , peuvent retarder sa marche. Les obstacles vaincus dans cette retraite vinrent moins des tentatives des Autrichiens, que de la diilicullé des chemins et de la rigueur de la saison , préjudiciable également aux Autrichiens dans leurs poursuites , et aux français dans leur retraite.

Comment comparer cette marche de dix.

jours aveè celle de dix mille Grecs' , éloignés de leur patrie de près de six cents lieues. Ils vcîiaicut de perdre leurs plus habiles capitaines, égorgés par les Perses avec une noire perfidie. Des nations ennemies les environnaient, do grands fleuves s’opposaient à leur passage; ayant leur courage pour unique ressource , ils entreprennent à la vue d’une armée innombrable , de retouner dans leur patrie , traversant des pays dont la situation leur était inconnue. Cette résolution ne fut pas ébranlée par les obstacles renouvelés sans cesse : Passage de hautes montagnes , de grandes rivières , de vastes plaines dans lesquelles ils devaient être exterminés par la cavalc'rie ennemie Ces Grecs, vainqueurs des Perses et des éléineiis, arrivèrent triomphans dans la Grèce.

LOUIS XV. 5 1 1

Marc-Antoine poursuivi long-temps après par 174a les Parthes , à peu-près sur le même terrain ,

1 écriait, plein d’admiration pour une constance si héroique : O retraite des dix mille !

Lobkowitz, désespéré d'avoir laissé échapper une si belle proie , rassemblait ses troupes autour de Prague. 11 se flattait d’entrer dans la place à la première sommation. Chevert commandait dans Prague ; il répondit à la sommation : J’accepterai des conditions honorables ; mes camarades sont décidés à s’ensevelir sons les débris des fortifications, plutôt que de se rendre prisonniers de guerre.

•Belleisle avait laissé dans la ville environ six mille hommes , la plupart malades , blessés ou jugés hort d’état de soutenir 1^ fatigues de la retraite. Lobkowits étonné delà résolution de Chevert , crut devoir lui accorder la capitulation demandée. Les Français sortirent de Prague avec les honneurs militaires ; ils furent conduits à Egra aux frais de la reine de Hongrie.

Belleisle avait quitté, le n janvier j la forteresse d’Egra , ayant conduit son armée dans les environs de Spyre où elle devait passer le Rhin , il déployait dans Francfort , son caractère d’ambassadeur plénipotentiaire auprès ‘de Charles VIT. Il revint ensuite à Paris, Oij le roi le reçut avec une foideur extrême. Le car-

3 I a HIST. DE FR. II». PART. LtV. XXX.

dinal lui reprocliail de l’avoir entraîné dans celle guerre par le vain cliquetis d’une éloquence insidieuse. 11 se relira à la campagne, méditant de nouveaux projets et attendant l’occasion de les faire éclore,

lo. Toute la Germanie était en feu. Chaque prince fortiGait ses frontières, levait des troupes , mettait son alliance à l’enchère.

Marie Thérèse, avec l’argent des Anglais et des Hollandais, recrutait ses armées assez facilement , en Bohème , en Hongrie, en Autriche, en Italie, et chez les princes allemands ; elle rassemblait sur le Rhin , un corps de troupes destiné à se réunir aux An-, glais et aux Hanovriens, prêts à marcher sur Francfort. Les levées ordonnées par le conseil de Paris renforçaient l’armée du maréchal de INoailles, chargée de suivre les mouvemens de l’armée anglaise. La cour couvrit les frais de cet armeméut , créant des rentes viagères eu forme de tontine. Ce fut la dernière opération ministérielle de Fleuri. Il mourut le 29 janvier , âgé de quatre-vingt-neuf ans sept mois , sans prévoir l’issue de cette guerre.

J’ai parlé des établissemens fondés par ce ministre , l’acquisition de la Lorraine doit être regardée comme l’opération qui lui fit le plus d’honneur. Ou lui doit le canal de Picardie ; ce travail interrompu après sa mort.

LOUIS XY. * 3i 5

fut repris par le célèbre Laurent , cl interr rompu de nouveau. 11 fournil aujourd’hui un débouché à l’industrie d’une des plus belles provinces de France, et facilite l’approvisionnement de Paris.

A la mort de Fleuri , le conseil se composait de Maurepas, Saint-Florentin , et Amelot dont j’ai parlé , et de Voyer d’Argenson. Les sceaux restaient confiés au chancelier d’Aguesseau. Philibert Orri régissait les finances. D’Argenson et Amelot , bornés aux expéditions de leur département , influaient peu sur l’administration générale. Le crédit dé Saint Florentin commençait à s’établir. Maurepas, admis dans la société particulière du roi , l’amusait par ses bons mots et par des chansons; il eût probablement obtenu la principale prépondérance , mais il s’occupait moins des ' afl'aires d’Etat , que d’amuser le monarque et ses favorites.

1 1 . Pour la seconde fojs Louis XV déclara dans son conseil sa volonté de gouverner par lui-même. Ce projet paraissait chimérique à ceux auxquels le caractère du roi était connu. Louis XIV , à la mort de Mazarin , tint les rênes de l’empire. Ses mains les laissèrent flotter à l’aventure avant même que les années eu.ssent détendu les ressorts de son intelligence. Le premier, à peine dans son cinquième

3 i4 HIST. DE FR. II*. PART. LIV. XXX.

1743 lustre se trouva dévoré d’une ardeur de renommée , et la conserva jusqu'au tombeau.

Cet amour des grandes choses, dans un siècle trcs-éclairé , aurait conduit la France à une prospérité brillante , si , durant les jeunes années du monarque , on lui eût inspiré le goût dutravail sans lequel le chef d’un vaste empire ne saurait remplir, ni même connaître l'étendue de ses devoirs. Le second arrivait à l’âge de trente-cinq ans , sans avoir témoigné aucune passion pour la gloire. Une longue inaction le rendait incapable d’une occupation suivie. L'éclat du trône l’importunait , loin de gouverner lui-même , la paresse et l'inertie l’auraient insensiblement livré à un nouveau modérateur général , si sa maîtresse n’avait tourné ses regards vers les affaires publiques.

Une femme arracha LoulsXV a la mollesse, et l’envoya à l’armée de Flandre, peu de temps avant l’époque où les prêtres la chassaient d’auprès de son amant. Cette favorite n’était pas la marquise de Mailli. Elle venait d’être supplantée par une de ses sœurs, non moins ambitieuse, mais plus adroite que la princesse de Vintimille. De& cinq lilles du marquis de Nesle , c'était la quatrième qui entrait dans le Ht du roi : exemple de lubricité inconnu dans l'histoire. La marquise de Mailli,

LOI’ÎS XV.

SiS

inslruiie par l’expérience du danger de présenter scs sœurs au roi , avait cependant besoin d’elles , dans le pénible emploi d’amuser l’homme le plus ennuyé de France ; d’ailleurs si Vintimille avait abusé de sa confiance , elle avait à se louer de la duchesse de Lauragais , qui partagea durant quelque temps les faveurs du roi , sans tenter de ravir l’empire obtenu par sa sœur sur son esprit. I,a marquise de la Tournelle était la nouvelle favorite : la mort venait de lui enlever son époux , lorsqu’elle parut à la cour j son regard piquant frappa le monarque j son manège acheva de le séduire.

Assurée d’avoir blessé le cœur du roi , la Tournelle opposait aux désirs de son amant nue fausse pudeur. Son but était d’obtenir des conditions plus avantageuses. La première fut de renvoyer sa sœur sans ménagemensj la seconde, de changer son titre de marquise en cèlui de duchesse de Chàteauroux ; la troisième, d’avoir un sort capable de la mettre à l’abri de tout événement. I/empressement avec lequel Louis XV remplit les désirs de Sa nouvelle amante annonçait la vivacité de sa passion. La duchesse de Chileauroux devint l’arbitre du gouvernement. Mailli, attachée sincèrement au roi , trouva dans la religion des armes contre son désespoir. On la

• 743 voyait parcourir à pied les habitations des pauvres , chercher les malheureux dans les greniers , verser dans leur sein des secours et des consolations. Sa vie entière fut employée à faire du bien , plus respectée dans l’humble état où la réduisait la fortune, qu’elle n’avait été enviée au faîte de sa faveur.

Dans cette occasion, la conduite delà comtesse de Toulouse lui fit inBniment d’honneur. Ayant toujours été l’amie de la marquise de Mailli , sa disgrâce ne çhangea pas ses scntimens , elle la logea long temps dans son palais , provoquant avec hauteur le mécontentement du roi. La même faiblesse qui avait dirigé ce prince, ordonnant l’exil de sa maîtresse , l’empêcha de montrer à la comles.se de Toulouse aucun ressentiment. Cette prin- ■ cesse conservait un ascendant sur le roi. Elle procura dans la suite à la marquise de Mailli un hôtel et environ quarante mille livres de rente. Celte favorite perdant le cœur du roi , perdit aussi ou du moins parut perdre les faveurs de la reine. La place de dame d’atours lui fut enlevée quand elle était digne d’approcher de Marie Leezinska; la duchesse de Chûteauroux se revêtit de celte dépouille de sa sœur. Par un raffinement d’immoralité, ce fut un usage dans la suite que la maîtresse du roi fût dame d’atours de la reine.

LOUIS XV. 5i7^

Toute la maison de Nesle avait les obligâtions les plus marquées au duc de Noailles; les cinq soeurs, accueillies dans sa maison dès leur tendre enfance, y avaient fait la connaissance de la comtesse de Toulouse : c'était le principe de leur faveur auprès du roi.

Noailles, plus propre pour le conseil que pour la guerre > entendait les finances dirigées par lui durant la régence. Profond politique et ami de sa patricj.il était en mesure de parvenir au premier ministère j dans cette supposition > l’administration publique eût été améliorée. La nature destinant à Pfoailles une longue carrière, lui donnait le temps de mûrir et d’exécuter des projets avantageux , peut-être eût-il éloigné la catastrophe dont la maison royale étaiUmenacée.

Presque tous les hommes ont le malheur de ne pas se connaître. Noailles préféra la carrière des armes à celle de la diplomatie; pouvant devenir un grand ministre, il fut un médiocre général.

Chaque secrétaire d’ÊAt dirigea son département; le roi conférait avec chacun d’eux pour la forme sans rien changer aux expéditions, souvent sans rien comprendre. Les ministres paraissaient gouverner souverainement, mais, comme je l’ai déjà observé, ils étaient les instrumeiis d’une volonté étrangère;

tout se décidait dans les petits soupers ; les ministres, assurés de perdre leur place s’ils contrariaient les individus dont se composait la société particulière du roi , n’annonçaient aucun avis différent du leur. 11 est temps de revenir à la guerre d’Allemagne.

11 restait aux Français en Bohême la seule ■■ville d’Egra. Broglie et Seckendorf défendaient le Haut-Palatinat et la Bavière. Ces deux généraux, au lieu de concerter leurs opérations, se nuisaient respectivement; le prince Charles de. Lorraine avait rassemblé pendant l’hiver ses quartiers. Les troupes bavaroises restaient éparses dans leurs cantonnemens.

Cette, négligence, jointe aux maladies contractées par les soldats français , entassés dans des poêles auxquels ils n’étaient pas accoutumés, livra de nouveau la Bavière aux Autrichiens , on évacua la ville d’Egra.

, Charles Vil était venu de Francfort à Munich. Cet infortuné monarque , témoin des succès du prince Charles , se réfugia dans Augsbourg, puis dans Francfort. Noailles avait reçu ordre d’envoyer douze mille hommes à Broglie.. Ce fut uue des causes de la perte de la bataille de Dettingue; les Anglais ayant passé l’hiver dans le pays de ï-iége, traversant le Bliin, s’avançaient vers leMein. L’armée de INoailles surpassait en nombre

LOtJlSXV. 3 19

celle des Anglais. Il avait sous ses ordres le 174^ duc de Chartres , le comte de Clermont , le prince de Dombcs , le comte d’Eu , le duc de Peuthievre et l’élite de la noblesse française. Prenant les précautions convenables, il devait déconcerter les projets des ennemis j maître des bords du IMein, il empêchait les Anglais de pénétrer en Bavière. Le roi d’Angleterre venait de se mettre à la tète de son armée, accompagné du duc de Cumberland.

Noailles ayant détaché douze mille hommes de ses troupes , les Anglais acquirent la supériorité , ils campaient sur deux lignes près du Mein , leur quartier - général à Aschaffembourg. Le terrain occupé par eux se trouvait resserré d'un côté par le Mein , de l’autre par une chaîne de montagnes couvertes de bois. Le roi d’Angleterre tirait ses subsistances de la "Westphalie J le prince de Hesse-Cassel campait à Hanau avec douze, mille hommes, pour favoriser le transport des vivres dans le camp britannique. Les Français occupaient la gauche du Mein depuis Schelestadt jusqu’audesssus de Mettemberg ; .les Anglais étaient maîtres du pont d’Aschaffembourg dont ils avaient fortiiié la tète. Les Français avaient deux ponts en face de Schelestadt. Dans cette position, l’armée anglaise pouvait être aflamée.

Il s’agissait d’iuterceptcr la communication

avec Hanau ; Noailles y réussit en élevant un retranchement en face d'Aschaffembourg } il rendit le pont de cette ville inutile aux Anglais; la cavalerie française passant librement le Mein sur les deux ponts, de Selingstad, enlevait les convois de vivres destinés au camp anglais ; le soldat était réduit à la demi-ration, on manquait de fourrages.

Georges II, convaincu de la nécessité de choisir une autre position , assemble les généraux ; tous sont d’avis de se rapprocher de Hanau. Noailles , prévoyant cette résolution, avait élevé le long du Mein des batteries de canon; elles devaient accabler une armée épuisée par la disette. Entre les montagnes et le Mein se trouve le village de Dettingue , bâti sur un ruisseau dont les bords escarpés forment un ravin profond , auquel on arrive par un chemin creux. L’armée anglaise ne pouvait prendre d’autre route. Noailles envoya dans Dettingue le duc de Grammont , son neveu, avec douze mille homiues. Il lui ordonna d’être prêt à attaquer les Anglais quand il en recevrait l’ordre par un signal convenu.

Au milieu de la nuit, le 26 juin, le roi d’Angleterre fait plier les tentes et commence sa marche périlleuse. Noailles , instruit de ce mouvement , attendait que l’avant garde an-

LOUIS XV

glaise se trouvât engagée au-delà du rui^seàu , pour enjoindre au duc de Grammont de la prendre à dos. Pendant ce temps , voulant empêcher tontes les colonnes anglaises de la secourir, non-seulement le canon placé aùdelà du Meiii la foudroyait, mais un corps* considérable envoyé par Selingstad allait attaquer l’arrière-garde. Le roi de Prusse, dans ses mémoires, regarde cette disposition cortnne digne des plus grands éloges. On pouvait faire prisonniers le roi d’Angleterre et son fils placés à la tête de l’avant-garde , c’était un de ces mouvemens décisifs capables déterminer brusquement une guerre. Georges dut son salut à la valeur trop précipitée du duc de Grammont. Voyantarriver les Anglais, impatient de combattre, il ordonna à sa division de franchir le ravin j de cette mesure imprudente il résulta que les batteries françaises dont le feu devait écraser les Anglais, devinrent inutiles parce que les deux armées s’étant mêlées , le canon eût tonné sur les Français comme sur les Anglais. Les principales dispositions fpites par Noailles se trouvant déconcertées , l’armée française se retira en désordre après trois heures de combat , avec une perte égale de part et d'autre. L’avantage des Anglais se réduisit à s’être tirés d’une position fâcheuse. L’issue de cette ba- Tome IX. a t

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1743 taille, contribua à rendre plus précipitée la retraite de Brogliej son armée, poursuivie sans relâche par le prince Charles , fut couitraiuie de passer à la gauche du Rhin.

Charles VI I, pouvant être enlevé dans Francfort, offrait de renoncer à ses prétentions sur l’héritage autrichien. Marie-Thérèse exigeait de lui une abdication de la couronne impériale. .11 accepta une neutralité dans cette guerre entreprise en sa faveur, les débris de ses' troupes devaient rester en Souabe sans se mêler des hostilités. A cette nouvelle, Louis rappela ses armées en France.

Cette guerre changeait d’objet. Charles VII faisait sa paix avec la reine de Hongrie. Le roi de Pologne resserrait son alliance avec elle. Les Hollandais envoyaient vingt mille hommes à l’armée britannique , cependant ils continuaient d’entretenii* un ambassadeur à Paris. Le roi de Prusse', premier agresseur de Marie - Thérèse, ayant ôbtenu la Silésie par une paix particulière , restait armé ; on prévoyait sa rentrée en campagne , dès 'que Marie-Thérèse serait en* mesure de contester la valeur de la cession stipulée par le traité de Breslaw. Enfin la’ France se voyait menacée de devenir le théâtre d’hostilités allumées loin de ses frontières. Le prince Charles, arrivait auprès du roi d’Angleterre à Hanau.

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L'armée de ce monarque s’élevait alors à soixante et dix mille combattans; il promit de passer le Rhin auprès de Mayènce et de pénétrer en Lorraine, tandis que les Autrichiens entreraient en France par l’Alsace.

Broglie avait été rappelé; sou armée destinée à la défense de l’Alsace, passait sous le .commandement du maréchal de Coiguy.

JNoailles devait s’opposer aux eflorts des Anglais. 11 se retrancha dans les lignes de la Queich. Ainsi finit la campagne. Le prince Charles alla à Vienne , où fut solennisé son mariage avec la sœur de la reine de Hongrie.

Le roi d’Angleterre vint à Hanovre. Le comte de Stairs, ayant éprouvé quelques mécontente- 'nicns, se démit de ses emplois, et se joignit dans Londres au parti de l’opposition.

Cinq armées dévastaient l’Italie : celle des Espagnols , commandée par l’infant Philippe e.t le marquis de Ldsmlnas, cantonnée en Savoie , forçait le roi de Sardaigne à tenir une armée dans les Alpes; on y comptait quarante mille hommes. Les Autrichiens formaient la troisième armée au bord du Pô, ayant devant eux une seconde armée espagnole ^ commandée parlecomte de Gages, successeur de Monlemar. Enfin l’armée napolitaine campait sur les frontières de la Campanie, impatiente de rompre la neutralité dont un chef

d’escadre anglais lui avait imposé la loi. D forces aussi considérables produisirent le se combat dé Campo-Santo entre les Espagno et les Autrichiens , combat dont les dei armées s’attribuèrent l’avantage.

12. A la fin de la campagne, le maréch de Noailles et le comte de Saxe vinrent cor ccrter à Paris les opérations de la campagi de 1744* Louis XV reçut alors à son service comte de Lowendal avec le grade de lieuienan général. On convenait d’avoir pris de fauss< mesures au commencement, de la guerr Le moyen de retenir le roi de Prusse dai l’alliance de France, eût été de ne pas jeu sur lui le principal fardeau des hostilités,, • de lui montrer une augmentation de puissam dans la continuation de la guerre.

Marie-Thérèse,faisautla paix avec Frédéric I augmentait sa puissance d’une manière fui midable. On attribuait vaguement les revei des F rançais aux généraux ; c’était une ii justice : quatre-vingt mille Français ou Bavî rois , n’élant plus secondés par les Prussiei et les Saxons , devaient succomber sous h efforts de cent cinquante mille ennemis.* eût été non moins essentiel de conserver l’a linucc du roi de Sardaigne.

La neutralité napolitaine avait cessé au

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sijôl què les côtes de la terre de Labour ‘7ij >"4t furent à l'abri d’une descente. Trente loillc Napolitans se rassemblaient. Charles III voulait les commander en personne j les Génois auxquels la cour de France offrait des secours ^ contre les Corses, entraient dans rallianec des cours de Madrid et de Paris.

Georges II engageait Charles VII à contracter une alliance offensive et défensive avec la reine de Hongrie, il lui offrait en échange de la dignité impériale et de la Bavière , le titre de roi d’Austrasie. Ce royaume devait se composer du Palatinat , des Bays-Bas autrichiens , de l’Alsace , de la Lorraine et des Trois-Evêehés. Sa cour étonnée lui proposait de prendre ce parti , auquel les habitans de la Bavière s’opposaient formellement. D’ailleurs il fallait conquérir plusieurs, provinces de ce royaume chimérique. Louis XV arrêta cette négociation , accordant un subside de dix millions à Charles VI1> jusqu'au temps où il rentrerait dans ses Etats. Ce monarque négociait secrètement avec le roi de Prusse et le landgrave de Hcsse^Cassel. La cour de Paris tira parti de cette circonstance; la régeuce de Cassel était mécontente du cabinet bri.

tannique, elle ne paraissait pas éloigniîe de changer de. parti si ou lui faisait des conditions meilleures. Le roi de Prusse tergi-

s 26 HIST. DE FR. II«. PART. LIV. XXX.

«743- ï 744 versait; voyant dans la suite la négociation très-avancée avec là régence de Cassel , il se détermina tout à coup à reprendre les armes en faveur du chef de l’empire, à condition , que la cour de France entretiendrait deux armées de soixante mille hommes , l’une sur le Rhin, l’autre sur la Meuse, et qu’une troisième armée tenterait une diversion en Italie. 1744 Une expédition projetée par la cour de France contre l’Angleterre fut sur le point de rompre celte négociation, Maurepas avait réparé de son mieux la négligence de Fleuri.

] a marine française, regardée comme anéaii- ' lie, commençait à montrer sur les mers un front menaçant; l’escadre de Tdulon reçut ordre de se combiner avec une armée navale espagnole ; on* attaqua les Anglais au mois de février; leur armée navale fut forcée d’aller réparer ses dommages à Minorcpie. Louis XV déclara alors la guerre à la cour de I.ondres. Un corps de troupes s’assemblait à Dunkerque; un grand nombre de vaisseaux de transport venaient dans cette rade ; le comte • de Saxe créé maréchal de France, devait

. commander celte armée. Vingt-huit vaisseaux de ligne sortaient de Brest sous les ordres de l’amiral de Roquefeuil ; on cachait l’objet de cet armement. Le fils du chevalier de Saint- Georges paraît tout à coup sur le vaisseau

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monté par le maréchal de Saxe. L’avantgarde voguait vers les côtes de Kent. Le corps de bataille se plaçait entre Calais et Boulogne , l’arrière-garde établissait sa croisière à la hauteur de Dunkerque; les circonstances favorisaient une invasion en An- ' gleterre. Les principales armées britanniques se trouvaient sur les bords du Rhin , ses escadres couvraient les côtes d’Amérique , d’Asie et d’Afrique. L’armée navale de France surpassait en forces celle dont les Anglais pouvaient alors disposer.

Monté sur le vaisseau amiral , le prince Edouard Stuart vit les côtes de sa patrie ou la fortune ne lui permit pas d’aborder. Une violente tempête jeta les navires de transport sur les côtes de France , non sans perte d’un grand nombre de soldats. Les coups de vents durèrent plusieurs jours. Les Anglais profilèrent dc'-cet intervalle pour se mettre à l’abri d’une invasion , armant tous, leurs vaisseaux eu état de porter du canon. Le prince Edoftard revint en France attendre une autre occasion de remplir ses destinées.

Au bruit de cet armement , le roi de Prusse et le prince de Hesse montraient d’extrêmes inquiétudes. On les calma peu à peu , les assurant que l’intention de Louis XV n’était pas de rendre le trône britannique à la maison

17 14 Sîuarl, mais seulemeDt de forcer les Anglais , jjar la crainte d'une invasion , à rappeler leurs troupes répandues sur le continent : tout se concilia. Le prince de Hesse , par une sorte de bienséance , offrit au roi d’Angleterre d’aller ‘en personne, si les circonstances l’exigeaient , d''fendre une couronne et une religion , pour lesquelles sou zèle ne se démentirait jamais. 11 lui représenta en même temps ses devoirs envers l’empereur , de manière à lui laisser démêler ses intentions.

Georges , menacé d'être attaqué dans ses Etats d’Allemagne et dans l’Angleterre, demandait au roi de Prusse dix raille hommes de troupes auxiliaires j Frédéric répond :

J.e roi de France regardant le roi d’Angleterre comme l'agresSeur dans cette guerre , cette question mérite un examen approfondi , j’enverrai dix mille hommes si la cour de Londres se trouve dans le' cas des secours promis par les traités. Georçes II, recevant cette réponse , ne pouvait plus compter le roi de Prusse au nombre de ses alliés.

i3. Un profond secretîivait présidéà lanégociation entre les cours de Paris et de Berlin. Amelot> ministre des affaires extérieures , dont on craignait l’indiscrétion , avait été renvoyé. Louis XV garda ce portefeuille jusqu’au mois de décembre. Le marquis d’Argeuson ,

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frère du ministre de la guerre , rohtint alors. 17^4 Dans cet intervalle le maréchal de Noallles veillait aux expéditions. Le traité avec le roi de Prusse fut signé en même temps à Paris et à Francfort. Le principal eflori des armes françaises devait tomber sur la Flandre j Coigny gardait les ouvrages élevés au bord du Rhin. Belleisle^ gouverneur de Metz , défendait les frontières de Lorraine. Les Anglais et >

les Autrichiens , n’ayant aucune connaissance des arrangemens entre les cours de Paris et de Berlin , se flattaient de conquérir l’Alsace et la Lorraine. Les Autrichiens se rassemblaient ' enSouabe au nombre de soixante et dix raille, ayant à leur t^te le prince Charles. Cent mille Français marchaient vers la Belgique ; ils formaient deux armées. La première commandée par le roi , ayant le maréchal de ^ioailles sous scs ordres ; le maréchal de Saxe commandait la seconde. Les troupes s’emparèrent de plusieurs places j elles en attaquèrent d’autres au moment où le prince Charles, passant le Rhin, menaçait l’Alsace. Le roi de Prusse était d’accord avec Louis XV de ne pas commencer la guerre avant l’arrivée des Autrichiens sur les frontières de France ; son inaction détruisait les bruits sourdement répandus de ses projets hostiles. Marie-Thérèse croyant n’avoir rien à redouter de lui , dégarnissait la Bohême.

'/ A la première nouvelle ^e l’irrupliou du prince Charles , le roi de Prusse avait fait présenter un mémoire à la cour de Vienne.

. Il y protestait de sa volonté de garder une neutralité exacte , pourvu que la reine de Hongrie sehâtât de rendrejusticeà CharlesVllj après cette notification, le ministre de Prusse sortit de Vienne.

Peu de jours après, un manifestq parut à Berlin; il finissait par ces mots : Le rOi prend les armes pour rendre à la Germanie sa liberté , à l’empereur ses domaines , à l’Europe son repos. Le maréchal Schemettau vint, notifier à Louis XV la marche de son nouvel allié vers Prague, à la tête de soixante et dix mille hommes. Louis XV, quittant la Flandre, s’approchait du Rhin. Une maladie l’arrêta , dans Metz. Le prince Charles s’emparait des lignes de la Queich et de la Lauter. Sa surprise fut extrême, apprenant l’entrée des Prussiens en Bohême; enfermé dans l’Alsace par les . troupes bavaroises et hessolses et par celles de France, il ne pouvait recevoir aucun renfort.

On a vivement critiqué la conduite tenue par les généraux français ; peut-être ne pouvaient-ils agir difléremment. Schemettau présenta deux mémoires au roi dans lequels il ménageait peu Noailles, Belleisle et d’Argen-

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son. On avait, disait-il, perdu douze jours. 1744 L’armée autrichienne aurait dû être dispersée par celle de France , plus forte quelle. Ces faits manquaient d’exactitude. l/armée française d’Alsace s’éleva à quatre-vingt mille hommes. Le prince Charles en commandait soixante et dix mille. Les Français acquirent cette supériorité par l’arrivée de divers corps venus de Flandre. Ces renlorts entrèrent dans le camp de Bilchen, le 17 qoût. Les Français étaient auparavant inférieurs en nombre. Depuis ce jour jusqu’au passage du Rhin, exécuté par le prince Charles, dans la nuit du 25 au 34 , il ne s’écoula que six jours.

Les Autrichiens tiraient leurs subsistances de l’Allemagne; la nécessité les obligeait de veiller avec une scrupuleuse attention à la conservation de leurs ponts. Le prince Charles profita y avec beaucoup d’habileté de cette circonstance. Ces dispositions de retraite furent cachées. Ne paraissant pas dégarnir ses postes, cherchant même, en apparence, à livrer une bataille qu’il sc serait bien gardé d’accepter, il envoyait. ses bagages au-delà du fleuve.

Au moment où Louis XV partait de Dunkerque , Noailles prit les devants. Leroi désirait qu’on ne hasardât rien avant son arrivée. Noailles apprend que le roi était malade

35a HIST. DE FR. II». PART. LIV. XXX.

"1744 à Metz. Les médecins, disait-on, désespéraient de sa vie. L’exil ignominieux de la duchesse de Châteauroux accréditait celte fâcheuse opinion. Ce fut un coup de foudre dont tous les généraux furent frappés. Us n’ignoraient pas que le prince Charles tenait ses pontons prêts pour passer le fleuve. Cependant l’armée française devenait supérieure , on pouvait forcer les ennemis à combattre. S’ils perdaient la bataille , ils étaient réduits à mettre bas les armes. La victoire même eût été funeste aux Autrichiens s’ils l’avaient achetée un peu chèrement. Les généraux français n’osèrent prendre sur eux l’événement de cette bataille. Le prince Charles développait toutes les ressources de l’art de la guerre j à peine son arrière - garde fut-elle entamée , il ne perdit pas un seul magasin. Noailles avait manqué à Dettingue l’occasion de faire prisonnier le roi d’Angleterre ; il perdit, au bord du Rhin , l’occasion de terminer la guerre. Les Français avaient célébré la retraite de Prague. Les Autrichiens leur opposèrent celle d’Alsace, plus fière, plus digne d’immortaliser le général qui en fut l’ordonnateur.

14. Eu Italie l’infant Philippe et le prince . de Conti restaient aux portes de la péninsule , à la tête de soixante mille hommes. Les Français passèrent le Var au mois d’avril > le

comté de Nice fut envahi. On escalada le 1744 roc du Château-Dauphin. Le brave Chevert était monté des premiers sur les murs de Prague j il entra des premiers dans celte forteresse. On enleva des barricades élevées au bord ^de la Stura. Démont fut emporté; l'armée assiégea Coni. Le roi de Sardaignefeyant réuni toutes ses forces, attaquant les. Français dans leurs lignes, fut entièrement défait , et forcé d’abandonner Coni à ses propres forces.

Le commandant de cette place voyant l’hiver prêt à combattre en sa faveur , se défendait ^ avec obstination. Bientôt les débordemens de la Stura et l’abondance des neiges forcèrent l’armée assiégeante de revenir à Coni.

Charles III, ayant réuni l’armée napolitaine à celle du comte de Gages , combattit le prince de Lobkowits à la vue de Borne , et le s força de se cantonner dans la Lombardie.

Les Anglais, ayant réparé les dommages éprouvés par leurs vaisseaux dans le dernier com- « bat, reparaissaient sur la Méditerranée. Georges II armait une flotte destinée à combattre celle de Brest aux ordres du comte de Rocham- • beau ; battue par un coup de vent , elle rentra à Plymoulh en désordre.

En partant pour l’Âlsace , Louis XV avait laissé le maréchal de Saxe en Flandre avec quarante mille hommes ; il avait à combattre

Prusse. Les Français, par une marche incon- 1744 cevable , au lieu de poursuivre le prince Charles, ayant envoyé en Flandre une partie de leurs troupes , restaient sur le tord du Rhin.

Le prince Charles se trouva supérieur à l’armée prussienne.

iS. Louis XV revint à Paris à la fin de la campagne ; des fêtes superbes signalai, at sa convalescence. Ce prince paraissait enseveli dans une noire mélancolie. Le souvenir du tendre attachement de la reine, volant sans aucune suite auprès de lui pour le servir d^ns sa maladie, effleurait à peine son âme , la duchesse de Châteauroux remplissait son faible cœur. Poursuivi par l’image de son amante, son absence'couvrait à ses yeux tous les objets d’une teinte lugubre Isolé au milieu de sa famille, Louis XV semblait errer dans une vaste solitude ; ses regards inquiets annonçaient son trouble. Le duc de Richelieu était le seul auquel il les manifestait. Ce courtisan dont l’esprit était fertile en ces riens, dont s’a- \ musaient des sociétés oisives , était devenu nécessaire à Louis XV : ce fut le principe des liaisons avec Voltaire. Ce poète lui prépa- ' rait desvers avec lesquels il brillait dans les petits soupers de Choisy. Jamais homme n’ordonna comme Richelieu une fête galante.

5S6 mST. DE FR. ID. PART. LIV. XXX.

En qualité de premier gentilhomme , il s’était trouvé de service auprès du roi au moment de la maladie de ce prince à Metz. La duchesse de Chàteau^oux avait accompagné le roi. Sans cesse auprès du lit de ce prince durant sa maladie , elle trompait, par sa présence et ses discours, les angoisses du malade, elle les adoucissait , lui présentant d’une main chérie , les remèdes ordonnés par les médecins. Distributrice des grâces , les coui’tisans la comblaient de marques d’attachement. Ces sentimens souvent mensongers s’adressaient à la place et non à la personne , suivant l’usage ordinaire des cours de caresser ce qu’on déteste , d’encenser ce qu’on méprise. *

Un changement de règne excitait l’espérance des uns , l'envie des autres , l’inquiétude du plus grand nombre. Le roi ne fut jamais à l’extrémité comme on le publiait ; son tempérament s’était. fortiGé , cependant les excès auxquels il se livrait desséchaient son sang , enflammaient ses humeurs. Les médecins caractérisaient sa maladie de Gèvre putride. Elle pouvait devenir dangereuse par l’importance meme du traitement. Il fut proposé d’administrer les sacremens au roi.

Je ne discuterai pas combien cette proposition inopinée pouvait aggraver la maladie ,

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prf^sontant aux regards du malade l’horrible perspective de passer, avant l’âge de quarante ‘ ans , du sein de la volupté et du pouvoir suprême dans les bras de la pâle mort. Richelieu refusait d’être l’organe de cette décision. Perpétuellement auprès du roi, ayant suivi les symptômes de sa maladie , il ne trouvait peut-être pas.la situation du malade fâcheuse comme on le supposait. Il soupçonnait les ^médecins d’exagérer les difficultés de la cure pour augmenter leur réputation ; peut-être aussi son heureuse étoile lui montrant le parti le plus sage , il voulut se réserver le droit de se faire un mérite auprès du roi s’il revenait eu santé , d’avoir bravé les clameurs pour empêcher son état d’empirer par l’efTroi de la mort qu’on voulait faire passer dans son âme.

Le duc de Chartres se chargea du triste message d’avertir le roi qu’il fallait se préparer à la mort. La duchesse de Châteauroux, prévenue de la visite du prince, assise auprès du lit du malade, cachait à peine les larmes amères que lui arrachaient sa douleur présente et son humiliation prochaine. L’évêque de Soissons^, premier aumônier, accompagnait le duc de Chartres; ce prélat remplit son austère devoir avec cette dureté d’âme reprochée aux gens d’église. Il exigea du roi, avant de lui Tome IX. aa

donner la communion , l’exil perpétuel de la personne la plus chère à son cœur. I/àme de Louis était pusillanime , subjuguée par l’appareil de la religion et par les terreurs de la mort , dont l’imminence lui était annoncée sans ménagement : il obéissait machinalement à l’impulsion donnée. Ainsi l’aQaiblisscmeut de nos organes se communique d’une manière inexplicable aux principes de notre existence.

D’Argenson , attaché par politique au char de la favorite , lui témoignait publiquement une confiance sans bornes. Oubliant dans le secret de son âme les services qu’elle lui avait rendus, il lui faisait un crime irrémissible d’avoir mis obstacle à ce qu^il parvînt au principal ministère. Croyant désormais n’avoir rien à craindre ni à èspérer d’une femme à laquelle mille fois il avait juré un éternel dévouement, son âme de courtisan se montra toute eiitière dans la barbarie avec laquelle il lui signifia l’ordre de son exil , sans aucun adoucissement capable d’atténuer une situation aussi désespérante.

Châteauroux reçut sa disgrâce avec fermeté. Elle ne témoigna à d’Argenson, son ancien protégé, ni colère impuissante, ni regrets superflus. Montant en voiture avec sa sœur Lauragais , elle partit en sa présence , sans prévoir les amertumes dont elle allait être

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abreuvée dans son voyage. La muhilude , ex- 1744 trême dans ses sentimeus , la conduisait hors de la ville ttvec les expressions du mépris; les habiians des campagnes , échos de ceux des villes , soulevés par une main invisible , sortant de leurs hameaux , l’accablftient d’injures et de menaces. Ils se transmettaient l’emploi de la maudire. Au milieu des plus mortelles transes, elle parcourut quatre-vingts lieues pour se rendre à Paris, où, confondue dans la foule, on la perdit de vue. Elle ne tarda pas d’y être instruite de la couvalesceuce du roi.

Cette convalescence offrait à l’ambition de Richelieu une ample moisson de richesses e^ de grandeur. Sa conduite , durant 1 ^ maladie du roi , lui garantissait la reconnaissance de la favorite disgraciée, l.a chute des agens de son exil était infaillible. Cette circonstance aplanissait devant Richelieu la route du mi-’ nistère. Confident des sentlmens les‘ plus secrets du roi , il enfonçait avec dextérité' dans son cœur la flèche dont ce cœur était blessé. Tantôt cédant aux volontés du monarque , il lui répétait les fàcheyses particularités de la fuite de son amante; c’était avec les nuances les plus attendrissantes. Le roi profondément ému se reprochait le consentement donné par lui dans celte occasion aux volontés d’autruii

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iy44 Richelieu aggravait ses regrets. Cette mesure barbare, lui disait-il, n’était pas indispensable, jamais votre vie n’avait couru un véritable danger. Les mal - intentionnés se proposaient de ternir votre réputation par l’impor- , tance mise dans le renvoi public de la duchesse de Châteauroux. Louis s’emportait alors contre le prélat qui avait exigé ce sacrifice.^ et contre le ministre qui l’avait consommé, en méprisant les règles de la bienséance. Il ne soutenait pas l’idée d’une femme condamnée par son amant à vivre dans les larmes dans un temps où la France entière se livrait à la joie et aux fêtes. Il projetait de la rappeler avec un éclat capable de lui faire oublier les circonstances de l’expulsion.

Louis XV était retenti par plusieurs considérations ; vaincu par les marques d'attachement de la reine pendant sa maladie, il lui avait promis que seule elle posséderait son cœur à l’avenir. Partagé entre l’amour et le devoir, les hommes accoutumés à scruter le coeur humain , prévoyaient de quel côté pencherait la balance. Elle ne garda pas longtemps l'équilibre; dès les premières parties de chasse faites par le roi, Richelieu le conduisit comme par hasard dans un endroit où devait se trouver son amante. Les scrupules du monarque disparurent; la duchesse de Château-

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roux rentra dans sa faveur. L’évêque de Sois- • sons reçut ordre de re'sider dans son diocèse, et Argenson fut chargé d’annoncer publiquement à la favorite son retour à Versailles, et de lui demander, de la- part du roi-, le nom de ceux dont elle désirait l’éloignement.

La duchesse plaça d’^Argenson à la tête de fa liste demandée; ce ministre, sans espoir de se réccmcilier avec une femme dont les mams allaient tenir les rênes de l’empire , prrt , dk-on, l’abominable parti de la faire enrpoisonner; l’histoire rejette l’idée des crimes trop souvent ■ supposés par la malignité humaine. La duchesse de Châteauroux fut emportée par une maladie violente à l’âge de vingt-sept ans ; l’excès de la joie, succédant rapidement à l’excès de son affliction , put causer dans son organisation physique une commotion mortelle ; cette mort , frappante par l’instant dans lequel elle arriva, produisit à ta cour une véritable révolution. Elle lit sur le roi une impression plus vive que profonde.

Il avait promis à son amante la surintendance de la maison de la fotuie dauphine dont le mariage se négociait alors avec la cour de Madrid. L’étiquette de cette cour ne se fût pas accommodée d’une pareille nomination. La mort rompit des mesures contraires à l’honnêteté publique. Louis XV dut se sentie

54a IIIST. DE FR. ID. PART. LIV. XXX.

1744 .soulage d’un immoral engagemeiH.I-es minis-

1 res menacés d’etre renvoyés reprirent leur#

crédit. Les intrigues des courtisans se cho-

quaient. Chacun voulait donner une itiaîlresse au roi de son choix , dans l’espoir de se procurer les plus précieux avantages.

16. L’hiver avait ramené les généraux à Paris. Parmi eux le prince de Soubise et les maréchaux de Noailles et de Belleisle jouissaient d’un grand crédit dans les petits apparteniens. I>e chancelier d’Aguesseau restait au conseil. On l’y regardait comme un jurisconsulte étranger aux grandes combinaisons politiques ; le contrôleur-général Orri procurait l’argent dont la cour avait besoin par des emprunts dont on sentit la surcharge dans la suite.

Plusieurs conseils furent tenus en présence du roi. ÎN’étant plus soutenu par l’énergie de la duchesse de Châteauroux , il témoignait sou mécontentement d’une guerre devenue de jour eu jour plus épineuse : les courtisans effrayés de 1 ’humeur morose du roi cherchaient des amusemeus capables de le distraire.

De celte époque date la vie licencieuse menée dans la suil^e par Louis XV. Toutes les passions prirent à Versailles le tou de la débauche. Toute délicatesse fut bannie de la cour. L’amour dans la société intime du roi

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se bornait aux jouissances physiques. Leroi, diangeant perpétuellement de maîtresse, ne s’attachait à aucune. Chacun parut surpris quand la belle d’Etioles prit un ascendant sur Tâme insouciante et blasée de Louis XV,

La supériorité acquise par le prince Charles sur le roi de Prusse lui avait permis d’envoyer une division de son armée en Bavière ,

Charles VII se vovait de nouveau menacé d’é-

tre chassé de son duché. 11 importait, suivantle plan arrêté avec le roi de Prusse, de s’entendre avec quelques princes d’Allemagne. Belleisie SC chargea de cette négociation. 11 voyageait saus précaution. Passant par un. village dépendant de l’électorat de Hanovre, il fut arrête et conduit en Angleterre.

Depuis le renvoi d’Amelot , la correspondance des aflaircs extérieures était confiée au maréchal de Noailles. Xoailles refusait ce ministère , il fut confié au marquis d’Argenson.

Sa première opération fut le mariage du dauphin avec l’infante d’Espagne Marie-Thérèse. La cour s’embellissait alors de plusieurs jeunes princesses (destinées à former la société de la dauphine. 1 e duc de Chartres avait épousé la ^œur du prince de Conti , âgée de dix-huit ans^ belle, remplie de grâces, ajmant les fêtes et la magnificence j son époux plaisait par une belle figure, et par un caractère

1744 franc et ouvert ; partageant l’éloiguenienl de son père pour les intrigues , il ne prenait aucune part aux affaires publiques. Nous l’avons vu, devenu veuf, épouser secrètement la com-’ tesse de Montcssou , et finir dans la retraite , une vie paisible , laissant un fils qui souleva * les tempêtes de la révolution de 1789, et qui , en fut la victime. La comtesse de Toulouse avait marié son fils à la princessp de Modène.

> Elle sollicitait le rétablissement du duc de l’entbièvre, et des enfans du duc du Maine dans le rang dont Louis XIV avait investi leurs pères. Ces princes avaient obtenu les honneurs du Louvre , par de simples brevets me'connus à la coùr des pairs. Le projet réveillait la haine et l’envie. Louis inclinait à contenter la comtesse de Toulouse. Les ducs et pairs combattaient sa résolution. Des protestations furent déposées au parlement de Paris ; des pamphlets incendiaires circulaient avec profusion. On eût dit que les bases de la monarchie allaient s’ébranler si Louis XV accordait , aux enfans du comte de Toulouse et du duc du Maine , des lettres-patentes auxquelles les temps seuls et la marche des événemens pouvaient donner de la stabilité.

La' jeune dauphine arrivait alors. Sou hymen fut célébré par des fêles somptueuses. Les étrangers sepersuadaientàpeine qu^une guerre

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ruineuse désolait la France : Paris , centre du «744 goût et de la frivolité, se distingua par la magnificence. Pendant ces saturnales , on entendit parler pour la première fois de Jeanne Charlotte Poisson , qui durant vingt ans gouverna la France, sous le nom de marquise de Ponipadour. C’était la fille d’un boucher de Paris : les grâces de sa figure l’avaient fait rechercher en mariage par le fermier-général Normand d’Etioles. Cette fortune surpassait ses espérances ; sa mère, sans principe et sans frein , après avoir mésusé de ses charmes , comptait sur ceux de sa fille. A force de lui parler de sa beauté comme digne de la tendresse d’un monarque, elle avait implanté dans son âme le désir de plaire à Louis XV. Son mariage * avec un homme très-riche lui procurait les moyens de réussir dans ce projet. Assidue aux parties de chasses du monarque , elle essayait toutes les manières de s’en faire remarquer; un bal donné par la ville de Paris au roi et au dauphin, lui offrit l’occasion vainement cherchée au fond des forêts.

Dans un vaste salon de verdure avaient * /

été admises les plus jolies femmes de la capitale. Louis jouissait avec surprise de la vue enchanteresse de tant de charmes réunis ; ils ressemblaient peu à ces attraits fallacieux, dont un artifice mensonger fait les frais im-

posteurs , el qu’il rencontrait chaque jour dans ses palais. La nature étaiait à ses regards les plus parfaits ouvrages ; le monarque errait d’objets en objets. La belle d’Etioles, après avoir excité sa curiosité par ses agaceries et quelques propos spirituels, fixa bientôt ses pensées sur elle seule. Sûre de sa victoirp , elle court par un raffinement de coquetterie se précipiter dans un groupe de monde sans toutefois se laisser perdre de vue par le roi. Il reconnaissait avec plaisir dans cette belle une femme que, plusieurs fois dans ses chasses, il avait vue non sans émotion.

Richelieu fut le confident de cette nouvelle passion. Le voile mystérieux, sous lequel le roi la couvrit d’abord fut promptement déchiré par la caustique pénétration des courtisans. La nature avait placé dans la tournure d’esprit de la nouvelle favorite, les ressources contre l’uniformité d’un amour trop promptement couronné. L’inconstance avait conduit Louis dans ses bras ; elle devait l’cn éloigner si ce prince n’était attaché par les liens de l’habitude , plus forts chez les hommes que ' ceux des plus violentes passions. Elle sut former autour de sou amant un enchaînement de plaisirs. Se succédant les uns aux autres, ils arrachaient Louis XV à la mélancolie de son tempérament. Elle réussit à le subjuguer , et devint nécessaire à son bonheur.

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Des femmes plus belles qu’elle, firent de vains efforts dans la suite pour lui ravir sa conquête. Louis passait souvent à de nouvelles jouissances. Il revenait auprès de la seule femme à laquelle la nature avait donné le secret d’embellir ses jours par un cercle d’amusemens , dont il ne pouvait se passer. Les bruyantes occupations de la guerre ne r^ntirent jamais sa passion. Louis se proposait, de commander au printemps son armée de Flandre. Il fut convenu qu’il serait accompagné parla nouvelle favorite. Ce ne fut pas avec cet éclat dont la publicité déchaînait contre la duchesse de Chàteauroux les serpens de l’envie. La présence du dauphin exigeait dès Aénagemeus. Ils furent observes avec soin , plusieurs généraux ignoraient que la maîtresse du roi fut dans l’armée. A l’égard de Normand d’Elioles , épris d’une femme charmante possédée par lui depuis peu de temps, il s'allèctait vivement de sa perte; sa femme craignit ses accès de frénésie. Ou l’exila loin de Paris.

Charles Vil venait de mourir. Malheureuse victime des chagrins enfantés par l’ambition , mémorable exemple de l’influence inconcevable du moral sur le physique dans l’organisation intérieure de l’homme , cet infortuné monarque semblait être monté au faîte des

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4^ grandeurs humaines pour rendre plus déchirante à son âme la subversion de sa fortune , la dispersion de sa famille, la ruine de ses sujets ; il se voyait emporté dans la tombe par des maladies cruelles et compliquées.

Attaqué de la goutte et de la gravelle, on trouva son foie » ses poumons , son estomac ga^renés , des pierres dans ses reins , un polype dans son cœur.

Cette mort devait éteindre Tincendie dont rKurope se voyait consumée. La paix semblait nécessaire à Marie -Thérèse pour conduire son époux sur le trône impérial. Cette princesse recevait des subsides de la cour de Londres : elle attendait des renforts de Pétersbourg. Fortifiée par ces secours , elle désirait en même temps la couronne de Germanie pour son époux et la continuation de la guerre , dans la vue de reconquérir la Silésie. Cette guerre ressemblait à ces maladies dont les symptômes , trompant l’habileté des médecins , changent perpétuellement de caractère. Louis XV la continuait sans antre désir que de la faire cesser. Charles Vil laissait un fils } on parut étonné de le voir renoncer aux liaisons de son-pwre, et conclure à Fuessen un traité avec da reine de Hongrie, par lequel il promettait sa voix électorale au grand duc de Toscane et ses troupes à la cour de

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Vienne , moyennant un subside payé par l’Angleterre. Il obéissait à la loi de la nécessité.

On avait fait à Paris les préparatifs de la campagne avec de grandes difücultés. Le nombre des garçons , propres à porter les armes , diminuait dans quelques provinces.

Plusieurs administrateurs proposaient d’attirer eu France de nouveaux habitaus , en donnant un état civil aux réformés. Les enfans des infortunés , bannis de France par la révocation de ledit de Nantes, conservaient pour leur patrie cette prédilection placée par la nature dans le cœur de tous les hommes.

Traitant les réformés comme les autres Français , on obtenait le double bien d’augmenter la population de France, et d’enlever tine infinité d’hommes précieux aux Anglais , aux Hollandais, aux Allemands. On éteignait en même temps dans le cœur des réfugiés , hors de leur patrie, leurs sentimens haineux envers le gouvernement dont ils avaient été maltraités. Enfin on se conciliait ceux qui, cachés en France , ne pouvaient s’intéresser eu faveur d’un pays dans lequel on leur refusait même la liberté de contracter légalement des mariages Ces hommes , au nombre de plusieurs millions, encouragés par nos ennemis pouvaient exciter des troubles. Ce projet salutaire, développé dans le conseil

par le comte de Maurepas et par les deux d’Argenson , fut violemment repoussé par les prêtres avec toutes les armes dont ils savaient faire usage.

17. Le maréchal de Saxe rassemblait son armée dans la Belgique ; on y comptait soixante-dix mille combattans. La campagne commença par le siège de Tournai. L’armée ennemie s’avançait au secours de la place.

Elle ne se composait que de cinquante-cinq mille hommes. Les circonstances ne permettaient pas au ge'néral français de profiter de sa supériorité. Il fut obligé de laisser quinze mille hommes dans ses lignes , pour empêcher la nombreuse garnison de Tournai de détruire les ouvrages des assiégeans, et de se porter sur l’Escaut. Affaiblie par ce détachement ^ l’armée française n’était plus supérieure à celle des ennemis.

Près de Tournai , au-delà de l’Escaut , s’offre une plaine au milieu ' de laquelle on distingue le village de Fontenoi. Le maréchal de Saxe avait choisi cet endroit pour sort champ de bataille j il le fit occuper par une brigade d’infanterie , et l’entoura d’un retranchement garni d’artillerie. Louis XV, instruit du voisinage des deux armées, partit de Paris le 7 mai, et arriva le lendemain au camp devant Tournai. Toute l’armée passa l’Escaut

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le 9. Les ennemis se trouvaient en bataille ‘7 i 5 le 10, à une demie-lieu de l’armée française. Un ruisseau séparait les combatians.

Les troupes légères se chargèrent durant la journée sans beaucoup de perte.

A quatre heures du soir les ennemis paraissaient vouloir engager l’action. L’armée française était rangée eu bataille; sa droite, vers le village d’Antoin ; sa gauche, du côté du bois de Barri, appuyée aux premières maisons du village de Rameroix. Les deux armées passèrent la nuit sous les armes.

Avant le lever du soleil , le 1 1 , le roi et le dauphin prirent leur poste auprès de l’Escaut. Un brouillard épais s’étant dissipé sur les dix heures ; l’armée ennemie s’avançait sur trois colonnes; le duc de Cumberland, au centre ; le comte de Conigzed, avec les Autrichiens à droite ; Valdek, avec les Hollandais, à gauche. On se canonna durant plusieurs heures; chaque décharge jonchait la terre de morts. Les Anglais, ennuyés de cet exercice meurtrier , s’avancent dans le plus bel ordre.

Les Autrichiens et les Hollandais ne suivirent pas long-temps leur mouvement. La division anglaise se précipitait sur le centre de l’armée française. Fontenoi est attaqué par eux avec vigueur. Repoussés par le feu des batteries , les Anglais «ievinrenl trois fois à la charge : •

J 745 enfin > ils prirent le parti de passer entre ce village et les redoutes du bois de Barri , qui les foudroyaient sur un terrain d’enriron quatrecents toises. Des rangs entiers tombaient à droite et à gauche, on les remplaçait avec sang-froid. Les Anglais débordent bientôt Fontenoi et le bois de Barri. Le duc de Cumberland redouble ses efforts pour enlever • Fontenoi , tandis que les Autrichiens attaquaient le bois de Barri. Les Anglais et les Autrichiens furent repoussés. La position hasardeuse , dans laquelle se trouvait le centre de l'armée alliée, força le duc de Cumberland à la ranger dans un ordre qui pouvait lui assurer le succès du combat. Voulant soustraire ses flancs au feu des redoutes du bois de Barri et de Fontenoi , ses colonues se réunirent en une seule. Il en résulta une masse épaisse dont le front était de trois bataillons, et le fond de vingt-cinq mille hommes. Cette colonne repoussait tous les corps qui se présentaient devant elle isolément. On la voyait s’avancer à travers les morts et les mourans , coupant l’armée française dans son centre.

Déjà cette colonne , comptant sur la victoire , remplissait les airs de cris de triomphe , ils retentissaient dans Tournai. La garnison de cette ville, composée de près de dix raille hommes, spectatrice du combat du haut des

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remparts , se préparait à compléter la victoire des alliés , elle lit même une sortie. Le maréchal de Saxe suivait avec inquiétude le mouvement des Anglais , le front de leur infanterie était toujours le même; sa force diminuait cependant : sa contenance paraissait également fîère ; mais , étonnée de se trouver seule au milieu des Français, un effort bien dirigé pouvait la rompre, l e général français saisit ce moment avec la supériorité du coup d’œil qui distingue les grands capitaines.

Un conseil assez tumultueux se tenait auprès du roi. Le combat se soutenait à l’avantage des Français à la droite et à la gauche; mais si les Anglais étaient parvenus à rompre le centre , ils auraient pris en flanc l’une ou l’autre aile de l’armée. La bataille eût été perdue. On pressait Louis de passer à la gauche de l’Escaut. Cette retraite pouvait produire le plus mauvais effet. Le maréchal de Saxe arrive ; ou lui fait part de l’objet de la délibération. Quel imprudent donne ce conseil, s’écrie-t-il ? la victoire est à nous. En efl’et, une batterie de canons, chargée à mitraille, placée à la gauche de l’Escaut, portait alors les plus terribles coups à la colonne anglaise; elle laisse entrevoir un défaut. La maison du roi se précipite , le passage s'élar- Tome IX. 2 3

1745 git. L 3 nfanterle française charge l’cnnerai avec une exacte précision ; la colonne , rom- ' pue , cède le champ de bataille. En un mo-

x. ment lu déroute des ennemis fut complète ;

leur perte fut de neuf mille hommes , les Français en avaient perdu cinq mille. *

Chacun raisonna comme il était affecté sur les causes de l’issue de cette bataille; un l’attribua généralement à la conduite du prince de Valdeck et des Hollandais. Rebutés par leurs pertes, ils s’arrêtèrent sans soutenir le * centre de leur armée. Cumberland se retira • sous Bruxelles. Les vainqueurs entrèrent dans Tournai.

La guerre tournait à l’avantage des Français en Italie comme en Flandre. Les Autrichiens , assez occupés à se défendre contre le roi de Prusse, et à couvrir Francfort où l’élection du nouvel empereur devait être faite, n’avaient pn envoyer des renforts à leur armée d’Italie. L’armée combinée de France et d’Espagne , forte dé soixante mille bonimes , aux ordres de l’infant Philippe et du comte de Maillebois, s’avançait par la principauté d’Oiieglia,dans leMontferrat. Maîtresse de Parme , de Pavie et de Milan , réunie aux troupes commandées par le comte de Gages , elle renvoyait les Autrichiens sur les Lords de l’Adige.

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Des saccès aussi flatteurs ne couronnaient pas les armes françaises en Allemagne. Le prince de Conli coin mandait sur cette frontière. Marie-Thérèse faisait sa principale affaire de couronner le grand duc. Le plus grand nombre des suffrages des électeurs lui étaient assurés. On pouvait en amener plusieurs à changer de senlimens en ravageant les électorats de Mayence, de Trêves et de Cologne.

Ce projet était d’une exécution diflicile. On avait procuré la supériorité à 1 armée de la Belgique , en retirant vingt mille hommes de l’armée d’Allemagne. A peine le prince de Conti commandait quarante mille hommes.

On comptait , dans l'armée autrichienné , soixante et dix mille combattans. François de Lorraine fut éln roi des Romains, sous le nom de François

Au moment où Charles VII recevait la couronne impériale, il avait perdu la Bavière; Marie-Thérèse était menacée de perdre la Bohême pendant que son époux montait sur le trône des Césars. Le roi de Prusse défit le prince Charles le 5 juin, à la journée de Friedberg, et le 3o septembre à celle de Prandnitz. Alors le conseil de Vienne, convaincu de Fim-

356 IIIST. DE FR. lle.'FART. LIV. XXX.

45 possibilité de dépouiller Frédéric II , eut recours de nouveau à la médiation de la cour de Londres. Elle fjt la paix avec ce monarque le ï 5 décembre; le langrave de Hesse était compris dans le traité.

Privé une seconde fois de l’assistance du roi de Prusse, Louis XV se trouvait réduit à se tenir sur la défensive. Marie-Thérèse envoyait en Italie les renforts les plus nombreux. Le maréchal de Belleisle revint alors à Paris. l e ministère anglais lui avait rendu sa liberté.

i 8 . Louis XV était revenu à Versailles dans les premiers jours de septembre. Sa passion pour la belle d’Etioles avait pris de tels acchoissemens , qu’il s'était déterminé à la créer dame d’atours de la reine et marquise de Pompadour; elle fut logée à Versailles et à Choisy, dans les appartemens occupés par la duchesse de Châteauroux. Nouvelle Armide, elle 'enchaîna Louis XV avec les chaînes de la volupté.

Dans le château d’Etioles , la favorite avait accueilli les beaux esprits , surtout les poètes. Voltaire composait des vers pour les fêtes données dans cette maison de campagne délicieuse , ces vers contribuèrent à sa grande réputation. La favorite fit jouer sur le théâtre

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<îe Fa cour la Princesse de Navarre , comédie- Ijailet de Voliaîre , dont Rameau composa Fa musique. Ce drame très médiocre , valut à Voltaire une charge de gentilhomme ordinaire de la chambre du roi.^

Voltaire fut chargé de célébrer dans un opéra la campagne du roi. Ce poëme, intitulé le Temple de la Gloire, fut joué à Choisy; Louis y était désigné s®us le nom de Trajan.

Le poêle n’envoyait pas le prince au-devant de la déesse , elle venait à lui , l’associait à sa divinité et le plaçait dans son temple converti en celui de la félicité publique. Ainsi de vils flatteurs, ûcaux à la fois des rois et des peuples, avilissaient rétinccllc du génie, abusant de la faiblesse du monarque, enracinant dans ses sens séduits par les charmes de la poésie, des idées fausses sur la situation de la France. Ainsi on cachait à ses yeux fasr cinés la véridique peinture des malheurs de la guerre, sous les prestiges d’une félicité prétendue , dont la réalité n’existait que dans les palais du monarque..

Orri refusait quelquefois de consommer en superfluités les sommes nécessaires au payement des armées j il fut renvoyé et remplacé par le comte de Machaull. La marquise fit

1745 donner la place de directeur des bàtimens du / roi, à son beau-frère, connu sous le nom de marquis de IVlarigny.

Des négociations agitaient l’Europe. On proposait de rappeler le roi de Sardaigne à l’alliance de la France et de l’Espagne j ce projet ne réussit pas comme on le verra dans ' la suite.

DE

FRANCE

SECONDE PARTIE

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