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1715 Livré à une vie retirée et à une dévotion minutieuse, les hommes dont il s’environnait le f;ouvernaient , et gouvernaient la France.
Cette fatale innovation influa sur l’horilble persécution, éprouvée par les protestans , sur la guerre de la succession d’Espagne et sur les querelles du jansénisme. On doit lui attribuer , pendant les règnes de Louis XV et de Louis XVI , presque tous les fléaux politiques dont les excès amenèrent la révolution de 1 789.
Cette oligarchie se fortifia sous la régence. La haute noblese agglomérait toutes les dia^ gnités. Dans cet état des choses , le projet d’assembler les députés de l’ordre plébéien ne pouvait être appuyé par la majorité du conseil de régence ; il fallut chercher un autre expédient.
17JS-1716 Rouillé du Coud ray et Pelletier Deforts venaient d’obtenir le titre de directeurs ’ des ■ . finances. Us proposaient d’augmenter les ressources publiques, en soumettant à l’impôt de la taille les biens de la noblesse et du clergé. 11 fut Impossible d’y déterminer les chefs de CCS deux ordres. 11 fut question d’une refonte des monnaies , de la suppression d’un grand nombredecharges inutiles, et de la vérification des dettes publiques. Cette vérification offrait un moyen de distinguer les dettes légitimes , de celles qui ne l’étaient pas. Cette opération ,
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connue sous le nom de visa , fut l’ouvrage des i7J5-i7‘û quatre frères Paris. Elle anéantit trois cents millions de dettes exigibles. Ayant mis au jour des dilapidations de tous les genres , une chambre de justice fut chargée de les rechercher et de les punir. Elle ouvrit ses séances, au mois d'avril 1716. L’intrigue tenditbientôt ses lilets. Tout le fruit de celte chambre de justice qui siégea un an , fut d’ouvrir la porte à une foule de délations , fondées ou non fondées. Qn ne voyait plus d’argent dans le commerce; la circulation des denrées et des marchandises se trouvait gênée. Il fallut abandonner ce moyen de restaurer les finances.
Jean I.aw présenta son système de papier monnaie.
7. Jean -Law , fils d’un orfèvre d’Edimbourg, posséda au plus liant degre' l'esprit de calcul. 11 étudia avec application tout ce qui concernait les banques , les loteries , les compagnies de commerce ; il forma un système étonnant par l’enchaînement des opérations compliquées dont il se composait. Les revireniens de ce système offraient les moyens de payer en billets les dettes d’un empire ruiné , et de s’indemniser par les profits attachés à une immense circulation d’effelS publics. Ce projet se fondait autant pour le moins sur une connaissance approfondie du cœur humain ,
1715-1716 que sur la science des nombres; il cacliait un profond abîme sous la plus entraînante perspective.
Law proposa son projet avant là mort de Louis XIV. Il n’élait pas alors admissible.
Les choses se présentaient sous une face différente, au commencement de la régence. Une dette presque- incalculable à éteindre, une nation amoureuse de nouveautés à tirer d’une profonde apathie , une cour voluptueuse empressée à faire oublier par l’éclat des fttes la sombre tristesse des dernières années de Louis XIV , de nombreuses créatures achetées par celte cour pour les opposer aux factions fomentées par l’Espagne , to»t favorisait
une combinaison financière , dont les résultats
bouleversèrent les fortunes particulières , éclairant les Français en fait de commerce.
Avant cette époque, à peine quelques négocians en France avaient des idées nettes sur la balance du cours des espèces , sur la difl'érence de leur valeur réelle, de leur valeur numéraire et de leur valeur relative , encore moins sur l’influence du change avec les étrangers et sur le crédit public. Ces objets , développés dh Angleterre et en Hollande par d’habiles calculateurs, leur permettaient de porter le fardeau d’une dette égale à celle dont
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la France était écrasée. Le système de Jean 1715- 17‘6 La\v les fit connaître parmi nous.
Jean Law proposait une banque dont les fonds ostensibles seraient les revenus de l’Etat, et les fonds accessoires un négoce inconnu dont les bénéfices pouvaient augmenter fictivement au gré de rimaginatlon des joueurs dont la cupidité serait augmentée par des actions , créées successivement en proportion du désir public. On pouvait prévoir que les actions, d’abord en petit nombre, acquerraient un granjJ prix par la rapidité de la circulation , et décrédileraient les autres papiers, circulant avec moins d’avantage: le gouvernement obtiendroit la facilité de retirer cespapiers,Ies prenant au pair en certaine mesure avec l’or et l’argent. L’or et l’argent allaient être attirés par la banque. On rendait incertaine leur valeur numérique par de fréquens changemens , ordonnés par des arrêts du conseil. Il devait arriver que quand l’argent hausserait de prix , on voudrait , pour s’assurer ce bénéfice, le convertir en actions de la banque; et quand il baisserait , on craindrait qu’il baissât encore davantage. La banque au contraire devait effectuer les paiemens en billets dont la valeur toujours croissante perpétuait la confiance. Le décri de l’argent devait conduire à en réduire l’intérêt. Le
1715- J716 prince, profitant de celte rédaction, se trouvait en mesure de faire des emprunts , et d’acquitter ses dettes avec les fonds d’autrui.
Quelques individus plus heureux ou plus adroits , se procurant des profits considérables , devaient irriter la cupidité générale , comme un gros lot , gagné à la loterie, soutient l’espoir des pentes. Si les joueurs heureux employaient ’eur gain à des acquisitions solides, cette operation élevait le prix des terres , augmentait la racette des impôts ; tous les yeux se trouvan^éblouis par le fantôme des richesses, un gouvernement adroit obtenait le moyeu de payer ses dettes. Tels étaient les axiomes du système de Law. Cet homme , doué par la nature d’une ardente imagination , présentait ses idées avec feu et clarté. Dubois en parla au régent. Le régent , pressé parles circonstances, adopta ce remède violent, comme oîa emploie les empiriques dans les maladies désespérées.
Jean Law fut ua machiavel financier. Son objet n’embrassaijt ni la prospérité du commerce , ni la facilité de lever les impôts , ni le retranchement des dépenses superflues , ni l’amélioration de la culture des terres , il procurait à un monarque les moyens de payer les dettes publiques sans rien débourser. Une illusion aussi prodigieuse devait produire un
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tel enchnntemeiit , qtic les individus donnas- lyij sent leur argent avec joiej et que, quand le songe de la fortune serait évanoui , chacun dût attribuer sa ruine à sa fureur insensée.
Il ne fut pas d’abord adopté dans toute son étendue. On établit à Parisau moisdemai 1716, une banque composée de douze cents actions chacune ; elle se chargeait de la caisse des particuliers en recette et en dépense , moyennant un faible bénéfice. Cette banque , dans son institution , ressemblait beaucoup à la banque de France d’aujourd’hui. Le bien , résultant de cet établissement , surpassa les espérances de son inventeur. Une rapide circulation de l’argent tenu en stagnation par la défiance , rendit des mouvemens aux arts , au commerce , à l’agriculture. L’usure diminua. Les capitalistes se voyaient forcés de se contenter de l’intérêt modique, adopté par la banque. On n’hésita pas alors à lui donner une existence plus étendue.
8. Pendant ces opérations , Stairs , Dubois, Alberoni , agitaient , par leurs insidieuses négociations, les cours de l’Europe. Philippe V , oubliant le sang et les trésors prodigués par les Français pour le placer sur le trône, excitait tous les mécontemens en France. Un parti formé en Ecosse, en faveur du chevalierde Saint- Georges , faisait quelq ue progrès. On propo-
-715-17**’ sait à CO prince de les fortifier par sa présence.
Depuis la palxd’Ulrecljt, il résidait dans Cornmerci ; ll'traverse la France, déguisé, dans l’intculion de s’embarquer dans un port do la Waiiche. Celte expédition pouvait changer la poli'ique de l’Europe. Stairs , instruit de la route tenue par le prince , ose proposer au duc d’Orléans de le faire arrêter. 11 semblait autorisé dans cette démarche par un article du traité d’Uti’Ocht. Louis XIV s'y était engagé à ne jamais laisser entrer Jacques lll sur les terres de France. Le récent , partagé entre la honte de devenir le geôlier d’un descendant de Henri IV , et la crainte de rompre les négociations entamées avec la cour britannique , ordonne en présence de l’ambassadeur , au major des gardes de surprendre Jacques à Châtoau-Tlilen y. Cet officier, instruit des véritables intentions du duc d’Orléans , se conduisit de manière à ne pas trouver ce qu’il paraissait chercher.
I.'expédilioii de ce prince eut l’issue la plus malheureuse , Stairs eu instruisit le régent. Ce fut une occasion de rendre plus vives les négociations secrètes entre ce ministre et Dubois. Elles durèrent plus d’un an sans convenir d( s articles d’un traité. Celle opération diplomatique était traversée avec beaucoup d’habileté par le cardinal Alberoni.
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9 . J’ai plusieurs fois parlé d’Alberoni. Canipistron fui , dit-on , raulcur de son élormaïue fortune. Ce poëte , voyageant en Italie, fut volé , et arriva presque nu chez Alberoni , alors curé de campagne auprès de Parme. Il en reçut un accueil généreux , et alla ensuite auprès du duc Vendôme dont il était secrétaire des commandemens. Le duc de Parme avait envoyé auprès du duc de Vendôme l’évoque de Borgo. Vendôme était mécontent de lui.
Campistron se souvint du curé hospilaliev. Il en parla au duc de Vendôme comme d’un homme intelligent , dont il aurait à se louer. Vendôme le demanda au duc de Parme. 11 vint sur-le-champ , réussit au gré de la cour de Parme , et entra très-avant dans la confiance du duc de Vendôme , qui le retint auprès de lui.
Après la mort du duc de Vendôme, Alberoni revint à Parme. Le duc auquel il avait rendu des services , l’envoya à IMadrid en qualité de résident. La princesse des Ursins, Camérera major de la reine , s’était rendue maîtresse de l’esprit du roi. La reine étant morte, elle entrevoyait des facilités à déterminer le roi de l’épouser. Des obstacles s’étant présentés , elle voulait placer sur le trône une princesse qui, lui ayant obligation de sa fortune , se laissât conduire par elle. Ses
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regards se porièreni vers la princesse de Parme. Alheroni fut consulté : cet abbé, voyant pour lui dans ce mariage la perspective d’un grand crédit , répondit suivant les desseins de celle qui l’interrogeait ; la princesse des ürsius proposa au roi ce mariage. Ea princesse des Ursins fut exilée par la nouvelle reine. Alberoni obtini toute sa confiance. 11 devint bientôt le m.aître de l’Espagne. La cour de Madrid paraissait persuadée de la mort prochaine de Louis XV. l'hilip'pe V, ayant des enfans mêles de ses deux tnariages , se proposait de venir eu France avec sa femme et son fils Charles , qui fut roi d’> spagne dans la suite , il aurait auparavant fait proclamer roi d’Espagne Louis , prince des Asturies , aîné de ses enfans du premier lit.
11 fallait pour cela priver le duc d’Orléans de la régence. C’était l’objet d’une intrigue secrète , dont Alberoni était l’âme ; et le prince de Cellamare , le principal agent : les fêtes m agnifiques données à Sceaux , par la duchesse du Maine , lui fournissaient l’occasion d’attacher à ses intérêts, des' grands , des prélats , des magisirats , des gens de lettres. Dans le sein des plaisirs d’nnc cour galante, on voyait éclore des satires amères sur l’administration et les mœurs du duc d’Orléans. Elles se répandaient dans Paris , le duc d’Orléans pa-
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l'aissail les mépriser , il n’élait cependant pas sans inquiétude. II redoutait surtout d’avoir une guerre à soutenir contre l’Espagne.
lo. Georges l**" chancelait sur son trône; malgré le mauvais succès de Jacques III, le parti jacobite restait puissant. Stairs et Dubois avaient persuadé au duc d’Orléans que si la mort enlevait Louis XV , une alliance étroite avec la cour de Londres pouvait seule le porter sur le trône.
Ce prince n’eut jamais un vif désir de régner. Les soins qu’il prit pour la conservation du jeune roi , en sont une preuve convaincante; mais il était intéressé à maintenir la validité des renonciations de Philippe V. II ne terminait pas la négociation avec Stairs. Cette incertitude jetait de la défaveur sur son gouvernement.
Fatigué de négociations, le re'gent était encore persécuté par le nonce du pape Bentivoglio. Les jansénites se croyant protégés , quelques évêques publièrent un appel de la bulle Unigenitus -, les jésuites répandaient une foule d’écrits, dans lesquels. ils annonçaient la ruine de la religion en France. Le régent crut devoir arrêter de vaines querelles. Une lettre, écrite en son nom , mécontenta également les jansénistes et les molinistes. Les brochures ne Unissaient plus. Une déclaration enregistrée au
1716-17.7 parlement , défendit de parler pour ou contre la bulle Unigenitus.
Ces disputes acquéraient de l’importance , non de la nature de la contestation futile en elle-même , mais par le fanatisme des deux côtés ; cependant , ce brandon de discorde ne pouvait SC comparer avec les intrigues du ministère espagnol , pour jeter le régent dans un labyrinthe dont il lui fût diflicile de sortir. Les protcstans menacés de nouvelles vexations , s’assemblaient dans les provinces méridionales. Des troubles s’élevaient en Bretagne. Le parlement de Paris luttait contre les pairs , les pairs contre la noblesse française , les princes légitimés par Louis XIV contre les princes légitimes.
Dansles négociations d’Ulrech, les ministres d’Angleterre et de Hollande demandaient , en faveur des réformés , l’autorisation de revenir dans leur patrie , et la promesse d’une liberté de conscience raisonnable. Louis XIV , dirigé par la dévotieuse Mainlcnon et par les prêtres , sans accorder formellement ces demandes , promettait de traiter désormais les ré- . formés d’une manière dont ils n’auraient pas
à se plaindre. Ils attendaient en vain ccl adoucissement. Ne l’obtenant pas , ils intéressaient en leur faveur le roi Georges. On pre'seutalt leurs démarches au conseil de régence comme
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une rébellion dangereuse. Le régent , tenu en garde par les faussetés avancées sans pudeur contre les jansénistes à la fin du règne de Louis XIV , fut sur le point d’ordonner l’cxe'cution de l’édit de Nantes. Dubois le décida à n’en rien faire. Dubois voidait devenir cardinal. Assuré de n’oblcuir jamais celle faveur ‘delà cour de Rome , si la religion reformée était tolérée en France, l’inicrct dictait son avis.
La'dispute des pairs avec le parlement datait de loin. Les pairs prirent rarement séance au palais , sous le règne de Louis XIV. A la faveur de cette interruption , les chambres réglant après la mort de ce monarque , le cérémonial de leurs assemblées, ordonnèrent que les suffrages des pairs ne seraient pas comptés s’ils ne les donnaient debout et découverts.
Les pairs firent casser cette ordonnance par un arrêt du conseil ; 'cet arrêt n’eut pas d’exécution. Le régent le supprima dans la crainte de mécontenter le parlement. Les pairs publièrent un grand nombre d’écrits. Ils prétendaient concentrer dans leurs corps les droits du parlement ^ de la noblesse française , et même des états-généraux. Une requête ftjt présentée au conseil de régence parles comtes de Montmorency, de Clultillon , de Laval , d’Estaing , de Lisleuai , de Maillé cl de Haulefort.
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)7!6-i 7»7 Rejetaul bien loin la prétention des pairs , de s’assimiler aux anciens hauts barons de France , ils suppliaient le roi de les restreindre aux prérogatives dont les investissait un édit reuüu en 1 7 J I . ‘
II. Un autre mémoire était publié par le parlement ; il y prétendait que les pairs, loin de représenter les anciens grands barons de France , étaient presque tous des hommes nouveaux et en donnaient la preuve.
Dans le même temps les princes du sang ayant présenté une requête au roi contre Fédit de i . ouis XIV', dontles dispositions accordaient au duc du Maine et au comte de Toulouse la qualité de princes du sang, les ducs et pairs demandaient , par une autre requête , que le duc du Maine et le comte de Toulouse l’ùsseut réduits au rang de leur pairie.
Au sein de ces dissensions , Siairs ne cessait de presser le régent de signer un traité d’alliance avec la cour de Londres. Il disait à Dubois : Si vous mettez de la lenteur dans cette affaire , soyez certain que le duc d’Orléans sera écrasé j ne voyez-vous pas que le duc du Maine , ligué avec le parlement , est Fagcni d’une vaste conspiration ?
Cette faction agissait dans l’ombre; un voile épais couvrait ses démarches. Le duc d’Orléans commençait à s’en apercevoir. Jusqu’a-
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Jors il n’avait pris aucun parti entre les princes 1710 itc légitimes et les princes légitimés. Ebranlé jiar les observalious de Stairs , il abandonna celle discussion au cours de 1 * justice. La duchesse du Maine , désespérée de voir attaqnerlerang desonmariei de ses enfa:is,au lieu de se réconcilier avec le duc d’Orléans , cherchait de toute part des frêles appuis. Elle semblait devoir diriger sa défense contre les princes du sang.
Si le rang de son mari était conservé , la prétention des ducs et pairs lomtait d’cllemême.
Elle imagina au contraire de combattre ces pairs. J’ai parlé de la réclamation de quelques membres de la haute noblesse. Un grand nombre de gentilshommes se joignirent à eux.
L’ordre de Malte entra dans cette querelle. Le duc d’Orléans redoutant les suites de celte association , toute assemblée de gentilshommes fut prohibée, sous peine de désobéissance, par un arrêt du conseil de régence.
Malgré cet arrêt, trente- neuf gentilshommes, au nom de la noblesse française, présentent une requête au parlement tendante à faire renvoyer aux états - généraux , une contestation dans laquelle il était question de la succession à la couronne, l e duc du Maine et le comte de 'l’oulouse présentaient une requête conforme à celle delà noblesse. Celle dispute pre-
1716-1717 naît une tournure à laquelle le duc d'Orléans ne s’attendait pa^. Il se décida à la juger dans le conseil de régence. Un arrêt rendu en forme d’édit, le t*'' juillet 1717 , laissant de côté les requêtes des ducs et pairs et de la noblesse, révoquant la déclaration de Louis XIV, qui rendait le duc du Maine et le comte de Toulouse habiles à succéder à la couronne , les privait delà qualité de princes du sang, leur en conservant les honneurs durant leur vie.
Il fallait faire enregistrer cet édit au parlement. Les disputes nées dans ce corps , rendaient cette entreprise dlflicile. Lès opérations de la banque de Law servaient de prétexte aux assemblées des chambres. Le conseil de régence avait rendu sur les monnaies un édit préjudiciable au public ; le parlement ayant lait sans succès des remontrances , défendit par un arrêt l’exécution de l’édit. Le conseil de régence cassa l’arrêt du parlement , sans en détruire l’effet. Les magistrats, prenant le parti du duc du Maine et du comte de Toulouse, se vengeaient en même temps du conseil de régence et des ducs et pairs. Les enquêtes demandaient , comme durant la minorité de I^uis XIV , l’adjonction des autres cours supérieures. Des remontrances se succédaient sur toutes les opérations de la régence. Le par^^ Icment ne négligeait rien pour enflammer 1® public. ‘
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L’esprit de la nation française ne ressemblait pas à celui qui avait préside à la guerre de la fronde : on murmurait de tout côté , mais le bruit des armes ne se faisait entendre nulle part. Le régent ne vivait pas moins dans des alarmes perpétuelles. Le peuple français, par sa légèreté naturelle, est susceptible de passer rapidement aux excès contraires. La vie dissolue du régent augmentait le nombre de ses ennemis. La profusion des grâces, répandues sur ses courtisans , excitait l’envie de ceux qui ne partageaient pas ces faveurs. Plusieurs individus, admis dans son intime confidence , étaient attachas de longue main à la cour de Madrid et au duc du Maine. .
Une habitude de respect pour les volontés de Louis XIV , et le désordre des finances ^ ranimaient dans l’âme d’un grand nombre d’individus le regret que le testament de ce monarque n’eût pas été exécuté. Telle était la faiblesse du duc d’Orléans , que ses ennemis ne croyaient pas trouver de grandes difficultés à le priver de la régence. Les indifférens s’ar-* rangeaient pour se conduire suivant les événemeus. De là , les vacillations continuelles dans la régence. On ne saurait en démêler les raisons sans ces observations préalables.
la.Lesmccontenteméns fomentés dans Paris se . répercutaient dans les provinces. La plu-^ Tome IX, 3
1716- 1717 part des parleraetis se déclaraient en faveur de ‘ celui de Paris. Les Etats de Bretagne se te>
naient alors ; ils étaient orageux. La demande du don gratuit ayant été faite par les commissaires du roi , ils se retirèrent , laissant aux trois ordres la liberté de délibérer.
Anciennement , le don gratuit était voté par acclamation^ En 17 17^ les Etats voulurent examiner auparavant leur situation en finances.
Les commissaires du roi , offensés de cette résolution , séparèrent l’assemblée. On exila plusieurs membres des Etats et du parlement.
1717- 1718 Les états furent rassemblés en 17V8 j adop-
tant un terme moyen , ils convinrent de délibérer sur le don gratuit dans la même séance qu’il serait demandé. D’autres difficultés s’élevèrent. Si les Etats ne furent pas séparés , ce fut par des considérations particulières. La cour , mécontente , exila à la fin de la session le procureur général syndic ; les esprits restèrent aigris. Je parlerai bientôt des suites de cette disposition.
De nouvelles attaques du parlement de Paris décidaient le duc d’Orléans à chassér Alberoui du ministère de Madrid. Le comte de Louville fut envoyé en Espagne j l'objet public de sa mission était de proposer au roi d’Espagne d’entrer dans une alliance prêle à être signée entre les cours de Paris et de Londres. Le
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France , l’Angleterre et la Hollande devaient î?i7->8i8 y garantir les successions aux couronnes d’Angleterre , de France et d’Espagne , suivant les stipulations du traité d’Utrecbt. Georgeslll, pour engager Philippe V à adopter cette mesure , consentait à lui restituer Gibraltar.
Alberoni avait été instruit de l'objet principal de la mission de Louville. Jamais on ne s’aperçut avec plus d’évidence, avec quelle impudeur, sous les princes faibles, les ministres sacrifient le bien de l'Etat à leurs convenances particulières. Les conférences entre Philippe V et le négociateur français allaient détruire toutes les intrigues du ministre castillan.
Louville arriva à Madrid chez le duc de Saint- Aignan , ambassadeur de France. A peine descendu de voilure , il reçut ordre de sortir surle-champ de Madrid, et de retourner en France.
Malgré toutes ses instances , il fut forcé d’obéir. Le régent , profondément blessé , écrivit à Philippe V , et lui fit remettre sa lettre par son ambassadeur. Philippe tombait fréquemment dans des accès de folie , qualifiés de vapeurs par ses médecins. La reine et Alberoni saisirent un de ces instans pour lui parler de la lettre du duc d’Orléans ; ils répétèrent tous les mauvais propos tenus contre ce p^nce. i La reine ajouta : Un roi juste et vertueux ne Aoitpas souffrir qu’un homme aussi dangereux
» 7 ' 7 -i 7 iS se mêle des affaires d’Espagne. 11 suffit pour lui imposer silence à jamais , de lui répondre que tout se fait à Madrid par vos ordres , et que vous voulez être le maître chez vous. Rien ne flatte un homme faible comme les louanges données à la fermeté qu’on lui suppose. Le roi signa une lettre dictée par Alberoni à la reine.
i5. Après cette vaine tentative , le traité de la triple alliance fut signé le 4 janvier 1717 , entre les gouvernemens de France , d’Angleterre et de Hollande. La succession aux couronnes de France et d’Angleterre était garantie d’apres les articles du traité d’Utrecht. Les trois puissances promettaient de n’accorder aucun asile aux individus déclarés rebelles dans les Etats des deux autres , et de se secourir dans les guerres étrangères et intestines. Cet acte diplomatique , auquel accéda bientôt l’empej-eur , aurait rompu les mesures d’un ministre moins fertile en expédiens qu’Allberoni. 11 développa au contfaire ses talent: politiques. Cette œuvre de Dubois fut présentée au vaporeux Philippe V , comme une nouvelle preuve des vues homicides du duc d’Orléans envers Louis XV.
D’ailleurs , la cour de Paris envisageait comme un sacrilège des liaisons contractées par la cour de .France avec deux nations protestantes , dont une clause excluait la mai^
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son Stuart catholique du trône d’Angleterre. *7»7-‘7'8 Alberoni négociait avec la Porte Ottomane , avec le roi de Suède, Charles XII , avec l’empereur de Russie, Pierre I**". Il était sur le point d’engager le divan de Constantinople à renouveler contre la maison d’Antriche une guerre à peine terminée , et d’émployer les armes du roi Je Suède à placer sur le trône britannique Jacques III. Le ministre castillan se flattait de fasciner les yeux de l’Europe , de brouiller les intérêts des principales puissances , et, au sein de projets chimériques, de remettre l’Espagne en possession des provinces dont elle avait été dépouillée à la suite de la guerre de la succession. Il avait trouvé dans la personne * du baron de Goerts , "ministre de Suède , un homme d’un caractère ambitieux et entreprenant. Ces deux diplomates se liaient étroitement. Goerts proposait à Charles XII d'acheter la paix de Pierre , en cédant à ce prince les provinces conquises sur la Suède, et de » contracter une alliance avec la Russie. Il croyait la Russie et la Suède en mesure de donner la loi à l’Europe. Goerts flattait Charles XII de l’espoir de rétablir Stanislas Leszinski sur le trône de Pologne, et Jacques III sur celui d'Angleterre , et de mériter une gloire supérieure à celle de tous les conq^ué-
1717-1718 rans célébras par l’histoire. La gloire était la brillante idole à laquelle Charles XII offrit son encens. Le prince , sans approfondir les projets de son ministre > lui donna des pleins pouvoirs.
Âlberoni envoya à Paris un million pour commencer à mettre le feu aux poudres , c’était son expression. Goerts conféra av^c le chevalier de Saint-Georges en Italie. Tout se préparait pour le dénoùment d’une aventure romanesque. Les jacobites d’Angleterre se chargeaient des subsistances nécessaires aux troupes de débarquement. Les Suédois, arrivés sur les côtes d’Ecosse, devaient être joints par les montagnards catholiques auxquels on apportait des armes , des uniformes , des munitions ^ de l’argent. Pierre I*' , instruit des projets de Goerts , en attendait l’exécution sans se compromettre.
Au ^mois de mai , cette singulière expédition fut cbnnue-ilu régent. Il se hâta d’en instruire le roi Georges. Le ministre de Suède -est arrêté dans Londres. On ne trouvai pas dans ses papiers saisis , les preuves de la conspiration , mais de faibles indices. Georges requit le gouvernement de là Haye de faire arrêter lebaron de Goerts.
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Ce miaistre» averti de l’ordre expédié contre 1717-17»* lui , part sur-]e- champ. Op le surprit dans Arohein , malgré sa diligence. |1 avait eu le temps de brûler ses papiers. On interrogea les deux ministres de Suède comme des criminels; ils furent retenus en prison près de six mois malgré les réclamations du corps diplomatique. Ce corps se plaignait injustement; un ambassadeur renonce à la sainteté de sou caractère , en jouant le rdle d’un vil espion , d’un infâme conspirateur. Charles Xll n’avoua ni ne désavoua . ses ministres. 11 se contenta d’user de représailles faisant arrêter dans Stockholm , le ministre britannique. Pierre I**' prit le parti d’écrire une lettre de félicitation à Georges 1*'.
i4- Il arriva cette année on des ces événe- 1^1 s mens propres à servir d’exemples aux administrateurs dont les abus de pouvoir excitent les mécontentemens des peuples , et quelquefois des soulèvemeip. Les côlons de la Martinique , excédés des vexations auxquelles se livraient le commandant et l’intendant de cette île , les ayant surpris dans une maison . de campagne , les embarquèrent sur un bâtiment frété pour les ports de France. On remit au capitaine un cahier contenant les griefs de la colonie. Ces insultairos tinrent une
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1718 conduite très loyale. Le bon ordre et la fidélité envers le roi décidèrent le conseil de régence à fermer les yeux sur les irrégularités de ce procédé. Les deux bannis se virent forces de dévorer leur rage , et ce qui est le comble du châtiment en France , on les perçait de l’arme acére'e du ridicule et du sarcasme.
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FRANCE
SECONDE PARTIE