Cette cérémonie fut fixée au a6 avril
On décida d’abord de n’avertir le parlement que le jour même du lit de justice; quelqu’un fit la réflexion que le duc du Maine et le niaréf chai de Villeroi ne manqueraient pas d'alléguer la crainte d’exposer la santé du roi aux
5a HIST. DE FR. n«. PART. LIV. XXVI.
S mauvais airsdela ville où régnaient des petites véroles d’un assez mauvais caractère. Le duc de Saint-Simon proposa de tenir le lit de justice aux Tuileries. Il restait d’autres difficultés. On devait {rapporter au conseil du régent les édits avant de les envoyer au parlement.
Une des mesures projetées était de réduire le duc du Maine au rang de sa pairie. Cette dégradation lui enlevait tout espoir d’exercer la régence. Ce prince et le comte de Toulouse faisaient partie du conseil. Us y avaient les amis les plus chauds. Des résolutions si importantes devaient être approuvées au moins par la majorité , on n’en était pas assuré. D’ailleurs cette discussion divulguait un secret dont il était important de ne pas instruire le parlement. Le duc de Bourbon proposa de parler au conseil de la cassation des arrêts du parlement, et de garder le silence sur les autres objets. Cette réticence présentait des inconvéniens très-graves. Les membres du conseil avaient séance au lit de jus lice. Offensés du secret qui leur avait été fait , ne devaicnt-il pas chercher à se venger? Le duc du Maine et ses principaux partisans n’allaient-ils pas déclarer, dans le lit de justice , qu'une innovation aussi importante n'avait pas été communiquée au conseil de régence ? Cette déclaration offrait des nullités dont le parlement pouvait tirer
LOUIS XV
parti. Le maréchal de Villeroi , ajoutait-on , attestera les mânes du feu roi , déraisonnera d’un ton pathétique , dangereux au sein d’une grande assemblée. Le parlement, se sentant appuyé, peut proposer des résolutions fâcheuses.
Ces considérations effrayaient le régent. Il eût probablement renoncé au lit de justice , si Dubois, par une vive peinture des sinistres projets d’Alberonl et de leurs étroites liaisons avec les entreprises du parlement , ne l’avait convaincu que la moindre tergiversation de sa part entraînerait infailliblement sa perte.
D’ailleurs les appréhensions du régent furent bientôt calmées par la pitoyable pusillanimité montrée en cette occasion par le duc du Maine et par le parlement. Des bruits circulaient que le régent avait découvert une correspondance entre le duc du Maine et les ennemis de l’Etat. Ce prince, craignant d’élre arrêté , chargea le comte de Toulouse de consulter le régent. Sa réponse ne dut pas le tranquilliser. La conduite du parlement était, encore plus ridicule. Le duc d’Aumont vint chez Law de la part du premier président de Mesmes. Il lui parla des procédés du jparlemeut comme d’un malentendu , et l’assura que tout se concilierait aisément s’il n’y mettait nul obstacle.
Cette conduite rassurant le conseil intime du
5/|- HIST. DE FR. ID. PART. LlV. XXVI.
17)5 duc d’Orléans, on employa la journée du a5 è prendre les dernières mesures ; il fut convenu de faii'e les apprêts du lit de justice pendant la nuit , d’inviter à six heures du matin le parlement , les pairs , les grands officiers de la couronne , les conseillers d’Etat , etle.s maîtres des requêtes , de tenir le conseil de régence à huit heures , d’y rapporter les nouveaux édits , apres avoir prévenu le duc du M.aine et le comte deToulouse, qu’ils ne pouvaient assister à une discussion à laquelle ils étaient intéressés. On décida encore que le lit de justice aurait lieu, portes ouvertes, parce que le garde des sceaux prenant alors les opinions à voix basse , pouvait en proclamer le résultat comme il le voudrait sans être contredit. Si le parlement refusait de venir aux Tuileries , le lit de justice ne devait pas moins être tenu; un arrêt d’interdiction de cette cour ' était prêt, avec attribution des causes au grand conseil. Si une partie do parlement venait , ou devait interdire les absens , si le parlement refusait d’opiner , on devait passer outre. Si, non content de ne pas opiner, il sortait , le lit de justice ne devait pas être suspendu pour cela ; enfin si les partisans du duc du Maine cherchaient à troubler la séance, on devait les faire arrêter sur-le-champ.
À quatre heures dû matin, le 26 août, les
LOUIS XV
ordres furent envoyés au duc du Maine, colo- > 7 nel général des Suisses , de faire prendre les armes au régiment des gardes. Les troupes prirent leurs postes à cinq heures; à six heures le parlement et tous les individus en usage d’assister aux lits de justice^ éveillés par le bruit du tambour , reçurent leurs lettres d’invitation. A huit heures le conseil de régence s’assemblait ; le régent y entra d’un air riant, tous n’annonçaient pas la même gaîté. Le due duMaine, pâle et tremblant, avait l'aird’implorer ses partisans au lieu de les rallier fièrement à lui.
Le duc du Maine et le comte de Toulouse étaient venus en manteaux de pairs, sans avoir reçu des billets d’invitation. On s’était abstenu de leur en envoyer sous prétexte que depuis l’édit de l’année précédente, qui les privait du droit d’hériter de la couronne, ils ue venaient plus aux assemblées du parlement.
Le régent s’adressant an comte de Toulouse , lui dit d’un ton d’amitié : Je suis surpris de vous voir en manteau de cérémonie ; je sais que vous n’aimez pas à vous trouver au parlement , cela est vrai , répondit le comte de Toulouse , mais quand il s’agit du bien de l’Etat, mes goûts cèdent â toute considération.
Le régent, le prenant en particulier, lui confia le parti qu’on allait prendre. Le comte de Tou- '
56 HIST. DE FR. II«. PARt. LIV. XXVI.
louse communiqua à son frère ce triste avertissement. Le duc du Maine montrait toute sa faiblesse eu l’ccoutanl ; ayant hésité un moment , il laissa à scs ennemis la joie de le voir se retirer , abandonnant par sa fuite les restes d’une grandeur où dix ans de soins "et d’intrigues Lavaient péniblement porté.
Le régent, voyant sortir le duc du Maine et le comte de Toulouse , s’ouvrit au maréchal dçVilleroi sur les intrigues auxquelles se livrait le duc du Maine. Sur cela le conseil s’assit. Le garde des sceaux annonçait chaque édit avec un discours sommaire. Le regeni opina le premier contre l’usage ordinaire. L’édit de réduction des légitimés au rang de leur pairie , était accompagné d’un préambule en faveur des pairs. Les partisans du duc du Maine gardaient le silence. Le maréchal de Villeroi seul dit à demi-voix ; Voila donc toutes les dispositions du feu roi renversées > je ne. puis le voir sans une amère douleur.
Mousieur le duc du Maine est bien à plaindre ! Monsieur, reprit le duc d’Orléans, l’interrompant : Le duc du Maine est mon beaufrère f mais c’est mon ennemi. J’aime mieux un ennemi déclaré qu’un ennemi qui se cache.
Ce peu de paroles , prononcées d’un ton trèsélevéj ferma la bouche à ceux quiauraient voulu
LOUIS XV
parler en faveur du duc du Maine ; tout le conseil approuva les édils.
Pendant cette discussion , on avait prévenu le régent que le parlement ne viendrait pas au lit de justice. Cet avis se trouva faux; on vit arriver ce corps; il marchait à pied, en robes rouges. La séance formée, on commença par faire enregistrer les lettres patentes de vicechancelier en faveur du garde des sceaux. On lut ensuite les nouveaux édits. Le premier autorisait les pairs à siéger au parlement à la* suite des princes du sang , et à être salués comme eux par le premier président en prenant leur avis. Les princes légitimés étaient réduits au rang de leur pairie. Cependant le comte de Toulouse conservait les prérogatives dont il jouissait. Le second édit chargeait le duc de Bourbon de la surintendance de l’éducation du roi. Les autres cassaient les arrêts du parlement concernant Lavv , faisaient défenses à cette cour de se mêler des affaires d’Etat, et lui interdisaient toute remontrance à ce sujet.
Après la lecture des édits, le premier président en demandait la communication à fin d’en être délibéré mûrement sur le rapport des gens du roi.
Le garde des îceaux ayant pris les ordres du roi dit : Le roi veut être obéi sur-le-champ.
5C HIST. DE F E . il'. T’A ET. LTV. XXM.
5718 LA séance se pa?.sa avec tranquillité. Le par- . Icmcnt se retira j arrivé au palais, il fit une proccslation dont le régent le punit en faisant conduire en exil le président de Blaniont, et les conseillers Feydeau , de Glande et de Saint-Martin , la compagnie les redemanda en vain; on lui répondit:, Il s’agit d’une affaire d’Etat; elle exige le silence et le secret; en vain elle suspendit ses fonctions ; on lui intima l’ordre de les reprendre sous peine de privation d’olîices; elle obéit. Le régent lui rendit les quatre magistrats peu de mois après.
Tout était fini au lit de justice. La duchesse d’Orléans ignorait ce qui se passait; elle regardait sa naissance comme supérieure à celle de son mari. Comment lui apprendre la dégradation de son frère? 11 fallait cependant l’en instruire. Le duc de Saint-Simon se chargea de cette délicate commission. Il s’adressa à la mère du régent. Cette princesse, élevée dans les préjugés allemands, approuvait la conduite de son fils. Mais la duchesse d’Orléans fut saisie d’une douleur concentrée. Cachant ses seniimens, elle remercia son mari del’honneur qu’il lui avait fait en Fépousant ; elle I ajouta: Mon frère est sans doute bien coupable
pour avoir mérité une telle flétrissure.
Les deux frères s’étaient retirés chez eux.
La duchesse du Maine vint avec ses enfans à
LOUIS XV. 5g
l’hôtel de Tonlou.se. Livrée aux convulsions de la ra"e, elle reprochait au comte de Toulouse'^d’avoir été distingué de son, fi^re. Elle l’engageait à renoncer à cette indigne grâce. Lecomte de Toulouse paraissait ébranlé. Le comte de Valincourt lui remontra les suites d’une pareille démarche. Le marquis d O , qui avait été son gouverneur , et le comte de Hautefort son premier écuyer, se Joignaient à Valincourt. Ce dernier lui dit crûment, gardezvous d’ccoutcrdes paroles dictées par le dépit. Quand, par un abandon philosophique, vous aurez fait durant trois jours 1 admiration des sots , vous deviendrez le reste de votre vie la risée des gens sages; quant à moi, m attachant à vous, je vous considérerai comme un prince du sang. Sur ce pied-la , je passerai ma vie auprès de vous ; si vous renoncez a ce titre , tous vos gentilshommes seront forces à se re-tirer. Le comte de Toulouse laissa partir pour Sceaux le duc et la duchesse du Maine. 11 rendit le lendemain une visite au re'gent, et continua d’assister au conseil de régence.
6. Vers le même temps. Dubois, envoyé à Londres, avait signé un nouveau traité dans lequel l’empereur d’AU/enaagne renonçait aux droits de la maison d’Autriche sur la monarchie espagnole , moyennant un acte dans lequel le roi d’Espagne garantirait à la cour de
6o HIST. DE FR. II». PART. LIV. XXVI.
Vienne la possession des provinces belgiques et ialiennes , dont elle était maîtresse depuis le traité d’Ulrechi. A cette condition, Tempereur promettait , aux eufaus de la reine d’Espagne, rinveslilure des duchés de Toscane et de Parme , des que ces successions seraient vacantes. Par une clause de ce traité, le duc de Savoie devait rendre à l’empereur l’île de Sicile, et recevoir en échange celle de Sardaigne , conquise l’année précédente par les Espagnols.
Philippe rejetait celle convention connue sous le nom de quadruple alliance. Âlberoni donnait à l’ambassadeur britannique des paroles vagues. Une escadre espagnole avait ordre d’envahir la Sicile. La descente étant effectuée , Alberoni fit à sir Stanhope celle fière réponse ; Que la Sicile reste à la cour d’Espagne , que l’empereur donne un équivalent au duc de Savoie dans le Milanais , qu’il satisfasse aux prétentions des princes d’Italie, qu’il ne se mêle pas de la succession de Toscane et de Parme , que le roi d’Angleterre rappelle Tescadre envoyée par lui sur la Méditerranée : le roi consent à poser les armes.
Il ne restait au régqpt aucun espoir de conserver la paix avec l’Espagne. Il supprima les conseils d'administration dans lesquels se trouvaient un grand nombre de partisans du duc
LOUIS XV
Gl
du Maine. Le comte de Maurepas , que nous avons vu principal ministre sous Louis XVI , obtint le département de la maison du roi. La Vrillière, père du comte de Saint-Florentin, eut celui du clergé ; Leblanc fut chargé de la guerre; d'Armenonville, de la marine; et Dubois, des relations extérieures. Les finances restèrent confiées aux gardes des sceaux.
Ces réglemens faits, le régent publia lesdétails de la conspiration ourdie contre lui. Une aventure singulière favorisait cette publication. Cellamare, se croyant au moment d’éclater peu de jours avant le lit de justice , voulait se procurer les ordres formels d’Albcroni. Un courrier auquel l’ambassadeur aurait confié des détails , pouvait être intercepté. Cellamare employa à cette commission l’abbé Porto- Carrero, venu à Paris avec le marquis M.onteleone, fils de l’ambassadeur d’Espagne en Angleterre. Ces deux jeunes gens avaient un prétexte d’aller à Madrid sans éveiller aucun soupçon. Dubois, averti par le copiste Duval, fit arrêter les deux voyageurs. Leurs papiers contenaient le plan de la conspiration, et le nom des principaux conspirateurs.
On se proposait de se saisir de la personne du régent , une nuit , comme il reviendrait à son ordinaire d’une petite maison de campagne appartenante à une de ses maîtresses. 11
6a fflST. DE FR. PART. LIV. XXVI.
i8 Otait ordinairementaccompagné, dans ces courses nocturnes , d’un petit nombre de gardc^ souvent ivres. Il devait être conduit sur les cotes de Basse-Bretagne , où deux frégates croisaient avec ordre de le porter en Espagne. Cos details arrivèrent à Paris à l’heure où le régent était à l’Opéra. Dubois ouvrit le paquet, enleva les pièces qu’il lui convenait de cacher. Cl ài’issne du spectacle, rendit compte de celte afïïiire. C’était le temps où le prince s’enfermait .avec scs maîtresses. 11 renvoya au lendemain l’examen des papiers.
Dubois résolut de s’emparer tellement de cette affaire , qu’il restât le maître de sacrifier ceux dont la perte était pour lui sans conséquence, et de sauver ceux dont il pourrait avoir besoin dans la suite ; ce fut le principe de la tournure prise par cette aflfaire. On l’attribua vainement à la faiblesse ou à la magnanimité du régent.
L’intendant de Poitiers, appelé au moment où l’abbé de Porto-Carrero fut arrêté , no lui fit ni violences ni questions. Il le pria seulement de permcUi e l’ouverture de ses malles , pour en extraire des papiers qu’il avait ordre d’envoyer à Paris, i/abbé dépêcha Sur-le-charap un courrier au prince de Cellamare. l e ministre castillan eut le temps de brûler les papiers capables de le comprometlre. Bassuré
LOUIS XV
par celle précaution , il attendit révénement, et ne l’attendit pas long-temps. Dubois et Leblanc viennent chez lui avec une escorte.
Iis trouvent l’ambassadeur dans son cabinet, avec son secrétaire de légation et un copiste. C’était Duval. Cellamare n’opposa aucune résistance ; la détention d’un homme revêtu d’un caractère public pouvait éprouver quelque censure. Le ministre obtint la liberté de retourner dans sa patrie , échangé avec le duc de Saint-Aignan , ambassadeur de France. Le ducd’Orléans parla dans le conseil de régence, avec noblesse et sans passion , d’un complot dont les lâches circonstances appelaient en France une guerre civile et étrangère. Tous les conspirateurs se trouvant dévoilés , la rigueur exercée envers le duc du Maine était justifie'e.
Ce prince comptait principalement sur le cardinal de Polignac , homme d’un esprit brillant et d’un caractère timide; le duc de Richelieu , âgé de vingt-deux ans, déjà connu par le goût romanesque auquel se rapportèrent la plupart des actions de sa longue vie ; le comte de Laval , soulevé par l’orgueil de sa naissance contre les prétentions des ducs et pairs; et le marquis de Pompadour, jeune homme rempli d’honneur. Il avait été meniu du dauphin, et faisait profession d’un
culte presque fanatique pour la mémoire de Louis XIV.
Poligiiac rédigeait des mémoires , inventait des chiffres ; le duc de Richelieu portait alors le nom de duc de FronSac. 11 osait annoncer une passion chevaleresque pour une des filles du duc d’Orléans. Une telle liaison pouvant conduire les conjurés dans le Palais-Royal, la duchesse du Maine n’avait rien négligé pour le gagner. Fronsac promettait de livrer aux Espagnols la ville de Bayonne, où son régiment était en garnison. Le comte de Laval ne manquait ni d’audace ni de ressources dans l’esprit. Tel était son dévouement à la duchesse du Maine , que plusieurs fois il servit de cocher à l’ambassadeur espagnol , dans ses conférences nocturnes avec elle. Le marquis de Pompadour, d’un caractère bouillant, proposait continuellement des coups décisifs. On était obligé de retenir l’impétuosité de son zèle.
On constitua prisonniers un grand nombre d’individus attachés à la maison du Maine , entre autres , Félicité de Launai , connue dans la république des lettres sous le nom de madame de Staal, Fronsac, Pompadour, Laval , Saillans , Saint-Génies , Duménil , l’abbé Brigaud. Il furent enfermés à la Bastille. Des ménagemens envers la cpur de Rome garan-
LOUIS XV
tîrem la liberté du cardinal de Polignac. Ou le relégua dans son abbaye d’Ancbiu. Le régent laissa s’écouler plusieurs jours sans sévir contre le duc et la duchesse du Maine. Enfin le duc, arrêté dans Seaux ^ fut conduit à la citadelle de Dourlens. Un capitaine des gardes accompagna la duchesse au château de Dijon , elle y fut laissée sous la garde du duc de Bourbon, son neveu, gouverneur de Bourgogne.
Cette conspiration embrassait la France entière. La Bretagne, où les niécontentemcns continuaient depuis la dernière assemblée des Etats , était le pays où le duc du Maine comptait un plus grand nombre de partisans. Dans ' un des ports de cette ville, vingt-deux colonels, avaient promis par serment d’escorter le duc d’Orléans dans le château de Tolède. La captivité du duc et de la duchesse du Maine répandait la stupeur dans leur parti. Dubois voulait lui faire plus de peur cpie de mal. Le duc de Bourbon, délivré des appréhensions que lui donnait le duc du Maine, pouvait s’élever sur les ruines de ce prince et recueillir le fruit de cette intrigue. Cet abbé , accoutumé aux. revi remens de la politique, entrevoyait une réaction dont il pouvait être écrasé. 11 s’assurait des protections en sauvant un grand nombre de grands seigneurs impliqués plus Tome IX. 5.
*7*3 ou moins dans cette affaire ténébreuse ; ayant effrayé le régent sur le caractère du duc de
, Bourbon j il lui représentait les accusés comme étant regardés par le public moins comme des criminels de lèse-majesté , que comme des hommes qui avaient été égarés sur des moyens de mettre en sûreté les jours du jeune roi. Les mœurs du régent , les bruits anciens et nouveaux répandus sur son compte, favorisaient celte idée. Ce prince en fut frappé. Sa paresse et la crainte de troubler son repos , ou d’augmenter le nombre de ses ennemis se joignant aux réflexions de son ministre , il le laissa le maître de régler le tout à son gré.
Cette résolution prise, le régent fit à son épouse un hommage délicat, de tous lesadoucissemens accordés par degrés à la situation du duc duMaine, il promit même de lui rendre son rang à la cour , quand ce rétablissement serait compatible avec la tranquillité publique. Ses démarches affectueuses rassurèrent le comte de Toulouse, et lui permirent de verser le baume de la consolation dans l’âme de son frère et de sa belle- sœur. Il u’y eut ni procédure régulière, ni renvoi au parlement; le garde des sceaux et le ministre de la guerre interrogeaient les prisonniers avec courtoisie.
Au bout de trois mois, la duchesse du Maino se plaignit de l’insalubrité de l’air dans lequel
LOUIS XV
elle vivait, le régent l’envoya sur-le-champ à 1718- 719 Savigny , jolie maison de campagne ; il lui laissa une grande liberté et lui permit de correspondre avec la princesse de Condé sa mère.
Cette princesse , persuadée qu’un moyen assuré de terminer la disgrâce de la maison du Maine>était un aveu de la consph-ation, pressait sa fillej elle céda et compromit ceux qui avaient tout bravé pour ne pas la compromettre. Il résultait de ses confessions, qu’on avait voulu faire- révolter la Bretagne, dont le duc du Maine était gouverneur; cette partie delà conspiration exigeait un examen approfondi ; un corps de troupes, aux ordres du maréchal de Montesquieu s’avançait en Bretagne. Des attroupemens assez nombreux furent dissipés, les ii oupes se déployaient sur les côtes au moment où une escadre espagnole s’approchait du port Louis ; elle se retira sans oser rien entreprendre. Une commission extraordinaire, établie dans Nantes, condamna quelques individus, et publia ensuite une amnistie.
Le duc et la duchesse du Maine recouvrèrent leur liberté, elle fut rendue peu à peu à tous les prisonniers enfermés à la Bastille.
7. Philippe -V avait déclaré la guerre à la France et à l’Angleterre ; ces trois puissances se trouvaient respectivement dans une situation politique équivoque. Aucun sujet réel de
Digitfeea bÿXjOOgle
*9 discorde n’existait entre les Français et les Espagnols des deux côtés on publiait des manifestes j les Français protestaient de prendre les armes uniquement pour mettre un terme aux entreprises insensées d’un ministre ambitieux. Quelques sujets de haine, entre les Anglais et les Espagnols^ annonçaient au contraire une guerre sanglante; les Anglais, sous prétexte de favoriser la maison d’Autriche durant la guerre de la «uccession , s’étaient emparés de Gibraltar et de Minorque.Une escadre, aux ordres del’amiral Bing, entraitsur la Méditerranée ; elle rencontra l’armée navale espagnole et la détruisit.
Alberoni, feignant de ne pas être déconcerté par cette pterte , appelait en Espagne le chevalier deSaint Georges; cé prince résidait à Rome. Sa joie fut extrême quand le duc d’Ormont , inébranlable partisan des Stuarts, lui promit toutes les forces de la monarchie espagnole ; son attente fut trompée. On lui confia une escadre peu nombreuse ; les vents contraires rendirent cet armement inutile.
Philippe V se montrait à la tête de son armée campée dans les Pyrénées. Sur la foi de son ministre , il s’attendait à voir les Français , mécontens du régent, accourir en foule sous scs drapeaux. 11 voulait même s’avancer seul vers l’armée française envoyée contre lui, dans
LOUIS XV
■"la confiance qu’elle s’empresserait de recevoir lyit’-t?'» ses ordres. Alberoni, voulant arrêter l’exécution de ce bizarre projet, fut contraint d’écarter, par un malentendu supposé , l’escorte destinée ,
à accompagner ce monarque dans ce voyage aventureux. L’armée française, commandée par le mraéchal de Berwick , s’emparait de la province de Guipuscoa.
8. A peine parlait-on à Paris de ces bosti- 1719 lités. Le jeu de la banque de Law occupait seul les esprits. La banqilK devenait un com- ^
incrce également prodigieux et insensé , où les joueurs pariaient les uns contre les autres; des joueurs acharnés ne quittent pas leurs cartes pour se mêler du gouvernement.
Au commencement de janvier, les actions gagnaient vingt-cinq pour cent. Les billets d’Etat au contraire perdaient soixante-deux pour cent. Les intérêts des billets de banque se payaient avec exactitude. Les frères Paris avaient même consenti à réunir les fonds de l’antisystème aux spéculations de Law. On en forma de nouvelles actions achetées rapidement. Le régent réunit la compagnie de Sénégal à celle d’Occideut. Il céda aux actiohnaires la ville et les magasins du port Louis avec le droit de faire la paix ou la guerre dans leurs établissemens des deux Indes. On ne saurait peindre la joie causée à Paris par
70 HIST. DE FR. II*. PART. LIV. XXVl*
1719 CCS concessions. La banque de Law semblait appelée à la prospérité la plus solide. On la voyait dans l’avenir répandre l’abondance en Europe et faire respecter son pavillon sur les vastes mers. Law, regardant avec justice la population comme une des bases principales du commerce , destinait pour la Louisiane une nombreuse colonie. On avait reçu cent milliers de tabac de la Louisiane expédiés par les colons, envoyés dans cette contrée les années ^^cédentes ; ce tabac se trouva supérieur à celui de la Virginie.
Suivant tous les rapports venus de cette colonie , les vers à soie y réussissaient parfaitement. L’herbe à indigo y était commune.
On y trouvait même des mines d’or. Un arrêt du conseil de régence ordonna une diminution sur la valeur des espèces d'or et d’argent.
Elle devait avoir lieu successivement. Chacun voulant éviter cette perte, échangeait son or contre des billets.
Les compagnies des Indes et de la Chine avaient été réunies à la banque. Ce fut l'occasjon démettre pour vingt cinq millions de nouvelles actions payables en argent, attendu qu’il s’agissait d’un] commerce dans des pays où la valeur des billets n’était pas appréciée. Un autre arrêt retiraiit le bail des fermes , et le donnait à la banque. I-aw fit alors exiler
LOUIS XV. 7 1
les quatres frères Paris. Ils revinrent en France après l’expulsion de cet étranger.
Depuis la fin de juillet jusqu’au premier octobre, le prix des actions doubla, les monnaies étaiènt tenues dans une variation perpétuelle. Cette valeur fut de nouveau affaiblie au mois de décembre. On annonçait d’autres diminutions , suites <le l’aûlucnce métallique opérée en France par les mines d’or de la Louisiane.
Il est des momens de vertige pour unenation. Les Français pleins d’ardeur pour les choses nouvelles, ont souvent éprouvé cette vérité. L’or et l’argent parvenaient à la banque avec une abondance inconcevable. Law fil créer trois cent mille actions nouvelles de cinq cents francs. Chacun se les arrachait les habitans des provinces, jaloux des fortunes faites à Paris , y accouraient pour en profiter. Des spéculateurs étrangers apportaient leur or. La banque, devenue prodigieusement opulente, prêtait au gouvernement quinze cents millions pour payer les dettes publiques , opération vraiment ridicule.
Quel avantage pouvait résulter pour l’Etat, de payer des dettes^ d’un côté et d’en contracter d’un autre t
Défenses furent faîtes au mois de décembre de faire aucun paiement au-dessus de dix francs en argent, et de trois ceuts francs en or. La marche des choses contraignait les individus a échanger leur or contre des billets , tant en avait été fabriqués que la valeur idéale des actions surpassait à la fin de cette année plus de trois ibis le numéraire existant en FYance. Necker porta meme cette valeur fictive à la somme de six milliards', dans sa réponse à l’abbé Moreletj le gouvernement remboursa en papier les créanciers de l’Etat, les trésors portés à la banque, loin de la rendre inépuisable, en accélérèrent la chute j on employa l’année suivante pour la vivifier, des moyens si violens, que, dessillant les yeux des joueurs, ils détruisirent le système. ’
g. Philippe V avait enfin reconnu la chimère des projets de son ministre. Les Autrichiens chassaient les Espagnols de Sicile j leur armée ne pouvait résister à celle de France.
Dans toutes ses lettres, le régent lui témoignait la répugnance avec laquelle il continuait la guerre. Il promettait de rappeler ses troupes , dès qu’Alberoni aurait été con-
LOUIS XV. 75
gôdié. Philippe se décida à le sacrifier. Sa chute fut prompte. Un billet du roi, du 5 décembre, lui enjoignait de sortir do Madrid sur-le-champ , et dans quinze jours de la domination espagnole. Un officier des gardes, placé auprès de lui , fut chargé de veiller sur sa conduite jusqu’aux frontières.
Alberoni se proposait de fixer son séjour à Gênes. Les Génois , à la sollicitation du pape, refusèrent de le lui permettre. Il erra longtemps en Italie. La pourpre romaine ne lui paraissait pas une sauve garde suffisante contre le ressentiment de Clément XL
Après l’expulsion d’Albcroni, la bonne intelligence se rétablit entre les cours de France et d’Espagne. La paix fut conclue le 17 lévrier. On rendit toutes les places conquises. l.>e conseil de Madrid adhéra au traité de la quadruple alliance, la Sicile fut assurée à la maison d’Autriche. Ou donna en échange la Sardaigne au duc de Savoie. Un congrès , indiqué à Cambrai , devait terminer toutes les contestations entre les cours de Madrid, de Londres et de Vienne. Enfin on détermina le mariage de l’infante Marie-Anne- Victoire avec Louis XV, et celui delà princesse de Montpensier, fille aînée du régent.
7=*o avec le prince des Asturies. Le régent, désirant rétablir la paix dans l’Europe entière, offrait sa médiation entre la Suède et la Prusse. Les Russes, depuis la mort de Charles XI i , se Vengeaient sur la Suède , d’une manière horrible , des ravages portés dans leur pdys par les Suédois. Le roi de Prusse les secondait; le régent leur enleva cet appui.
11 engagea même le roi d’Angleterre à prendre la défense d’ülrique Eléonore, sœur de Charles XII, parvenue au trône. Une escadre britannique obligea Pierre 1 *' à faire la paix avec la cour de Stockholm.
La fureur de l’agiotage passait de Paris dans Londres et dans Amsterdam. Les Hollandais se désabusèrent bientôt de cette folie , mais les fortunes des Anglais partagèrent le bouleversement de celles des Français 'durant l’année 1720.
10. Les dettes d’Angleterre égalaient presque celles de France. Le numéraire de cet empire avait passé durant la guerre de la succession , en Savoie , en Portugal , en Espagne, en Danemarck et chez la plupart des
, princes germaniques. Les Anglais cherchaient à restaurer leurs finances par des moyens extraordinaires* La banque de Londres et la
LOUIS XV
nS
compagnie du Sud firent des offres. Celles de la compagnie du Sud ayant obtenu la préférence, Bluntj auteur du système adopte, se livrait aux soins de l’exécution. La partie de la dette la plus à charge au gouvernement, consistait en deux sortes de renies. Les unes au capital de seize millions sterling , payables à la volonté des préteurs ; les autres , à peu près du même capital, placées à fond perdu.
La compagnie du Sud se chargea de ces dettes. Le gouvernement lui abandonna pour trente ans les fonds destinés au paiement annuel de ces effets.
Tous les créanciers approuvèrent cet arrangement ,* sur le bruit des grands et lucratifs élablissemens faits en Afrique par la compagnie du Sud. L’espoir d’une fortune rapide troubla toutes les têtes. Le prestige ne pouvait durer long temps. Les valeurs en papier surpassèrent bientôt les fonds de la compagnie, chacun voulut de l’argent. On faisait difficulté de payer en numéraire. Ces lenteurs constatèrent la fourberie des directeurs. On se hâta dans le parlement de remédier au désordre, quelques ageus principaux furent incarcérés. Un acte do parlement déclara nulle toute vente de leurs propriétés jusqu’à nouvel ordre. La fuite do caissier
20 emportant les livres de compte , leur sauva la vie, mais tous leurs biens furent confisqués; on les employa à rétablir peu à peu Je crédit public. La même marche n'avait pas été suivie en France.
1 1 . Les Hnanciers réunis épuisaient la banque , tirant sur elle des sommes énormes. Le crédit diminua tout à coup. Le papier resta sans valeur. Le régent donna à Law la place de contrôleur général. 11 était impossible à ce banquier de la remplir.
Tous les temps de crise produisent des gens adroits à profiter de la duperie des autres. Ceux-là excitent merveilleusement l’émulation générale. On ne fait pas attention à la multitude des gens ruinés , il est si aisé d’attribuer leur malheur à la sottise ou à l’inconduite ! Law, dépositaire des trésors de lu France, était en mesure de s’enrichir rapidement; par une impudeur extrême il attribuait son opulence à la bonté de son sytème; et par une stupidité non moins inconcevable, on le crut' durant plusieurs années. Cette opinion était confirmée par le régent. 11 prodiguait des libéralités sans mesure.
Parmi les princes du sang, le duc de Bourbon profita le plus heureusement de la folie
LOUIS XV. 77
générale. Ayant acheté toutes les terres a sa 1720 bienséance, il rebâtit Chantilly avec une dépense royale. Parmi les particuliers, une veuvedelVamur, nommée Vauniont, se trouva, par des reviremens heureux , propriétaire de soixante et dix millions en billets de banque.
Un bossu gagna en peu de jours cent cinquante raille francs , pour avoir prété aux agioteurs sa bosse en forme de pupitre; une caricature, gravée à cette époque, peint sous une allégorie assez juste les ravages de cette frénésie; elle portait ce titre : Véritable portrait du seigneur Système. Le héros de la caricature avait la tête ceinte d’une couronne de chardon avec des plumes de paon : la Folie la lui offrait; au dessus du poi trait fumait une chaudière chauffée avec des feuilles de papier, et dans laquelle un agioteur jetait soi» or : le Désespoir, derrière ce fou, semblait l’attendre pour s’emparer de lui à l’issue de son opération. ^
Tel fut le sort de la moitié de la France, un bouleversement complet était éprouvé de toute part. On n’entendait parler que de familles honnêtes ruinées , de misères affreuses , de fortunes extravagantes, de nouveaux riches étonnés de l’être, de luxe scandaleux. La facilité de porter sur soi des somnieà exces-
sives en papier, rendait les vols et les assassinats communs ; il s’en fit un dont le chûtiment étonna l’Europe entière.
Joseph comte d’Horn et deux individus, nommés Mille et d’Etampes, assassinèrent un riche agioteur. Ce crime fut commis dans une maison de la rue Quincanipoix. L’agioteur fit du bruit en se débattant. Les assassins sautèrent par la fenêtre. D’Elampcs faisait/ Je guet dans la rue, il s’évada au premier bruit. Hom et Mille furent arrêtés; le crime étant prouvé , le procès ne fut pas long. L’un et l’autre périrent sur un échafaud. Le comte de Horn était allié de plusieurs maisons souveraines; le régent rejeta toutes les propositions pour une commutation de peine en faveur de ce coupable. C’était le temps où l,e sytème tombait entièrement; en vain le gouvernement rendait des arrêts contradictoires, en vain il établissait dans les monnaies des variations les plus disparates, chacun voulait retirer son argent de la banque. Un arrêt du conseil dp régence , supposant en France douze cents millions d’or ou d’argent en stagnation par l’avarice des capitalistes, faisait défenses aux particixliers de garder chez eux plus de cinq cents francs en or ou en argent moanoyés , sous peino
LOUIS XV. 79
<l 5 dix mille francs d’amende et de confis- Cation, dont la moitié au profit du dénonciateur. Cette mesure tyrannique engagea quelques hommes timides, de porter leur or à la banque; le plus grand nombre méprisait une législation égarée dans la tortuosité de ces réglemens.
On porta la valeur numéraire de l’argent à quatre-vingt-dix francs le marc, le môme édit réduisait les billets de banque à la moitié de leur valeur nominale. Ce rapprochement était ce qu’on pouvait faire de plus raisonnable. Cependant il acheva d’anéantir les opérations de Law. Chacun ayant perdu la moitié de sa fortune, se hâtait de convertir le reste en argent. Le garde des sceaux auquel on devait cet édit, le fit révoquer par un autre. Tout était décidément perdu , les agioteurs avaient embrassé des chimères.
12. Depuis le Ht de justice, le parlement ne se mêlait plus de finances. Le public ne paraissait pas laire attention si des lois créatrices de millions étaient enregistrées dans les tribunaux. .De simples arrêts du conseil opéraient ces prodiges. Les magistrats, voyant le charme rompu, voulurent prendre connaissance de la violation de la foi publique ; une grande députation se présente au Palais-
8o HIST. DE FR. ID. PART. LIV. XX\I.
1720 royal. Le régent, au milieu de la consternation générale, se croyait heureux de trouver chez le parlement un moyen de sortir d’embarras. Les députés furent reçus avec distinction. -Messieurs, leur dit le régent, j’ai dans le parlement une entière confiance. Je l’exhorte à nommer des commissaires pour s’entendre avec des commissaires du conseil de î-égence, sur les meilleures mesures à prendre dans cette circonstance. Ces commissaires furent nommés : les difficultés leur parurent insolubles.
En peu de temps, la consternation publique se changeait en fureur. Des plaintes incendiaires circulaient j des débiteufs de mauvaise foi payaient ou plutôt ruinaient leurs créanciers avec des effets sans valeur.
Law venait d’ordonner à ses commis de payer les billets de banque valeur nominale.
C’était chose absolument, impossible. On avait ouvert des bureaux. Un grand nombre de commis effectuaient de trèsrfaibles payemens. Les denrées les plus communes s’élevaient à des prix .excessifs. Une multitude aflamée assiégeait la porte des bureaux. Plusieurs individus furent étouffés dans la foule. La confusion conduisait le gouvernement à prescrire des formalités gênantes. On suspendit même
LWIS XV. 8i
tout payement , sous prétexte de faux billets 1720 mêlés avec les véritables.
Dans cette occasion , un arrêt du parlement pouvait opérer une catastrophe. Law, voulant aÛranchir le régent de l’influence parlementaire , propose de rembourser en papier toutes les charges de judicaturc, et d’éteindre la vénalité de la justice. Le parlement, instruit de ce projet, prend la résolution d’instruire le procès de l aw. Des témoins avaient été secrètement entendus. On devait a rêler le coupable dans les rues de Paris, le faire pendre dans la cour du palais, portes fermées, les ouvrir ensuite, et donnera la multitude le spectacle de celte exécution. Law dut la vie à la hardiesse de son cocher et à la vitesse de ses chevaux. Cette tentative entraîna l’exil du parlement.
Dubois donna retraite à Law dans le Palais- Royal , on révoqua les prohibitions de garder chez soi des métaux précieux. On crut devoir rappeler le chancelier d’Aguesseau. Ce magistrat avait prédit le mal. 11 n’était pas en son pouvoir d’y porter remède. A l’égard de d'Argenson , l’inaction insupportable aux hommes accoutumés à manier les affaires publiques, abrégea ses jouiS. La populace voulait troubler ses obsèques. Le régent priva Law de la charge de controleur général. Il en revêtit Tome IX. 6
'^1720 Lepelleùer Desfcrts , sous le litre de commissaire général des finances , avec d’Ormesson et Gauraom pour adjoints. Cette administration ne fut pas de durée.
i 5 . De toute part on sollicitait d’Aguesseau de livrer l’auteur de la banque à la sévérité des lois. Les circonstances ne le permettaient 'pas. Le régent, dupe d’une imposture dont il ne sentait pas les conséquences, avait trompé Law en créant à son insçu un grand nombre ' d’actions. Devenu complice dp cet homme , il se voyait forcé de le protéger. Le parlement, menacé d’être détruit , ne se prêtait à aucun tempérament. Cette fermeté mérite des éloges. Un édit confirmait les privilèges exclusifs de la compagnie des Indes , à la condition de retirer pour six cents millions de billets, le par-« lement jefusa de l’enregistrer. Des remontrances furent présentées. Le régent, irrité, proposait de transférer le parlement à Blois. 11 est des occasions dans lesquelles un homme d’honneur voit des oppositions dans ses devoirs. Personne plus que d’Aguesseau ne prisait les prérogatives parlementales. Cependant il exécuta les volontés du régent avec . l’embarras d’un homme ennuyé de l’exil. Il obtint la translation à Pontoise au lieu de Blois.
Dans un autre temps, cet événement eut
Digilized by GoogI
LOUIS XV
pu entraîner une insurrection. Le régent avait i accoutumé les Parisiens à tourner toutes les opérations de la régence en plaisanteries , ce fut bientôt une partie de plaisir ordinaire d’aller visiter le parlement. Les magistrats donnaient des fêles. Le premier président tenait une table somptueuse, secrètement défrayée par le régent. Des hommes environnés dans Paris d’images lugubres, cherchaient à Pontoise des plaisirs auxquels l’austérité parlementaire se prêtait, *
On ne savait comment payer les troupes.
Le chancelier se concertant avec le ministre de la guerre et le nouveau ministre des finances , proposait de rétablir quelque confiance en livrant Law à la justice. Ils furent sur le point de perdre leurs places eux-mêmes. Les cabales se multipliaient. Ceux auxquels le système avait procuré de grandes richesses , craignant de les perdre , protégeaient l’inventeur de la banque, et comme les fripons sont aussi actifs que les gens de bien montrent de la modération, leur crédit balançait l’indignation publique.
Un événement minutieux et ridicule ramena le parlement à Paris. Après l’expulsion du jésuite Lelcllier, les jésuites ayant perdu la plus grande partie de leur crédit, cinq évêques avaient publiquement appelé de la bulle
1720 Unigenitus. Le régent méprisait également les molinistes et les jansénistes , le jeu des actions absorbait toutes les idées. Les temps changèrent à l’époque du double mariage de l’infante avec Louis XV, et la princesse de Montpensier avec le prince des Asturies.
Le jésuite d’Aubenton engagea Philippe V, son pénitent,à demander la réception en France de la bulle Unigenitus comme un article 13 e fol, Oq ne pouvait y parvenir sans engager le cardinal de Noailles, archevêque de Paris , à rétracter son appel. C’était un incident digne du dixième siècle, que le mariage de deux princes dépendît d’une dispute ecclésiastique. Le roi d’Espagne exigeait cette condition. Le régent était pressé par Dujtois. Il voulait devenir cardinal, cette ambition lefbrçalt d’entrer dans toutes les vues de la cour de Rome. La bulle Unigenitus fut enregistrée au grand conseil. Vaine condescendance, les cours de Rome et de Madrid ne s’en contentaient pas. Elles voulaient un enregistrement au parlement. Ce fut une négociation.
Noailles , vaincu par les sollicitations de sa famille , avait promis un mandement d’acceptation dès que le parlement de Paris aurait enregistré ce rescrit de la cour de Rome. Le par-^ lement offrait d’enregistrer, si l’archevêque de Paris rétractait son appel. Les difCcultcs du
LOUIS XV. 85
pai’lcment et de l’archevêque donnaient Heu 1710 aux ennemis, de l’un et de l’autre, de faire soupçonner au régent une intelligence entre eux, dont la religion était le prétexte. La cabale de Law donnait du poids à cette assertion. La perte du parlement fut de nouveau résolue.
On avait abandonne' le projet de rembourser en papier les •fiices du parlement , sur l’observation qu’il disposait d’une nuée d’avocats, de procureurs , d’huissiers , de clercs capables de soulever Paris. 11 fut proposé de transporter ce corps si loin de la capitale, que son sort lui devînt indifférent. On remit à d’Aguesseau l’édit de translation à Blois. D’Aguesseau refusa de le signer. 11 regardait celte translation comme l’annonce de la suppression prochaine du parlement. Le maréchal de Villars fut engagé à faire un dernier effort auprès du cardinal de Noailles. Le maréchal représenta avec force au cardinal les malheurs de la magistrature, dont il serait comptable envers la postérité. Noailles, se rendant à ces considérations , publia un mandement équivoque. Il no fut plus question d’envoyer les magistrats à Blois. Ils enregistrèrent la bulle, et reprirent leurs fonctions à Paris.
ï/|. Le système était entièrement tombé , un arrêt du conseil du mois d’août avait mis hors
lyao
du commerce les gros billets , à compter du i**" octobre. Un autre arrêt arrêta le cours des petits billets de cent francs et de dix francs; Law était considéré comme un imposteur démasqué. Chargé de l’indignation publiqüe , il quitta Paris le lo décembre.
Cet homme singulier, après avoir disposé en maître du numéraire de France , parcourut en fugitif une partie de l’Allemagne. 11 vint à Londres. Enfin, ayant fixé son séjour à Venise, il y mourut, en 1739, dans un état à peine audessus de l’indigencç.
DE
FRANCE
SECONDE PARTIE