‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 10 sur 85 · CHAPITRE LIY · texte numérisé non relu

CHAPITRE LIY

DereiflaiparlaBtBt da Piris, ele., el date mort d«Lov]t XV.

Si les exils du duc de Choiseul, du duc de Praslin, du cardinal de Bemis, du comte d'Argenson, du garde^es-sceaux Machault, du comte de Maurepas, du duc de La Rochefoucauld, du duc de Châtillon, et de tant d'autres citoyens» n'avaient en aucune cause légale» celui du parlement de Paris, et d on grand nombre d'autres magistrats, parut au moins en avoir une.

Qui aurait dit que ce corps antique , qui venait de détruire

en France Tordre des jésuites , éprouverait bientôt après, nonseulement un exil rigoureux , mais serait détruit lut-méme ? C*est une grande leçon aux hommes , si jamais les leçons peuvent servir.

Nous avons vu que sous Louis XIY le parlement ne fut point exilé après la guerre de la Fronde ; nous avons vu que les troubles de la Fronde n'avaient commencé que par les oppositions de cette compagnie à une très-mauvaise administration des finances, et que ces oppositions, d'abord légitimes dans leur principe, se tournèrent bientôt en une révolte ouverte et en une guerre civile : nous avons vu que sous Louis XV il n'y eut ni guerre ni révolte; mais qu'une administration des finances, plus malheureuse encore , avec l'affaire de la balle Unigeni-tus , occasionna les résistances opiniâtres du parlement aux ordres du roi. On sait qu'il fut cassé le 43 avril 4774 ; après quoi cette cour des pairs a été rétablie par le roi Louis XVI , avec quelques modifications nécessaires.

Un autre exemple de la fatalité qui gouverne le monde fut la mort de Louis XV. Il n'avait point profité de Texemple de ceux qui avaient prévenu le danger mortel de la pelite-vérole eu se la donnant , et sui*tout du premier prince du sang , le duc d'Orléans, qui avait eu le courage de faire inoculer ses enfants. Cette méthode était très-combattue en France, où la nation , toujours asservie à d'anciens pr^ugés , est presque toujours la dernière à recevoir les vérités et les usages utiles qui lui viennent des autres pays.

Sur h fin d'avril 4774 , le roi allant à la chasse, rencontre le convoi d'une personne qu'on portait en terre : la curiosité naturelle qu'il avait pour les choses lugubres le fait approcher du cercueil ; il demande qui on va enterrer; on lui dit que

LOUIS XV. 7a

e*est uoe jeune fille morte de la petite-vérole : dès ce moment il est frappé à mort sans s'en apercevoir.

Deux jours après » son cliirurgien d^liste , en examinant ses gencives, y trouve un caractère qui annonce une maladie dangereuse ; il en avertit un homme attaché au roi : sa remarque est négligée ; la petite-vérole la plus funeste se déclare/ Plusieurs de ses officiers sont attaqués de h même maladie « toit en le soignant, soit en s'approchant de son lit, et en meurent; trois princesses, ses filles, que leur tendresse et leur courage retiennent auprès de lui , reçoivent les germes du poison qui dévore leur père i et éprouvent bientôt le même mal et le même danger, dont heureusement elles réchappèrent.

Louis XV meurt la nuit du 4 0 de mai ; on couvre son corps de chaux , et on remporte sans aucune cérémonie à Saint-Denis auprès du caveau de ses pères.

L'histoire n'omettra point que le roi, son petit-fils, le comte de Prov^ce et le comte d'Artois, frères de Louis XVI , tous trois dans une grande jeunesse , apprirent aux Français , en se faisant inoculer, qu'il faut braver le danger pour éviter la mort. La nation fut touchée et instruite. Tout ce que Louis XVI fit depuis , jusqu'à la fin de 4 774 , le rendit encore plus cher à toule la France.

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