CHAPITRE LXU
Les PUloMphfl», a*apfè8 ht Harpe.
Le 1 8* siècle s'est appelé lui-même le nècle de iaphiUmphie, Dq>aisles premiers écrivains jusqu'aux derniers, depuis Voltaire jusqu'à Mercier, tous se sont appelés pAiiosopAes, tous ont vanté le siècle philosophe. Ce nom, affecté avec tant de prétention, préné avec tant d'emphase, répété jusqu'au dégoût , devait d'abord par cela même être fort suspect à la raison. La raison est ennemie du charlatanisme , et il y en avait certainement à s'arroger ainsi un titre qu'il faut attendre de la postérité. C'est elle qui caractérise les siècles , en recevant leur héritage et en jugeant leurs monuments. C'est la France, c'est l'Europe entière qui ont reconnu d*une commune voix le long règne 4^ Louis XIV comme une époque de supériorité dans tous les arts d'imitation, dans tout ce qui fonde et embellit Tordre social. Mais nous ne voyons pas que les écrivains qui l'ont illustrée aient pris sur eux de devancer l'âge suivant, en qualifiant le leur de siècle de génie; c'est du nôtre qu'il a reçu ces titres glorieux de grat^d siècle , de beau siècle , que
personne ne lui a contestés. On ne voit pas non plus que celui oii fleurirent les Socrate, les Sophocle, les Euripide , les Platon , les Âristote , se soit nommé lui-même philosophe ; et c'est aussi TEurope moderne qui , depuis la renaissance des lettres ^ a consacré, par son admiration unanime et eonstanle , les siècles de Périclës , d'Auguste et de Léon X. Il nous a été réservé de donner au nôtre, surtout en France, et de notre seule autorité, une espèce de signalement qui devait nous séparer et des temps passés et des temps à venir. Il faut voir si nous nous sommes appréciés nous-mêmes avec justice, si le dix-huitième siècle, particulièrement dans sa dernière moitié, et considéré comme il doit Tétre 'dans ses caractères dominants et dans ses résultats généraux , a été en effet éminemment philosophe dans la véritable acception du mot. Il ne pourrait Tétre sans doute qu'autant qu'il serait remarquable par les progrès sensibles de la raison appliquée à tous les objets qu'elle peut perfectionner ou du moins améliorer pour la gloire et le bonheur de l'espèce humaine. Mais s'il se trouve, en dernière analyse, que les exceptions mises à part , comme elles doivent toujours l'être, le caractère général , très-marqué dans le dix-huitième siècle, surtout depuis cinquante ans, ait été le plus honteux abus de l'esprit et du raisonnement dans tous les genres, succédant aux plus beaux efforts de la raison et du génie , ne doiton pas en conclure que la postérité ne verra dans notre siècle, et principalement en France , que la plus désastreuse époque de la dégradation , et que ce grand titre de siècle philosophe ne sera pour nos neveux que ce qu'il est déjà pour tous les gens sensés, une espèce de sobriquet très-ridicule, une sorte de contre-vérité, comme le nom des Euménides , qui par luimême désigne la douceur et la bonté, et que les Grecs,
peaple frivole et railleur, avaient imaginé pour les Furies, n ne s*agit point ici , je Tannonce , des sciences exactes ei des sciences physiques , qui oe font point partie de mon ouvrage , dont pourtant il faut dire un mot sous le rapport de la question qui nous occupe. Quant aux premières, ou sait qu'il est assez difficile de déraisonner beaucoup en mathématiques , et que Terreur même ne peut guère y être contagieuse, étant toujours en présence de la démonstration, son irrésistible adversaire. Quelques questions de géométrie transcendante, plus earienses qu'utiles , ont pu donner lieu à des solutions hasardées ou fausses , mais il y a trop peu d'hommes h portée de ces problèmes pour qu'ils fassent jamais grand bruit ou grand mal , et il n'est guère possible que Von trouble les nations pour la quadrature du cercle ou les asymptotes. Quant à la physique , on a fait de nos jours trois ou quatre cosmogonies nouvelles ou systèmes du monde, sans que le monde en ait été inquiété ou s'en soit même aperçu. On a imprimé des volumes contre les théories de Newton , qui sont demeurées ce qu'elles étaient. J'observerai seulement que, même en ce genre de philosophie, je ne vois pas pourquoi notre siècle serait le siècle philosophe par excellence ; et , de l'aveu même des savants, je ne vois pas du tout que ses droits soient prouvés. On s'est restreint, il est vrai, assez généralement, et malgré la vogue passagère des hypothèses de BufTon , à la recherche des faits et aux résultats de l'expérience. Rien n'est plus raisonnable; mais h qui sommes-nous redevables d'en être venus là? N'estpas i Bacon qui nous a montré le droit chemin? Nos expériences sur l'électricité sont-elles un plus grand pas et une acquisition plus utile que celles de Toricelli et de Pascal sur la pesanteur de l'air, devenues depuis longtemps usuelles? Sontr
iW HISTOIRE DE FRANGE.
«UeB plus merveilleuses qae le prisme de NewtooT L'astronomie, plus riche que jamais en instruments d'optique , a-t-elle fait des découvertes qui passent celles de Kepler et de Galilée ? Je n'ai pas ouï dire aux savants, à qui je dois m'en rapporter sur ce que je n'ai pas étudié, que la dpamique de d'Alem- ^ert, quoiqu'elle ait ajouté à la science, soit une plus belle chose que l'application de l'algèbre à la géométrie , ce grand titre de Descartes , et qui pourtant n'est pas le seul.
S'il s'agit de sciences qui tiennent de plus près à l'utilité générale, telles que la médecine et la jurisprudence . je vois que les Yan-Swiéten. les Tronchin , les Bordeu, malgré tout leur mérite et leur réputation, n'ont été que les disciples du grand Boërhaave qui écrivait au commencement de ce siècle , et qu'eux-mêmes s'honoraient d'être les premiers parmi ses élèves ; c'est là leur gloire ; et , pour ce qui est de la jurisprudence , j'ai vu les plus habiles s'incliner au seul nom du fameux Domat (pour me borner en ce genre aux titres du dernier siècle), de ce Domat dont les ouvrages avaient réconcilié l'excellent esprit de Boileau avec la science des lois, et sont regardés comme un des plus parfaits modèles du véritable esprit philosophique , de l'esprit d'ordre et d'analyse appliqué à ce genre de connaissances, moitié spéculatives et moitié politiques , et où la pratique embrouille souvent la théorie.
Si quelque chose a gapé sensiblement de nos jours, ce sont les arts de la main , et à leur tête la chirurgie. La main-d'œuvre, dans tout ce qui est mécanique ou manufacture, a fait des progrès incontestables , mais qui ne peuvent être mis sur le compte de l'esprit philosophique. Au contraire, il est à remarquer que tout ce qui dépend de celui-ci a été , depuis cinquante ans, successivement dégradé par le vice inhérent à la
eoriosilé humaine , à qui Vamour-propre fait si souvent passer les bornes ou la raison l'a renfermée, au lieu que Tindustrie s est Tifliblement perfectionnée, parce qu'elle avait un guide sûr et immédiat , Texpérience manueUe et T utilité prouvée par le suceès. Mais faut-il autre chose que du bon sens pour trouver souverainement ridicule un emploi de la science tel que edui qu'en a fait un savant moderne , Gondorcet , Tappiication du calcul mathématique aux vraisemblances morales, calcul qu'il substituait, avec un sérieux aussi incompréhensible qu infatigable, et dans toute l'étendue d'un in-i"" hérissé d'algè^ bre, aux preuves juridiques, écrites ou testimoniales, les seules admises, dans tous les tribunaux du monde, par le bon sens de toutes les nations? C'est pourtant avec ce calcul algébrique que l'auteur, qui apparemment ne voulait plus qu'il y eût d'autres juges que des mathématiciens, prétendait que Ion décidât de la vie , de la fortune et de la liberté des hommes par des dixièmes , des vingtièmes , des fractions de preuves balancées les unes par les autres, et réduites en équations, en additions et en produits. On osa vanter comme une conquête de l'esprit philosophique cette prétendue invention , bien digne de la philosophie révolutionnaire , et qui pourtant n'a pas fait fortune f parce que l'extravagance fut repoussée cette fois par l'impossibilité absolue; mais elle a du moins fait voir jusqu'où peut s'égarer un sophiste entraîné par la vanité de soumettre à ses études des objets qu'elles ne sauraient atteindre; et c'est une exception assez singulière à ce que j'ai dit ci-dessus , qu'on ne peut guère délirer en mathématiques.
Un autre genre de connaissances dont les accroissements paraissent généralement avoués, mais n'ont pas produit tout * l'effet qu'où en doit attendre , ce sont celles que l'on appelle
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physieo-chimiques , c'est-à-dire celles où la décompositioD des substances corporelles a fait naître de nouvelles lumières sur les opérations de la nature et du temps, dans les différents matériaux dont notre globe est formé. C'est sans doute un beau travail de Tintelligence humaine, c'est se placera la plus grande hauteur où les spéculations de rhomme puissent monter, que de suivre de l'œil la marche des corps célestes dans l'espace, en même temps que l'on décompose la terre que nous foulons sous nos pieds , et de chercher, dans la nature , les effets de la lumière et du feu sur la matière aqueuse et terrestre, l'histoire des changements progressifs qui nous expliquent l'état ancien et actuel du globe que nous habitons.
Mais , en remontant ainsi , par l'observation , au-delà de toutes les traditions historiques , en recherchant ces époques reculées dont nous ne pouvons retrouver le témoignage que dans les traces empreintes sur la surface de la terre ou déposées dans son intérieur, il ne faut pas, comme Buffon, écrire les annales du monde en hypothèses et en romans qui attestent seulement la brillante imagination de l'auteur, et sont démentis par l'observatioQ des faits. Je ne saurais trop répéter que ce n'est pas moi qui me fais ici juge en ces matières , mais je dois, pour l'intérêt delà vérité, rappeler, d'après l'avis public de tous les savants , que la Théorie de ta terre et les Epoques de la nature du célèbre Buffoi^ n'ont pas aujourd'hui un-seul défenseur parmi les physiciens, et qu'il ne lui reste, dans la postérité, que la gloire d'un grand écrivain , gloire très-réelle sans doute, mais qui, en philosophie, ne peut jamais être que secondaire. Ici même son prestige a été dangereux , car c'est surtout l'attrait du style de Buffon qui donna d'abord de la vogue et de l'autorité à cette physique menson-
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gère, qui avait déjà pour le scepticisme irréligieux un autre attrait , celui de démentir la seule cosmogonie véritable, parce qu'elle est la seule inspirée , celle des livres saints. J'ai vu le temps où l'ignorance du vulgaire même, croyant Buffon sur parole, sans être à portée de l'entendre, rejetait hautement la création par ce seul mot , devenu le refrain des écoliers et des professeurs de matérialisme et d'athéisme : Le mande est bien vieux, n monde è molto vecchio. Mais qu'est-il arrivé? C'est id que s'est confirmé avec éclat cette parole d'un si grand sens, et qui est celle d'un grand philosophe \ Un peu de philùsophie fait l'incrédule^ et beaucoup de philosophie fait le chrétien.
Après que les premiers aperçus de la chimie géologique eurent fait répéter si inconsidérément que l'histoire de la terre contredisait la révélation , et que la nature réfutait Hoise et la Ge^ Dèse, il s'est trouvé que la terre et la nature, mieux examinées, non-seulement confirment en tout le récit de la création et du déluge dans la Bible, mais prouvent même que ce récit n'a pu être qu'inspiré. C'est ce qu'un savant de premier ordre, M. Deluc, connu dans l'Europe pour avoir consacré sa vie à ce genre de recherches, a démontré dans deux ouvrages que la philosophie des incrédules n'a pas même osé contredire, quoique dans toute la puissance de son règne actuel ; et MM. de Saussure et de filumenbach, et d'autres savants non moins distingués , ont appuyé ses démonstrations en atlesUnt la réalité des mêmes faits. Mais ce beau triomphe de la science observatrice, d*accord avec la vérité révélée, n'a pas eu encore l'éclat qu'il devait avoir, et qu'il ne peut manquer d'obtenir bientôt. 11 est venu au moment ou l'impiété, couronnée par les crimes de la révolution française, et retranchée derrière les
canons et les baïonnettes , a cni pouvoir se passer de ropinion à la foveur de la force , n'a plus songé à répondre aux écrits , mais à les anéantir avec les auteurs, et à suppléer à la faiblesse insolente de ses plumes mercenaires par 4a violence atroce de ses proscriptions. Aussi n'est-ce pas elle qui comptera de pareils ouvrages parmi les titres de ce qu'on appelle le siècle philosophe ; et, si je dois ici en tenir compte, c*est parce qu'il entre dans mon plan de considérer d'un cAté la philosophie en elle-même , et ceux dont les ouvrages lui font honneur ; et de l'autre, le fantdme ou plutôt le monstre imposteur que ce siècle a décoré du nomde philosophie.
Il en est de même de la critique historique, de l'érudition qui, en étudiant les monuments de l'antiquité, y cherche ce qui peut éclairer et fortifier les preuves du plus grand événement qui puisse intéresser les hommes, celui de la révélation divine, d'abotd dans la mission de Moïse, et ensuite dans celle de Jésus-Christ, dont la seconde est l'accomplissement et la fin des promesses ei des figures de la première , et qui , toutes deux réunies, remontent à l'origine du monde et au premier homme, et contiennent l'histoire entière du genre humain.
La philosophie religieuse du dernier siècle avait rassemblé savamment toutes ces preuves éparses de la divinité de notre religion , et y avait joint tous les nerfe de la logique et toutes les couleurs de l'éloquence. Le pbilosophisme de nos jours a étalé une critique, une érudition toute différente; on verra qu'elle n'a été, même dans des écrivains d'ailleurs fort renommés, qu'ignorance et mauvaise foi. C'est pourtant celle-là qui a fait le plus de bruit et qui a été le plus généralement accréditée ; ce qui caractérise encore la frivolité et la corruption de Tesprit général de ce siècle , et autorise l'arrêt de réprobation
ééjà porté cODtre lui dans toute i'Burope» el qui sera bien plus solenDei encore dans la génération naissante, instruite par le terrible exemple de la révolution française. Il n'en résulte donc qu'une grande et aoière confusion pour ceux qui ont donné k cette démence le nom à' esprit philosophique du siècle.
Mais le véritable esprit philosophique , quoique longtemps moins avoué et moins reconnu par Topinion qu'on avait égarée, ne se montre pas moins, aux yeux d'un public impartial , dans les écrits de Guénée , de Bergier, et de quelques autres des plus dignes adversaires de Tirréligion. Je dois cependant ajouter, par respect pour la justice, qui doit l'emporter sur l'amourpropre national, qu'en ce genre l'Angleterre a surpassé de beaucoup la France. L'étendue dès connaissances dans Warburton ne Ta pas garanti, il est vrai, de quelques erreurs que ses compatriotes eux-mêmes ont pris soin de relever. Mais la solidité et l'énergie des écrits de Sherlock et de Lardner, et surtout le chef-d'œuvre de ieland , la Nouvelle démonstration évangélique, supérieure à toutes les productions que le même zèle a enfantées dans ce siècle, et Tune de celles où les profondeurs de la science et du jugement n'ôtent rien à l'agrément du* s^le , ont assuré jusqu'ici à l'esprit anglais la palme en cette espèce de lutte du christianisme contre l'incrédulité. Cet esprit pourtant n'avait pu d'abord que rester faible quand il défendait l'hérésie contre le catholicisme; car il ne saurait y avoir de vraie force dans Terreur contre la vérité ; et les thèses et les conclusions de Bossuet sont demeurées inaccessibles à tous les efforts de ceux qui ont voulu infirmer ce grand argument de l'unité, à jamais inébranlable, comme l'Eglise dont il e^t la base. Mais ces mêmes protestants ont été forts contre l'ennemi commun ; et n'esi-il pas permis de penser que la Providence
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Dous offre peut-être, dans leurs honorables combats en faveur de la révélation , un présage de leur prochain retour à cette unité précieuse dont ils ne sont pas séparés par leur choix, mais par la faute de leurs pères ?
. Serait-ce dans le nord que ce siècle irait chercher les titres de sa prééminence philosophique? Les. sciences naturelles mises à part, Tirrécusable histoire ne montrera dans T Allemagne que la démence de vingt sectes d'illuminés ; que les rêveries de Swedenborg et de Kant , et de leurs disciples , opprobre de Tesprit humain , et les noirs mystères des hautes cUsses de la franc-maçonnerie occulte, asse2 dévoilés cependant depuis leur union avec la philosophie révolutionnaire, pour être à jamais Thorreur de la nature humaine.
De cet aperçu préliminaire , qui n'est encore qu*un avertissement pour les lecteurs curieux de la vérité, je passe aux deux objets principaux et actuels , la métaphysique et la morale f c'estrà-dire cette partie de la philosophie qui , réduisant en méthode les actes de Tentendement et de la volonté, et les conséquences qui en dérivent pour la conduite de la vie, rentre dans toute la théorie de Tordre social et politique. Sous ce point de vue , je trouve dans la première moitié de ce siècle des titres vraiment honorables pour la philosophie , pour celle qui mérite vraiment ce nom , et à laquelle personne ne reud justice plus volontiers que moi. Il n'y a que des hommes intéressés à la confondre avec celle qui n'en a que le masque, il n*y a qu'eux seuls qui puissent me supposer contre elle aucune espèce de prévention ; ici, toute prévention de ma part serait bien gratuite , et j*ose attester tous ceux qui m'écoutent et qui m'ont lu que la partialité n'a jamais été le caractère de mes opinions et de mes jugements. C'est un témoignage que
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m'ont rendu assez souvent en littérature mes ennemis mêmes ; et, qnand je me suis égaré en fait de religion ot de politique, j'ai du moins eu cet avantage qu'il n*y avait de ma part ni mauvaise foi ni intérêt personnel. C'étaient tout simplement la vanité et l'étourderie naturelle h cette prétendue philosophie que j'avais embrassée sans examen, au lieu qu'aujourd'hui c'est un examen très-réfléchi , très-désintéressé, tout au^moins appuyé de l'expérience qui , en me faisant renoncer à des erreurs funestes , m'a fait un devoir de les combattre dans lears premiers auteurs et dans leurs derniers disciples.
J*aperçois donc d'abord, en commençant par le bien qui doit faire ensuite mieux sentir le mal , cinq écrivains illustres qui, en différentes manières , ont rendu plus ou moins de services à la philosophie. Fontenelle , qui l'a réconciliée avec les grâces; Buffon , qui , comme Platon et Plhoe/ lui a prêté le langage de l'imagimition ; Montesquieu , qui a su appliquer l'un et l'autre aux spéculations politiques ; d'Alembert , qui a rangé dans un ordre méthodique et lumineux toutes les acquisitions de l'esprit humain ; et Condillac , qui a fait briller sur h métaphysique de Locke tons les rayons de l'évidence. Voilà ceux qui forment parmi nous la première classe, celle des hommes supérieurs qui ont été à la fois philosophes et écrir vains. La seconde se compose de quelques moralistes d'un mérite plus ou moins distingué. Mais la troisième, et malheureusement celle qui a eu le plus d'influence, n'offre que des sophistes qui, avec plus on moins de talent pour écrire , et quelquefois avec des titres de célébrité, aussi étrangers à la philosophie que les caractères de leur esprit , ont été , sous le faux nom Ae philosophes , d'abord les ennemis de la religion , et ensuite » par une conséquence infaillible , ceux de tout or--
dre morai, social et politique, et pour uwt dire en un mot, les pères de la révolution française.