CHAPITRE III
M. de Malesberbcs.
M. de Malesherbes entra au ministère avec M. Tuiigot. c Lorsque, dit M. Boissy-d'Anglas, j'ai connu M. de Malesherbes, (1) en 4786 , il était fortement occupé de la réclamation des prolestants, qu'il se reprochait de n'avoir pas défi) Parmi les personnages célèbres da dix-bnitième siècle , rrec lesquels j*al tu des liaisons pins ou moins intimes , dit le même écriTSin , le pins bosorable ms donte, celnl dont le souvenir m*a laissé le sentiment le plus profond de vénération et de respect , et dont je suis le plas fier d^avoir été connu , et j'ose dire estimé ; e*est M. de Malesberbes. Son nom , si glorieux t tant de titres , se présente de- Tant la poslèrilé, environné d'un si beau cortège : il rappelle un caractère si grasd, si noble, si généreux, une fine si pure, si indépcndinle , si élevée, une vertu si parfaite et si invariable, un amour si constant et si désintéressé pour tout ce qui est bon et juste; enfin, on dévonemcnt si complet v» mêmes prlneipes, dans des àr-
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iMcée quand il avait eu, étant ministre « ceqn'oa appdait leurs affaires , dans son département ministériel, c'est-à-dire, FattribnUon qu'avait trop cruellement eiercée, pendant pins
d diTerseï, qaoiqoe également difficiles, qn*il est impossible d'entendre prMoaeer ee BOB sans une Yire émotion , mêlée d*admifttlen et de dnnlenr.
M. de Maledieibes fnt on homme exeeilent sons tons les rapports : Û fot nnit dus plosieni branches des eonnaiasanees ksmaines, lda!ré dans presque tontes; il ht eratenr éloqaent , écrtrain dlstinfné , bomme de lettres rempli d*lnslnclioB et dn giH, boMM d'éUt profond, législalenr babilo, mafislnt plein de IniMèics et dn fermeté; il ent on esprit aimable, enjooé même, toojoors Inmineu et juste : dans n fie prifén, il fnt constamment bon , simple et modeste, plein de modéntlea et ^tndUfewe, dm société dMen,d'nn abord fadin; cétali Ini qt*on pemit appeler le hn kmme, non pas b la manière de La Fontaine, naïve , plaisante, originale, binrre ménM; suis, par nn charme, qot n'appartient qn*l Isi, et qni , sans riei snisfnr dn In vénéntlon qn'tt Inspbtk, savait nnirb slmpRcité et h bentéirnb- •eaea de tonte prétention et an désir bien réel de se placer to^|onit fe la portée dn tont le monde. Qnand on le Toyalt, pour la première fols, atec son babtt marron I fnndes podes , ses bonlons d*or, ses mancbettet de monasellnn, ton jabot bnrbonlllé dn tabne , et an permqne ronde mal peignée et mise de travefi • ft qn*on Fin* tendait parler a?ee si pen d*airectation et de recherche , qaoiqn*avec on si grand sens et tant d'émdstion et d*esprit , il éutt impossible d*tmaglner qn*il (Ht In fls d*in ibmMHer dn Franse , le dwisntot de TlUnstm taille de tunoignea ; fi*a oit été reréta des premières dignités de la maglstratnre; qn*il fét ministre d'état , membre ies trois Acndémles, et qn*il (It doné des pins hantes qualités pnrsottelies qnn In cM petase dépniUr h nn homme; mnis on nn ponvait échapper I rallntt qn*U faisait aalin, ni Inl refeser, dès le premier aroment, la eenOanen la pins étendne.
Une snnedote, qoe je Inl al enlendn raconter, peint aaseï bien Timpresslon qn*U hiSBit d'nboid , et Toplnton qne sn manière d'être donnnit dn hil. H tnrennlt n Jonr les halles de très-grsnd matu, en s'arrêtent de tempe en temps dorant les mnrcbands ho^or&tns, stsc l'intérêt et l'attention d'nn homme rersé dans h botaniqae. Peni tames dn penpie dispotalent ensemble snr le nom et la quitté d'nne phntn média* aale , qnn Tone des den vonfarft vendre I l'antre. -* Dmmtiti phMi à JTeneldaf ..., éitla mnrehnnde, en sMMtnnt M. de Ifalesherbes , qni passait, U nm mmUmiêt miie$ #«kserdl -.Et, en filet, M. de Malesherbes s'annça, indiqna fort nettement le nom et la famille de la plante qni avait onasioné fai dispntn, mêsM ses vertns et Ks qualités; et pmonne n'eut rien h répondre... U se ratlrolt gatment, Ser de ce que son nom et sa célébrité étaient parvenus jusqu'à la halle et parmi les botanistes éa penpie , kmqu'un léger scrupule vint , igontait-il , troubler aa gloire et see preprea )eni. Il retourna sur ses pas , pour demander à la marchande , qui avait réclamé son nioriié, ponrqnoi elle s'était adressée à lui. — - Bêt-ee fue Je n'H pu nlvUêê mUe , d vêire Hfêre , f ee fmn Hiei nu ttfê^lMirf, fti frnto 9ekHer ét$ berêes f
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de cinqnattle «os , son prédéoessear La VrHUère , de leoir daaft sa main le premier anneau de la chaîne de fer appesantie sur eux, et de veiller à œ que les erdonnances de Louis XIV et Louis XY, qui les concernaient, fussent rigoureusement exécutées. Cependant, il faut le dire, car le premier devoir de tout homme est d*étre juste , quoique Louis XY eût un grand éloignement pour les prolestants , que sa déclaration de 4 724 eût encore r^chéri sur la sévérité des lois pénales de son bisaïeul, et que pendant la longue durée de son r^ne il n*ait jamais vottlo entendre parler d'aucun adoucissement légal au régime oppressif et tyrannique sous lequel était courbée cette portion de ses sujets , il y avait déjà plusieurs années , lorsque ce prince mourut , qu'une sorte de tolérance silencieuse rendait leur situation moins pénible. On n'abrogeait, à la Vérité, aucune des lois dirigées contre les protestants, mais on semblait fuir Toccasion d'en faire usage. Us s'assemblaient dans les champs, et loin des villes, pour se Uvrer aux pratiquesde leur culte ; et quoique
êî, amtmwoÊêmeM fmtêm hm kêmme, fék Mm pmté fte 9ouê ne WÊe refiiêeries foê éê mma dire le mm ée eêUe pimie, fMiêquê c'eU vokre Ual é$ te eoumÊtre.
On lai avait domè, daw sa jenaeise , pour matin de daase , «• (aneu Uanaei, ^1 traiTali, avec adAiiMtoa, tast de cboaea dans un menuet , et qai avaU la préiMtiien de dênder le caraclère et d'apprécier lei qualités ulellectnelles et nendei d'm penouie» en h voyant marcher dans one promenade, on se présenter dans «i salon. U faat croire qoe les progrès de son eoolier le ssHsfaisalent pea , car an jonr, aprlB avoir demandé solennellement nne andience particalièra à son père, aie» présidente mortier dn parlement de Paris, et ensuite ehaneelier de France, il se rendit diet ini : « Honsieor le président , ini dit>il , je dois ii la eoufianoe « dont vous aven « daignes m'Iionerer, de venir vous déclarer non-seulement que monsieur votre fils « ne dansera jamais bien, mais encore qu'il est incapable de réussir ni dans \m ma» « f btratnre ni dans l'armée , et qu'il la manière dont il marcbe , vous ne ponvet rai* « sonnablement le placer qae dans l'Eglise. • li apgU reiaM paar Famée , disait M. de Malesfaerbes en nous racontant ce fait, Je eroie que U cnm wCûêntU fêU peur : quant à la magisUntnre , je crains bien qu'il n'ait en raison aussi; cependant ti y a une ciuiee sAre, c'est qne les lettres de cachet, qui sont le canon dont on se sert contre les gens de robe , ne m'ont jasMis trop éponvanié.
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Tautorité en fût informée , principalement par les remontrances officielles des assemblées générales dn clergé, et que les ordon^i nances royales prohibassent textaellement ces réunions, sous peine de mort pour ceux qui y remplissaient des fonctions ecclé^ sîastiques , et des galères perpétuelles , avec la confiscation de leurs biens, pour ceux qui y assistaient simplement , on n'eiH voyait plus la force armée pour les arrêter ou les dissiper , et eliefl ne donnaient plus lieu à des poursuites juridiques ou arbitraires. Ce fut vers ce même temps que M. de Malesherbes fut nommé ministre de la maison du roi et des provinces, ce qui renfermait ^ ce qu'on appelle aujourd'hui le département de rintérieur, en y réunissant même quelques-unes des attributions de celui d^ la police générale. Il parait que le roi aurait voulu lui donner le ministère de la justice, où il était appelé plus particulièrement par ses habitudes et le genre de ses travaux ; mais M. de Uau-' peou, qui était chancelier de France, ne voulut pas se dém!it-^ tre de sa place. Le garde^es-sceaux qui, lors du rappel des parlements, avait aussi été rendu inamovible, aurait présenté la même difficulté; et Ton aurait été forcé d'imaginer nw moyen pour placer M. de Malesherbes en troisième; ce qui ni» pouvait convenir ni à son nom, ni à son caractère, ni à seaaâ^ ciens et glorieux services, ni à sa considération vraiment na« tionale, ni surtout à son ék»gnement pour les hautes places dont il était digne. Ce ne fut même que d'après les vives ins-** tances de son ami T^rgot , qui était déjà ministre, qu'il se détermina à céder ik la volonté du roi et à accepter le rang qu'on lui offrait. Il y remplaça le duc de La Vrillière qui avair été cinquantCHleux ans secrétaire d'état, et qui s'était conduit de manière que sa destitution fut considérée comme un grand bienfait du nouveau monarque.
m Histoire de fiunce.
Oo avait vu, ^us les règnes précédenls» des mioistres faire pardonner au peuple, par la grandeur de leurs vues et Tédat de leur renommée, le despotisme de leurs volontés, ou racheter» par de grands services, aux yeux de leurs maîtres, et par ]a gloire qu'ils leur rapportaient, l'indépendance qu'ils osaient affecter vis-à-vis d'eux. Le duc de La Yrillière ne présentait aucun de ces avantages; bas flatteur auprès du roi, tyran vis-à-vis du peuple, il n'avait jamais eu d'autre but que de conserver son emploi et de se mettre à portée d'en abuser sans danger. Il était médiocre de lumières, faible de caractère et dominateur absolu ; il craignait ce qui était bien ; il rqK)ussait ee qui était raisonnable; et, rapportant tout à son pouvoir, il craignait la justice et l'équité comme des ennemis qu'il fallait éloigner de peur que son autorité n'en souffrit. Ce n'était pas lui qui répondait à h récUmalion d'un homme froissé par une grande injustice : Et qui vm^dit que cela est juste? mais c'était lui qui méritait le mieux de l'avoir dit. Il avait dans son dé* parlement ce qui concernait les protestants, qu'on appelait encore les nouveaux convertis ; et il aurait rélabli les dragonnades si la faiUeascet même la bonté de Louis XV eussent voulu s'y prêter; mais, dans tout ce qui ne dépendait que de lui, rien n'égalait la dureté de son administration.
Il avait la surveillance et la distribution des lettres de ca^* cbet; et l'imagination est effrayée en songeant au nombre immense de celles qu'il signa; il les distribuait par milliers; il n'y avait pas un homme en place, pas un commandant de province, pas un intendant, pas un évéque qui n'en reçût de signées en blanc en aussi grand nombre qu'il le voulait, dont il n'avait ensuite qu'à déterminer l'emploi. Ou a dit qu'il en avait été donné plus de cinquante mille pendant la durée de
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ce miDistèfc. Ce ûombrc parait d'a))Ord exagéré; mais si Ton réfléchit à la facilité avec laquelle on les accordait, et méine au trafic honteux qu*on ne rougissait pas d*en faire, on peut croire qu il ne l'est pas, puisque ce n*est pas mille par an pour toute la surface du royaume; et que, d'après le régime que Ton suivait, Tarbitraire allait chercher ses nombreuses victi* mes jusque dans les classes de la société les plus obscures et les plus reculées.
Tel fut le ministre auquel M. de Malesherbes fut appelé à succéder; on voit qu'il ne lui ressemblait guère. Il s'attacha principalement, dès qu'il fut en place, à réprimer toutes ces violations du plus sacré de tous les droits ; et il fut, comme il 8*en est glorifié lui-même depuis, fidèle à ses anciens principes, en changeant d'état et de fonctions. Il fit mettre en liberté presque tous ceux qui étaient arbitrairement détenus, et il ne «gna aucun ordre pour en faire arrêter d'autres. Il détermina même, pour l'avenir, des formalités d'après lesquelles une leU tre de cachet, s'il avait été absolument nécessaire d'en expé^ dier , aurait été aussi difficile à obtenir que l'acte juridi* que d'un tribunal; mais il fit mieux encore, il n'en donna point.
Je lui ai sou vent ouï dire qu'il n'avait accepté le ministère, d'après les vives instances de Turgot , que lorsque les princi* pesduroi sur le danger et l'injustice des ordres arbitraires et sur l'économie dans les dépenses lui avaient paru conformes aux siens, et qu'il s'était flatté d'après cela de ne rencontrer aucun obstacle tiux changements qu'il avait dessein d'opérer, c Mais, ajoutait-il, je n'avais pas songé que l'appui du roi est le plus faible de tous ceux qu'un ministre réformateur peut obtenir. Nous avions bien le roi pour nous , Turgot et moi , disait*
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il encore, mais la cour dous était contraire; et les courtisans sont beaucoup plus puissants que les rois. »
Après l'abolition des lettres de cachet, ce qu*il désirait le plus vivement, c'était d'établir un bon système d'économie, en diminuant les dépenses. Il pensait et osait dire, et il avait répété souvent, qu'indépendamment de ce que la justice défend de rien demander au peuple, en fait d'impôt, au-delà de la plus stricte nécessité, la politique la plus sage prescrit l'adoption de ce principe, c Quand on aura exigé du peuple, disait-il, tout ce qu'il lui est possible de payer, comment pourrat-on, si des circonstances extraordinaires le réclament, lui demander des taxes nouvelles? Et si Ton ne le peut pas, comment pourra-t-on, dans une guerre imprévue, par exemple, résister aux attaques inopinées d'un gouvernement qui , par son crédit ou par la modération de ses dépenses habituelles, se sera donné la possibilité de doubler la masse de ses ressources, au moment où il en aura besoin ? »
Aussi, l'une des premières propositions qu'il fit au roi dès l'instant où il fut ministre, fut-elle de réduire les dépenses de sa maison et de diminuer les impôts.
On lit, dans un ouvrage historique publié il y a quelques années, un Mémoire que l'auteur prétend avoir trouvé dans les portefeuilles du roi, après la catastrophe du 1 0 août, et qui est signé de M. de Malesherbes. Quoique les communications de ce genre ne doivent être accueillies qu'avec une grande circonspection, il est difiScile toutefois, pour peu qu'on ait eu l'habitude de lire ou d'entendre M. de Malesherbes, de révoquer en doute l'authenticité de celle-ci ; on y reconnaît aisément ses principes, ses opinions et sa diction; et, quoique je n'aie jamais eu l'original sous les yeux, je ne balance pas à re-
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coonattre eomme véritables les citations qae l'on en peut lire, n a poar objet, comme on le verra, de déterminer le roi à la persévérance dans ses projets d'économie, que les gens de la coar s'efforçaient d'empéqber.
c Le roi est parvenu au trône, y dit-on à l'infortuné Louis XYI, dans un moment où l'économie était demandée par le vœu général de son royaume , épuisé par les dissipations des derniers règnes.
< On ne tarda pas à reconnaître que le roi n'avait aucun de ces goûts dispendieux qui ruinent les états, ni le faste de Louis XIY, ni une passion immodérée pour les plaisirs, ni aucune de ces fantaisies enfantées par l'oisiveté des princes ; on reconnut au contraire en lui les deux qualités les plus opposées aux dissipations, |a justice, et un grand amour pour l'ordre et la r^le.
c II ne faut pas que le roi ignore que les acclamations , si générales et si flatteuses, qui ont éclaté lors de son avènement, ont été dues en grande partie à l'opinion qu'on a conçue de lui à cet égard ; car, quand une nation a été aussi malheureuse que l'était alors la nation française , ce sont ses vrais besoins qui la font parler et agir ; et de tout ce qui avait été critiqué dans ces derniers temps , rien n'avait affecté le peuple autant que l'excès des impôts attribués à l'excès des dépenses.
c De toutes les dépenses , celle sur laquelle on demandait le plus d'économie et de réformation, c'était celle de la maison du roi.
€ Dans la guerre, la marine, les affaires étrangères, en même temps qu'on demande la diminution des dépenses , on craint aussi de diminuer les forces du royaume; mais dans la maison du roi , on n'a pas la même crainte ; tout ce que le roi
4M HISTOIRE DE PftANGE.
pourra réformer sur lui-même paraîtra un bienfait pour son peuple ; et si on craint que la splendeur du trône en soit dimi* nuée, j*ose dire que le roi est assez bon pour n*avoir pas eetle crainte » et que ce n'est point par la pompe et la magnificence qu'un roi de France est respecté.
c J'ose Tas&urer, qu'excepté les seules personnes qui composent la cour, nul ne lui sait gré de ce pompeux appareil qui Fenvironné, et que l'extérieur le plus simple, le retranchement de tout faste et de toute superfluité ne fera qu'augm<mter la vénération qu'il inspirera à ses sujets et aux étrangers.
< La réformation des dépenses, dans cette partie, est donc la plus généralement désirée ; c'est celle qui fera le plus d'honneur au roi, et dont les peuples auront le plus de reconnaissance, parce qu'elle lui est personnelle. En effet, elle ne peut être l'ouvrage d'un ministre, car il faut que le roi luimême consente, avec connaissance de cause, à chacun des sacriBces qu'il faudra faire ; c'est celle-là qui donnera l'exemple de l'économie qu'il est si nécessaire d'apporter dans les autres parties de l'administration ; c*est celle aussi qui établira sur une base solide le crédit si nécessaire aux finances.
c Ce crédit renaîtra aisément , quand on verra que le roi sait faire des retranchements sur lui-même ; sans cela , les projets d'économie ne seront attribués qu'à des ministres dont la fortune chancelante ne peut inspirer une confiance solide.
c C'est ce que je pensais avant d'être appelé auprès de la personne du roi , et ce n*est point une façon de penser qui me soit personnelle ; ce n'est point ce qu'on appelle aujourd'hui un système , c'est h façon de penser de la France entière et de TEurope, à l'exception des personnes de la cour, qui, malheureusement , sont les seules qui approchent du roi .
€ Sa Majesté a jugé à propos de m'appeler aa oiinistëre, et de me donner le départemrat de sa maison ; elle sait avec ccmi* lHen.de répugnance je m*en suis chargé, et qu'il a fallu yn ordre exprès de sa part, dans lequel elle a bien voulu me marquer que ce serait pour un temps fort court.
c Sans entrer aujourd'hui dans toutes les causes de mon éloignement d'une place aussi éminente, une des principales était la nécessité de cette réformation, et le peu d'aptitude que je me sentais pour ce travail , qui n'a aucun rapport avec celui que j'ai fait toute ma vie. Je m'expliquai là-dessus avec M. de Maurepas et avec H. le contrôleur-général, et le roi ne l'a pas ignoré. .
c On me répondit que je serais dispensé de ce soin ; qu'un plan de réformation économique de la maison du roi serait fait par ordre de M. le contrôleur-général, et présenté au roi ; qu'après son approbation , l'exécution seule concernerait mon département. Mais il m'était aisé de prévoir que cette exécution ne commencerait qu'après que je serais sorti du ministère.
c Le projet de faire faire le plan de réforme de la maison du roi , par des personnes étrangères à cette administration , avait des avantages et des inconvénients : Tavantage vient de ce qu'il est difficile qu'un homme élevé dans la maison du roi, imbu des principes qui y régnent, attaché à de certains préjugés chers à ceux qui vivent dans l'atmosphère de la cour, tranche dans le vif sur de certains abus qui , à ses yeux , sont des lois fondamentales ; l'inconvénient vient de ce qu'il est diffi* die aussi qu'un homme, qui n'est pas versé dans les détails de cette administration, ne se trompe pas sur beaucoup d'objets, malgré rexactitude des mémoires qu'on lui fournit.
« Au reste, le plan de M. le contrôleur-général aurait pu
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les classes de l'état souffrent également de celte incertitadd funeste qui ne promet rien à Tavenir, et ne permet pas de fonder aucune espérance sur le passé.