CHAPITRE V
Insarredlon des AmérieilBS.
Louis XVI fut sacré à Reims le 1 4 juin 4775. Cette année, le cardinal Brascbi fut élu pape sous le nom de Pie VI, et Washington fut nommé général en chef des armées américaines. L'Angleterre , abîmée de dettes » conçut la pensée d*en faire acquitter une partie par ses cdonies d'Amérique. Mais celles-ci accoutumées à se taxer elles-mêmes, et à voir consommer au-dedans de leur territoire les dépenses de leur administration, virent dans cette prétention une injure à leurs droits; et la publication d'un acte du parlement de ^ 765, qui introduisit en Amérique l'usage du papier timbré, fut le signal d'une émeute à Boston. La révolte s'étendit dans toute la province de Hassachussets, dont cette ville était la capitale, et il y fut arrêté, dans une assemblée générale des francstenanciers que, nonobstant l'acte du parlement il serait légal de contracter sur papier libre et non timbré. Cette audace, jointe à des remontrances plus conformes à l'esprit de soumission, obtint l'année suivante la révocation de l'acte du timbre, mais pour faire pkce à un autre encore plus inquiétant : il était enjoint en effet aux provinces américaines, non^seulement de recevoir les troupes qui leur seraient envoyées par la métropole, mais encore de leur donner gratuitement logement, chauflage, bière et autres menues fournitures. Les plaintes de la province de Ncw-Yorck furent punies par la suspension de son pouvoir législatif. Lçs Bostoniens se signalèrent encore en cette occasion; d'al)ord en repoussant bois de leur ville deux régiments, qui avaient fait feu sur le peuple, et ensuite
Louis xVi. sas
eii orgaioisaDt un soulèvement général. Ce fut Touvrage d'un comité particulier qu*ils créèrent en 4768, et qui, par sa réunion à divers députés des autres provinces, forma un comitégénéral, dit de caiiveniion^ dont les avis furent bientôt respectés comme des lois. Le gouvernement faiblii contre ces me* sures de révolte, et retira ses actes en 4770. Sa faiblesse accrut dans les Américains le sentiment de leur force. Telles étaient les dispositions générales, lorsqu'on 4773 le gouvernement se ravisa, et, revenant à son premier plan de soumettre les colonies à Timpôt, chargea de droits exorbitants divers objets de commerce importés en Amérique, et particulièrement le thé dont la Nouvelle-Angleterre faisait une immense consommation. Mais, toujours éveillés sur leurs intérêts, les Bostoniens repoussent cette taxe indirecte, à laquelle on veut les soumettre, eo refusant de laisser décharger les marchandises frappées de rimpôt ; ils somment même le gouverneur d*en faire évacuer le port ; sur son refus , la populace se porte sur les vaisseaux et jette le thé à la mer. En même temps la confédération des provinces prend une nouvelle consistance par un assentiment opiniâtre et unanime à rejeter les denrées, sous Tenvoi desquelles h politique anglaise masc^uait ses premiers projets. Le gouvernement résolut alors de punir les Bostoniens, et, sous le prétexte de Timpossibilité de percevoir avec sécurité les droits dans une ville en insurrection^ il arrête Tinter* diction de son port et la translation de sa douane. Cette mesure ne pouvait manquer en effet d'être trés*sensible dans une cité commerçante, où une multitude de familles ne vivaient que du mouvement et des transactions du négoce. Par représailles les Bostoniens proclament un embargo sur les vaisseaux anglais qui se trouvaient dans le port, et font appel au com- T. XVI. 20
toc HISTOIRE DB FRANGE.
merce étranger pour s*y rendre, liais pour valida cette résolution il fallait user de la force; et le général Gages, gouverneur de la ville, avait dix régiments à ses ordres.
Le 4*' juin 4774, jour indiqué pour Tinterdiction du port« Gages le fait bloquer sans obstacle par les bâtiments dont il dispose , et transfère de même la douane à Plymouth , au sud, et rassemblée de la province à Salem, au nord. Mais, hors de Tinspection immédiate du gouverneur, les résolutions de celle-ci en devinrent plus hardies. Un comité représentatif s'unit encore une fois aux députés des comités établis à Tinstar de celui-ci dans les autres provinces; il fixe d*abord avec eux, au terme d'une année, la tolérance du commerce avec l'Angleterre , et émet enfin le vœu d'un congrès général. Des députés sont nommés de toutes parts » et au mois de septembre ils se rassemblent à Philadelphie, capitale delaPensyl- Yanie , et le centre à peu près de l'Amérique anglaise. Peyton- Raudolph, élu président, commença la session par la rupture d'une couronne en douze parties égales qui furent distribuées aux représentants d'autant de provinces qui formaient alors 4a confédération. Le congrès rédigea ensuite une déclaration des droits, type de toutes celles qui ont été faites depuis, mais qui n'excita en Amérique aucune de ces méprises intéressées «t de ces violences particulières dont elles ont été le prétexte en France. Il déclara la cessation des pouvoirs et des fonctions 4es employés anglais , autorisa les représailles en cas d'opposition , et ordonna enfin la levée de milices pour la défense du pays.
Cependant un faible corps de cette milice , sous la conduite du général anglaisCharles Lee, qui s'était dévoué à la cause des Américains, ayant pris immédiatement d'assaut le petit fort de
LOUIS XVI. * *n
Portsmouth, fixa sans retour, parce succès, les résolutions hostiles des Américains. Le premier événement militaire que présente cette guerre fut à leur avantage.
Le 19 avril 1 775, leurs milices surprises à Lerington , près de Boston , reculèrent d'abord et se dispersèrent. Mais bien^ tôt , accrues de quelques renforts, elles se rallient et surprennent à leur tour les Anglais, qui , croyant n*avoir plus d'ennemis à combattre , s'étaient débandés eux-mêmes, portant le fer et la flamme dans les environs. Ceux-ci battus et poursuivis jusque dans la ville , y sont forcés et regagnent avec perte Boston , qui tarda peu à être investie par le général Putuam à la tête de vingt-cinq mille Américains. Mais , d&ns le même temps , les généraux Burgoyne et William Howe , envoyés par l'Angleterre, débarquaient dans cette ville, amenant avec eux cinq mille hommes de troupes réglées qui firent lever le siège.
Dès la fin de Tannée, deux partis américains , sous le commandemaat du général Montgommery et du major Arnold , pénétrèrent dans le Canada, par deux voies diiférenies, malgré des chemins réputés impraticables, et ayant enlevé Ticonderago et Montréal , vinrent mettre le siège devant Québec. Les habitants, secondant le courage de leur gouverneur, Gui Carietoo, firent des sorties vigoureuses dans lesquelles Montgommery fut tué et Arnold fut blessé , ce qui amaui la levée dn siège. Immédiatement après la levée de celui de Boston , Georges Washmgton avait été élevé au grade de généralissime des armées américaines. La modération connue de son caractère l'avait fait juger le plus propre à défendre avec sagesse la révolution qui s'opérait. Au retour du printemps, le généralissime reprit le siège de Boston. Cette ville était mal fortifiée , mais les Américains la ménageaient par égard pour ses
I trémité.
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habitants. La dbeite qu'ils y Grent naître avança leurs opé^ ratioDS, et surtout Toccupation d*un poste important d*où l'on foudroyait la flotte anglaise, et d'oik Ton pouvait gé&er rembarquement de la garnison , si elle était réduite à cette ex-
La commission du général Howe portait en ce cas de brûler la ville avant de l'évacuer. Le moment était arrivé, car la retraite seule pouvait soustraire la flotte à une destruction inévitable. Mais les dangers de l'embarquement » et la crainte d'abandonner à la vengeance des Américains une partie de son arrière-garde» portèrent le général anglais à composer et à renoncer à l'acte de barbarie qui lui était commandé. Il se retira à Halifax, dans la Nouvelle-Ecosse, et y attendit les nombreux renforts que l'Angleterre faisait passer en Amérique, et qu'elle avait recrutés .avec son or chez divers petits princes d'Allenugne. La prise de Boston éleva au comble l'enthousiasme des Américains. La Géoi^e accéda alors à ta confédération , et le congrès fil publier, le 4 juillet 4776, un acte d'indépendance, par lequel il se constituait puissance libre et afl*ranchie de la domination anglaise. Dann l'intention de se faire reconnaître pour tel par les puissances européennes, il nomma des agents diplomatiques qui furent envoyés en Espagne et en France.