‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 29 sur 85 · CHAPITRE VL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VL

Franklin.

Benjamin Franklin , non mcins célëlire par ses découvcries en physique, qi;epar les talents avec lesquels il avait défendu ses concitoyens ."k Londres et dirigé depuis leur résistance,

accompagna en France l'envoyé américain ; et i*espèee d*en* gouement que firent naître sa personne et la simplicité de son costume et de ses mœurs, le rendit le principal agent de b négociation et en amena le succès. 11 fit en France une véritable révolution , et la nation était toute gagnée à la cause de ses compatriotes, avant que le gonvemement se prononçai en leur faveur. Celui-ci avait néanmoins toléré les communica* lions lucratives de ses commerçants avec les colonies américaines , et les approvisionnements d'armes et de munitions qui se faisaient dans ses ports pour le compte des insurgés. Enfin il fermait les yeux sur la disparition d'une jeunesse avide de gloire» qui s'échappait de la cour et des armées pour s'associer à la cause des Américains et former à la discipline et à la victoire leurs bataillons inexpérimentés. Lord Chatam, l'implacable ennemi de la France, voulait qu'on lui déclarât la guerre; mais le ministère jugea inutile et même dangereux de provoquer ce surcroît d'embarras. Cependant quarante mille Allemands, Hanovriens , Ressois et autres, étaient descendus en Amérique. Lord Howe, frère du général, commandait la flotte qui les avait amenés, et la facilité qu'il avait de transporter rapidement ces troupes sur divers points d'attaque, affaiblissait l'ennemi en le forçant, par l'incertitude où il le (énait, de disséminer ses nombreuses milices.

Les Anglais néanmoins furent battus devant Charles-Town , capitale de la Caroline méridionale , habilement et vigoureusement défendue parle général Lee. Ils réussirent mieux à New- Yorck. Ils avaient espéré la conquête de cette ville , d'une intelligence qu'ils y avaient pratiquée avec le maire , avec le commandant même de la province, un des fils de Benjamin Franklin, et enfin avec la maîtresse même de Washington,

qui trahissait ce général. Cette trame fut découverte, et les Anglais furent réduits à employer ouvertement la force. Leur nombre décida du succès» New-Yorck fut évacuée à leur approche , et Washington , battu encore par le chevalier Howe à Kingsbridge, fut contraint d'abandonner les bords de THudson , et de se retirer sur le Delaware pour couvrir Philadelphie , ville où se tenait le congrès. Lord Cornwalis reçut ordre de s*y diriger. En y marchant, il rencontra Washington vers Rince-Town. Il espérait atteindre son but en écrasant ce dernier» lorsqu'à la faveur de la nuit, celui-ci lui échappa sans qu'il s'en aperçut , et fit une retraite célèbre qui termina la campagne. Au commencement de la suivante, le chevaUer William Howe , reprenant les projets auxquels la saison avait mis obstacle , se fît porter à l'embouchure du Delaware, remonta le fleuve , et prit terre à peu de distance de Philadelphie. Washington se proposait de lui opposer les moyens de temporisation , qui seuls pouvaient lui réussir avec une armée trop novice ; mais le congrès lui ordonna de combattre. L'action eut lieu le H septembre 1777, àBrandwine. Le jeune marquis de La Fayette, l'un des premiers Français qui offrirent leurs services aux Américains, s'y distingua; mais une blessure qu'il reçut dans l'action ne lui permit pas d'inspirer tout son courage aux brigades qu'il commandait. Les Américains furent battus , et recueillirent néanmoins de cette journée un avantage, celui d'avoir privé l'armée anglaise d'un grand nombre 4e combattants difficiles à remplacer. Les Anglais entrèrent à Philadelphie, que le congrès avait quittée, pour allei: s'établir à Yorck-Town ; mais pendant qu'ils triomphaient dans le midi, ils éprouvaient dans le nord un échec honteux qui contrebalançaient et au-delà ce faible succès*

A l'exemple des Américains , le général Burgoyne avait essayé de se frayer nne route dans les déserts épouvantables qui séparent les Etats-Unis du Canada. Après s*étre emparé plus heureusement qu'il ne pouvait l'espérer du fort de Ticonderago, il suivait la rivière d'Hudson , se proposant de se réunir au général Henri Clinton qui , partant de New-Yorck , s'avançait lui-même sur cette rivière, et d'isoler ainsi les provinces du nord de celles du midi. Mais il avait à peine quitté le fort • qu'il était coupé sur ses derrières. Cependant il poussait toujours en avant, se raidissant contre les obstacles que lui offrait à chaque pas un pays affreux et stérile. Il touchait à Albany, lorsqu'il rencontra les généraux américains Gates et Arnold. Une attaque infructueuse lui fait connaître l'impossibilité de passer outre et la nécessité de rétrograder. Mais arrivé à Saratoga , cette dernière ressource lui est enlevée. Cerné de toutes parts , et dans un dénùment de vivres auquel la victoire même ne pouvait apporter de remède , il fut réduit à capituler le i 7 octobre , et à mettre bas les armes avec six mille hommes , reste de douze mille, avec lesquels il était entré en campagne. Précisément, dans le même temps, le marquis de La Fayette enlevait un convoi considérable que lord Cornwalis conduisait à Philadelphie, et cet avantage entra pour quelque chose dans les motifs qui firent évacuer cette ville aux Anglais, Tannée suivante.

Louis XYI fit avec l'Amérique un simple traité d'alliance et de commerce , signé le 6 février 1 778 , et qui ne devait avoir d'effet défensif et offensif qu'en cas de rupture de l'Angleterre avec la France. Mais dans la disposition des esprits chez les deux nations, c'était un événement qui ne pouvait plus tarder. Depuis longtemps les Anglais se plaignaient des secours

SIS histoire; de prance

particuliers donnés par quelques militaires et négociants français, tant en Amérique à leurs colons insurgés, que dans rinde au nabab Ayder-Ali-Khan , leur ennemi mortel. Les Français répondaient que le zèle chevaleresque de quelques individus n'avait jamais été considéré comme une agression nationale. On ignorait alors qu*on avait des reproches bien plus grandsà faire aux Anglais, et que leur ministère ne doutant pas de l'issue de ces accusations réciproques , avait fait passer, par la voie de Suez, des ordres absolus pour attaquer les établisse* ments français dans Tlnde, qne déjà Chandernagor, Masulipatam ,.Karical, étaient au pouvoir des Anglais, et que le général Mouro , parti de Madras , allait se diriger sur Pondichéry.

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