‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 3 sur 85 · CHAPITRE XLVn · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVn

Sûte ëet évéoeaMnts mémonblesi — L'arnéé iBglaisa obligée de eapitoler* Journée de Rosbadi. — Révolutions.

Le ministère de France avait d^à fait partir le maréchal de Richelieu pour commander Tarmée du maréchal d'Estrées, aranl qu'on eût su la victoire importante de ce général. Le maréchal de Richelieu, longtemps célèbre par sa figure, son oprit el ses détestables mœurs, et devenu plus célèbre par la déCmse de Gènes et par la prise de Minorque, alla combattre le duc de Cumberland ; il le poussa jusqu'à Tembouchurede l'Elbe, et là U le força à capituler avec toute-son armée. Cette capitulation , plus singulière qu'une bataille gagnée, était non moins glorieuse. L'armée du duc de Cumberland fut obhgée, par écrit, de se retirer au-delà de l'Elbe, et de laisser le champ libre aux Français contre le roi de Prusse. U ravageait la Saxe ; mais on ruinait aussi son pays. Le général autrichien Haddik avait surpris la ville de Berlin , et lui avait épargné le pillage ffioy^nant huit cents mille de nos livres.

Alors la perte de ce monarque paraissait mévitable. Sa grande déroute auprès de Prague, ses troupes battues près de Landshut, à l'entrée de la Silésie, une bataille contre les Russes indécise mais sanglante, tout Taffaiblissait.

U pouvait être enveloppé d'un côté par l'armée du maréchal de Richelieu, et de l'autre par celle de l'empire, tandis que les Autrichiens et les Russes entraient en Siiésie. Sa perte paraissait si certaine, que le conseil aulique n'hésita pas à déclarer qu'il avait encouru la peine du ban de l'empire» et qu'il éuit privé de tousses fiefs, droits, grâces, privilèges, etc. U

sembla lui-même désespérer pour loi^ de sa fortune, et n'envisagea plus qu'une mort glorieuse. 11 fit une espèce de testament philosophique; et telle était h liberté de son esprit au milieu de ses malheurs, qu'il ^écr^it en vers français. Cette anecdote est unique.

Le prince de Soubise, général d'un courage tranquille et ferme» d'un esprit sage, d'une conduite mesurée, marchait contre lui en Saxe, à la tête d'une forte armée, que le ministère avait encore renforcée d'une partie de celle du maréchal de Richelieu. Cette armée était jointe à celle des cercles, commandée par le prince d'Hildbourghausen .

Frédéric, entouré de de tant d*ennemis, prit le parti d'aller mourir les armes à la main dans les rang de l'armée du prince de Soubise, et cependant il prit toutes les mesures pour vaincre. 11 alla reconnaître l'armée de France et des cercles, et se retira d'abord devant elle pour prendre une position avantageuse. Le prince d'Hildbourghausen voulut absolument attar quer; son sentiment devait prévaloir, parce que les Français n'étaient qu'auxiliaires. On marcha près de Rosbach et de Mersbourg à l'armée prussienne, qui semblait être sous ses tentes : voilà tout d'un coup les tentes qui s'abaissent; l'armée prussienne parait en ordre de bataille, entre deux collines garnies d'artillerie.

Ce spectacle frappa les yeux des troupes françaises et impériales. 11 y avait quelques années qu'on avait voulu exercer les soldais français à la prussienne; ensuite on avait changé plusieurs évolutions dans cet exercice : le soldat ne savait plus où il en était; son anciennne manière de combattre était changée; il n'ctail pas affermi dans la nouvelle. Quand il vit les Prussiens .-ivnncer dans cet ordre singulier, inconnu presque par-

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toutaillears, il crul voir ses maîtres. L*arlillerie du roi de Prosso éuil aussi mieux servie, et bien mieux postée que celle de ses ennemis. Les troupes des cercles s enfuirent sans presque rendre de combat. La cavalerie française, commandée par le marquis de Casiries, chargea la cavalerie prussienne, et en perça quelques escadrons; mais celle valeur fut inutile.

Bientôt une terreur panique se répandit partout; Tinfante* rie Trançaise se retira ca désordre devant six bataillons prussiens. Ce ne fut point une bataille, ce fut une armée entière qui se présenta au combat, et qui s'en alla. L'histoire n*a guère d'exemple d'une pareille journée. Il ne resta que deux régiments .«suisses sur le champ de bataille; le prince de Soubise alla à eux au milieu du feu, et les fit retirer au petit pas.

Le régiment de Diesbach essuya surtout très longtemps le feu du canon et de la mousqueterie, et les apt^roches de la cavalerie, f^ prince de Soubise empêcha qu*il ne fût entamé en partageant toujours ses dangers. Cette étrange journée ebangeait entièrement la face des affaires. Le murmure fut ODiversel dans Paris.

Le ministère de France n'avait point voulu ratifier la convention et les lois que le maréchal de Richelieu avait imposées ai duc de Cumberland. Les Anglais se crurent, non sans raison, dégagés de leur parole. La ratification de Versailles n'arriva que cinq jours après l'infortune de Rosbach ; il n'était plus temps même avant la bataille de Rosbach ; la cour de Londres avait pris la résolution de rompre la convention ; le prince Ferdinand de Brunswick était déjà choisi pour commander l'armée réfugiée sous Stade» et se proposait, d'attaquer Tannée française affaiblie et dispersée dans l'éleetorat d'Hanovre. La fermeté du maréchal de Richelieu ^t Fhabileté du comte de

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