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Maillebois firent écbouer ce projet. L'armée se rassembla sans perte, et de savantes manœuvres forcèrent l'armée du prince Ferdinand à se retirer et à prendre ses quartiers. Mais le maréchal de Richelieu et le comte de Maillebois ayant été rappelés, les Anglais reprirent bienCôt l'électorat d'Hanovre, et repoussèrent les Français jusque sur le Rhin.
Si la journée de Rosbach était inouïe, ce que fit le roi de Prusse après cette victoire inespérée fut encore plus extraordinaire. Il vole en Silésie, ob les Autrichiens vainqueurs avaient défait ses troupes, et s'étaient emparés de Schveidnitz et de Breslau. Sans son extrême diligence la Silésie était perdue pour lui, et la bataille de Rosbach lui devenait inutile.
Il arrive au bout d*un mois vis-à-vis des Autrichiens; à peine arrivé il tes attaque avec furie. On combattit pendant cinq heures. Frédéric fut complètement victorieux; il rentra dans Schveidnitz et dans Breslau. Ce ne fut depuis qu'une vicissitude continuelle de combats fréquents gagnés ou perdus. Les Français seuls furent presque toujours malheureux; mats le gouvernement ne fut jamais découragé, et k France s'é* puisa à faire marcher continuellement des armées en Allemagne.
Le roi de Prusse s'afiaiblissait en combattant; les Russes lui prirent tout le royaume de Prusse, et dévastèrent sa Poméranie, tandis qu'il dévastait la Saxe. Les Autrichiens, et ensuite les Busses, entrèrent dans Berlin. Presque laus les trésors de son père, et ceux qu'il avait lui-même amassés étaient nécessairement dissipés dans cette guerre ruineuse {tour tous les partis; il fut obligé de recourir aux subsides de l'Anglelerre. Les Autrichiens, les Français et les Busses, ne se découragèrent jamais et le poursuivirent toujours. i>a {amilie
Ht mai plus rester à Berlin eontinueUement exposé; elle était réAigîée à Mâgdebourg; pour lui, après tant de succès divers, il était, en 4 762, retranché sous Breslau. Marie-Thérèse semblait toucher au moment de recouvrer la Silésie. H n'avait phs Dresde, ni rien de la partie de la Saie qui touche à la Bobéoie. Le roi de Pologne espérait rentrer dans ses états héréditabes, lorsque la mort d'Elisabeth, impératrice de Russie, doDoa encore une nouvelle face aux affaires, qui changèrent si souvent.
Le nouvel empereur, Pierre ni, était l'ami secret du roi de Prusse depuis longtemps. Non seulement il fit la paix avec lui dès qu'il fut sur le tr6ne, mais il devint son allié contre cette même impératrice-reine dont Elisabeth avait été l'amie la plus constante. Ainsi on vit tout d'un coup le roi de Prusse, qui était auparavant si pressé par les Russes et les Autrichiens, se pr^jiar^ à entrer en Bohême à l'aide d'une armée de ces mânes Russes qui combattaient contre lui quelques ^maines auparavant.
Cette nouvelle situation fut aussi promptement dérangée qu'dleayait été formée; une révolution subite changea les affiiires de h Russie.
Pierre III voulait r^udier sa femme, et indisposait contre lui la nation. Il avait dit un jour, étant ivre, au régiment de Préobasinski , à la parade, qu'il le battrait avec cinquante Prussiens. Ce fut ce régiment qui prévint tous ses desseins, et qui le détrôna. Les soldats et le peuple se déclarèrent contre lai. 11 fut poureuivi, pris, et rois dans une prison, où il ne se consola qu'en buv«int du punch pendant huit jours de suite, au bout desquels il mourut. L'armée et les citoyens proclamé' rent d'une commune voix sa fenune Catherine d'Anhalt^ im-
âb. HISTOIRE m FRANCE.
pératrice, quoiqu'elle fût étrangère, étant de cette maison d'Ascanie, Tune des plus anciennes de l'Europe. C'est eUe qui depuis est devenue la véritable législatrice de ce vaste empire. Ainsi la Russie a été gouvernée par cinq femmes de suite; Catherine, veuve de Pierre-le-Grand; Anne, nièce de ce monarque; la duchesse de Brunswick, régente sous le court empire de son malheureux fils, le prince Iwan; Elisabeth» fille du czar Pierre-le-6rand et de Catherine I'*; et enfin cette Catherine n, qui s'est fait en si peu de temps un si grand nom. Cette succession de cinq femmes sans interruption est une chose unique dans l'histoire du monde.
Le roi de Prusse, privé du secours de l'empereur russe, qui voulait combattre sous lui, n'en continua pas moins la guerre contre la maison d'Autriche, la moitié de l'empire, la France et la Suède.
Il est vrai que les exploits des Suédois n'étaient pas ceux de Gustave-Adolphe. Sa sœur, femme du roi de Suède, n'avait nulle envie de lui faire du mal. Ce n'était pas la cour de Stockholm qui armait contre lui, c'était le sénat; et le sénat n'armait que parce que la France lui donnait de l'argent. La cour, qui n'était pas assez puissante pour empêcher ce sénat d'envoyer des troupes en Poméranie, l'était assez pour les rendre inutiles; et dans le fond les Suédois faisaient semblant de faire la guerre pour le peu d'argent qu'on leur donnait.
Ce fut en Allemagne principalement que le sang fut toujours répandu : les frontières de France ne furent jamais entamées; l'Allemagne devint un goufl're qui engloutissait le sang et l'argent de la France. Il y eut un nombre prodigieux de combats livrés depuis les bords de la mer Baltique jusqu'au Rhin : presque aucune bataille n'eut de grandes suites, parce
411e chaque puissmee avait toujours des ressources. Il n*en élait pas de mfime en Amérique et dans llnde, où la perte de douze oeuts hommes est irréparable. La journée même de Rosbach ne fut suivie d'aucune révolution. La bataille que les Français perdirent auprès de Blinden , en 4 759 > et les autres échecs qu'ils essuyèrent , les firent rétrograder ; mais ils restèrent toujours en Allemagne. Lorsqu'ils furent battus à Crevelt, oitre Clèves et Cologne , ils restèrent pourtant encore les maîtres du duché de Clèves et de la ville de Gueldres. Ce qui fut le plus remarquable dans cette journée de Crevelt, ce fut la perte du comte de Gisors, fils unique du marécbal de Belle-Isle, blessé en combattant à la tête des carabiniers. C'était un jeune bcmime de la plus grande espérance , également instruit dans les affaires et dans Tart militaire , capable des grandes vues et des détails* d'une politesse égale à sa valeur, chéri à la cour et à l'armée. Le prince héréditaire de Brunswick , qui le prit prisonnier, en eut mn comme de son frère ; ne le quitta point jusqu'à sa mort , qu'il honora de ses larmes. Il Faima d'antant plus qu'il retrouvait en lui son caractère. C'est ce même prince de Brunswick qui voyagea depuis en France et dans une grande partie de l'Europe. Û combattait Untêt en chef, tantôt sous le prince de Brunswick, son oncle, beau-frère du roi de Prusse, qui acquit une grande réputation, et qui avait la même modestie, compagne de la véritable gloire, et apanage de sa famille. Le prince héréditaire commandait dans plusieurs occasions des corps séparés, et il fut souvent aussi heureux qu'audacieux.
La bataille de Crevelt, dont on ne parlait à Paris qu'avec le plus grand découragement, n'empêcha pas le duc deBrogiie de remporter une victoire eom|dèleà Bergen» vers Franc-
22 HISTOIRE DE rRANGE.
fort, contre ces mém^ princes de Brunswick , victorîevx ailleurs, et de mériter la dignité de maréchal de France, k l'exemple de son père et de son grand-père. Mais ce même prince gagna encore, en 4760, la bataille de Yarbourg , où furent blessés le marquis de Castries , le prince de Rohan- Rochefort, son cousin le marquis de Bétisy, le comte de la Tour-du*Pin , le marquis de Val^ce, et une quantité prodigieuse d'officiers français. Leur malheur était une preuve de leur courage.
Le comte de Montbarey , à la tête du régiment de ia couronne, soutint Teffort des ennemis; il y fut blessé d*un coup de canon et de deux coups de fusil.
Les braves actions de tant d'officiers et de soldais sont innombrables dans toutes les guerres; mais il y en a eu de si singulières, de si uniques dans leur espèce, que ce serait manquer à la patrie que de les hdsser dans Toubli. En voici une , par exemple , qui mérite d'être à jamais conservée dans la mémoire des Français.
Le prince héréditaire de Brunswick assiégeait Yesel , dont la prise eût porté la guerre sur le Bas-Rhin et dans le Brabant ; cet événement eût pu engager les Hollandais à se déclarer contre nous; le marquis de Castries commandait l'armée française formée à la hâte; Yesel allait succomber aux attaques du prince héréditaire. Le marquis de Castries s'avança avec rapidité, emporta Rhinsberg l'épée à la main , et jeta des secours dans Yesel. Méditant une action plus décisive encore , il vint camper le 45 octobre à un quart de lieue de Tabbaye appelée Closter-camp : le prince ne crut pas devoir Tattendre devant Yesel; il se décida à l'attaquer, et se porta au-devant de lui par une marche forcée la nuit du 4 5 au 4 6.
LOUIS XV. iS
Le général français , qui se doute da dessein du prince , fait coacber son année sons les armes; il envoie à la découverte pendant la nuit M. d'Assas, capitaine au régiment d'Auvergne : à peine cet officier a-t-il fait quelques pas que des grenadiers ennemis, en embuscade, Tenvironnent et le saisissent à peu de distance de son régimwt; ils lui présentent la baïonnette , et lui disent que s'il fait du bruit il est mort. M. d'Assas se recueilla un moment pour mieux renforcer sa voix ; il crie , c A moi* Auvergne, voilà les ennemis I » il tombe aossilôt percé de coups. Ce dévouement , dipe des andeas Romains» aurait été immortalisé par eux; on dressait alors des statues à de pareils bonunes : dans nos jours ils sont oubliés; et ce n'est que longtemps après avoir écrit celte histoire que j'ai appris cette action si mémorable : j'apprends qu'elle vient enfin d'être récompensée par une pension de mille livres , accordée à perpétuité aux atnés de ce nom.
Ces saccès divers du jeune prince héréditaire n'empêchèrent pas non plus que le prince de Condé , à peu près de son âge, et rival de sa gloire, n eftt sur lui un avantage à six lieues de Francfort, vers la Yétéravie; c'est là que le prince de Brunswick fut blessé , et qu'on vit tous les officiers français s'intéresser à sa guérison comme les siens propres..
Quel fut le résultat de cette multitude innombrable de combats, dont le récit même ennuie aujourd'hui ceux qui s'y sont signalés? que reste-t-il de tant d'efforts? Rien que du sang inutilement versé dans des pays incultes et désolés , des villages minés, des familles réduites à la mendicité; et rarement même un bruit sourd de ces calamités perçaitril jusque dans Paris , toujours profondément occupé de plaisirs ou de disputes également frivoles.
H ItlSTOifiE UK l-lUNCE.