CHAPITRE Vin
L> goerre déclarée par la Franoe aux Anglais.
A la mi-avril , une flotte de douze vaisseaux de ligne appa-
reîUa de TouIoq pour se rendre en Amérique. Qle portait des troapes de débarquement , et un agent de la France auprès du c<Higrès , HL Gérard , premier commis des affaires étrangères. Le comte d'Estaing commandait la flot^ avec le litre de vice* amiraU quoiqu'il n*eût pas commencé sa carrière militaire dans la marine, circonstance qui lui occasiona , de la part des officiers trop peu subordonnés de ce corps , des contrariétés funestes. Il servait dans l'Inde, en 1 759, avec le grade de briga* dier» lorsqu'il fut fait prisonnier par les Anglais, durant le siège de Madras. Relâché sur parole, et supposant qu'il avait été échangé , il mit en mer à la fin de Tannée avec deux vaisseaux de la compagnie des Indes , et détruisit , dans le golfe de Perse et aux tics de la Sonde, divers établissements anglais, dont il fit passer les richesses à TIle-de-France. Mais » retombé dans le cours de ses expéditions au pouvoir des Anglais , ils prétendirent le traiter en pirate , comme infracteur des lois de la guerre; le jetèrent en conséquence h Londres dans \m cachot, et se disposaient même à lui faire son procès. Les instances pressantes du dauphin , auquel il était attaché , le sauvèrent de la peine capitale, dont il était menacé; et, de retour en France , il trouva , dans le grade de lieutenant-général de la marine , qui lui fut accordé , un dédommagement à ses Ion* gnes souffrances. Son activité connue et la haine qu'il avait vouée au nom anglais , depuis les mauvais traitements auxquels il avait été exposé, le firent choisir en cette occasion comme l'homme le plus propre à servir les desseins de la France contre l'Angleterre. Sa destination fut pour la De-^ laWare. Il devait resserrer Howe par mer, pendant que Washington , qui s'était rapproché de Philadelphie, continuait à le presser du cAté de la terre , et Ton se flattait de réduire le
général anglais an sort humiliant de Burgoyne. Hais, des le mois de mai , pressentant la possibilité d'un tel désastre ; Howe faisait ses dispositions pour se retirer à New-Torck^ et elles furent exécutées à la fin de juin , par le général Qinton , qui lui succéda dans le commandement en chef. Il y eut i cette époque une affaire à Monmouth , où chaque parti s'attribua l'avantage , et qui , en résultat , n'interrompit point h retraite de Clinton. Huit jours seulement après , le comte d'Estaing arriva à l'entrée de la Delawarre, et sa présence n'y étant plus nécessaire , il se dirigea sur New-Yorck. U avait l'intention d'y attaquer la flotte de lord Howe, avant que celui-ci eût reçu les renforts que lui amènerait le commodore Lyron. Mais il fallut encore remettre ce dessein , parce que les vaisseaux français se trouvèrent tirer trop d'eau pour s'ap-
f)rocher suffisamment du port. Dès-lors une autre expédition ùt concertée contre Rhode-Island , l'une des places d'armes des Anglais. Neuf mille Américains, commandés par le général Sullivan et par le marquis de La Fayette, et quatre miDe Français de l'escadre prirent terre dans l'tle , et marchèrent sans délai contre New-Port, qui en est la forteresse. On en croyait la prise si infaillible, que Tamiral avait menacé de faire passer la garnison au fil de l'épée si elle se permettait d'endommager les fortifications de la place.
G^est alors que l'miral Howe , malgré son infériorité , se hasarda dans les parages de l'tle pour essayer de lui porter quelques secours en hommes et en munitions. Ravi d'avoir trouvé enfin l'occasion de le combattre , le comte d'Estaing quitte sa station pour le joindre; mais, au moment ob il l'atteignait , une tempête furieuse sépare les deux années, et elles sont forcées d^aller se réparer , l'une à Boston , l'autre à
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New-Torek. La flotte anglaise, radoubée la première, répand dei^nt New-Port, et décida la levée du siège. Les assiégés, qui avaient sa son approche , avaient repassé la veille le bras de mer qui les séparait dn continent. Cependant les amiraux Howe et Byron étaient parvenus i se réunir, et menaçaient BosUm même. L'amiral français les en éloigna par une diversion sur les Antilles. A peine arrivé à la Martinique , il apprend que les Anglais v^aient de s'emparer de Sainte-Lucie, au sud de cette tle. n apparolle aussitôt , et trouve dans le port l'amiral Bar^ rington avec six vaisseaux seulement , mais embossés d'une manière inabordable. Il est réduit à une attaque de terre , dont son courage lui dissimule le danger, sans pouvoir en triompher. Une perte considérable , qu'il éprouve, 'et Tarrivée de l'ami* rai Byron dans le canal, contribuèrent également à lui faire hâter son retour à la Martinique , pour attendre les renforts que lui amenait M. de Grasse. Ainsi sa campagne se consuma en tentatives, dont aucune ne lui réussit Plus heureux, le commandant delà Martinique, le marquis de Bouille, ayant sous lui le marquis du Thilleau et le vicomte de Damas , colonels des régiments de Viennois et d' Auxerrois , s'était emparé , le 7 septembre et sans perdre un seul homme, de l'Ile de h Dominique, l'Ile la plus voisine du nord delà Martinique; et , par cet exploit, il avait jeté la terreur parmi les négociants anglais . qui craignirent pour toutes leurs autres possessions aux Antilles.
Noo-«eulement le commerce anglais , mais la marine mili^ taire même devaient commencer à concevoir quelques inquiétudes de l'audace et de Texpérience française. Tel fut dn moins le sentiment que dut faire naître le résultat inattendu du combat d'Ouessant, livré le 25 juillet à l'entrée du canal de la
Ma HlSTOlItE DE FRANCE.
Manche. Trente vaisseaux de lipe » de part et d*auCre, se mesurèrent, sous les ordres du comte d'OrvîUers pour la France, et de Tamiral Keppel pour l'Angleterre ; et, après une journée entière de combat, tous furent contraints de se retirer respectivement dans leurs ports pour se radouber, sans qu'il y eût perte d'un seul vaisseau d'aucun côté. Ce fut pour les Français l'équivalent d'une victoire, par la confiance qu'elle leur rendit contre un ennemi habile , sans doute, mais dont on exagérait trop , peut-être, la capacité pour la contrebalancer avec avantage. Les Anglais, au contraire, regardèrent l'issue de ce combat comme une véritable défaite , par la certitude d'avoir enfin trouvé des égaux dans leur art. Le duc de Chartres, y commandait Tarrière-garde , assisté du brave Da Chaffaut. Après quelques efforts inutiles pour concilier les différends de r Angleterre avec ses colonies et avec la France, l'Espagne, liée à cette dernière puissance par le pacte de famille , se déclara ouvertement pour elle, et se hâta de prévenir, par une prompte coopération, la faute de son intervention tardive dans la guerre précédente. Gibraltar fut bloqué par terre et par mer, et trente-quatre vaisseaux de ligne , sous don Louis de Cordova, se joignirent dans l'Océan à trente-deux vaisseaux français, toujours commandés par le comte d'Orvillers. L'amiral anglais Hardy, avec trente-huit vaisseaux, n'osa ou ne put empêcher la jonction qui se fit le 25 juin 4779 ; il recula devant cette formidable flotte de soixante-six vaisseaux, qui paraissait destinée à favoriser une descente en Angleterre.
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