‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 32 sur 85 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

GonlinoatioB de la goerre marttine.

Une multitude de bâtiments de transport » disposés sur les côtes de Bretagne et de Normandie, étaient prêts à recevoir quarante mille hommes rassemblés dans ces deux provinces ; et, à cet appareil de forces imposantes, l'Angleterre en ce moment n*avait guère que des milices à opposer. Le maréchal de Vaux était désigné pour commander la descente ; et, entre les oflSciers-généraux qui servaient sous ses ordres, on distinguait le marquis de La Fayette , revenu d'Amérique pour prendre part à cette expédition. Sa présence semblait en garantir la réalité ; mais, à Tétonnement général , et soit contrariété des vents ou effet de la politique conservatrice des couronnes alliées , qui prétendirent seulement neutraliser, par cette démonstration , les efforts extérieurs dé l'Angleterre , la flotte combinée, après avoir tenu trois mois la mer, s'être approchée de Plymouth , où elle jeta la terreur, et avoir chassé pendant vingt-quatre heures la flotte de l'amiral Hardy, qu'elle ne put atteindre, rentra à Brest au mois de septembre, après avoir perdu sans combat cinq mille hommes, qui périrent sor les vaisseaux , victimes d'une épidémie qui s'y manifesta. Une tactique semblable avait lieu en Amérique , oii le comte d'Estaing servait la cause des Etats-Unis par des diversions sur les Iles anglaises des Antilles. Détaché par lui, le chevalier de Rumain venait d'enlever aux Anglais l'Ile caraïbe de Saint- Vincent; et lui-même, accru des renforts amenés par les comtes de Grasse et de la Motte-Piquet, ainsi que par le marquis de Yaudreuil , qui , au commencement de l'année, avait

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détruit les établissements anglais du Sénégal » fit voQe avec vingt-cinq vaisseaux de ligne pour k Grenade, y débarqua le 2 juillet, et s'en rendit maître en deux jours. Cette expédition, qui excita un enthousiasme général parmi les Français, eut un éclat supérieur à son importance. Ce n'était qu'uD coup-demain brillant, à la vérité, où une petite armée de quinze cents hommes, et sans canon, en força sept cents dans un fort; mais qui reçut un nouveau lustre de la double fonction du chef, dOmme amiral et comme général , et de l'intrépidité avec laquelle il sauta des premiers dans les retranchements ennemis; et, enfin, d^ V^ngagement naval qiiisuvit la prise. Le jour même où lord Macartney se rendait aux Français, l'amiral Byron, informé de l'attaque de la Grenade, avait appareillé de Sainte-Lucie avec vingt-et-un vaisseaux de ligne et quatre mille hommes de débarquement. Il ne fut en vue de l'tle que le 6 , et se dirigea sur le port , où il fût entré , et où sa flotte eût couru le risque de se livrer elle-même, si l'on ne se fût trop pressé d'arborer le pavillon français sur le fort. Il reconnut son erreur assez tôt pour prévenir sa ruine , mais non pour éyiter le combat. Plusieurs de ses vaisseaux furent désemparés, mais il n'en perdit d'ailleurs aucun. Il fit retraite à Saint- Christophe, où il se refusa à un nouvel eAgagement dont l'amiral français lui ofl'rit l'occasion. Ce ne fut qu'après ce double exploit que le comte d'Estaing se montra enfin sur les eûtes des Etats-Unis, dont les habitants se plaignaient d'être oubliés par leurs alliés. Pendant tout le cours de cette année, ils s'étaient maintenus avec assez d'égalité sur le continent, où ils avaient aussi souvent battu les Anglais qu'ils en avaient été battus eux-mêmes dans des combats partiels , et dans des affaires de posté qui ne décidaient de rien , et qui , par rela

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seul , étaient an désavantage des Anglais. Cependant , à la fin de l'année précédrate, ceux-ci s'étaient emparés de Savannab» capitale de la Géorgie. Le comte d'Estaing, secondé par le général Lincoln, résplut de leur arracher cette place, en disposa le siège et oavrit la tranchée le 1 4 septembre. Mais, d'un cdté, la n^ligence des Américains, suite d'une certain^ prévention qo'on était parvenu à leur inspirer contre leurs alliés, ayant laissé pénétrer des renforts , les assiégés furent bientôt plus nombreux que les assiégeants ; et, d'une autre part , la flotte, dans une rade découverte , éprouvait de temps à autre des coups de vent plus ou moins pernicieux à ses agrès.

Dans cette situation critique, l'amiral ne vit d'espoir de succès que dans la chance d'un assaut ; il le fixa au 9 octobre et lui-même conduisit une colonne. Mais , si l'attaque fut vigoureuse, la défense du gouverneur Prévost ne fut pas moins opiniâtre; et les Français et les Américains, vingt fois près de planter leurs drapeaux sur les remparts, furent autant de fois repoussés. La perte qu'ils éprouvèrent, et une blessure que reçut le comte d'Estaing, déterminèrent, dès le lendemain, la levée du siège et le départ de la flotte.

Byron avait divisé son armée en trois escadres; l'amiral français, à son imitation, fit trois divisions de la sienne. La première se rendit à Saint-Domingue, sous M. de Grasse ; la seconde eut pour chef M. de La Motte-Piquet, et pour destination la Martinique ; la troisième, commandée par le marquis de Vaudreuil, alla croiser dans la baie Chesapeack. Pour lui, il revint en France avec le seul vaisseau , le Languedoc^ qu'il montait. Ce qu'il y eut de très-particulier dans l'expédition infructueuse de la Géorgie, c'est qu'à trois cents lieues de là eUe opérait Tévacuation de Rhode-Island, etque les forces

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combinées des Américains s'en emparèrent sans coup férir. Le pavillon britannique qu'ils y laissèrent flotter quelque temps encore, leur valut de riches prises, qui entrèrent sans défiance dans le port.

Cette même année vit le traité de Tescben, qui mit fin i une courte guerre qui pensa embraser TEurope, et qui fat arrêtée par la sagesse du comte de Vergennes. Le 30 décembre 1777, la mort du fils de l'empereur Charles VU, Télecteurde Bavière, Maximilien-Joseph , le dernier de la branche cadette de cette maison , appela à sa succession l'électeur palatin Charles-Théodore, qui réunit les possessions des deux branches séparées depuis près de cinq cents ans. Mais déjà l'empereur, en vertu de titres peu concluants, formait des prétentions sur cet héritage ; il obtint de l'électeur effrayé une reconnaissance de ses prétendus droits, et les appuya par des bataillons qui prirent possession d'une partie de rélcctorat. Les états de Bavière, et, comme plus proche agnat de l'électeur, le duc Charles de Deux-Ponts, depuis roi de Bavière, appellent de cette voie de fait, et trouvent dans le roi de Prusse un protecteur de leurs droits et un défenseur des lois deTempire. A ce titre, celui-ci fait passer une armée en Saxe et une autre en Silésie. L'empereur réclame de son côié les secours de la France, stipulés par le traité de 47^6, et l'embrasement de l'Allemagne dépendait de la réponse du cabinet de Versailles. Voici cette réponse : l'empereur ayant étéTagresseur par l'occupation de la Bavière , il n'y avait pas ouverture au cas de Tassistance promise par le traité. Dans le même temps, Timpératrice de Russie, débarrassée, parla médiation de la France, de ses nouveaux démêlés avec la Porte, au sujet de l'élection du kan de Crimée, signifie à la cour de Vienne qu'elle sera

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dSins b nécessité de salis&ire à ses engagements avec la Prusse, si Fempereur persiste dans ses prétentions. Celui-ci se détermine dès-lors à des négociations plus sérieuses que celles qui avaient accompagné jusqu'alors les escarmouches entre les deux armées. Aucune action notable n'avait heureusement eu lieu entre eUes, lorsqu'un congrès fut ouvert à Teshen en Silésie, sous la médiation de la France et de la Russie.

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