‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 33 sur 85 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

La paix signée.

La paix y fut signée le 3 mai 4 779 ; Thérilage de la Bavière fut confirmé à l'électeur palatin et aux princes de sa maison, et riionncur impérial fut sauvé par la cession du cercle de Burghausen, à la droite de Tlnn et de la Saïga. L'impératrice Haric-Thérèse, qui vivait encore » ne s'était pas dessaisie du gouvernement de ses états : elle avait seulement appelé son fils, en 4765, h la qualité de co-régent. Dans cette dernière oc* casion, elle avait contraint l'humeur belliqueuse de celui-ci à céder. Sa mort, qui arriva les derniers jours de Tannée suivante, après quarante ans d'un règne qui la place au rang des plus grands princes de sa maison, laissa la liberté à Joseph II de donner carrière à son 'caractère remuant, el aux innovations par lesquelles, en voulant améliorer le sort de ses peu-* pics, il ne fit que les tourmenter. Quant à Marie-Thérèse, un des éloges les plus flatteurs qu'on ait fait de son gouvernement es( ce mot d'un pauvre agriculteur de Bohême : c Je ne suis qu'un paysan, disait-il, mais je parlerai à notre reine quand je voudrai ; et elle m'écoulera comme elle écoute les plus grands seigneurs. »

L'Angleterre vit diminuer en 4780 les immenses profits dont s'enrichissaient ordinairement ses corsaires. Sous prétexte que les neutres transportaient chez leurs ennemis les munitions prohibées, ou qu'ils se rendaient dans des ports qu'elle déclarait bloclués sans qu'ils le fussent effectivement, elle s'arrogeait le droit de visiter leurs bâtiments, et le plus souvent de les confisquer. Fatiguées de ces vexations , les puissances du nord crurent les circonstances favorables pour s'en affranchir, et, sous le nom de neutralité armée ^ elles formèrent une ligue pacifique destinée à protéger leur commerce. Elles armèrent en effet, sans dessein hostile, iiiais avec celui de repousser par la force, les perquisitions insolentes que se permettaient à leur égard les moindres bâtiments de guerre. Elles déclarèrent d'ailleurs ne reconuaitre pour munitions prohibées que les objets, moyens immédiats d'attaque ou de défense, tels que poudres, boulets, canons et autres semblables, mais nullement les madriers, planches, poutres, cordages, fers et goudrons, matières ordinaires de leur commerce.

La signification qu'elles firent de cet acte aux puissances belUgérantes fut accueillie, en France et en Espagne , comme s accordant avec les plans de leur politique; mais l'Angleterre en conçut un vif ressentiment contre Catherine , qu'elle supposa avoir été l'instigatrice de ce projet. Le comte de Guichen, qui remplaçait M. d'Estaing aux Antilles, était parti dès le mois de janvier avec quinze vaisseaux , pour se rendre à sa station. Sir Georges Rodney, destiné à être son rival de gloire dans les mêmes parages, avait mis à la voile quelques jours plus tôt des porls d'Angleterre , avec vingt-et-un vaisseaux de ligne et un convoi, qu'il devait, chemin faisant, conduire à Gibraltar. Cet ofiicier était retenu en France par ses dettes,

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lorsque la guerre s'alluma entre les deux couronnes. Un jour, dînant chez le maréchal de Biron ; il s*éleva avec assez de jac* tance sur la conduite Clément habile do ses compatriotes et des Français, et prétendit que , s'il eût été libre, il eAt voulu détruire successivement les forces des deux alliés. Le maréchal se fit un point d'honneur de punir cette espèce d*insulte à sa patrie, par un acte de générosité dont il était loin de soupçonner toute l'influence. Il paya les dettes de Rodney» et, en le lui annonçant : < Partez , monsieur, lui dit-il , essayez de remplir vos promesses ; les Français ne veulent pas se prévaloir des obstacles qui vous empêchent de les accomplir; c'est par leur bravoure qu'ils mettent leurs ennemis hors de combat. » La commission dont il avait été chargé était difficile à remplir; vingt-quatre vaisseaux, tant espagnols que français, devaient sortir incessamment de Brest et se rendre à^ Cadix sous le commandement de Gaston ; la nombreuse escadre de don Louis de Cordova et celle de l'amiral Barcello , chargé du blocus de Gibraltar, croisaient à l'eptrée du détroit sur les caps Spartel et Trafalgar ; et enfin don Juan de Langara , avec neuf vaisseaux de ligne, avait sa station en avant de Cadix , vers le cap Sainte-Marie. C'était à travers, ces nombreux ennemis, qu'embarrassé encore par son convoi, il devait essayer de pénétrer à Gibraltar.

Un premier coup de vent dispersa , à trente lieues de Brest, la flotte de don Gaston. Un autre désempara la croi»ère du détroit, et la força à aller se réparer à Cadix. Le seul Langara fut épargné, mais pour tomber entre les mains deRod- Dey. Le 16 janvier, faute d'avoir [envoyé à la découverte de l'ennemi, il ne put l'éviter, et l'attendit dès-lors en bataille. Son courage ne put le soustraire au sori inévitable qu'appc;

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kitt son infériorité. Un de ses vaisseaux brûla et quatre Aii^ très furent pris : tous cependant ne furent pas perdus. L'un d'eux , trop faible d'équipage pour manœuvrer par un gros temps, s*étant vu sur le point d*échouer ou de périr, les Anglais qui Toccupaient voulurent forcer les prisonniers espagnols qu'ils avaient à fond de cale de les aider k sauver le vaisseau ; tous répondirent c qu'ils étaient prêts à périr avec leurs vainqueurs, et qu'ils ne leur donneraient aucune assislance qu'ils n'eussent la liberté de conduire le vaisseau dans ttn port d'EqMigne. » La nécessité força les Anglais d'y cod- ^tir, et les Espagnols ramenèrent les vainqueurs prisonniers à Cadix. Pour Rodney, après un mois de séjour dans la rade de Gibraltar, il repassa le détroit sans obstacle, et gagna sa destination aux Antilles. Il y était à peine rendu , que trois comliats , livrés dans le cours d*un seul mois , contre le comte de Gulehen , attestèrent l'égale habileté da chefs et des équipages. Cependant les vaisseaux de Rodney furent plus maltraités , et le temps , dont il eut besoin pour les remettre en état, lui donna une infériorité momentanée. M. de Guichen en profita pour protéger l'arrivée d'une escadre espagnole de douze vaisseaux de ligne, que don Solaoo conduisait à la Havane , avec douze mille hommes de débarquement. L'amiral français avait espéré de celte jonction quelque tentative heureuse sur les Iles anglaises; mais les instructions précises de l'amiral espagnol , qui se proposait la conquête de la Jamaïque, ne lui permirent point de ralentir sa marche; et les maladies qui ga** gncrent les deux escadres achevèrent encore de paralyser leurs Ibrccs. Cei>endant leur réunion instantanée avait inquiété Rodney. Craignant également et pour la Jania1<|U0Ct i)0ur le conllnont , il fil deux divisions de s:i flotte , envoya l'une h King»«

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tewn , et avec l'antre se rendit sur te e6iea des Américaini. C'était font ik la fois nne méprise et une tni|irudence; loâis, tonjonrs benrenx , il y gagna d'a?oir dérobé ses vaisseanx k un ouragan terrible qui se fit sentir aux Antilles le 40 octobre et les jours suivants , et qui brisa quatre cents navires à la Birbade , à Salnt-Christopbe et k Sainte-Lncie.

Bridge-Towtt , la principale cité de la première de ces Mes , devint un monceau de ruines, et cinq mille habitants périrent sous ses décombres. M. de Guichen , qui épiait les démarches de Rodney, pour régler les siennes , n'ayant plus à le redouter sur les mers, convoya dès-lors jusqu'à Cadix la flotte marchande de Saint-Domingue. C'était la première flotte française de commerce qui fût parvenue en Europe sans échec. En généraU le soin d'escorter les bâtiments marchands avait été trop négligé par le gouvernement, et un préjugé , malheureusement trop répandu parmi les officiers de la marine, le leur faisait trouver au-dessous de leur dignité. Cette prévention donna un nouveau mérite au zèle que marquèrent à cet égard qudques officiers distingués , et entre eeux-ei le brave La Motte-Piquet , dont la réputation s'est particulièrement établie sur le dévouement, le courage et l'habileté avec lesquels il sut protéger divers convois. Parmi plusieurs exploits de ce genre , on cite , comme un exemple mémorable , la journée du 28 décembre 4779. H était à la Martinique avec six vaisseaux délabrés , dont trois étaient en carène , lorsqu'une flotte de vingt-six voiles , qui se trouvait poursuivie dans le canal de Sainte-Lucie, par quatorze vaisseaux aux ordres de Tamirnl Hydc Parker, fut signalée par les vigies. L'Annibid seul était prêt k mettre h la voile. Li Motte-Piquet apparf ilie sans hésiter, il engage le combat le plus iné^

gai, débarrasse quelques bithnents; et, une heure après, soutenu par les deux autres vaisseaux , qui , pour £ûreplus de diligeuee , s'étaieut donné à peine le temps de recevoir la moitié de leurs équipages, il manœuvra avec tant d'art et de bonheur qu'il sauva quinze vaisseaux et la frégate qui les escortait. L*amiral anglais ne put s*empécher d'admirer hautement les grands talents de son adversaire et de lui en adresser une lettre de félicitation. On renouvelait cependant en Espagne les immenses préparatifs de la guerre précédente. Le comte d*Estaing y avait été appelé par le roi Charles , qui le nomma généralissime de ses troupes de terre et de mer ; et une armée de débarquement était toujours stationnée sur les côtes de Flandre, de Normandie et de Bretagne. Mais ce ne fut encore qu'un épouvantai! , et soixante-trois vaisseaux de ligne espagnols et français , sortis de Cadix , sous le commandement du comte d'Estaing, n*eurent d'autre destination que de rammiçr dans les ports de Flandre la riche flotte marchande de Samt-Donlingue. Peut-être, au reste, ne fallait- il pas moins que cette escorte pour la soutraire à la capture de quarante-^inq vaisseaux de ligne qui l'épiaient, et que Tamiral Dsarby promenait à cet effet sur les mers En Amérique, Clinton et l'amiral Arbuthnot avaient fait au printemps Fimportante conquête de Charles-Town , capitale de la Caroline méridionale , et ils dominaient dans cette province et dans la Géorgie.

Quelques provinces avaient formé des listes de proscrits dont les biens furent confisqués , et dont la vie même était menacée s'ils venaient à rompre leur exil, et , à la tête de ces listes se trouvait inscrit le nom de Henri Clinton. Le congrès autorisa des représailles qui, heureusement pour l'humanité , n'eurent point d'exécution. A ces progrès de l'Angleterre dans le raidi

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a ooDtiiieQt américain , la Frenee opposa une diversion dans le nord.

Le lieatenanUgénéral comte de Roeliambeatt fut porté par le chevalier de Temay , avec six mille hommes de débarquement , à Rhode-Island, et dans le cours de l'automne, il ror çut un nouveau renfort de six mille hommes , amené par le comte de la Touche-Tréville. Clinton , qui dut se repentir alors de l'évacuation de ce poste , se concerta avec Arbuthnot pour le reprendre; mais la résistance qu'ils y trouvèrent, et un mouvement de Washington sur New-Torck , qui restait sans défense , les firent presque anssitAt renoncer à leur projet.

Les Espagnols agissaient de leur c6té avec succès dans le Yncatan , où ils expulsèrent les Anglais de leur établissement de Campéche, et dans la Floride occidentale, où ils s'emparèrent du fort Mobile et de Pensacola. Ce fut durant cette campagne qu'eut lieu la défection d'Arnold, l'un des généraux américains les plus estimés. Soupçonné d'avoir détourné à son profit une partie du butin fait sur l'ennemi,' il avait perdu la confiance du congrès. Il s'en aperçut , et résolut de s'en venger en désertant la cause de la liberté , dont il avait été jusque-là Tun des plus chauds apôtres. Clinton accueillit son changement , mais voulut qu'il lui en livrât pour gage le fort où il commandait. Le major André, jeune officier anglais de la plus grande espérance, dépéché vers lui pour concerter les dispositions nécessaires à l'exécution de ce projet, est arrêté, déguisé en paysan , comme il venait de prendre avec lui les dernières mesures , et les preuves de l'intelligence sont saisies dans ses bottes. Arnold, qui en est instruit par hasard, s'échappe , et l'infortuné major, tout en pénétrant ses jages du plus vif intérêt , est condamné à mort comme espion.

Ainold servit àepuis contre ses compatriotes, et pensâ être fait prisonnier dans une action, c Qu'eussiez- vous fait de nm, demanda-t^il à un américain , si vous m'eussiez pris. — Noos aurions séparé de ton corps, répondit cdui-d, cette jambe qui fut blessée pour le service de la patrie, et nous aurions pendu le reste. > Cependant l'Angleterre, luttant avec peine contre la marine de France et d'Espagne , réclamait depuis longtemps , et en vertu des traités de 4 678 et de 4 74 6 , l'assistance de la Hollande. Ce pays était partagé en deux factions : celle des républicains, qui refusait de se commettre avec la France; et cdle du stathouder, dévoué à l'Angleterre par ses alliances avec la maison de Brunswick , qui le gouvernait. La première prévalut, et répondit par un silence obstiné aux demandes de l'Angleterre. De nouvelles réclamations et des plaintes sur l'asile donné à des corsaires américains , au fameux Paul Jones , n'eurent pas plus de succès, ou du moins les mesures qui en furent la suite parurent des actes de connivence. Dès-lors le commerce des Provinces- Unies fut livré à la rapacité des corsaires anglais.

L'accession que méditait la Hollande à la neutralité armte, semblait devoir y porter remède; mais l'Angleterre , qui eAt été frustrée de son espérance par cette menace , déclara nettement la guerre aux Hollandais le 24 décembre, se flattant de composer sur les possessions sans défense de cette puissance, les pertes que pourraient lui faire éprouver les antres. Tdie ^tait la situation des puissances belligérantes au commencement de 4 784 • Les espérances si légitimes et si souvent déçues de la France firent soupçonner que les ministres de la guerre et de la marine, Montbarrey et Sartines , étaient aunlessous de leurs emplois.

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