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de l'arinée; en sorle que Tavarice anglaise profila peu de ses dures exactions. L'Océan, qui baigne les côtes de l'Europe» donna encore, celte année, l'imposant spectacle de la réunion des flottes française et espagnole sous M. de Guichen et sous don Louis de Cordova. Les cinquante vaisseaux qui la composaient se croisèrent à la hauteur des Sorlingues, jetèrent de nouveau Valarme sur toutes les côtes de TAngleterre, puis rentrèrent, au mois de septembre, dans leurs ports respectifs, sans avoir rien exécuté des grands desseins qu'ils paraissaient destinés h accomplir, et qu'on suppose avoir été pour le moins d'empêcher le retour des flottes marchandes de l'Angleterre. Il n'^ eut d'engagement dans les mers d^Europe que celui 4u Doggersbauk, dans la mer du Nord, entre les côtes del'Anglelerre et celles de iulland. Sept vaisseaux anglais, sous le vice-amiral Peter-Parker, revenaient de la Baltique , lorsqu'ils firent reocontre d'une flotte hollandaise de même force, qui, sous le commandement du contre-amiral Zoutman, escortait un convoi destiné pour la même mer. Le combat s'engagea entre eux le 5 août, et fut soutenu avec une telle vivacité de part et d'autre, que les deux escadres, également désemparées, furent contraintes l'une et l'autre de gagner leurs poris. L'un des vaisseaux hollandais périt en s'y rendant. Dans le même temps que la grande flotte sortait de Cadix, une expédition en appareillait pour la Méditerranée; contrariée parles vents, il lui bllut près d'un mois pour aborder à Minorque, l'objet de sa destination. Le 21 d'août cent voiles y débarquèrent douze mille Espagnols : le duc de Grillon, général au service d'Espagne, les commandait. Toute l'ile se soumit immédiatement, i TexceptioD du fort Saint-Philippe. Le général Hurray eut le bonheur d'y réunir toutes les troupes dispersées en divers pos-
tes, montant à trois mille hommes, tourmentés à la vérité par la dyssenferie et la discorde. Les fortifications en avaient été considérablement accrues depuis 4756. Toutes étaient taillées dans le roc : les murailles avaient soixante pieds de hauteur et les fossés presqu*autant de profondeur. Les demi-lunes et les contre-gardes qui couvraient le corps de la place , le chemin couvert et les glacis , enfin divers petits forts en avant, étaient également creusés dans le roc, minés et contreminés comme le corps de la place , pourvus de souterrains de communications , impénétrables à la bombe, et coupés encore de puits à bascules propres à arrêter Tennemi, dans le cas où il parviendrait à s'y introduire. Pour vaincre tant d'obstacles, des renforts étaient nécessaires : la France y fit passer une division , composée des régiments de Lyonnais, de Bretagne, de Bouillon, de Royal- Suédois; et dès-lors commencèrent les opérations du siège. Hais le succès en était réservé à Tannée suivante. Dans Tlnde, où dominaient encore les Anglais , les possessions hollandaises tombaient les unes après les autres. Une partie des établissements des Hollandais à Sumatra et au Bengale, ceux de Mazulipatnam et dePaliacete sur la côte de Coromandel, du nord de Madras, de Sadras au sud, et de Négapatnam vers la pointe de cette presqu'ile, furent perdus pour eux cette année; et ils étaient menacés de tout perdre, et même le cap de Bonne-Espérance, si la France ne se fût chargée de le protéger. Le soin de sauver ses alliés lui donna une activité qu'elle n'avait pas eue pour elle-même.
CQAPITBE XIIL
GwÊKtt iiAs rinde.
On a ¥11 eomment k» Angkis lai faisaient la guerre d^os rinde, avanC qu*dle fût déclarée en Europe. Pondichéryi dont les pertes étaient loin d'être réparées, et dont les fortifia eations s'étaient point encore achevées, vit se déployer devant ses mors, an mois d'août 4773, une année anglaise, partie de Madras à la fin de juillet. Le commodore, ou chef d'escadre YemoB , arrivait en même temps avec un vaisseau de ligne et quatre frètes pour cerner la ville du cûté de la mer. M. de Troiyoli, qui commandait dans la rade^ sortit le 40 août au* devant de lui avec une escadre de pareille force. Le combat fat indécis. Chacun fut obligé d'aller se réparer; mais ce fut il l'Ile-de-France que se rendit M. de TroujoU. Pondichéry^ cerné de toutes parts, n'avait aucune ressource k lui offrir de ce cMé ; et des renforts qui arrivaient au commodore auraient pu l'exposer d'ailleurs à demeurer bloqué dans h rade , e^ i subir le sort de la ville. Son départ, en p^mettant à la flottille angluse de pourvoir les assiégeants , sans obstacle , de tontes les munitions nécessaires au si^, livra à la merci des Anglais le goavemenr de Pondichéry, M. de Belle-Ck)ipbe, qui, après qsarante jours de tranchée ouverte, se trouva dans la nécessité de capituler, le 48 octobre. Aider*Ali-Kan accourait au se* cours des Français, main il ne put arriver assez tôt. Cet Aider était fils de l'un des généraux du souba dn Décan. Les avantages rfMBportés par le père contre les jMarattes, au pays de Myiore, dans le midi de lapresqpe'lle, lui valurmit Thonneur ée devenir fisadataire de l'empire, et d'assister désormais le
3C0 lllSTOIItE DE FUÀNCE.
souba avec des troupes dépendantes de lui seul. Le jeune Aider surpassa les exploits de son père : appréciateur de la tactique européenne, il y forma ses troupes par les soins da déserteur Lalley, simple sergent , mais d'une capacité pea commune pour toutes les parties que comprend Tart militaire. A Taide de cet homme et de quelques autres Français qui^ dans les revers de leur patrie, vinrent chercher un asile aupris de lui , il se trouva , en 4767, à la tète de la meilleure armée indienne qu'on eût encore vue dans la presqu'île. U se proposa dès-lors de l'affranchir du joug des Anglais , et parvint à faire trembler Madras ; mais n'ayant pu déterminer le gouverneur de Pondichéry, qui était lié parles traités, h le seconder, il fit avec eux la paix, en 1 769, et ne se reposa d'ailleurs que pour reprendre haleine. La guerre entre la France et l'Angleterre fut une occasion pour lui de revenir à ses anciens projets. Si Téloignement de la côte du Malabar, où était le siège principal de sa domination , avait permis aux Anglais de s'emparer de Pondichéry sans obstacle , ce ne fut pas impunément qu'ils &k triomphèrent ; et les terribles ravages qu'exerça le conquérant indien, à la tête de deux cent mille hommes, dans toutes leurs possessions, durent leur faire regretter, peut-être, d'avoir commencé les hostilités. Après avoir dévasté leCamate, Aider se présenta, au mois d'août 1780 , devant Arcate, capitale de la province et résidence du liabab , créature des Anglais. Celui-ci appela à son secours dix mille hommes que commandait Mouro à Madras ; mais quelque disciplinés qu'ils fussent , le général anglais estimant leur nombre insuffisant pour s'opposer aux forces innombrables d'Aider, se tint sur la défensive, et donna ordre au colonel Bailli, qui commandait sur la Crischna, de venir le joindre. A son jipproche, Aider se porte entre les
deux chefs, et fail attaquer Bailli par Tipoo-Saëb, son fils, qui deux fols est repoussé. Il renonce dès-lors à vaincre TAnglais de vive force, semble lui laisser le passage libre , et lui tend une embuscade. Le 40 septembre. Bailli se laisse surprendre : Texplosion de ses canons, due à une négligence de ses conducteurs , ajoute à ses pertes et con^mme sa ruine. De douze cents Européens et de cinq mille cipayes qu'il commandait, il ne se sauva qu*un petit nombre, et lui-même fut fait prison* nier. Mouro profita de l'épuisement où la victoire même avait jeté Aider pour faire sa retraite sur Madras, oii il rappela jusqu'à la garnison laissée à Pondichéry . Les Français se remirent aussitôt en possession de leur ville ; mais sir Eyre Coote , que le gouTerneur-général des établissements anglais dans le Bengale , Warren Hastings, fit passer sur la côte de Coromandel , à Taide de l'escadre de l'amiral Hughes, y entra aussitôt , et avant que les habitants pussent être secourus par Aider, encore occupé devant Arcate , qu'il emporta enfin d'assaut le 3 novembre.
Au commencement de 1781, Aider tourna ses efforts sur Yaodavachi. L'approche de sir Eyre lui fit lever le siège , mais pour marcher au-devant de lui. Les deux armées se tinrent en observation jusqu'au mois de juillet ; Coote attendait alors un secours qui lui venait du Bengale par Goudelour. Aider se porta sur la route, et bientôt ce fut l'occasion d'un engagement entre les deux armées. Celle d'Aider consistait en quatre cents Français commandés par Lalley, nouvellement décoré de la croix de Saint-Ix)uis, et promu au grade de lieutenant-colonel, en vingt-cinq bataillons d'infanterie disciplinée , quatre-vingt chevaux , cent mille mauvais fantassins , et quarante pièces de canon.
L'armée anglaise, incomparablement moins nombreuse, tirait sa force de cinq mille Européens qui en faisaient partie , et qui, après huit heures de combat, mirent les Indiens en pleine déroute. Cette action eut lieu le 1*' jniflet. Le 29 août. Aider et Tipoo ayant tenté un nouvel effort , éprouvèrent une nouvelle défaite, et sur le champ même où, Tannée précédente, ils avaient triomphé du colonel Bailli. Un troisième et un quatrième échecs, à peu de distance des deux premiers; leur firent évacuer tout-à-fàit le Garnate ; mais ils le laissèrent d'ailleurs dans un tel état de dévastation, que de longtemps les Anglais ne purent 3e promettre d'en retirer le moindre profit. * Il eût fallu dans Tlnde une escadre pour seconder Aider, en enlevant aux Anglais les ressources qu'ils tiraient de leur flotte pour le transport de leurs soldats. Celle que commandait le comte d'Ornes à l'Ile-de-France était trop faible pour oser se montrer dans ces parages. L'année précédente, le ministère avait essayé de lui faire passer; par le capitaine Du Chilleau de La Roche , un renfort de deux vaisseaux de ligne , d'une frégate, et de douze bâtiments de transport. Mais , dans le voisinage de Madère, il tomba dans Téscadre de Rodney, qui, après avoir ravitaillé Gibraltar, se rendait aux Antilles. Le capitaine français ne put préserver son convoi qu'en attirant l'ennemi sur lui , et il fut contraint de se rendre, après avoir longtemps combattu contre cinq vaisseaux , qui rasèrent toutes ses manœuvres. Ce fut le premier vaisseau français qui fut pris dans cette guerre par les Anglais.
LOUIS XYI. M3