CHAPITRE XIV
Le battu de Snffren.
Le bailli de Suffren était parti le 22 mars de Brest avec cinq vaisseaux de ligne, chargé de la double mission de conduire un renfort de vaisseaux au comte d*Omes , et d'assurer en même temps le cap de Bonne-Espérance aux Hollandais contre le Commodore Johnstone , qui venait d'appareiller de la Médi* terranée, avec ordre de Taltaquer. Parvenu aux attérages de Saint-Yago, Tune des lies portugaises du cap Vert, il rencontra Johnstone» et forma le projet de Tempécher d*exécuter sa mission. Dans ce dessein , il pénètre , suivi de deux vaif»«seaux seulement , dans la baie de la Prays , à travers une multitude de bâtiments qui la remplissaient^ et par un feu nourri et soutenu pendant une heure, il leur cause d'immenses dommages : lui-même avait beaucoup souffert , et ce ne fut qu'avec peine qu'il sortit de la baie. Mais il remplit son but. Moins maltraité que son adversaire, qui demeura seize jours à se réparer, il put le prévenir au Cap , où il déposa quelques troupes et le marquis de Bussi , célèbre par ses exploits et ses négociations dans l'Inde. Ce général devait rester momentanément au Cap , pour en diriger les moyens de défense et y attendre de nouveaux renforts envoyés d'Europe. Divers obstacles s*opposèrent à cet envoi , et forcèrent à remettre à un temps plus favorable les coups décisife que, dès cette année . l'on s'était proposé de porter dans ce pays.
Bussi ne put donc remplir de sa destination que ce qui concernait le Cap ; mais il s'en acquitta si bien, que le Commodore ayant paru devant la place et reconnu sa situation , n'es-
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8aya pas même de Tinsulter, et reprit la roule de l'Angleterre. Aux avantages près des Anglais dans Tlnde sur Aider, avantages qu'ils achetèrent de la perte de beaucoup d'Européens , cette campagne fut malheureuse pour eux. Us la terminèrent par un incident qui fit honneur à leur amiral Keiupenfeld, mais dans lequel la fortune entra aussi pour sa part. 11 croisait sur les côtes de France avec douze vaisseaux de ligne , dans Tespérance d'intercepter peut-être un riche convoi de cent trente-cinq bâtiments, venant de Saint-Domingue, et qui entra heureusement à Brest le 7 décembre , lorsqu'il fut rencontré le 42 , à cinquante lieues au sud d'Ouessant , par M. deGuichen. Ce général» qui commandait uneescadred'égale force, et se rendant à Cadix, escortait, chemin faisant, deux vaisseaux de ligne , et un convoi destiné pour Tlnde et sept autres vaisseaux de ligne, avec cent dix-huit transports chargés de neuf mille hommes , que le marquis de Vaudreuil conduisait aux Antilles ; en sorte qu'il avait une immense supériorité sur l'Anglais.
Un coup de vent d'abord, et une tempête terrible ensuite, l'empêchèrent d'en profiter, et séparèrent le convoi de la flotte. A la vue de Ttôcadre française, dispersée à la vérité, l'amiral Kempenfeld eut l'heureuse audace de couper quinze bâtiments, et il en eût amariné davantage , si H. de Vaudreuil , avec deux vaisseaux seulement , ne l'eût arrêté d'abord dans ses progrès, et déterminé ensuite à une retraite prudente « par l'appréhension d'avoir à résister bientôt peut-être à toute la flotte ralliée. Plusieurs des bâtiments du convoi furent jetés à la cAte, et M. de Vaudreuil n'en put conduire qu'une partie à la Martinique. MM. de Grasse et de Bouille l'y attendaient pour former une tentative sur la Jamaïque. Cette expédition en Amé-
rique, le siège de Gibraltar en Europe, et le recouvrement de rinde en Asie, tels étaient les résultats que Ton espérait des efforts immenses que faisaient encore celte année la France et TEspagne dans la vue d'avancer la paix. Les généraux français, aux Antilles, avaient préludé à pes grands projets par la prise de Saint-Christophe. L'amiral français , fort de vingthuit vaisseaux , y avait débarqué le 1 4 janvier, avec six mille hommes que commandait le marquis de Bouille, et sous lui les marquis de Chilleau et de Saint-Simon , le comte de Dil- Ion , le vainqueur de Saint-Eustache , et le vicomte de Damas. Toute rtle se soumit immédiatement , à l'exception de la forteresse de Brimstone-Hill, où le général anglais Frazer avait réuni ses détachements, montant à douze cents hommes. Pendant qu'on en faisait l'investissement , M. d'Albert de Rioms présidait à la pénible extraction de l'artillerie de siège , engloutie contre la côte avec le vaisseau qui la transportait. Ses soins eurent les plus heureux succès , et déjà les batteries commençaient à jouer, lorsqu'on aperçut la flotte de l'amiral Hood , forte de vingt-deux vaisseaux , qui s'approchait du fort.