‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 40 sur 85 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Patx de TAngleterre et de la Fiance.

La paix se négociait dès le mois de septembre et au mi-

lieu des dispositions les plus formidables des alliés , <[ai avaient encore quarante-six vaisseaux de plus que les Anglais. L'échec de la campagne précédente avait réveillé Ténergie des Français, et pour remplacer les sept vaisseaux qui avairat été perdus , il avait été fait , par les particuliers , les corps et les provinces , des soumissions généreuses d'en fournir le double. De nouveaux renforts pour Tlndë, ainsi que huit mille hommes et neuf vaisseaux de ligne pour le continent de TAmérique, venaient départir de Brest, et un nouvel armement s*y préparait encore et devait joindre sous peu la flotte espagnole. Le comte d'Estaing, désiré par les deux nations, était destiné au commandement général. Il s'était mis en route au mois de décembre pour se rendre en Espagne ; Tescadre était prête à faire voilé de Cadix , et l'on se proposait de conquérir Gibraltar et la Jamaïque , lorsque les préliminaires de la paix entre toutes les puissances belligérantes, signés le 20 janvier, rendirent ces préparatifs superflus.

C'était le fruit des changements qui s'étaient opérés au commencement de Tannée précédente, dans le ministère d'Angleterre; lord North, qui le dirigeait vers la guerre, avait été obligé de céder aux attaques que provoqua lord Comwalis. Le marquis de Buckingham, le comte de Shelbume, lord Keppel. Charles Fox, second fils de lord HoUand, Edmond Burke, et d'autres membres du parti de l'opposition qui s'étaient signalés dans les violents débats du parlement, furent appelés i composer la nouvelle administration.

Le jeune William Pitt, second fils de lord Chatam , qui ne s'était pas moins distingué dans ces discussions, et qui, à vipgtdeux ans, avait déjà la conscience de ses forces, refusa d'y jouer un rôle trop secondaire. Il n'en fit partie que trois mois

LOUIS XVI. vn

après, lorsqne la mort do marquis de BncUngbam, premier lord de la trésorerie, ayant investi le comte de Shelburne de r^nploî de premier ministre, on lai offrit, par le titre de chancelier de réchiqnier, la surintendance générale des finances du royaume. Le roi se détermina à reconnaître l'indépendance des Etats-Unis, dont l'orgueil de l'ancien ministère avait provoqué la rébellion. Des plénipotentiaires se rendirent h Paris, et négocièrent, sous la médiation de l'empereur, avec ceux de France, d'Espagne, de Hollande et des Etats-Unis. Il sortit de ses conférences, d'abord des préliminaires en janvier 4783, et le 3 septembre suivant, trois traités définitifs entre TAngleterre d'une part, la France, l'Espagne et les Etats-Unis de l'autre. Le traité avec la Hollande ne fut conclu que le 20 mai 478i. Les Etats^-Unis furent reconnus indépendants. Les limites de leur territoire avec celles du Canada et de l'Acadie. au nord, furent fixées. A l'ouest, elles sont établies par les lacs et par le cours du Mississipi, dont la navigation demeure commune aux deux nations. Les Américains conservent Tusage de la pèche sur le banc de Terre-Neuve et dans le golfe de Saint-Laurent.

Le roi d'Espagne est maintenu dans la possession de Minorque et des deux Florides; il rend h l'Angleterre les Iles de Bahama, et lui accorde un territoire dans le Yucatan , pour l'extraction et l'emmagasinage du bois de Gampéche.

La Hollande fut moins heureuse dans ses conventions, elle fut obligée de céder Négapatnam aux Anglais et de consentir à la libre navigation des sujets britanniques, dans toutes les parties de la mer des Indes, que la compagnie hollandaise s'était jusqu'alors exclusivement réservée. Elle porta ainsi la juste peme de rinactivité qu'elle avait montrée dans la défense des

intérêts communs, et ob Tavaient retenue les factîras qui la divisaient.

Quant à la France, tout entière au soin de procurer satisfaction à ses alliés, elle retira peu de fruit pour elle-même de ses victoires. Le traité qu'elle conclut confirme à l'Angleterre, en Amérique, la propriété de Terre-Neuve et des lies adjacentes, à Texception de Saint-Pierre et de Miquelon qui appartiendront à la France. Les bornes des lieux oii commencera et finira la pêche des deux nations sur le grand banc et dans le fleuve Saint-Laurent, sont réglées d'une manière un peu moins désavantageuse pour la France qu'en 1763. Le roi d'Angleterre restitue et garantit à la France les ilesde Sainte- Lucie et de Tabago (art. 7), et le roi de France à l'Angleterre «(art. 8.) les Iles de la Grenade, de Grenadines, Saint-Cristophe, Newis et Mont-Ferrat.

En Afrique, la Grande-Bretagne (art. 9.) cède et garantit i la France la rivière du Sénégal et ses dépendances , qui consistent en quatre forts, et Tile de Corée ; et réciproquement la France garantit à l'Angleterre (art. 4 1 . ) le fort James sur la rivière de Gambie: mais les Français consentent à se restreindre pour la traite entre rembouchure de Saint-Jean et le fort de Portendic, « à condition même de ne pouvoir faire dans ladite rivière de Saint Jean, sur la côte, ainsi que dans ladite rivière de Portendic aucun établissement permanent, de quelque nature qu'il puisse être. > L'Angleterre rend h la France (art. 43.) quelques éUiblissements qui lui appartenaient ;iu commencement de la guerre sur la côte d*Orixa et dans le Bengale; permet d'entourer Cbandernagor dun fossé pour l'écoulement des eaux , et s'engage à assurer dans Tinde la liberté du commerce aux sujets de la France, soit qu'ils le fassent in-

dividnellement bu par compagnies. Elle rend (art 4 4.) Pondichéry et Karikal, avec promesse d*un arrondissement de territoire qui est spécifié, et conserve à la France la côte de Malabar (art 4 3), Hahé et le comptoir de Surate.

Les puissances contractantes s'interdisent réciproquement (art. 46) tout aide ou secours h ceux de leurs alliés dans rinde, qui n'entreraient pas dans le présent accommodement. Hais la paix fut rétablie entre les Anglais et Tipoo en 4 784 : les nombreux prisonniers que retenait ce prince décidèrent la compagnie à la faire. Us devinrent la rançon des villes de Calicut, Mongalor , Onor et autres, que lui restituèrent les Anglais. Enfin, par l'art. 48» les parties contractantes doivent nommer des commissaires pour travailler à de nouveaux arrangements de commerce entre les deux nations, sur le fondement de réci« procité et de convenance mutuelle.

L'exécution de cet article entralba plus de deux années de travaux, et il en sortit enfin le fameux traité de commerce de 4 786. Sous les dehors de l'équité et de l'égalité les plus strictes, les Anglais eurent l'adresse de s'en procurer tout l'avantage. Pour s'en convaincre, il sufiit de considérer l'art. 6, qui con« tient le tarif des droits sur les marchandises exportables et importables entre les deux royaumes.

Il ne fixe que de légers droits sur nos marchandises de luxe admissibles en Angleterre ; en récompense, il ne soumet aussi qu'à un impôt très-modéré les marchandises anglaises admis^ sibles en France. Voilà toute l'apparence de Téquité et do Tégalité. Mais , parce que les marchandises de luxe , comme vins de dessert, batistes , linons , blondes , dentelles de soie, parfumeries, ganteries, fleurs artificielles, tableltcrie, meubles, bijouteries, ne conviennent qu'à un petit nombre d*acheteui*s;

et qu'au contraire, les ouirchaDdises communes « teUes que la bonneterie, les cotonnades, le gros et le menu fer, les outils, lainages, poterie, faïence et autres objets semblables, coaviennent au pauvre comme au riche, il s'ensuivit, au détriment de plusieurs de nos manufactures précieuses, et tu grand nombre d'ouvriers dans la classe nécessiteuse, qa'oa acheta beaucoup plus de marchandises con^munes que de marchandises de luxe, et qu'en jrésultat la balance fut pour YÂSh gleterre. Aussi, M. Pitt, dans le tableau des finances qu'il mit sur le bureau de la chambre des communes, au mois de juiliet de cette année, plaça-t-il, parmi les moyens sur lesquels sa nation pouvait compter pour subvenir à Texcédant des dépenses publiques, les heureux résultats de ce traité en faveur de la Grande-Bretagne.

Cependant, cet accord n'essuya pas moins de critiques en Angleterre qu'en France ; et dans les deux pays , les négociateurs, Ëden et Gérard de Rayneval, furent également taxés de s'être laissé abuser chacun par l'adresse de son adversaire. L'intervention de la France entre la Russie et h Turquie donna lieu, à la fin de i 783, à une transaction non moins importante que celle qui avait terminé les différends entre l'Angleterre et ses colonies. Elle fut occasionée par Tabandon que fit de ses états, à l'impératrice Catherine 11, le kan des Tartares de Crimée, Schahein-tiueray. L'occupation d'Oczakow, de la presqu'île de Crimée et du Cuban, fut sur le point de rallumer, entre les Russes et les Turcs , une nouvelle guerre, dans laquelle l'empereur Joseph U devait agir comme allié de la Russie.

La cour de Versailles, réclamée en qualité de médiatrice , prévint les hostilités , et , trop officieuse peut-être en faveur

des deux cours impériales , obtint de la Porte-Ottomane , par Tacte d'Ainali-Lavack , du 28 décembre, qu'elle consentirait à reconnaître ces provinces comme une dépendance de la Russie. Cet acte de faiblesse, que Ton a reproché à la France, lui était malheureusement commandé et par la certitude qu'elle avait que les Turcs succomberaient s'ils étaient abandonnés à leurs propres forces , et par l'impossibilité où la mettait l'embarras de ses finances de leur fournir des secours efficaces.

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