‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 42 sur 85 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Mort de Frédéric.

Le 47 août 4786, Frédéric II, surnommé le Grand, meurt à Postdam , des suites d'une bydropisie , dans la soixante-quinzième année de son âge. C'est son neveu , Fré* déric-Guillaume 11 , qui lui succède. ,

Frédéric était né le 24 janvier 4742. Quelques écrivains le désignent sous le nom de Frédéric lU , parce que son aieid et son père se nommaient aussi Frédéric. D'autres le nomment Frédéric II, parce que son père était moins connu sons le nom de Frédéric que sous celui de Guillaume.

Blaurice, comte de Saxe, et Frédéric, ont été les deux plus babiles capitaines de ce »ècle. Tous deux ont pu être comparés aux plus illustres guerriers des temps passés. Fré* déric a eu sur Maurice l'avantage d'être roi, et de pouvoir lever et discipliner ses troupes à sa volonté; mais tous deux se sont signalés |Mir des marches savantes, par des sièges et par des victoires qui feront passer teur nom à la postérité.

Frédéric a surmonté plus de difficuhés que Maiiricei, ayant

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ea ft éombattre phis d'eDnemis : UntAt les Antrichiens, Unt5t les Français et les Rasées. Sa première bataille fut celle de Molwitz, en Silésie, le 40 avril 4741. Le roi, son père, avait formé et disciplroé son infiainterie avec cette sévérité de commandement qui ne souffrait aucune contradiction; mais il avait négligé Tinstruction de la cavalerie prussienne : aussi .ht-elle battue dans cette première rencontre. L'infanterie rétablit l'ordre dans les rangs de l'armée prussienne, et remporta la victoire.

Voltaire parle de cette bataille avec un ton de moquerie qui ferait croire qu*il a écrit ce passage dans un de ces moments de bouderie si fréquents «ntre lui et Frédéric.

c Dès le premier choc , dit-il , le roi de Prusse , qui n'était pas encore accoutumé à voir des batailles, s^enfuit à Oppeln, à douze grandes lieues du champ où l'on se battait. Frédéric passa la nuit couché sur un grabat, dans un cabaret de village , près de Ratibor, sur les confins de la Pologne. Il était désespéré , et se croyait réduit à traverser la moitié de la Pologne pour rentrer dans le nord de ses états, lorsqu'un de ses chasseurs arriva du camp de Molwitz , et lui annonça qu'il ^vait gagné la bataille. Cette nouvelle lui fut confirmée un quart-d'heure après par un aide-de-camp. La nouvelle était vraie. Si la cavalerie prussienne était mauvaise, l'infanterie était hi meilleure de TEurope. Elle avait été disciplinée pendant trente ans par le vieux prince d'Anhalt. Le maréchal de Schwerin , qui la commandait, était un élève de Charies XII ; il gagna la bataille aussitôt que le roi de Prusse se fut enfui. Le monarque revint le lendemain , et le général vainqueur fut à peu près disgracié. > ( Mémoires écrits par Voltaire. )

Gatte guerre contré h maison d'Autridie ne fut qu'un en-

chatnement de victoires pour le roi de Prusse. Celle de Craslaw , sur la rivière de Crudemka , près de TElbe , lé H mai 1742, fut une des plus célèbres; le succès de cette journée fut uniquement dû aux excellentes dispositions du roi. La bataille de Friedbourg , gagnée contre les Autrichiens et les Saxons , le 4 juin 1745 , lui fit encore plus d'honneur, au jugement de tous les militaires. La victoire remportée auprès de Prague , le 6 mai 1757, ne fut pas moins brillante. Lorsqu'il perdit, quelques semaines après, la bataille deKollin , ce prince donna un rare exemple de franchise et de modestie , en publiant de vive voix et par écrit que cet échec ne devait point être imputé à ses troupes, mais à lui seul, qui avait ordonné avec trop d'opiniâtreté d'attaquer un corps d'armée inattaquable.

Enfin , sans compter un grand nombre d'autres actions éclatantes , on connaît le résultat de la bataille de Rosbach , en 1757, oh il défit , presqu'en un moment, une armée trois fois plus forte que la sienne , favorisé, il est vrai, par les mauvaises dispositions d'un général autrichien ( Bildebourg- Hansen ), qui choisit pour champ de bataille le terrain le plus défavorable , et voulut combattre, malgré les représentations des généraux français. Un mois après , la bataille décisive de Lissa mit Frédéric au-dessus de tous les événements, et lui assura un rang honorable entre toutes les puissances de l'Europe.

Dans toutes ses expéditions , Frédéric porta toujours l'uniforme de ses gardes , vêtu , nourri , couché comme un simple soldat; donnant tout à l'art de la guerre, rien au faste, ni même à ces besoins les plus ordinaires de la vie , qu'un général peut toujours se procurer, et que son rival de

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gloire , le maréchal de Saxe , avait grand soin de se ménager.

Si l'on examine sa^ conduite comme roi, si Ton porte an jugement sur Tintéricur de son gouvernement, on reconnaîtra qu'il fut le législateur de son pays. Il réforma la jurisprudence de la Prusse , abolit les procureurs , abrégea la longueur des procédures, cmpôcba les fils de famille de se ruiner par des emprunts usuraires , bâtit des villes , plus de trois cents villages, et les peupla d'agriculteurs et d'artisans. Il encouragea l'industrie des manufactures. Magnifique dans les jours d'appareil, il était simple et frugal dans foules les autres occasions.

Sï Ton veut considérer en lui les talents qui distinguent l'homme dans quelque condition qu'il puisse naître, on lui rendra cette justice qu'il cultiva tous les arts, et fut distingué dans plusieurs branches des connaissances humaines. T^ meilleure histoire, sans contredit, qu'on ait du Brandebourg, est la sienne. lia composé des vers français oii Ion trouve des pensées justes et utiles; il a été un excellent musicien ; sa conversation était instructive et amusante ; et s'il avait su résister à l'entraînement des idées philosophiques , s'il avait moins loué et protégé les écrivains irreligieux qu'il attirait ù sa cour, il aurait joui de plus de gloire pendant sa vie et aurait laissé une mémoire plus respectée. Cependant on voit que , sur la fin de son règne , il était parfois très-mécontent des philosophes. U approuva leurs projets tant qu'il crut qu'ils n'en voulaient qu'à la religion; mais lorsqu'il les vit attaquer aussi les rois, il parut moins épris de leurs ouvrages. 11 en réfuta même quelques-uns, entre autres V Essai sur les préjugés et le Système de la nature. U est fâcheux que Frédéric n'ait pas eu plus souvent de ces mouvements de sagesse, et qu'il n'ait pas

complèteoient justifié , par son caractère , sa conduite et ses écrits , le surnom de Grand que lui ont\alu ses exploits et ses talents militaires.

Le premier ouvrage de Frédéric parait être YAnti'Mae'iiO' vel, qu il composa n'étant encore que prince royal. 11 chargea d'abord Voltaire de lé faire imprimer en Hollande , mais il en arrêta ensuite la circulation , parce qu'aj;ant fait dans le même temps la conquête de la Silésie , il craignit, avec quelque raison , qu'on ne l'accusât d'avoir manqué lui-même aux principes qu'il avait établis dans son livre.

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