CHAPITRE XXL
Mémoires de M. de Calonne.
Galonné , avant de présenter aux notables ses derniers mémoires, avait composé une apologie de ses mesures , qu'il avait fait imprimer à la tête des mémoires déjà lus ; il crut devoir répandre cet écrit et l'envoyer à tous les curés de la capitale; il finissait ainsi :
c Au total, le résultat des moyens proposés doit être qu'enfin le niveau existera entre les recettes et les dépenses , et qu'en même temps il y aura 30 millions de soulagement pour le peuple, sans y comprendre la suppression du troisième vingtième.
c Quelles difficultés peuvent entrer en bakince avec de tels avantages? Quels pourraient être les prétextes d'inquiétude?
c On paiera plus, sans doute , mais qui ? Ceux-là seulement qui ne payaient pas assez, ils paieront ce qu'ils doivent suivant une juste proportion, et personne ne sera lésé.
« Des privilégiés seront sacrifiés! Oui; la justice le
▼eut , le besoin 1 exige. Vaudrait-il mieux surcharger encore les non-privilégiés, le peuple ? *
c U y aura* de grandes réclamations! On s'y est
attaidu. Peut -on faire le bien général sans froisser quelques intérêts particuliers? Réforme-t-on sans qu'il y ait des plaintes?
c Hais la voix du patriotisme, mais le sentiment dû au souverain qui concerte avec sa nation les moyens d'assurer la
tranquillité publique, mais l'honneur ! l'honneur, si puis^
sant au cœur des Français i^eut-on douter qu'il ne l'emporte sur toute autre considération ?
c Déjà les premiers ordres de l'état ont reconnu que la contribution territoriale devait s'étendre sur toutes les terres, sans aucune exception et en proportion de leurs produits.
c Déjà ils ont oifert de sacrifier, pour le soulagement du peuple , des exemptions personnelles que le roi avait trouvé juste de leur accorder.
c Déjà l'assemblée a fait éclater sa reconnaissance sur les vues annoncées par Sa Majesté.
€ Ce serait à tort que des doutes raisonnables, des observations dictées par le zèle , des expressions d'une noble franchise, feraient nattre l'idée d'une opposition systématique; ce serait faire injure à la nation et ne pas la connaître que de n'être pas assuré que son vœu conspirera av^c celui d'un roi qu'elle chérit et qu'elle voit animé du seul désir de rendre son ^ peuple heureux. >
Cette espèce d'appel au peuple fut traité d'incendiaire par la majorité des notables , et la publicité donnée par le ministre porta au comble l'irritation de celte assemblée.
4M mSTOIRK DE FRANCE.
Le garde-de»-sceain de Miromesnil, opposé sourdement à Calonne, réonissâit, disait-on, les magistrats de rassemblée ei prétait secrètement appai à *leur opposition. On apprend, le 8 avril , que le roi vient de lui faire demander les sceaux : le triomphe de Calonne parait assuré ; lui-même le eroit. Le lendemain, Calonne n'était plus contrôleur-général; le roi faii avait fait demander sa démission.
Le roi exila Calonne dans ses terres.
Ce que M. de Calonne aurait dû prévoir arriva; ce fut sa personne qu'on attaqua et non ses projets , ce qui n'eût pas été aussi facile; on contesta Texactitude de ses calculs; on lui reprocha son incapacité, les dépenses excessives qu'il n'avait pas empêchées, les dons, les largesses qu'il avait soufferts, les acquisitions ruineuses qu'il avait laissé faire au roi , les désordres qu'il avait tolérés, encouragés même, et surtout les traités onéreux pour l'état qu'il avait autorisés de son approbation , et desquels il n'était pas certain qu'il n'eût pas retiré lui-même des bénéfices considérables.
Abandonné des gens delà cour, etpriocipalementde la reine, qui avait pris parti pour M. de Breteuil, ayant contre lui la majorité des notables , et sa conservation dans le ministère devenant un obstacle insurmontable à ce que rien ne fût adopté de ce qui avait été soumis par lui à la délibération de l'assemblée, il fallut bien que le roi l'éloignât, et c'est ce qu'il consentit de faire avec assez de facilité, sans pourtant lui donner d'abord aucun témoignage de mécontentement. M. de Galonné se retira presque au moment oii il venait d'obtenir le renvoi de M. de Miromesnil , qu'il accusait de combattre sourdement ses plans , et l'on peut même dire qu'il y eut encore ce jour-là une sorte de journée des dupes, connue lorsque d'Ai^enson
et de Machault parvinrent, à force d'adresse, à se faire renvoyer mutuellement.
M. de Galonné s'éloigna donc, mais il laissa après lui le germe des maux qui devaient peser sur la France : la proclamation d^un déficit considérable , une assemblée presque factieuse qu*il fallut se hâter de dissoudre , un esprit d'opposition qui se répandit dans tout le royaume , un besoin irrésistible de changement et d'institutions nationales , la déclaration solennelle que c'était aux seuls Etats -Généraux qu'il appartenait de consentir l'impAt, la demande formeUe de leur prochaine convocation , et un vide absolu dans les coffres du trésor royal qu'il était aussi pressant que difficile de rem* plir.
De Fourqueux fut mis i^ sa place , mais avec une influence bien moins grande , puisque le roi nomma en même temps un principal ministre , et que ce fut l'archevêque de Toulouse. Il y resta peu , et n'y fut presque pas aperçu ; il en sortit , chose étonnante , sans avoir attiré sur lui , de la part de qui que ce fût, ni la louange ni le blâme. Le président de Lamoignon fut nommé garde-des-sceaux. Les ministres de la marine et de la guerre se retirèrent l'un et l'autre , ne voulant pas travailler avec le principal ministre , et M. de Malesherbes fut rappelé au conseil. J'ai dit qu'il y avait été appelé moins pour donner son avis que pour prêter l'éclat de son nom aux dispositions que projetaient déjh MM. de Lamoignon et de Brienne. Mais un homme, comme Bf. de Malesherbes, ne pouvait jouer ce faible rôle; il fallait qu'il fit le bien ou qu'il se retirât; et ce ministère , quoique sans administration active , ne lui fut pas moins honorable que l'autre. M. de Lamoignon était son proche parent; M. de Brienne était, sinon son ami , du moins une de ses connaissan-
ces andennes et particulières ; il n*en fut pas moins o{^>oséà
ce que ces deux ministres firent d'injuste et d'impoliiique ; et I
leurs fautes ne peuvent lui être reprochées.
M. de Lamoignon avait acquis de la considération au parlement par son attachement aux principes de la magistrature; et, dans le public, par sa constance à combattre les abus qui existaient dans l'administration de la justice. M. de Brieone avait paru avec plus d'éclat que de talent réel, soit dans les assemblées du clergéi soit dans les états du Languedoc. Il avait beaucoup de prôneurs et d'amis parmi les gens de lettres et les philosophes, ainsi que parmi les personnes de la cour dont Tesprit commençait à se diriger vers ce qu'on appelle aujourd'hui les idées libérales. Il professait les opinions des économistes, et il avait été longtemps l'ami particulier de M. Turgot, avec lequel il avait été au séminaire et étudié la théologie, avec cette différence qu'il en avait retenu fort peu de chose, et que M. Turgot la savait très-bien. La reine le protégeait ouvertement, et il avait été désigné plusieurs fois au roi comme devant être appelé au ministère. Mais ce prince s'y était toujours refusé, d'abord parce que c'était un prêtre, et ensuite parce qu'il le croyait un mauvais prêtre; il ne consentit à le nommer cette fois , ainsi que M. de Lamoignon, que .parce qu'il ne vit pas d'autres personnes à qui. dans les circonstances difficiles où se trouvait si malheureusement l'état, il pût confier la direction des affaires.
Cependant ils se montrèrent tous les deux infinimaot audessous des places auxquelles ils furent appelés, et de la réputation qu'ils y apportaient ; ils n'avaient que des connaissances peu étendues, un caractère incertain et ambitieux, une âme faible et un esprit superficiel et tracassier; ils ne firent que
des fautes qui achevèrent de perdre l'état; etib finirent tons les deux d'une manière tragique.
c Pendant ce second ministère, dit M. de Malesherbes luimême, je n'exerçais aucune fonction active; je n'avais que le droit de parler, et ce que j'ai dit n'a pas été publié ; mais le secret du conseil n'est pas asseï bien gardé, pour qu'on ait ignoré que ni les égards pour ceux qui étaient plus puissants que moi, ni l'amitié, ni aucun motif, ne m'ont empêché de m'opposer de toutes mes forces à des actes d'autorité qui ont indisposé la nation.
c Dans plusieurs occasions, je ne m'en suis pas tenu à parler; j'ai donné des mémoires au roi, après les avoir communiqués à ceux qui étaient d'un autre avis ; il en existe des copies en différentes mains , qui peuvent faire foi de ce que j'ayance , et si je voulais me prévaloir mal à propos de ce qui est écrit dans ces mémoires , je m'exposerais au démenti le plus humiliant. »
Le parlement avait refusé d'enregistrer les divers édits bursaux approuvés par les notables, après le renvoi de M. de Galonné. Il avait, pour la première fois, demandé la preuve que les impôts qu'ils établissaient étaient absolument nécessaires, et le roi avait réfusé de la lui donner, ainsi que la communication que le parlement réclamait aussi des états de dépense et de ceux de recette. Un lit de justice , tenu à Versailles , força l'enregistrement qu'on refusait, mais le parlement protesta contre cet acte d'autorité , et déclara qu'aux seuls Etals-Généraux légalement assemblés appartenait le droit d'accorder des subsides. Cette déclaration inattendue était le signal d'une révolution , aussi acheva-t-elle de rendre inévitable et prochaine celle qui se préparait depuis longtemps.
L'exil du parlement à Troyes fut la suite de ces divers actes; les tribunaux inférieurs lui envoyèrent des députations dans ce lieu d*exil pour le coDiplimenter sur son courage, reconnaître la justesse de ses principes, et lui jurer une fidélité à toute épreuve. Ces discours étaient colportés dans toute la France et contribuaient vivement à échauffer de plus en plus lés esprits qui n'y étaient que trop disposés. On avait appris, dès les premières années du règne de Louis XVI, que ses actes de fermeté n'avaient qu'un effet extrêmement court, et qu'il était politique de se prononcer en faveur des corps qui lui opposaient dé la résistance, parce qu'il était à peu près certain que la victoire serait pour eux. D'ailleurs, la cause du parlement, quelles que fussent ses vues ultérieures, était celle de la nation; et on acquérait à bon marché une réputation de patriotisme, en se déclarant pour elle.
On a prétendu que la reine Marie-Antoinette avait fait nommer M. de Galonné ministre ; voici ce que dit M"^ Campan à ce sujet :
a Après MM. Joly de Fleury et d'Ormesson , faibles contrôleurs-généraux, on fut oblige de recourir à un homme d'un talent plus reconnu , et les amis de la reine, réunis en ce moment au comte d'Artois , et par je ne sais quel motif à M. de Vergennes, firent nommer M. de Galonné. La reine en eut un déplaisir extrême, et son intimité avec la duchesse de Polignac commença à en souffrir ; c'est à cette époque qu'elle disait que lorsque les souverains avaient des favoris , ils élevaient auprès d'eux des puissances, qui, encensées d'abord par leurs maîtres, finissaient par l'être par elles-mêmes, avaient un parti dans l'eut et faisaient retomber le blâme de leurs actions sur les souverains auxquels ils devaient leur crédit. »
LOUIS XVi. 431
Avant de m'occoper du ministère de M. de Brienne, je dois rappeler le Mariage de Figaro , pièce de Beaumarchais qui devint un événement. On sait que Beaumarchais avait joué un rôle politique par ses Mémoires contre Goesman et qu'il avait alors jeté le ridicule à pleines mains sur le jiarlement Maupeou. Il avait , après le succès de la comédie du Barbier de Séville, composé son Mariage de Figaro, et il le lisait dans toutes les sociétés de Paris , les censeurs ayant déclaré qu'elle ne pouvait pas être représentée. C'est encore à M""* Campan que j'emprunte le récit suivant :
Cl Ces lectures de Figaro se multiplièrent à un tel point , par la complaisance calculée de Fauteur, que , chaque jour, on entendait dire : j'ai assisté ou j'assisterai à la lecture de la pièce de Beaumarchais. Le désir de la voir représenter devint universel ; une phrase qu'il avait eu l'adresse d'insérer dans son ouvrage avait comme forcé le suffrage des grands seigneurs ou des gens puissants qui visaient à l'honneur d'être rangés parmi les écrits supérieurs : il faisait dire à son Figaro, qu'il n'y avait que les petits esprits qui craignissent les petits écrits.
c Le baron de Breteuil et tous les hommes de la société de M°" de Polignac étaient rangés parmi les plus ardents protecteurs de cette comédie. Les sollicitations auprès du roi devenaient si pressantes , que Sa Majesté voulut juger elle-même cet ouvrage qui occupait autant la société, et fit demander à H. Lenoir , Ueutenant de police » le manuscrit du Mariage àe Figaro. Je reçus un matin un billet de la reine qui m'ordonnait d'être chez elle à trois heures; et de ne point venir sans avoir dtné parce qu'elle me gardetait fort longtemps. Lorsque j'arrivai dans le cabinet intérieur de Sa Majesté » je
432 IIISTOIAE DE FRANCE.
la trouvai seule avec le roi ; un siège et une petite table étaient déjà placés en face d*eux» et sur la table était posé un énorme manuscrit en plusieurs cahiers ; le roi me dit : « C'est la comédie de Beaumarchais , il faut que vous nous la lisiez; il y aura bien des endroits diflSciles à cause des ratures et des renvois; je l'ai déjà parcourue , mais je veux que la reine connaisse cet ouvrage. Vous ne parlerez à personne de la lecture que^vous allez faire. » Je commençai. Le roi m'interrompait souvent par des exclamations toujours justes, soit pour louer, soit pour blâmer. Le plus souvent il se récriait : c C'est de mauvais goût; cette homme ramène continuellement snrla scène Thabitude des Concetti italiens. Au monologue de Figaro , dans lequel il attaque diverses parties d'administration, mais essentiellement à la tirade sur les prisons d'état , le roi se leva avec vivacité et dit : c C'est détestable, cela ne sera jamais joué : il faudrait détruire la Bastille pour que la représentation de cette pièce ne fût pas une inconséquence dangereuse. Cet homme joue tout ce qu'il faut respecter dans un gouvernement.»
Certes le roi avait porté le jugement auquel l'expérience a dû ramener tous les enthousiastes de cette bizarre production, c On ne hi jouera donc point? dit la reine. Non, certainement, répondit Louis XYI; vous pouvez en être sûre. » Cependant on ne cessait de dire dans la société que le Mariage de Figaro allait être joué ; il y avait même beaucoup de gageures à ce sujet. Je n'aurais pas pu en faire moi-même, me croyant sur ce point beaucoup plus instruite que toute autre personne; je me serais bien trompée. Les protecteurs de Beaumarchais ou plutôt de son ouvrage, comptant réussir dans le projet de le rendre public, avaient, malgré la défense du roi, fait distri-
LOUIS XVI. ISS
btter les rMes da Mariage de Figaro aux aetain da Théilre- Français. Beaumarchais les avait péDéirés de Teq^rit de ses personnages, et Ton voulut au moins jouir d'une représenta* tion de ce prétendu chef-d'œuvre dramatique. Le premier gentilhomme de la chambre consentit à ce que M. de Laferté prêtât la salle de ^[Hîctacle de l'hdtel des Menus-Plaisirs» à Paris, qui servait aux répétitions de l'Opéra; on donna des billets k une foule de gens de la première classe de la société» le jour de cette représentation fut indiqué. Le roi n'en fut instruit que le matin même et signa une lettre de cachet qui défendait cette représenution. Lorsque le courrier qui portait cet ordre arriva, une partie de la saUe était déjà garnie de q^ectateurs, et les rues qui aboutissaient à Thêtel des Menus-Plaisirs étaient remplies de vwtures; la pièce ne fut point jouée. Cette dé;fcDse du roi parut une atteinte à la liberté publique. Toutes les espérances déçues excitèrent le mécontentement à tel point que les mots d'oppression et de tyrannie ne furent jamais prononcés, dans les jours qui précédèrent la chute du trône, avec plus de passion et de véhémence. La colère emporta Beaumarchais jusqu'à lui faire dire : c Eh bien ! mesriairs, il ne veut pas qu*on la représente ici, et je jure, moi, qu'elle sera jouée, peut-être dans le cœur même de votre demeure! » On pouvait trouver un sens prophétique à ces paroles. Peu de temps après, on insinua dans le monde la résolution que Beaumarchais avait enfin prise de supprimer tous les passages de son ouvrage qui pouvaient blesser le gouvernement, et, sous prétexte déjuger les sacrifices faits par Tauteur, M. de Vaudreuil obtint h permission de faire jouer ce fameux Mariage de Figaro à sa maison de campagne. M. Campan y fut invité; il avait entendu plusieurs lectures de l'ouvrage, et n'y trouva point les chan« T. XVI. « S8
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gements annoneés; il en faisait la remarqne à plusieurs personnes de la cour qui lui soutenaient que l'auteur avait &dt tous les sacrifices prescrits. Chacun venait à son tour Ten eotretenir; M, Campan fut si étonné de ces assertions sur une chose évidemment fausse, qu'il leur répondit par une phrase de Beaumarchais lui-même, dans son Barbier de SéviUe^ et prenant le ton de Bazile, leur dit : c Ma foi , messieurs, je ne sais pas qui Ton trompe ici, tout le monde est dans le secret. » On en vint alors au fait , et on lui demanda avec instance de dire positivement à la reine, que tout ce qui avait été jugé répréhensible dans la comédie de M. de Beaumarchais en avait disparu. Mon beau-père se contenta de répondre que : sa position à la cour ne le mettant dans le cas d'articuler son opinion que dans l'occasion où la reine lui en parlerait la première, il n'en dirait son sentiment que si elle le lui demandait. La reine ne lui en parla pas. Peu de temps après, on obtint enfin la représentation de cet ouvrage.
La reine croyait que Paris allait être bien attrapé en ne voyant qu'une pièce mal conçue et dénuée d'intérêt , depuis que toutes les satires en avaient été supprimées. Monsieur, persuadé qu'il n'y avait pas un seul passage susceptible d'applications makcieuses ou dangereuses, se rendit à la première représentation en grande loge : tout le monde sait quel fut le fol enthousiasme du pubkc pour cette pièce, et le juste mécontentement de Monsieur ; bientôt après, la détention de l'auteur eut lieu, tandis que son ouvrage était porté aux nues, et que la cour n'aurait pas osé en suspendre les représeniations. La reine témoigna son mécontentement à toutes les personnes qui avaient aidé l'auteur du Mariage de Figaro à surprendre le consentement du roi pour la représentation de sa comédie.
LOUIS vn. «fê
Ses Hftproches s'adressaient pltts directement à H. de TatidretiH pour ravioir fait jouer ekez lui. Le caractère tiolent et dominateur de l'ami de sa favorite avait fini par lui déplaihs. Un soir que la reine rentrait de chez la duchesse , elle dit à son valet de chambre d'apporter sa queue de billard dans son cabinet, et m'ordonna d'ouvrir l'étui qui contenait cette queue. Je fus étonnée de n'en pas trouver le caden^ , dont la reine portait la dé à la chaîne de sa montre. J'ouvris Tétni et j'en retirai la queue en deux morceaux. Elle était d'ivoire» el faite d'une seule dent d'él^hant ; la crosse e» était d'or, frattilléA avec infiniment de goût, c Voilà, me dËt-elle alors , de quelle manière M. de Yaudreuil a arrangé un bijou auquel j'attachais un grand prix. Je l'avais posée sur le canapé, pendant que je parlais à la duchesse dans le salon ; il s'est permis de s'en servir, et, dans un mouvement de colère, pour une bille Moquée, il a fnfpé la queue si violemment contre le billard , qu'il l'a cassée en deux.
i Le bruit me fit rentrer dans la salle ; je ne lui dis pas un seul mot ; mais je le regardai avec l'air du mécontentemeâl dont j'étais pénétrée. U a été d'autant plus affligé de cet aeci^ dent, qu'il vise déjà à la place de gouverneur du dauphin , et qu'avec cette ambition , l'emportement n'eM pus un défcitt à laisser édater. Je n'ai jamais pensé à lui pour cette piftee. C'est bien assez d'avoir agi selon mon cœur pour le choix d'tife gouvernante , et je ne veux pas que celui de gouverneur du dauphin d^fïde en rien de l'influence de mes amis. J'en serais responsable à la nation.
< Le pauvre malheureux , ajouta hi reine , ne sait pas que ma décision est formée, car je ne m'en suis jamais expliquée avec la duchesse. Ainsi, jugez de la nuit qu'il a dû passer. Au
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reste» ce n'est point le premier événement qui m*ait proii?é que si les reines s'ennuient dans leur intérieur, dles se compromettent chez les autres. »