CHAPITRE XXIII
M. de]
L*avénemeDt de M. de Brienne au ministère fui marqué par un fait important : c'est que la reine, à cause du peu de confiance que le roi avait dans l'archevêque , se crut obligée de se mêler des affaires. Elle s'affligeait souvent de sa position nouvelle , dit madame Caropan dans ses Mémoires, Un jour que je l'aidais à serrer des mémoires et des rapports que des ministres l'avaient chargée de remettre au roi : c Ah ! dit-elle en soupirant, il n'y a plus de bonheur pour moi depuis qu'ils m'ont faite intrigante. Je me récriai sur ce mot : c Oui , reprit la reine , c'est bien le mot propre ; toute femme qui se mêle d'affaires au-dessus de ses connaissances et hors des bornes de son devoir, n'est qu'une intrigante; vous vous souviendrez an moins que je ne me gâte pas , et que c'est avec regret que je me donne moi-même un pareil titre. Les reines de France De sont heureuses qu'en ne se mêlant de rien et en conservant un crédit suflSsant pour faire la fortune de leurs amis et le sonde quelques serviteurs zélés. »
c Séduite et entraînée par le langage brillant de Tarcbevêqae de Sens, entretenue dans la confiance qu'elle accordait à ce ministre par les éloges que l'abbé de Yenuont, son secrétaire (1), ne cessait de donner à ses talents, la reine, après
(1) J'ai entendu dire k Vibhé de Vermont qa*il était panrena ii faire nommer M. de Brienne clief do consei! de finance , et qa'il avait employa dix-sept ans H cela.
( Madame Gampen. )
4lft mSTOIRfe hE ImANCE.
avdir M h filute de ramener An ministère , en Bi mdMttusement nnè ausdi grave en le soutenant à l'époqne d'une disgrâce obtenue dn désespoir de la nation entière. Bile crotde sa dignité de lui donner, au moment de son départ . des preuves ostensibles de son estime; et sa sensibilité même Téga* rant\ elle lui envoya son portrait enrichi de pierreries et le brevet de dame du palais pour sa nièce , M"" de Canisj, dis(mt qu'il fallait dédommager un ministre sacrifié par la brigue des cours et par l'esprit factieux (4) delà nation. Cependant le jour du départ de rarchevéque , la joie fut populaire àm Paris ; on y fit des feux de joie ; la basoche y brûla un mannequin qui représentait l'archevêque , et plus de cent courriers partirent de Versailles dans la soirée même de sa disgrâce pour en porter l'heureuse nouvelle dans toutes les campagnes qui environnaient Paris et Versailles. J'ai vu depuis la reine verser des larmes amères sur les torts qu'elle avait eus à cette époque (2). »