CHAPITRE XXIV
JDgement sur CaloBne (3)«
La seule atténuation que dut trouver Louis XVI au danger d'une assemblée de notables, fut dans le choix des hommes qne Calonne y devait aiipeler. ils furent au nombre de ceût quarante-quatre, et presque tous appartenaient aux deux premiers
(1) Oa appelait factieux Tinituict de la nation qui îoolait recoairer sei liberies.
(S) Lors de la procession des Etats-Génèranx , des feniBes, en voyant la reine, crièrent si fortement : tIto M. le dne d'Orléans ! qa« la r^lne pensa s'évanonir.
(5) Uiêtêkê iê aiimoudi. — Continuation.
ordres. Le tien-étal qui , peu de temps après » jouait un rAle si prépondéraot dans les assemblées publiques, ne tint qu'une pince étroite et obscure dans les désignations ministérielles. On peut dire qu'aux notables il fut à peine représenté. C'était une de ces fautes comme il en échappait à Galonné, à ce naturel incomplet et contradictoire qui visait à la fin sans conscience et qui oubliait les moyens. Rien n'avertit cette tête, ivre d'eliemêoie , que pour faire accepter un impôt frappant également sur toutes les classes ; ce n'était pas des privilégiés qu'il fallait presque exclusivement consulter. La même inintelligence de ce qui prépare et conduit un succès, se montra dans l'ordre des délibérations.
Calonne arrêta qu'on délibérerait et qu'on voterait par bureau, et que la décision de chaque bureau compterait pour une voix : c'était mettre la majorité des bureaux au-dessus de la majorité des notables ; c'était ne pas voir la portée du plus simple calcul. Tant d'inattention touche à l'ineptie. Et cependant, là ne se bornèrent pas les fautes d'un ministre qui fut le moins politique des hommes dan; une des situations les plus fortement politiques qui aient peut-être jamais existé. A la veille d'une assemblé^ dont les votes allaient être pour lui une question de vie ou de mort^ il ne s'occupa sérieusement que de ses plaisirs. Toujours victime de l'espérance , et se croyant ministre pour longtemps encore, ne voyant dans les embarras de l'état qu'un empêchement personnel , et dans la possession du pouvoir que des jouissances d'amour-propre ou des facililés pour ses vices , il persévéra jusqu'au bout dans cet oubli des devoirs de sa charge et des nécessités de sa position. 11 ne s'empara point de l'esprit des notables qui arrivaient de Paris : il ne les plia point à ses vues; il ne pensa point à se servir de
ce ém de séductioD qu*il avait fini par ne plus exercer que sur
lainoDéme.
Les membres des parlements de province faisaient presque des coalitions contre lui. Il les laissait s'assembler ainsi que ks évéques. Rien ne troublait sa folle et bruyante sécurité. Quand le 29 janvier arriva, ce jour, fixé pour l'ouverture de Tasasemblée, il était malade de ses débauches. On renvoya la séance au 7 février, ensuite au 4 i ; mais ce ne fut que le 22 qu'elle s'ouvrit, et presque au moment où le roi venait de pondre M. de Yergennes.
Il était mort du mal de la situation même. Son esprit froid l'avait jugée , et son âme de peu de trempe en avait été brisée. Depuis longtemps il souffrait de cette douleur des hommes publics qui voient les événements plus forts que leurs convictions ; il ne s'appuyait plus sur les siennes. Quand M. de Galonné s'était adressé à sa vieille haine pour les parlements , afin de l'amener mieux à ses idées , il n'avait pas eu grandpeine à Fentrainer. Le découragement l'aurait mené où le poussait Galonné , tout aussi bien que cette haine usée. Un enfant venait d'humilier son expérience, en lui faisant signer un traité de commerce ruineux pour nous. M. de Castries, l'ami chevaleresque de Necker, avait lu contre lui, en conseil, un mémoire remarquable, digne revanche de celui qu'à une autre époque Yergennes avait écrit contre Necker. On a dit que ce fut un malheur pour la France que la mort de ce ministre. G'est un honneur funèbre qu'on lui a rendu ; mais, à notre sens, il n'eût pas exercé une bien haute influence sur les notables. Louis XVI perdait plus que la France. On raconte qu'il alla visiter le tombeau du ministre, et qu'à son tour , sous le coup des découragements qui avaient
abattu son ami, il s*éeria : < Que ne suis-je couché à côté de vous. > Quant à Galonné , il ne songea pas naêrne à le regretter. L'idée qu'il perdait un appui, un homme utile» ne lui vint pas. Qu'avait- il besoin de personne? N'avait-il pas foi ep Ba fortune? Ne jouait-il pas avec la difficulté ? N'aimait-il pas à la redoubler pour mieux la vaincre, comme on l'avait vu déjà quand il avait désigne, par une forfanterie singulière, pour faire partie de l'assemblée des notables, ses plus redoutables adversaires, et parmi eux ce Loménie de Brienne, qui le devait sitôt remplacer !
M. de Monthyon rapporte sur Galonné une anecdote qu'il garantit; c'est un exemple curieux de son cynisme et de son improbité. M. de Machault fit une visite d'affaires à M. de Galonné , qu'il ne connaissait point. Gelui-ci l'entretint de l'état déplorable des finances , disant « qu'un honnête homme avait peine à se charger de cette administration ; qu'il ne s'y était déterminé que parce qu'il y avait été forcé par la situation de ses affaires personnelles. > Galonné alors raconta que quand il était arrivé au contrôle général , il devait 220,000 livres exigibles ; que, dès les premiers moments, il avait donné connaissance au roi de sa situation, et lui avait fait observer qu'un ministre des finances avait bien des moyens d'acquitter une telle dette sans que Sa Majesté en fût instruite , mais qu'il préférait une voie plus franche ; et que le roi, sans lui répondre, avait été prendre dans son secrétaire des actions de l'entreprise des eaux , et lui en avait donné pour 230,000 livres. Et H. de Galonné ajouta qu'il avait trouvé moyen de s'acquitter^ et avait gardé les actions des eaux, M. de Machault, en racontant cette histoire , ajoutait avec sa gravité et sa finesse habituelles : Je n'avais pourtant rien fait pour provoquer une T. XVI. 29
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