‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 61 sur 85 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

Troubles dans toute U FraDc«.

Les édits avaient été publiés et enregistrés le même jour dans toutes les cours souveraines, environnées de soldats.

Ils soulevèrent une indignation profonde, non-seulement dans les parlements et les tribunaux supprimés , mais même dans les juridictions qui ne gagnaient rien au nouvel ordre de choses. Quant aux tribunaux destiués à devenir grands-bailliages, la plupart excités, d'un côté, par Teflervescence générale , retenus , de Tautre, par leur intérêt personnel et par celui de leur ville, tenaient une conduite douteuse qui annonçait une soumission prochaine.

Dans trois ou quatre villes seulement, les tribunaux s'abandonnèrent complètement aux vues du ministère ; mais plus d'un tribunal , destiné à devenir grand-bailliage, protesta avec énergie contre les nouveaux édits, et le ChAtelet de Paris donna l'exemple en refusant de les enregistrer et de les publier.

Presque par toute la France , l'administration de la justice était interrompue. Les juges tenaient des simulacres d'audiences, où il ne se jugeait aucun procès. Le public s\y portait en foule pour y exercer son influence par les moyens qu'il était habitué à mettre impunément en usage.

Mais ce fut dans les villes de parlements que la résistance se montra surtout avec un caractère effrayant. •

Li noblesse de province, presque tout enlière, se \vU\ dans l'opposition. La jalousie des nobles d'cpce contre les

nobles de robe sembla s*effacer, et c'était se bien maintenir à son rang que de protéger la magistrature.

Les protestations se succédaient continuellement dans presque toutes les provinces. Répandues dans le public , elles étaient recherchées avec empressement.

Des troubles éclatèrent en Provence, où l'assemblée intermédiaire des états et la noblesse protestaient contre les édits; dans le Languedoc, leRoussillon, mais surtout dans leBéarn, la Bretagne et le Dauphiné.

Les montagnards descendirent dans la ville de Pau avec une sorte d*appareil militaire. Les portes du Palais-de-Justice, fermées par ordre du roi, furent enfoncées. Le parlement, demandé à grands cris, s'assembla sur Tinvitation même du commandant de la province , qui craignait les plus graves désordres. Des protestations véhémentes furent faites par la magistrature et la noblesse. Cent-un gentilshommes prirent , le 19 juin , un arrêté où Ton remarquait ces mots : < Les députés des villes et bourgs dé ce pays ont concouru de tous les temps à l'administration générale avec la noblesse et le clergé ; notre constitution est le régime municipal. En se donnant un chrf, nos pères se l'attachèrent et se lièrent à lui par des serments respectifs, renouvelés à chaque règne. Le souverain jurant le premier, l'observation de son serment est la condition du nôtre Nous déclarons réfractaire aux lois constitutionnelles du pays, infime, parjure, traître au roi , quiconque prendrait quelque place dans les nouveaux tribananx. »

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