‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 64 sur 85 · CHAPITRE XXXVm · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVm

Confoeatton d'une assemblée dti dergé.

Dâus ses embarras financiers » Brienne crut trouver une ressource dans le clergé, et il fit convoquer une assemblée générale. Mais Brienne eut peine i reconnaitt^ le dergé sur lequel il croyait exercer son influence accoutumée. Il ironva dans cette assemblée des évéques qui le poursuivirent a?«f autant d*ârdeur qu'il avait poursuivi Galonné ^ rassemblée des notables. Le 25 juin , Ta^mblée adressa au roi là remontrance suivante :

c Sire, en ordonnant la convocation d*uue assemblée extraordinaire du clergé de France , Votre Majesté a pensé que la présence d*un plus grand nombre de députés ne pourrait que rendre plus solides et plus respectables les délibératimis qui doivent tendre à resserrer les liens de tous les ordres de son royaume.

« Lorsque le premier ordre de l'état «e trouve le seul qai puisse élever la voix , que le cri public le sollicite de porur les vœux de tous les autres aux pieds de votre trône , que i*iO' térét national et son zèle pour votre service le eomm»d6D( , il n'est plus glorieux de parler, il est kouteux de se taire: notre silence serait uu de ces crimes dont la nation et la po^ térité ne voudraient jamais nous absoudre.

< Votre Majesté vient d'opérer, dans le lit de justice do S mai , un grand mouvement dans les choses et dans les personnes , et le royaume s'est trouvé sans juges et sans tritanaux. »

(Suit une longue critique de la cour plénière» et ta demande des Etats-Généraux ).

c n est un point sur lequel la nation a toujours réclamé invariablement son consentement et sa volonté libre, ce sont les impôts , parce que les impôts attaquent la propriété de chaque citoyen ; qu'ils tiennent à toutes les passions qui ont intérêt de les établir et de les perpétuer , et que le fisc veille sans cesse pour reculer ses bornes

c Sans les assemblées nationales , le bien du règne le plus long ne peut être qu*un bien passager, la prospérité repose sur une seule tête. î)ans notre antique monarchie, qu'avonsnous à citer? Quelques hommes et quelques années éparses, et quand il s*agit d^empires et de siècles , que sont quelques hommes et quelques années?

c Toutes les annales du monde nous apprennent que c*est dans le désordre des finances et la misère publique que les cœurs se refroidissent et que les trônes s'ébranlent

c De saints pontifes ont tant de fois intercédé pour leur peuple et fléchi des conquérants, des rois, des empereurs! N'aurions-nous pas aujourdhui cette tendre sollicitude pour cette nation chrétienne et catholique qui , depuis tant de siècles , se plaît à respecter TEglise et ses ministres. Le clergé de votre royaume vous tend des mains suppliantes ; il est beau et touchant de voir la force et la puissance céder 5 la prière...

c Les tribunaux sont dans le silence et Véloignement. Daignez, Sire , leur rendre une activité sans laquelle la religion du législateur ne peut être éclairée. Ne vous privez pas plus longtemps de leurs lumières, et ouvrez à leur voix tout les accès du trône ; il ne vous restera plus alors que d'entendre la voix de la nation.

c Recevez , Sire, par notre bouche, ses immortelles actioûs de grâces, pour lui avoir promis ses anciennes assemblées. La restauration de i*ordre et de la paix rend ce bienfait nécessaire. Plus il sera prompt, plus il sera utile; plus tôt vous serez proclamé Tami du genre humain , le bienfaiteur des générations présentes et futures, plus tôt vous recevrez k dévouement entier de votre peuple. Les maux sont grands, mais les remèdes le sont encore plus ; car la gloire de Votre Majesté n'est pas d*étre roi de France , mais d*étre roi des Français, et le cœur de vos sujets est le plus beau de vos domaines, b

Hais, le même jour, l'assemblée présentait des remontrances d'un autre genre.

c Le clergé de France , assemblé par la permission de Votre Majesté , est forcé de réclamer aux pieds du trône Ui conservation de ses immunités , droits et franchises ^la liberté de ses dons , la stabilité de son administration

c Le clergé a été, Sire, en votre présence, l'année dernière, menacé tout h la fois et de perdre ses immunités et de se voir contraint à la vente d'une partie de ses biens. Si depuis cette attaque, aussi affligeante qu'inattendue, nous paraissons rassurés sur la coiiservation de nos biens , nous sommes encore livrés aux plus vives alarmes sur l'objet égalonent sacré de nos immunités, droits et franchises.

c Le principe destructif de nos immunités a été clairement énoncé dans le mémoire présenté à rassemblée des notables , sur le remboursement des dettes du clergé

c Combien n'à-t-il pas redouté de les voir anéantir par l'exécution de Tédit du mois d'août 1787, portant établissement d'une subvention territoriale dans tout le royaume, si cette loi eût existé !

« L*édit du mois de septembre 1787, qui a révoqué celui delà subvention territoriale et rétabli les deux vingtièmes , présente aussi, sans toutefois nommer le clergé, une généralité d'expressions infiniment alarmantes pour ses immunités

c Mais tout n'annonce que trop un projet formé d'assujétir de fiait et de droit les biens ecclésiastiques à l'imposition laïque des vingtièmes. On ne cesse d'exercer une inquisition plus ou moins sourde ou éclatante» pour constater, dans le plus grand détail, la valeur de toutes les possessions du clergé

€ La liberté de nos dons et de notre administration est le point essentiel et fondamental de nos immunités.

« Les attaques formées contre nos immunités ont procuré dans tous les temps au clergé , les titres les plus précieux. On a considéré qu'il ne suffit pas que des entreprises publiques et éclatantes soient annulées par des actes privés. Des actes publics et authentiques peuvent seuls , en réparant le passé, mettre en sûreté pour l'avenir

c Nous supplions Votre Majesté , avec la plus respectueuse instance, d'accorder aux besoins de l'Eglise de France une loi pareille à celles qu'elle a obtenues en 1 71 1 et 1 726 , sous les deux derniers règnes »

Dans sa réponse du 1 5 juin , le roi dit au clergé qu'il n'établirait point d'impôts sans le consentement des Etats-Généraux , et aussitôt l'assemblée fit une délibération pour prendre acte des promesses du roi.

Le 5 juillet, un arrêt du conseil déclara que la liberté des dons du clergé et celle de son administration n'ont souffert et ne souffriront aucune atteinte.

Le ministre , voyant l'esprit hostile de rassemblée , s était borné à demander un don de 4 ,800,000 livres pour Vannée courante et une somme égale pour 1789. L'assemblée rejeta la demande pour la seconde année, et le public applaudit comme à un acte de patriotisme.

Ainsi le roi ne trouvait de secours et d'appui ni dans la magistrature, ni dans la grande majorité de la noblesse, ni dans le clergé , mais d^ résistances et des obstacles partout et sans cesse renaissants.

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