CHAPITRE XL
Chate de M. de Brienne.
Brienne crut que des concessions pourraient le sauver. Un arrêt du conseil du 8 août annonça de nouveau les
Etats-Généraux pour le mois de mai suivant . et suspendit la cour plénière jusqu'à leur convocation , mais le ministre annonça la persévérance la plus ferme pour rétablissement des grands-bailliages.
Cependant le trésor était épuisé , en vain avait-on recours à des moyens déplorables pour trouver de l'argent; toutes les ressources étaient usées ; les capitalistes ne voulaient plus rien prêter. L'hôpital militaire des Invalides avait en caisse une épargne assez considérable, le ministre s'en était emparé; une grêle affreuse venait de ravager les campagnes à vingt lieues autour de Paris» une loterie de bienfaisance avait été ouverte pour les victimes de ce fléau; Brienne avait abusé de ce dépôt sacré; enfin , sans argent et sans moyen de s'en procurer, il prit un parti désespéré. Un arrêt du conseil du 1 0 août remit k un an les remboursements et paiements des capitaux dus par le roi; les autres paiements devaient se faire partie en argent, partie en billets du trésor, à l'exception de la solde des troupes; les billets devaient produire des intérêts ; enfin , sous prétexte de la fabrication de ces billets, tout paiement était suspendu pendant six semaines. L'épouvante se répandit aussitôt dans Paris ; le gouvernement , disait-on , allait s'emparer des fonds d'une banque publique appelée caisse d'escompte , on y courut en foule ; la réserve fut bientôt épuisée; un arrêt du conseil du 18 août autorisa cette caisse jusqu'au \" janvier à ne pas échanger ses billets contre du numéraire et défendit de les refuser en paiement des lettres de change et autres effets.
La crise financière excita une clameur universelle. Brienne crut trouver un moyen de se maintenir au pouvoir, en proposant à Necker la place de contrôleur-général; Necker répondit
qu'il ne pourrait être utile qu'autant qu'il aurait seul la direction des finances avec l'autorité nécessaire sur toutes les branches d'administration qui s'y rapportent, et il exigea la retraite du principal ministre.
La famille royale, alarmée de la gravité des circonstances, et sollicitée par les partisans de Necker, pressa tellement le roj , qu'elle parvint à surmonter son éloignement contre cet ancien ministre.