‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 7 sur 85 · CHAPITRE LI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LI

Assasrinat du roi de Pwtofal. — Jéniites chassés da Portogal, et ensiite da Franôe.

Les jésuites étaient, comme on sait, les souverains véritables du Paraguai , en reconnaissant le roi d'Espagne. La cour d'Espagne avait cédé par un traité d'échange quelques districts de ces contrées au roi de Portugal Joseph II, de la maison de Bragance. On accusa les jésuites de s'y être opposée, et d'avoir fait révolter les peuplades qui devaient passer sous la domination portugaise. Ce grief, joint à beaucoup d'autres, fit chasser les jésuites de la cour de Lisbonne.

Quelque temps après , la famille Tavora, et surtout le duc d'Aveiro, oncle de la jeune comtesse Ataide d'Atouguia; le vieux marquis et la marquise de Tavora, père et mère de la jeune comtesse; enfin le comte Ataide, son époux, et un des frères de cette comtesse infortunée, croyant avoir reçu du roi un outrage irréparable, résolurent de s'en venger. La fa-

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miDe qui pensait être outragée s'adressa à trois jésuites , lia- ]a(;rida» Alexandre, et Mathos : ces casuistes décidèrent que ce n'était pas seulement un péché qu'ils appellent véniel de ttttflemî.

Les colorés attelèrent le roi qui revenait à Lisbonne d'une petite maison de campagne, seul, sans domestiques, et la nuit; ils tirèrent sur son carrosse, et blessèrent dangereusonent le monarque.

Tons les complices , excepté un domestique , furent arrêtés : les uns périrent par la roue, les autres furent décapités. La' jeune comtesse Ataide, dont le mari fut exécuté , alla par ordre du roi pleurer dans un couvent tant d'horribles malheurs, dont elle passait pour être la cause.

Les jésuites les plus coupables étaient en prison à Lisbonne : le roi les y laissa, et prit le parti d'envoyer à Rome tous les jésuites de ses états. On les déclara bannis pour jamais du royaume ; mais on n'osait livrer à la mort trois jésuites accusés et convaincus de parricide. Le roi fut réduit à l'expédient de livrer du moins Malagrida à l'inquisition , comme suspect d'avoir autrefois avancé quelques propositions téméraires qui sentaient l'hérésie.

Malagrida ne fut brûlé que pour avoir été fou , et non pas pour avoir été parricide.

Tandis qu'on chassait les jésuites du Portugal, il arriva qn'un profès de leur ordre , nommé La Valette , qui était chef des missions à la Martinique , et le plus fort commerçant des lies, fit une banqueroute de plus de trois millions. Les intéressés se pourvurent au parlement de Paris. On crut découvrir alors que le général jésuite, résidant à Rome, gouvernait despotiquement les biens de la société. Le parlement de

Paris condamna ce général et tous les frères jésuites solidairement h payer la banqueroute de La Valette.

Le roi les abandonna aux parlements de son royaume» qui tous, Fun après Tautre, leur ont ôté leurs coUéges et leurs biens.

Enfin le roi , par un édit solennel , en 1764 , abolit dans ses états cet ordre.

L'ordre des jésuites fut ensuite chassé de tous les états du roi d'Espagne en Europe, en Asie, en Amérique, chassé des Deux-Siciles, chassé de Parme et de Malte : preuve évidente qu'ils n'étaient pas aussi grands politiques qu'on le croyait.

Cet ordre fut exécuté dans presque tous les pays qui avaient été les théâtres de sa puissance , en Espagne , aux Philippines , au Pérou , au Mexique , au Paraguai , en Portu* gai , au Brésil , en France , dans les Deux-Siciles, dans le duché de Parme , à Malte; mais il fut conservé» du moins pour quelque temps , en Hongrie , en Pologne , dans le tiers de l'Allemagne , en Flandre, et même à Venise, où il n'avait aucun crédit , et dont il avait été autrefois chassé.

Enfin cette société a été abolie, après bien des négociations, par le pontife de Rome Ganganelli , successeur du pape Rezzonîco. Tous les princes catholiques de l'Europe ont chassé les jésuites; et le roi de Prusse , prince protestant, les a conservés , au grand étonnement des nations. C'est que ce monarque ne voyait en eux que des hommes capables d'élever chez lui la jeunesse et d'enseigner les belles-lettres, peu cultivées dans ses états, excepté par lui-même ; il les croyait utiles, et ne les craignait pas.

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