CHAPITRE XII
Récit d'un membre da côté droit.
Voyons comment M. de Ferrières, député de la droite, a rendu compte de ces grands événemaits :
« La séance royale se tint le 23 juin. Necker refusa de s'y
(1) M.deBarante.
trouver : son absence fut une censure amère de la déclaration. La cour montra dans cette affaire une pusillanimité, une incertitude incroyable , et prouva , par le peu d'usage qu'elle fit de la force , que la force , quand on ne sait pas l'employer, est une arme inutile et même dangereuse , parce qu'elle est la mesure de la faiblesse du caractère de ceux qui la déploient inutilement.
c La séance royale offrit Todieux appareil d'un lit de justice. Des soldats et des gardes-du-corps environnaient la salle des Etats : tout , autour du trône , fut morne et silencieux. La déclaration ne contenta personne. Le roi parla plutôt en despote qui commande qu'en monarque qui discute, avec les représentants du peuple , les intérêts d'une grande nation. Des je vetuc, souvent répétés , choquèrent des hommes fatigués de la servitude , impatients de conquérir la liberté. La séance finie , la noblesse et le clergé se retirèrent : messieurs du tiers demeurèrent dans la salle. Le grand-maitre des cérémonies leur porta l'ordre de sortir : « Allez dire à cem qui vous envoient , s'écrie le comte de Mirabeau , que nous somnîes ici par la volonté du peuple, et que nous ne quitterons nos places que par la puissance des baïonnettes. » Le grand-mattre court rendre compte au roi : ce prince, déjà las du rôle qu'on lui a fait jouer , et à qui tout cela dans le fond était très-indifférent, répond que si messieurs du tiers ne veulent pas quitter la salle, il n'y a qu'à les y laisser.... N'osant donc employer la force , on a recours à un moyen puéril. On envoie une trentaine d'ouvriers armés de marteaux , sous prétexte de remettre la salle dans son ancien état , qui , détendant et retendant des tapisseries , démontant et remontant des boiseries , cognent et recognent : on espère que ce bruit et la confusion d'un pareil
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déménagement forceront messieurs du tiers de lever la séance et de s\en aller.
Messieurs du tiers demeurèrent impassibles et continuèrent la délibération. Hs décrétèrent qu'ils persistaient dans les arrêtés pris au Jeu-de-Paume et à Téglise de Saint*Louis ; ils déclarèrent la personne de chaque député sacrée, inviolable, ti prononcèrent le titre d'infâme , de traître à la patrie , sur quiconque oserait attenter à la liberté d'un député. Les grands, les ministres , les conseillers d'Etat , témoins de ces vigoureuses résolutions, restaient frappés d'un étonnement stupide: habitués à ramper au seul mot d*un roi , cette mâle résistance était pour eux un attentat sacrilège. »