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CHAPITRE XIV

Réunion des trois ordres.

Un peuple nombreux, envoyé de Paris à Versailles, avait environné la salle des Etats durant la séance royale. Il l'entourait encore, lorsqu'on lui apprit que M. Necker allait demander sa retraite.

« Ce fut à sept heures du soir, dit un témoin oculaire (l)» dans le moment où Necker était enfermé seul avec le roi , que le peuple inonda les cours et l'intérieur du palais, en criant que le roi était trompé , et que le peuple redemandait Necker.

« L'entretien du roi avec son ministre dura une heure entière. Le peuple en attendait l'issue. Enfin il vit partir le roi pour Trianon, sans le saluer du cri de Vive le roi! et l'instant d'après il vit Necker descendre l'escalier. Ce fut pour

(1) Marmontel.

hÉVOLUttON FRA^AISe. 3*ii

lili qu*en ce moment éclatèrent les vœux et le/i bénédictions.

c Necker, assailli par la reconnaissance du peuple et par ses applaudissements, accompagné jusqu'à son hôtel, que la même foule investit, n*y fut pas plus tôt arrivé, qu'il vit accourir, non pas une députation de l'assemblée , mais l'assemblée entière , qui , se pressant autour de lui , le suppliait , au nom de la patrie, au nom du roi lui-même, au nom du salut de l'Etat, de ne pas les abandonner.

c Necker voulut leur faire entendre que, seul, il n'avait plus le pouvoir de faire aucun bien. « Nous vous aiderons , s'écria Target, se donnant le droit de parler au nom de tous, et pour cela il n'est point d'efforts , de sacrifices même que nous ne soyons disposés à faire. » — « Monsieur, lui dit Mirabeau^ je ne vous aime point, mais je me prosterne devant la vertu. » — «Restez, M. Necker, s'écria la foule, nous vous en conjurons. » Le ministre , sensiblement ému : « Parlez pour moi , M. Target , dit-il , car je ne puis parler moi-même. — Eh bien! messieurs , je reste , s'écria alors Target ; c'est la réponse de M. Necker. » On a su depuis combien le coup que cette scène portait au cœur du roi lui fut sensible , et cela même entrait dans l'intention des acteurs.

« Il n'y avait aucune espérance de rompre l'union des Communes ni de vaincre leur résistance. Tous les jours il leur arrivait , des différentes villes du royaume , des félicitations de commande sur leur fermeté courageuse. Dans ces adresses , il était dit que, si on semait des pièges autour de l'assemblée nationale, elle n'avait qu'à tourner ses regards, qu'elle apercevrait derrière elle vingt-cinq millions de Français qui, les yeux attachés sur sa conduite, allendaient en silence quel

^m HISTOIRE DÉ FRANCE.

serait lètir sort et celui de leur postérité. Il ne fallait ()as s'attendre à voir un semblable parti reculer d'un pas. »

Le 35 juin fut marqué par la réunion des trois ordres dans la salle commune des Etats-Généraux.

Cette réunion solennelle se fit d'abord dans un profond silence; mais , lorsqu'elle fut consommée» dit encore Marmoiitel , à ce silence respectueux succéda tout à coup une explosion de joie qui se communiqua et se répandit àu-dehors.

Le peuple demande à voir le roi , à lui montrer comme il sait l'aimer, à le rendre témoin des transports qu'il lui cause.

Le roi parait sur le balcon de son appartement , la reine est avec lui , et touâ les deux entendent leurs noms retentir jusqu'an ciel. De douces larmes coulent dans leurs embrassements , et , par un mouvement dont les cœurs sont attendris , la reine serre dans ses bras l'objet de leur reconnaissance. Alors , le peuple saisit l'instant de payer à la reine sfô sentiments d'épousé par un l)onheur de mère. Il lui demande à voir son fihs, il demande à voir le Dauphin... Ce précieux et i^ible enfant , porté dans lès bras de la reine , est présenté par l'amour maternel à la tendresse nationale. Heureux de ne pas vivre assez longtemps pour voir quels seraient les retours de cette trompeuse faveur !

AfrèÉ le hoû roi , le bm ministre! s'écrie alors la multitude, et» d'une comnlune impulsion , elle se précipite vers l'hôtel des finances , qu'elle fait encore retentir de bénédictions et de vœux.

Durant la nuit de ce grand jour, Versailles , illuminé , présentait le tableau de la félicité publique, et cependant la France était suspendue sur un abtme.

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