‹ Histoire de France (volume 3)Chapitre 20 sur 41 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

De Tesprit de la cour.

Nous empruntons ce chapitre au marquis de Perrière, parce que c'est ici un homme du côté droit qui fait connallre l'esprit du château , et que son témoignage ne peut être su^ pect :

<K La maison des Polignac était le foyer d'ob partaient toutes les cabales, le centre où elles venaient aboutir. Le comte d'Artois s'y montrait aux députés; et tel noble que, dans une autre circonstance , on eât repoussé avec dédain , fêté , caressé , admis à la table du prince , s'en retournait nourri des mêmes sentiments qui animaient sa petite cour. Les dehors n'étaient qu'un masque destiné au commun des députés : les plus savants dans l'art de l'intrigue, introduits aux secrets mystères du soir, avaient des conférences avec le prince. On leur prescrivait la

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marche qu*il fallait tenir, les moyens dont ils devaient se servir j nuiis, dupes d*hommes dressés à la fausseté, tandis qu'ils sacrifiaient les vrais intérêts de la noblesse, Tintérét plus sacré de la nation, on soulevait contre eux et contre la noblesse l'opinion publique. On voulait rompre les Etats; on voulait que la nation ne pût pas en attribuer la séparation aux gens qui la machinaient; on cherchait à tout rejeter sur la noblesse, à la rendre odieuse au peuple , à la signaler comme Tennemie du bien.

Cétait remporter une double victoire : car la noblesse à laquelle on n'avait pas pardonné son opposition à rétablissement de la cour pléniëre et à la destruction des parlements , avilie, détestée, perdait de sa force : trop heureuse de devenir l'instrument passif du despotisme , et de se mettre aux gages du ministère.

D'Espréménil , Bouthilier, Lacqueville, se chargèrent de conduire la chambre de la noblesse. Ils l'engagèrent sans peine à commettre les sottises auxquelles on la destinait. Il fallait auparavant la subjuguer, ôter tout crédit aux hommes raisonnables, les rendre suspects. Ces messieurs proposèrent un club ; c'était , dirent-ils , le seul moyen de résister à l'association de la minorité.

Le club établi, il se forma tout-à-coup une majorité fanatique. Tous répétaient comme des échos fidèles les ouï , les non qu'on leur dictât : la minorité fut atterrée, les gens sensés gémirent. Il s'exhalait de temps en temps des murmures ; alors on déclamait avec emphase contre les usurpations du tiers; on parlait des intérêts de Tordre , des éléments de la monarchie, des formes constitutionnelles, de la fermeté, de l'attachement aux principes, aux usages antiques.

RÉVokUflON FRANÇAiSi!. iil

Les femmes de la cour ont joué un rôle si singulier à cette époque de la révolution, qu'il est nécessaire de les faire con- Daitre.

Conduit chez le duc de .... , je vis dans le maître de la maison Taffectation de la politesse. Les femmes qui composaient la société , placées sur une large ottomane , muettes , inoccupées , semblaient des figures arrangées dans un cadre pour former tableau.

Les femmes de la cour ont peu d'idées; elles n'ont pas un sentiment. Leur conversation fatigue; on ne sait que leur dire. Cependant si on les contraint d'abandonner la puérile étiquette et les minutieux détails de la faveur, elles se laissent mener à des pensers plus étendus ; elles s'y prêtent , s'y plaisent ; mais elles rentrent bien vite dans la sphère monotone où elles existant, sans imaginer qu'il y ait d'autres plaisirs , une manière d'être meilleure.

Un désir extrême d'occuper de soi , ne fût-ce même que sa société , de petites jalousies , de petites haines , de plus petits attachements , l'ennui , un cœur vide de toutes les affections de la nature , jetèrent plusieurs femmes de la cour dans le parti populaire. Toujours dominées par leur caractère futile , elles traitèrent une révolution qui allait décider du sort de la France, comme elles traitaient une intrigue dont le but était de déplacer un ministre ou d'avancer un amant. Assises à leurs toilettes , plongées dans la mollesse de leurs boudoirs , elles dirent : C'est une jolie chose qu'une révolution ! faisons une révolution. La galanterie est l'arme favorite des femmes ; elles jouent un grand rôle dans la guerre de la Ligue et de la Fronde : les femmes de la cour ne négligèrent point ce puissant moyen. Quel triomphe pour l'amour-propre , de décider une délibération , d'ani- T. 1. ââ

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mer d'un geste , d*un regard , un patriote parlant à la tribune le langage brûlant de la liberté ! et puis , n'était-ce rien d'aller, de venir, d'avoir chez soi des conférences mystérieuses , d'y discuter les grands intérêts de vingt-quatre millions d'hommes qui se régénèrent, de cabaler à Paris, de parler constitution, d'assurer que Ton hait le despotisme et ses agents ?

Madame de Staël , fille de Necker, devint une des plus zélées propagandistes de la démocratie. Née avec de l'esprit, une imagination vive , un grand amour de célébrité ; entretiens secrets, billets du matin, rendez-vous du soir, elle suffisait à tout : on la trouvait à la fois à Paris , à Versailles, au salon, toujours agissante et vraiment infatigable. M"""' de Luynes, d'Aiguillon , de Lameth, de Castellane , de Tessé , de Coigny , eurent chacune leur emploi : elles donnaient des dîners, assistaient régulièrement aux séances de l'assemblée , cajolaient les députés patriotes , commandaient des brochures , échauffaient les tièdes , soutenaient ceux qui paraissaient chanceler. Les conversations politiques remplacèrent les conversations galantes ; le mot de liberté fut dans toutes les bouches , l'envie de dominer dans tous les cœurs. La société devint une arène oii l'on se combattit sans égards et sans ménagements : la différence des opinions fournit à des femmes qui se haïssaient en secret up prétexte de se haïr hautement. »

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