CHAPITRE XVIII
Qae fallait-il faire?
Il n'y avait pour Louis XYI alors qu'un parti à prendre, il fallait rentrer dans les principes de la société française en conservant le principe d'unité monarchique. La première atteinte à son pouvoir est née de la défiance sur la sincérité de sa conduite, et cette défiance vint quand on crut le voir hésiter sur les droits de la représentation nationale. Louis XVI se trouva dès-lors dans le plus grand péril , car la royauté se montra comme un obstacle au vœu général et au triomphe des principes de la France (4).
(1) Si Ton veut avoir une idée du vague et de Tobscurité qui rèpe , même de nos jours , sur tout ce qui s'est passé en 89 , on n*a qu'à lire le passage suivant d'un historien de Louis XVI , qui a publié sa vie en 1840 :
« Louis XVI sentait que la royauté avait abusé de ses forces , et croyait répondre à tous les reproches en la désarmant ; il livrait l'autorité au moment où il importait le
35Q IflSTOIRE DE FRANCK.
Le roi se méprit complètement sur les causes du mouvement qui se produisait. Il voulut maintenir les trois ordres qu'il croyait essentiels et qui n'étaient qu'une altération des principes primitifs de la constitution , une maladie du corps social. Le roi ressemblait à un médecin qui, prenant la maladie pour la constitution du malade, voudrait conserver cette maladie malgré le travail de la nature pour s'en délivrer, n y eut encore une autre erreur non moins funeste à Louis XVL Le pouvoir absolu fondé sous Richelieu et Louis XIV paraissait encore à ce malheureux prince le moyen de faire le bien, et il crut pouvoir accorder à titre d'octroi des droits et des libertés que la nation savait lui appartenir et dont elle avait
plos d'en diriger Tusage. Non-seulement Louis XVI ne comuUttaU pas Ueu son ennemi, mais il ignorait jusqu'à son nom, et la révolution, qui s'avançait à pas de géant, ne soupçonnait pas elle-même les mystères de ses destinées.
>< Mettons de côté , pour être équitables , la science des faits accomplis , et reportons-nous fidèlement aux premiers jours de ces luttes.
« Les soixante prédécesseurs de Louis XYI ne pouvaient rien lui apprendre du sort qui lui était réservé, et il eut le malheur d'être le premier roi auquel l'histoire ne présentait que peu de conseils et nul exemple. En garde contre les assauts réguliers, son imprévoyance consiste à n'avoir pas deviné ce qui dépassait la science et les prévisions de tout le monde.
« Il se reposait encore sur les vieilles., armes demeurées les mêmes , sur les anciennes positions ; mais l'attaque ne portait ou ne préparait que des coups inconnus : elle avait changé de proportion y de point de départ et de point de mire.
« Louis XVI , étonné , rebute , découragé , se repliait en lui-même et se demandait avec une profonde tristesse : « Le bonheur du peuple n'est-il donc pas possible? » Toutes les bonnes résolutions naissaient fécondes en son âme ; c'est lé lendemain qui les rendait stériles. Le bat était contesté , les moyens étaient rejetés , les instruments s'émoussaient ou se brisaient dans ses mains.
« Au sein d'une pareille tourmente , au milieu de ces débris de systèmes , d'idées et d'hommes , le génie eût compris et fait prévaloir le caractère sacré de sa mission ; mais le génie est un don rare et presque surhumain. Dans cette crise fatale , la droiture devenait impuissance et Fabnégation faiblesse; les mêmes circonstances devaient produire un héros ou un martyr. »
L'auteur ne s*est éTidemment pas compris loi-mème.
été injustement dépouillée. I^oiiis XVI se prjva par çei\p prreur de toute la reconnaissance attachée aux bienfaits de son règne. Tout ce qu'il accordait à titre de don était vicié. Pfi voyait en lui un honome qui cédait ce qu'il croyait )ui appartenir, au lieu d'un homnoe qui devait rétablir les Français dans leurs droits et la société sur ses bases véritables.
Aussi le parti opposé à la cour se jeta-t-il dans une erreur contraire. Il déclara que tout lui appartenait et que Louis XVI n'était que le délégué de la souveraineté populaire. Ainsi la royauté et la liberté furent également faussées dans leurs principes et dans leurs rapports. Tout fut per4u et le chaos régna sur la société (1).
Nous allons donc entrer bientôt dans une phase nouvelle , l'institution royale est détruite, il n'y a plus qu'un homme dont la place n'existe plus. La force militaire va lui être arrachée, et il ne restera à Louis XVI que sa vertu personnelle à opposer aux factions.
Nous verrons maintenant toutes les idées des écrivains du dix-huitième siècle se disputer tour-à-tour la souveraineté constituante , comme les seigneurs féodaux se disputaient la possession du pouvoir. Chaque idée va prétendre à la suprématie comme autrefois chaque seigneur.
La foyauté indépendante n'existant plus, le lien social fut
(1) On ne pensait point en 89 à renverser le trône , mais on ne voulait pas que la loi fût faite par ceux qui devaient f exécuter. Les Français ne se soumettafent pas à la singulière humilité qu'on prétend exiger d'eux maintenant , celle de se croire indignes d'influer sur leur propre sort. Tout le mouvement des esprits consistait dans le désir d'exercer des choix politiques. (M*» de Stael).
I>ors de la déclaration du 23 juin , si les esprits n'avaient été animés que d'un esprit de liberté , elle eût tout-à-fait rempli son objet : c'était l'abolition des deux premiers ordres qu'on voulait en même temps que l'abaissement de la puissance royale qui ne voulait pas les sacrifier. (M. de Moutlosibr).
S&9 HlStQlRE DE Î^RANCË.
rompu 9 et chacun travaina pour soi ou pour ses opinions paN liculières. H n*y eut plus d'intérêt générai , et la France fut tour-à-tour mise sur le lit de Procuste par tous les rêveurs et par tous les ambitieux (1 ).