CHAPITRE XIX
Après le 23 join pooTsit-on espérer encore?
Plus on réfléchit sur cette situation , et plus on voit que si l'Assemblée avait voulu , tout pouvait encore se réparer , puisque la déclaration du roi contenait la sanction royale donnée aux vœux unanimes de la nation française. Toutes les conditions de la liberté civile et de la liberté politique étaient reconnues ; la liberté et Tégalité proclamées ; les privilèges abolis; la périodicité des Assemblées^Générales et des Assemblées-Provinciales assurée ; mais il aurait fallu à l'assemblée une sagesse presque surhumaine pour faire à-la-fois l'office de la représen^ tation et de la royauté. La royauté avait perdu la direction des affaires , il fallait la lui rendre à force de modération.
Sans doute Louis XYI se trompait en faisant des trois ordres un principe constitutif, tandis qu'ils n'étaient qu'une forme sociale , mais on pouvait accepter la dernière des déclarations et discuter la première. Sans doute Louis XVI se troin-
(1) Le désordre dans les finances peut précipiter la retraite d*on ministère et li raine de son système , il ne sera jamais la cause de la perte -de TEtat. En France il n*ena été qne Toccasion. Imaginez les deux budgets parfaitement en équilibre , et toos auriet eu la révolution dix ans plus tard. Elle était dans les idées, dans les sentiments, dans la volonté ; il ne s'agissait pas de chiffres, mais de conscience; on, si vous l'ai' mes mieux , d'amour propre national. Depuis cinquante ans on faisait , on lisait des livres sur l'indépendance , sur la liberté , sur le mécanisme social , on épiait l'instant de réaliser ses abstractions. Du doute lu l'examen , de la discussion aux essais, telle est la marche naturelle. » {Mémoires sur Lafayelte.)
RÊVOLUtlQN FRANÇAISE. S&S
pait en disant qu'il rendait à la France ses libertés , il devait se contenter de les reconnaître, telles qu'elles avaient été proclamées à Torigine de nos institutions et réclamées dans les cahiers. On pouvait appliquer ici la fameuse maxime : Lex fit consensu popuU et constitutiane régis.
Le mot célèbre de Mirabeau opposé à une injonction qui avait pour objet d'assurer le cours régulier des délibérations f fut le flambeau secoué sur une traînée de poudre. Dès ce moment , le char de la révolution fut lancé et ne s'arrêta plus. La souveraineté populaire fut opposée à la souveraineté royale , et cette souveraineté enfanta l'anarchie.
L'Assemblée anéantit les vœux et les droits de la nation qu'elle représentait ; elle délibéra et agit contre la volonté générale. < Les députés du peuple » dit Jean-Jacques Rousseau , ne sont , ni ne peuvent être ses représentants ; ils ne sont que ses commissaires. Ils ne peuvent rien conclure définitivement. Toute loi que le peuple en personne n'a pas ratifiée y est nulle, ce n'est point une loi. »
Aussi tout , depuis cette époque, a été une suite de révolutions, constitutions, chartes, formes de gouvernement, république, directoire , consulat , empire , restaurations incomplètes et imparfaites accomplies en dehors des droits de la nation. Nous appellerons donc constitution, nationalité, ce qui s'est fait avec le concours de la nation et de la royauté ; révolution , usurpation , ce qui s'est fait sans ce concours.
Un homme qui n'est pas suspect d'esprit révolutionnaire a dit : c Si Louis XVI et son conseil avaient voulu s'entendre pour assurer simplement et franchement un système de représentation nationale , jamais on n'eût vu ni le 4 4 juillet , ni le rassemblement menaçant qui l'a déterminé, n suffisait an T. I. 28
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bi M prendre dans les dissentiments qiii régtiaiënt alors iin parti qdelfcônque , bt de sévir ensuite coiilre les désordres. Oh avait exeriié une répiression sévère dans l'affaire de liéveillôii , el jJersonne îi'dVait ptoféré de plainte, te fiil Ibûl-à-fail la faute du ministère et àé la cour , si cette préiiiièi^ victoire :\XT les insurrections popuiàll*es ii*eut pas plus d'effet. Tandis qile l'aUioritë afibctalt le uiéhagémetit , Il s'eii fallait de beaucoup 4ue sôh âitilude présentât un baraclëre de fràiicHisé. On avait lieu d'éire alatiné d'iiné conduite mànitestement oblique; on il'était Jpas plus rasslité liar ce qii'on savait des dispositions secrètes. La natiôii avdlt obtenu » daiis là concession des administrations de pidvince et d'une représentation nationale, des avantages sur lesquels od savait que le gouvernement avait des tegrëts. Un p rti considérable dans la noblesse , dans Fariilée 9 dànâ les Pairleiiients , exhortait la cour à s'efforcer de les reprendre ; l'immetlse majorité de la nation voulait les conservel*, lé taiinislèré étant lui-iliéme partagé , la uiarche du gouvernement fut vacillante et embarrassée.
« Une partie du ministère avait la confiance du peuple» ëi par là Inëine elle était suspecte à la cour , une autre partie avait plUà âj[^éclàienjfeiit la confiance de la cour, et par là tnême elle était .^Uspëctë dil peuî)le. Ces deux partis , sans cesse en garde l'un bontre l'autre > se gédaient et s'embarrassaient mtitUéllënieni.
« Le^ deux pàrlls qiii fiottaient ainM daîis des vàëillations éé paralysaient iiiutuellenielit. Louis Xvi flottait avec eux.
i Cette disposition du monarque une fois Coiiniië , les uns s'étudièrent â détruire dans soii esprit là coÎDiviction qu'liil tbeu gétlérâl eiistaii eîi faveiii: de la liberté ; ils parviiirèril ^Ibsi à \^àiiicbe tluel4Ueh)iS ses iilblihatidiis et à l'enitàliier
RÉVOLUTION fe'RÀNÇÀisfe. Ms
dans des déhaarches de condescendance. Lès autres qui s^éludiaient à exalter ses inclinations secrètes, parvenaient à lui arracher de fausses mesures qii'il était hors a étal de soutenir, et que la présence du (langer lui faisait rétracter. .
<K Le plus mauvais parti est , sans contredit , celui que prit Louis XVI de les adopter tous. Un jour il étail convaincu que la t^rance ne pouvait être gouvernée que par Tancien régime , un autre jour il penchait pour une représentation en deux chambres. IJn moment il croyait qu'il fallait tout laisser aii pire ; dans un autre il était effrayé des désordres et cherchait à y porter remède. »
Deux grandes fautes furent conunises : la première , et la plus grande de toutes , fut de laisser engager, par rapport aux trois ordres, pendant près de six semaines, une discussion sur laquelle toute la France avait pris parti et s'était comme liguée. La seconde fut de n'avoir pas prévu la résistance qui survint.
Louis XYI était entouré d'un parti regardé comme le parti du pouvoir et qui perdait le pouvoir , et il avait devant lui un parti populaire qui perdait la liberté en donnant aux classes populaires une souveraineté qui n'appartenait qu'à la nation. C'est entre ces deux abimes que cet excellent prince n'a pas su trouver un chemin.