‹ Histoire de France (volume 3)Chapitre 24 sur 41 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Récit de M"* de Staël. — Réflexions de It. ttounier.

Madame de Staël, la fille de M. Necker, parlé ainsi dô ces grands événements :

« Le conseil secret du roi différait entièrement de son minis-

8M HIStOtRE DE FllANGt;.

tère ostensible; il y avait bien quelques ministres de Favis du coDsâl secret, mais le chef reconnu de Tadministration , M. NecLer était précisément celui contre lequel la cour dirigeait ses efforts.

En Angleterre » la responsabilité des ministres met obstacle à ce double gouvernement des affidés du roi et des agents officiels. Aucun acte du pouvoir royal n*étant exécuté sans la signature d*un ministre , et cette signature pouvant coûter la vie à celui qui la donne à tort , quand le roi serait entouré de chambellans qui prêcheraient le pouvoir absolu , aucun de ces chambellans même ne se risquerait à faire , comme ministre, ce qu*il soutiendrait comme courtisan. 11 n'en était pas ainsi de h France : on faisait venir, à l'insu du ministre principal, des régiments allemands, parce qu'on n'était pas assez sûr des régiments français , et Ton se persuadait qu'avec cette troupe on viendrait à bout de l'opinion , dans un pays tel qu'était alors l'illustre France.

Le baron de Breteuil , qui aspirait à remplacer M. Necker, était incapable de comprendre autre chose que l'ancien régime; ses idées ne s'étaient jamais étendues au-delà des cours , soit en France , soit dans les pays étrangers où il avait été envoyé comme ambassadeur. Il avait revêtu son ambition des formes de k bonhomie.

Il serrait la main à la manière anglaise à tous ceux qu'il rencontrait, comme s'il eut dit à diacun : < Je voudrais être ministre ; quel mal cela vous fait-il?» A force de répéter qu'il voulait être ministre , on y consentit , et il avait aussi bien gouverné qu'un autre , quand il ne s'agissait que de signer le travail ordinaire que les commis apportaient tout fait à leurs chefs.

Mais , dans la grande circonstance dont je vais parler, il fit, par ses conseils, un mal affreux à la cause du roi. Son gros son de voix ressemblait à de Ténergie ; il marchait à grand bruit en frappant du pied comme s*il eût voulu faire sortir de terre une armée ; et toutes ses manières décidées faisaient illusion à ceux qui avaient foi en leurs propres désirs. Quand M. Necker disait au roi et à la reine : « Êtes-vous assurés àe Tarmée? » on croyait voir dans ce doute un sentiment factieux ; car Tun des traits qui caractérisent le parti des aristocrate» en France , c'est d'avoir pour suspecte la connaissance des faits. Ces faits , qui sont opiniâtres , se sont en vain soulevés dix fois contre les espérances des privilégiés : toujours ils les ont attribués à ceux qui les ont prévus , mais jamais à la nature des choses. Quinze jours après Touverture des Etats-Généraux , avant que le Tiers-Etat se fût constitué en assemblée nationale , lorsque les deux partis ignoraient encore leur force réciproque , et qu'ils s'adressaient tous les deux au gouvernement pour requérir sou appui , M. Necker présenta au roi un tableau de la situation de la monarchie : < Sire , lui dit-il , je crains qu'on ne vous trompe sur l'esprit de votre armée : la correspondance des provinces nous fait croire qu'elle ne marchera pas contre les Etats-Généraux. Ne la faites donc pas approcher de Versailles , comme si vous aviez l'intention de l'employer hostilement contre les députés. Le parti populaire ne sait point encore positivement quelle est la disposition de cette armée; servez -vous de cette incertitude même pour maintenir votre autorité dans l'opinion ; car si le fatal secret de l'insubordination des troupes était connu , comment serait-il V<^ible de contenir les esprits des factieux? Ce dont d s'agit maintenant , Sire , c'est d'dccéder aux vœux raisonnables de

la France; daignez vous résigner à la constitution anglaise; vous n'éprouverez (>ersonnellement aucune contrainte par le règne des lois; car jamais elles ne vous imposeront autant de barrières que vos propres scrupules , et , en allant au-devant des désirs de votre nation , vous accorderez encore aujourd'hui ce que peut-être elle exigera demain. »

A la suite de ces observations , M. Necker remit le projet d'une déclaration qui devait être donnée par le roi un mois plus tôt Que Iq 22 juin , c'estrà-dire longtemps avant que le Tiers-Etat se fût déclaré assemblée nationale , avant le serment du Jeu-de-Paume , enfin avant que les députés eussent pris aucune mesure hostile. Les concessions du roi avaient alors plus de dignité. La déclaration, telle que Tavait rédigée M. Necker, était presque mot pour mot semblable à celle qui fut donnée par Louis XVIII à Saint-Ouen , le 2 mai 1 81 4 , vingt-cinq ans après l'ouverture des Etats-Généraux. N'est-il pas permis de crpire que le cours sanglant de ces vingt-cinq années n'aurait pas été parcouru , si Ton avait consenti dès le premier jour à ce que la nation voulut alors et ne cessera point àe vouloir (1 ). Un moyen ingénieux assurait le succès de la proposition de M. Necker. Le roi devait ordonner le vote par tête en matière d*impôt , et ce n'était que sur les affaires et les privilèges de chaque ordre qu'ils étaient appelés à délibérer séparément , avant que la constitution fût établie. Le Tiers-État, ne s'étant point encore assuré du vote par tête , eût été reconnaissant de l'obtenir en matière d*impôts , ce qui était de toute mstice ; par, se figure-t-on des États-Généraux dans lesquels

(A) <]ila «Itstf M doatftiis , mais U fyUtt bien wkAi te que voulait h mf^on, ettf

la majorité , c'est-à-dire les deux ordres privilégiés , qui , comparativement , ne payaient presque rien , aurait décidé des taxes que la ipinorité, le Tiers-Etat, devait acquitter en entier? Le roi déclarait aussi, dans le projet de M. Necker, que , relativement à l'organisation future des Etats-Généraux , il ne sanctionnerait qu'un corps législatif en deux chambres.

On ne voulait pas condescendre aux conseils de M. Necker; mais on aurait souhaité que sa présence à la séance royale fît crqire aux députés du peuple qu'il approuvait la démarche adoptée par le conseil du roi. M. Necker s'y refusa en envoyant sa démission. Cependant, disaient les aristocrates, une partie du plan de M. Necker était conservée ; sans dpute il restait , dans la déclaration du 23 juin , quelques-unes des concessions que la nation drsirait ; la suppression de la taille , Tabolition des privilèges en naatière d'impôts , l'admission de toijs les citoyens aux emplois civils et militaires , etc.; mais ep un mois les choses avaient bien changé : on avait laissé le Tiers-Etat grandir assez pour qu'il ne fût plus reconnaissant des concessions qu'il était certain d'obtenir. M. Necker voulait que le roi commençât par accorder la délibératjop pay téfe fn matière d'impôts, dès les premiers mots de son discours.

Alors le Tiers-Etat aurait cru que la séance royale avait pour but de soutenir ses intérêts , et cela aurait m^ pQur le captiver. Mais dans la rédaction nouvelle qu'on avait fait accepter au rqi , le premier article cassait tôug le^ arrêtés que le Tiers-Etat avait pris comme assemblée nationale (4 ) ,

(1) La locution d'assemblée nationale n*était pas nouvelle , elle avait été souvent employée pour désigner les Etats-Généraux , les trois ordres ensemble. On la trouve <laBs la lettre par laquelle le roi invitait à reprendre les conférences. {Histoire du rèflw (te Lo«w XK/, pendant les années où l'on pouvait prévenir et diriger la révolution française, par M. Joseph Droz).

et qu'il avait consacrés par le serment du Jeu-de-Paume (1).

Le roi ne devait pas sacrifier la popularité qu'il avait acquise en accordant le doublement du Tiers : elle valait mieux pour lui que toutes les promesses de ses courtisans. Hais il la perdit par sa déclaration du 23 juin , et , quoique cette déclaration contint de très-bonnes choses , elle manqua totalement son effet. Les premières paroles révoltèrent le Tiers- Etat , et dès ce moment il n'écouta plus ce qu'il aurait bien accueilli s'il avait pu croire que le monarque pouvait défendre la nation contre les prétentions des privilégiés , et non les privilégiés contre les intérêts de la nation (2). »

La réunion des ordres , pour les hommes superficiels , semblait avoir tout fini; elle avait produit une allégresse générale. Laissons parler M. Meunier sur cette importante journée :

€ La majorité de la noblesse et la minorité du clergé reçurent une lettre du roi et une lettre de M. le comte d'Artois qui les invitaient à se réunir aux communes. On avait donc

(1) La hase du projet de M. Necker était nu article par lequel le roi devait aimoacer qae , pendant la présente session des Etats-Généraux , les trois ordres délibéreraient en conunon snr toutes les alEiires générales , et en ehambres séparées lorsqu'il s'agirait de privilèges honorifiques et de droits attachés aux terres et aux fiefs.

Le conseil changea la disposition sur laquelle M. Necker fondait tout le succès de son plan. Dans le projet corrigé, le roi veut que les Etats-Généraux restent composés des trois chambres , délibérant par ordre , et puissent se réunir, si toutes trois le demandent et s'il accorde son autorisation; il invite le clergé et la noblesse 2i proposer eux-mêmes ce mode lorsqu'il s'agira de questions d'un intérêt général , mais il exclut du nombre des affaires sur lesquelles on pourra délibérer en commun , celies qm regardent les iroiU antiqueê et constHutionnele des traie ordres et la forme de eoastU»tkm à donner aux Etats-Généraux. ( M. Droz ).

(S) Le roi était si incertain , que, lorsque le marquis de Bréié eut annoncé an château que les députés du tiers ne voulaient céder qu'à la force , Louis XVI se promena sans parler quelques minutes , puis voyant qu'on attendait ses ordres , il dit avec le ton d'un homme fatigué d'affaires : « Eh bien! s'ils ne veulent pas quitter leurs salles» qu'on les y laisse. » (M. Dnoz ).

enfin adopté la seule mesure qui pouvait rendre la paix au royaume.

c Malgré les mauvais succès des entreprises de la cour et Vaigreur des esprits excités par de longues contradictions, la réunion des ordres produisit dès les premiers jours de si heureux effets , qu'elle devait très-probablement sauver l'autorité du roi et garantir la France des horreurs de l'anarchie. Qu'on juge donc de tout le bien qu'elle aurait pu faire, si elle eût été ordonnée avant l'ouverture des Etats-Généraux , ou du moins avant le choc que firent naître entre les ordres , les divers systèmes sur les formes des délibérations.

€ La majorité de la noblesse et la minorité du clergé furent reçues avec les plus vifs transports de joie, non de cette joie basse et insultante, suite de l'abus d'un triomphe, mais de celle que doivent éprouver de bons citoyens en voyant la paix succéder à la discorde. La plupart des membres des communes , plusieurs même de ceux que leur intérêt personnel ou la faiblesse a depuis égarés , regardaient cet événement comme le salut de leur patrie.

< On était si empressé de se livrer aux sentiments qu'on éprouvait, qu'on différa de trois jours la séance suivante. Le peuple de Versailles courut en foule au château pour rendre le roi et la reine témoins de la joie dont il était animé. Il les combla de bénédictions pour avoir ordonné la réunion des ordres. J'ai vu ses transports , j'ai entendu ses expressions de reconnaissance, et j'étais loin de penser que les objets d'une affection si vive allaient être abandonnés, trahis, accablés de tous les outrages.

« A Paris , comme à Versailles , et dans toutes les parties du royaume, éclatèrent les mêmes transports d'allégresse. Les

ses HISTOIRE DE FRANGE.

fêtes qui fprent célébrées ne ressemblaient point aux froides démonstrations qu'on a vues depuis exigées par la tyrannie. Elles ne furent flétries par aucune empreinte de violence ou de haine. Tous les rangs , to|is les corp§ , tous les individus , se montraient animés du même pspoir.

« La modération favorisée par la réunion des ordres ne tarda pas à se manifester. Je dois citer cet exemple remarquable.

« Dans les réjouissances célébrées à Paris le 27 juin , des soldats du régimen^ des gardes françaises avaient quitté leurs casernes , malgré la défense de leurs supérieurs ; ils étaient allés s'enivrer jiu palaîs-Rpyal. Ils furent emprisonnés pour cette faute contre la discipline. Des factieux persuadèrent à la populace que les soldats avaient été punis pour leur patriotisme. Le 30 juin , elle força les portes des prisons et mit les prisonniers en liberté. La crainte de porter la peine de cet attentat entretint parmi les coupables une fermentation alarmante. Un certain nombre de personnes crurent que , pour rétablir le calme , il serait utile d'engager l'assemblée à solliciter auprès du roi la grâcQ des soldats. Il eût été plus conforme aux principes de renvoyer ceux qui faisaient cette demande au ministre du département de Paris; mais, au moins, l'assemblée , en croyant Revoir intervenir pour la sûret(^ de la capitale , sentit que la décision appartenait exclusivement au roi , et que sa souveraineté , lorsqu'il s'agissait de la discipline militaire, ou du droit de faire grâce, ne pouvait avoir aucune limite. Elle invita les personnes qui étaient venues de Paris à reporter dans leur ville le vœu de la paix et de l'union, seules capables de seconder ses intentions et ses travaux. Elle déclara ^ue ses membres , en invoquant la clémence du roi

pour les personnes qui pouvaient être coupables , donneraient toujours l'exemple du plus profond respect pour Fautorité royale , de laquelle dépend la sûreté de Tempire. Ensuite il fut décidé qu'on ferait au roi une députatîon , pour le supplier de vouloir bien employer les moyens infaillibles dp la clémence et de la bonté , qui sont si naturelles à son cœur.

« Cet arrêté fut imprimé et rendu public. M. r^rchevêijue de Paris fut mis à 1^ tête de la députation ^ où Von ^dmit ipdistincten^ent dps niembres de la majorité ou de la minorité de la noblesse , cç quj napntrait l'entier oubli ^es diyisiops précédeiites.

« Le roi répondit , après avpir entendu la leçtijre de l'arrêté, qu'il Ip trouvait fort sage, qu'il approuvait les dispositions ^e l'assemblée des Etats-Généraux , que tant qu'ils continueraient à lui marquer jie la confiance , il pspérait que tout irait bipQ-

« Les anciens électeurs de la ville de Paris avaient tâché , d^ws |'|j)terya}le , de paloier le ppuple. Ils avaient réussi, en propoettant d'envoyer vingt-(juatre députés pour pbtepir du roi la grâce des prjsqnniers et pour annoncer à l'assepiblée le rétablissement de l'ordre. Us parvinrent même à fairç rpntrer volontairement les soldats dans les prisons. Alors le roi leur fit grâce , et les députés des électeurs , ayant appris à Versailles que les prisonniers étaient libres, vinrent, le 6 juillet, déclarer à l'assemblée qu'ils n'avaient plus à la prier de solliciter la clémence du roi ; in^is seulement de porter jiiscju'au trône les témoi^ageg de leur reconnaissance.

« Les ancipns électeurs qui n'avaient pliis de fonctions publiques à remplir, puisqif'il^ avaient npmmé clepui^ près dé deux ' jggis ]f^ ^p»J& ^ h f «mmftne de Parfe , ç^ pouyaient c§-

m HISTOIRE DE FRANCE.

pendant être blâmés de prendre intérêt à la tranquillité publique et d'y contribuer par une démarche qui n'excédait pas les droits des simples citoyens. Ils pensaient donc que la clémence n'était pas au pouvoir de rassemblée, qu'elle avait seulement la faculté d'implorer celle du roi. Ils pensaient donc que les coupables, échappés de la prison, devaient pour obtenir leur grâce, reprendre leurs fers et se soumettre à la volonté du souverain.

«La modération devait faire chaque jour daDsl'assembléede nouveaux progrès, surtout à mesure que les principaux membres du clergé et de la noblesse auraient obtenu de leurs commettants le pouvoir de voter dans la réunion des ordres. Le 2 juillet, on divisa l'assemblée en trente bureaux. Ils étaient destinés à préparer toutes les opérations, loin du tumulte, des applaudissements et des huées. Dans ces bureaux on pouvait s'éclairer par une discussion plus libre et plus animée. Les députés les plus modérés, les moins accoutumés à parler en public, communiquaient leurs réflexions, où la vérité et l'erreur dégagées du prestige de l'éloquence étaient plus faciles à distinguer.

« Chacun des trente bureaux devait élire, au scrutin, un président et dans tous on choisit un député du clergé ou un député de la noblesse.

«Les ordresétant réunis et tous les pouvoirs vérifiés, il n'existait plus aucun motif de différer l'élection d'un président. Jusque-là les o£Sciers n'avaient point été nommés. Il est vrai que H. BailU, comme le plus âgé des membres d'un comité destiné à maintenir l'ordre dans l'assemblée des communes , avait été chargé provisoirement de remplir les fonctions de président, ainsi que deux autres membres du même comité , de remplir celles de secrétaires; mais, en ne donnant qu'une présidence provisoire 9 jusqu'à la réunion des ordres et la vérification des

pouvoirs , on avait réservé au clergé et à la noblesse Thonneur d'obtenir les deux premières nominations, par la voie du scrutin, à la présidence des États-Généraux.

c Plusieurs personnes proposèrent d'élire M. le duc d'Orléans, et disaient, avec raison, que la dignité même du trône exigeait qu'un prince du sang royal, membre de l'assemblée, en fût le premier président; mais depuis quelque temps, le bruit s'accréditait que la popularité de ce prince causait des alarmes à la cour. C'en fut assez pour que la majorité se montrât peu disposée en sa faveur, et l'on ne parvint à lui procurer le plus grand nombre des suffrages, qu'en aflSrmant, par parole d'honneur , que H. le duc d'Orléans renoncerait à la présidence, au moment même où elle lui serait déférée. Cet engagement fut tenu , et une nouvelle élection donna cette place à M. Tarchevéque de Vienne.

« 11 fut décidé le 6 juillet qu'on formerait un comité de trente membres , un pris dans chaque bureau pour rédiger un plan d'ordre de travail sur la constitution. Pas un ecclésiastique ne fut nommé. L'observation en fut faite dans l'assemblée. Aussitôt les membres des communes demandèrent qu'on élût six commissaires dans le clergé. Les députés ecclésiastiques le refusèrent. Ils dirent qu'ils avaient concouru à tous les choix, qu'ils en étaient satisfaits et n'en désiraient point d'autres. Nouvelles instances inutiles de la part des communes. Ces combats d'honnêteté se terminèrent par des témoignages d'estime et de confiance entre les députés des différents ordres. Cette scène tou- (ihante, si propre à flatter l'esprit de tous les bons citoyens, fut consignée dans le procès-verbal , et Ton eut grand soin , dans toutes les nominations qui suivirent, de placer un nombre pro^ portionné de membres du clergé et de la noblesse.

§8è liiSTdiftfe DÉ |rî\Ai»clÉ. -

^ «tin député aydiltiiropô^ d'annuler lés clauses impêratiVI^ qlil tenfermaient plusletlt^ illandats, pre^qUè tous deux ^lil défendirent son opinion, se Ibndèrentsur lëpHncipe que tout devait être koutuis â \à pluralité des siiffirages , et Qu'ainsi Une clause tontralre â la majorllB des cahiefs devait étl^ regardée Comitie tiillle. tel^onne n'osa prétendre que l'assemblée pût contredire le^ Voétlk du plus grand noriabre de seâ commettants. L'asséliililée ttalgnit tellement de matiquet aii ffespéct qu'elle devait & leurs voloiitéâ que, dans la séâucé dû d juillet, il hit dit (jû'll n'y àVail pas lieti de délibérer. Elle crut que st quelcJUesuns de ses teembt'te, bhat^és de clauses impératives , ne pouvaient en obtenir la l'évocation auprès de ceux qui les avaient élus , elle ne s'y trouvait point intéressée , parce que son activité né pouvait être suspendue pat* l'absence de quelques teprésentants du bailliage.»

La joie fût de courte dut*ée [\). tJn assez grand nOUàUre de députés du clergé et de la îioblesse se déclarèrent liés par leurs mandats. Alors s'éleva la question des mandats, elle fUt résolue dans le sens de la proposition de l'évéque d'Àutuil , M. de Tàllèyrànd. il avait proposé de déclarer nulle toute clâUse impéràtive d'Un iïiandat qui interdirait de voter dans l'âsseUiblée. M. le duc de Mortemârt soutint que l'assemblée h' avait pas le droit dé détruire lès iifiandats. L'asseînbtéè adopta i'otdre du

(1) Un grand nombre d*babitaats de tontes les conditioBS mêlés ensemble se portèrent au château : on désirait voir le roi et la reine; ils parurent sur un balcon , des cris d'amour leur expilmërent le bonheur général , et tous deux forent Vivement éhius. bn dbihanda le dauphin ; les acclamations redoublèrent it Isa vue. Yeirsailles , sans ancoii ordre des magistrats , fut illuminé , et les réjouissances se prolongèrent trois jours. Ao milieu dès transports d'allégresse on entendait beaucoup de personnes s'écrier : * La « t^étoliitlén eàt fîniis! > Quelques-uns^ dans lenr 'ettrêihe cobfiaikce , ajontaieiil avec attendrissement : « Cette révolution est l'ouvrage de la philosophie , elle a'aura pas « coûté une seule goutte de sang ! » ( M. Droz ).

RÉVÔLtiTION FRAl!iÇÂISE, Ui

jour sur lé inotif que la question étâii résbraè pair rârrele dû i7juin(îj.

M. Mounîer reconnut bientôt ses illusions, c'est au sermeiil dii Jeu dé Fduiné que la révoliitioii s'était taite, cet acte dominait et viciait tout, il fallait revenir au principe vrai sous péiiie dépérir.

C'est un spectacle bieii digne des iiiédliations des hoiiimes politiques que la puissance des principes vrais d des principes faux! Qddiid iin priiicipe faux est proclamé, aucun bien li'iest possible, et Ton est conduit, nous ne dirons pas fatalemehl, mais logiquement, à tous les maux publics et privés, à moins qu'on n'abandonne ce principe et qu'ôii ne proclame lepriiicipe contraire.

t)ù jour oii en 89 le tiers-état se fut déclara l'assemblée halionaie et se fut placé au-dessus dii roi , au lieu de le considérer comme partie intégrante de la nation, la société toiit entière fut virtuellement détruite , et tous les eibrts des géiis de bien pour empêcher cette destruction de se réaliser furent complfeteiiient mutiles.

Ainsi, c'est le principe de souveraineté nationale mal défini, qui, comme on le concevait alors, n'était autre chose que le principe de soùvérainté du peuple ; c'est ce prmcipe qui a produit toutes les terribles phases de ce drame sanglant , dont les acteurs n'ont jamais pii sortir.

Dès que lé Tiers-Etat, se disant seîil représentant, eût déclaré qu'il était la nation et qu'il pouvait faire une constitution sans la royauté, le droit de propriété fut atteint comihe

(1) Cet arrêté atait posé en prmcipe que beu ^ai re^asehtient de fiire Térifier léoré pouvoirs en assemblée générale seraient considérés comme absents, décidant ainsi qu'ii en serait de même de ceux qui se croyaient liés par leurs mandiits'.

M8 inSTOIRE DE FRANCE.

la royauté, car la propriété était une loi fondamentale au même titre que la royauté ; la liberté des personnes elle-même fut détruite, car l'assemblée ayant déclaré qu'elle était la nation et que la nation était au-dessus de tout, il ne restait plus rien en dehors d'elle.

Dans toutes les discussions de l'assemblée nationale, nous verrons cette fausse position vicier tous les efforts des hommes d'alors pour édifier quelque chose de stable.

La discussion du veto absolu ou du veto suspensif dans la constituante , montrera dans tout son jour cette grande vérité.

Tout le monde sentait que le veto absolu était indispensable pour qu'il y eût une monarchie, mais l'assemblée se disait : Si le roi a le veto absolu , il peut donc empêcher notre volonté , qui est la volonté nationale, et nous avons eu tort dans ce cas de nous insurger quand il a voulu nous dissoudre.

La royauté, en cessant d'être indépendante, devint donc une superfétation et un abus, et il fallut la détruire.

Les biens des particuliers devinrent des propriétés nationales. Les mots de patrimoine et d'héritage devinrent des nonsens. L'mdustrie et le commerce cessèrent d'avoir des garanties , car les réquisitions et le maximum ne tardèrent pas à les atteindre.

Tout cela est profondément instructif : on doit y voir la preuve que si Ton sépare le roi du peuple et le peuple du roi dans la manière d'entendre la souveraineté nationale , on rend le bien impossible dans un pays et on le livre au désordre et aux tempêtes. Il est encore nécessaire de déclarer qu'il y a des lois fondamentales au-dessus du pouvoir des rois et des assemblées pour qu'il y ait quelque chose d'assuré dans un pays.

RÉVOLUTION FttANÇAiSË. Hi

11 résulte de tout ce qu'on vient de lire, que les points sur lesquels la collision éclata entre le parti de la cour et le parti populaire furent la représentation nationale et l'égalité politique, n y avait deux esprits bien distincts dans les conseils du roi : Fun voulait la liberté et le progrès, et Tautre n*en voulait à aucun prix. Le roi hésita et ne put dominer la situa* tion , et ce fut la perte de la royauté et la ruine de la France.

Nous descendons toujours la pente de l'anarchie et nous arrivons à la prise de la Bastille.

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