‹ Histoire de France (volume 3)Chapitre 25 sur 41 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

Renvoi de M. Neeker. — Approche des trospes.

M. Necker n'était plus Thomme de la situation (4}.

M. de Montmorin se rendit chez lui et lui demanda , au nom

(i) S'il frat en eroire It plopart de ceux qui ont éerit sur les causes de la révolotion, rfnflnenee des choses et des personnes qui ont le pins eontrihaé k la Ihlre naître n'était rien anprès de celle de M. Necker, administratenr des finances. H était de Genè?e , dit M. Rohinson; il voulait porter en France les institstions de sa répnbliqae. Mais il ne sniBt pas d'être de Genève ponr aimer le régime républicain , et si M. Necker aimait cehii de son pa^fs , ce qne beanconp de Genevois révoquaient en doute, il n'était pas assez ignorant ponr supposer que vingt«inq millions d'hommes dussent être gouvernés comme vingt-cinq mille. Dans son premier ministère , on n'eut aucun motif de soup* çonner qu'il fiSit ennemi de l'autorité royale; il fit au contraire tous ses efforts pour la soutenir.

n avait augmenté le crédit du trésor public, et conséquemment la puissance de la couronne; il avait obtenu l'hommage des cours de justice , censeurs obstinés de toutes les mesures des ministres du roi. On l'accusait dans ce temps-lk d'aimer la monarchie absolue , en avouant que du moins il voulait la faire servir an bonheur du peuple.

On lui reprodM aujourd'hui d'avoir, dans son premier ministère, ruiné h» finances par des emprunts; mais ces emprunts étaient-ils blâmables, lorsque le gouvernement fran^, engagé dans la guerre de l'indépendance des Etats-Unis d'Amérique, manquait de ressources snflsantes ; lorsque les privilégiés s'opposaient encore k l'égalité des subsides , et qu'il n'était plus possible d'en établir de nouveaux? Ne valaiMl pas mieux empninter ponr le moment des besoins et se procurer, par une sage économie, les

370 HISTOIRE DE FB^NC^.

de Loais XVI^ de donner sa dânis^ion et de sq retirer s^s bruit. M. Kécker bbéit , et dans la soiréie du même joui* [1 4 juiUdt) il partit i>our la 6elgi(j[ùe. UM. de Montmorin ^ de Saint4^iriest , de PuységUr ëi de la Luzerne donnèrent leur

«nw ^ HIV rilléré) 49 il jMp , 9t d0 réieiiM ^^

M. Necker si le trésor public était éj^uisé? P n'éUit fas «lors di^ coi^ii d^ i9|; il

n*aTait en aacuiie part ï la résolation de faire la gnerre.

Hilg, dtt«i eiiaon^ les eoliditloai de ess eMpiuits éCiiett énéreriset k TEtai. 11 n'éMitpes f» sonpoaroir d'^ olrteiiir de plm fi^voraMes. G^ 4i||)epnNif^» f9^^ la plupart des fonds furent fournis par deé étrangers.

Jusqu'où peut aller la rage de Tesprit de parti 1 titt Metttiasliqtté frâilçads a osé dire qye Necker, ayant allamé le peuple pour le faire révolter, a bien pu , dans la même intention , ruiner les finances. Ainsi , rhonune dont la France entière a célébré la probité et les talents , dont elle a béni l'adsiaistratlon , lorsque des troubles dvils n'ont point mis d'obstacles à ses projets d'ordre et d'économie , était un monstre capable, pour le plaisir de bswiewwcr ria pUri» idoptife, de mifler h PnÉoe pendant son premier ministère et condamner les Français k la famine pendant le second. Gebd qœ j'ai TU moi-même , en 1789 , rejeter ayec horreur la proposition d'acbeter les sufrages de quelques faux tels du peuple; 1 qui j'ai reproèhé d'évoir ti>ôp compté sur l'autorité de If palioii, d'af<^ tnv eédé mt futtom par le déiir dTépatiaer to Msg bmaii, et d'aToir trop redouté la guerre ciTile $ voulait donc faire périr des milliers d'innocents par la ^,quii4 H ciaigwU 4*fmtainipértffmMi4parl«l»r49 mpMb. He sentei-To^ pas fiw vops WBtUofw f«nr vea qistèmas k» mofeas ùe0 ùMm wu^ les scélérats qp 01^ défkoiMtrfiUrérokitiowti^l^m^mivaiBrèfenl, eti7ii9,BertlHer, iitei^fw^de Paris, sous ^ prÉleile qu'il avail aeei^r^ la» gntt» fopr «msw UMB famine*

1^ fomiant 4m nagasips , il avail secondé les intenUqw da M. Sfeokar. Ke bUijws 4onc pas d«s Mttensés d- avoir p« croira l'infoitoné ^rthier sapabki d'ra» tel foffM, fBtifM vapa accMes du mima aime eelni doit il exécutait les «cdres.

Comine si toal s'était réuni pour enviromwr la révolution des casses de désordns , il y eut, en 1789 et 1790 , une disette de subsistances. M. Necker se hkta de Uàn a^Mvr dplildftoi l'ékaiifer, pwr former des magffiiB; et U lésolat d'en difeter la tenlff autant qpi'il serait possible pei^r ménager les reasouces. L'aatetr des Méaeiies dn laiBobioisme eite le témoignage d'un magistrat de Rouen : ce parlement , dîMl , avait sollicité la permissioade frire vendre des grains qui se trouvaient dans les magasinB de Ja Normandiej M. Necker la refusa : done^ dit cet écrivain, il mOâH aimer le P«iiple.

Faitril lépoodre k d'antres calonnies snr l'origine de la fortune de M. Heokar, k des calenaies plus korribles encore contre sa vartuease éfouas, dent la eenstnte oeoh pttiaR fit de foire le bieni (Moonn).

RÉVOLUTIOW FBANÇAI8E. SBTf

dbnissijM) aprte Mn départ. M. Foulon fût q^Mié «|i esptrèle général , le maréchal de Broglie à la guerre , et M. de Bratfiuil aux affain^ étrangères» avee la présidenee du f»iis£l.

Is T&kYoi éà M. Nedcer à pane eonnu, devient le signal da graves désordn^. Les baranguears de ebibs desondMit dus la rue et exaltent la multitudot

Le roî« effiraf é de reffervescence des M|»tits ^ Mt venir qnelqaes régimeots à Versailles , et en donne le eommandemetit au maréchal de Broglie > qui oidonne aux troupes de se rap-^ procherde Paris et les caserne à la Muette, à Passf» à Sèvres et à SainMtois.

Un député de hi gauehe ^ M. Alexandre de liSméth , jMrië amsi de la marche des troupes sur Paris et Versailles :

< Les troupes arrivaient des diverses extrémités du royauiiie^ et) se formant en corps d'armée autour dé rassemblée bt dé Paris y menaçaient évidemment la représentâlioii natiottalè et la capitale dont l'enthousiasme lui servait d'appui. A tout moment les sujets d'alarmes devenaient plus graves. A Versailles^ dix mille hommes de troupes étrangères suisses ou allemandes» défilant en colonnes vers minuit sur la place d'artnes » sous les fenêtres du roi dont on vovlait soutenir la confiance dans les projets qu'im lui avait fait adopter » se rendaient à différentes portes et particulièrement à l'Orangerie dont on ne laissait approcher aucun citoyen. Un assez grand nombre de députés , attentifs aux démarches de la cour» voyaient se di^loyer cet stppareil de forces dirigées contre eux. Partput régnait le plus profond silence; point de tambours; pas un conunandemmt de la part des officiers » pas un mot de la part des spectateurs ; on n'entendait que le bruit monotone du pas ordinmre des soldats qui , d'après les idées dont les esprits étaient jiréoccupés»

S79 RlSTOtRE DG rRANCG.

aviit qaeliae chose de siaistre et semblait présager de sinistre^ événemtttts.

c Pendant trois joarset trois nuits que dura le blocus de la nprésentatictt natimiale » pas un sentiment Êdble n'osa se montrer dans la convarsati<m entre les députés, pas une parole timide ne fut prononcée dans rassemblée. »

L'assanblée nationale envoya au roi députations sur d^iitationspour demander Téloignem^t des troupes qui arrivaiait, disait-on , de tous côtés , et que l'intention du gouvernement était de c<Micentrer entre Versailles et Paris. Louis XYI , en faisant approcher ces troupes de la capitale » n'avait sans doute d'autre but que d'en imposer aux hommes d'anarchie et faire respecter les droits de tous, loin de vouloir maîtriser oa dissoudre l'assemblée nationale. Mais un grand nombre de personnes ne virent dans celte mesure que l'intention de faire un coup d'Etat contre la représentation nationale.

C'est alors que Mirabeau rédigea sa fameuse adresse pow le renvoi des troupes :

« Sire ,

« Vous avez invité l'assemblée nationale à vous témoigner 9ft confiance, c'était aller au-devant du plus cher de ses vœux.

< Nous venons déposer dans le sein de votre Majesté les plus vives alarmes; si nous en étions Tobjet, si nous avions lafaiblesse de craindre pour nous-mêmes , votre bonté daignerait encore nous rassurer, et même, en nous blâmant d'avoir douté de vos intentions, vous accueilleriez nos inquiétudes ; vous en dissiperiez la cause ; vous ne laisseriez point d'incertitude sur la position de l'assemblée nationale.

c Mais, Sire, nous n'implorons point votre protection, ce serait offenser votre justice : nous avons conçu des craintes , et nonsTosons dire, elles tiennent au patriotisme le plus pur, à rintà^ét de nos commettants, à la tranquillité publique, au bonheur du monarque chéri, qui, en nous aplanissant la route de la félicité, mérite bien d'y marcher lui-même sans obs*tacle.

€ Les mouvements de votre cœur. Sire, voilà le vrai salut des Français. Lorsque des troupes s'avancent de toutes parts, que des camps se forment autour de nous, que la capitale est investie, nous nous demandons avec étonnement : Le roi s*est« il méfié de la fidélité de ses peuples? S'il avait pu en douter, n'aurait-il pas versé dans nos cœurs ses chagrins paternels? Que veut dire cet appareil menaçant? Où sont les ennemis de l'Etat et du roi qu'il faut subjuguer? Oii sont les rebelles, les ligueurs qu'il faut réduire?... Une voix unamme répond dans la capitale et dans l'étendue du royaume : Nous chérissons notre roi ; nous bénissons le ciel du don qu'il nous a fait dans son amour.

« Sire, la religion de votre Bfajesté ne peut être surprise que sous le prétexte du bien public.

< Si ceux qui ont donné ces conseils à notre roi avaient assez de confiance dans leurs principes pour les exposer devant nous, ce moment amènerait le plus beau témoignage de la vérité.

« L'état n'a rien à redouter que des mauvais^rinq[)es qui osent assiéger le trône même, et ne respectent pas la confiance du plus pur, du plus vertueux des princes. Et commet s'y prend-on. Sire, pour vous faire douter de l'attachement et de l'amour de vos sujets? Àvez-vous prodigué leur sang? Étes^vous

m IIIfiTQllUB ME IBAMCE*

uuiAf impbeable? Àvez-voiis abusé de la justice? Le peuple vous imputo-V-U ses malheurs? Vous nonune-t-il dans ses Calamités? QuIhOs pu TOUS dire que le peuple est impatient de votre JMg, qu'A est las dii sceptre des Bourbons? Non , non : ils ne l'mit pas fût ^ la calomnie du moins n'est pas absurde; elle cherche un peu de vraisemblance pour colorer ses noirceurs.

c Votre Majesté a vu récemment tout ce qu'elle peut sur soa peuple; la sabcirdnuition s*est rétablie dans la capitale s^tée; les prisonniers Éiis en liberté par la multitude , d'eux-mêmes ont rifrie leurs iers ; et l'ordre public, qui peut-être aurait coftté des torrents de sang , si Ton eAt employé la force , ub sed mot de v«lre bouche l'a rétabli. Mais ce mot était un mot de pK3L ; il ét»t l'expr^on de votre cœur, et vos sujets se font gWre de n'y résister jamais. Qu'il est beau d'exercer cet eat^ pire ! C'est eelui de Louis IX, de Louis XII , de Henri IV ; c'est le seul qui soit dipe de vous.

« Nooivous tromperions, Sire^ à nolis n'ajoutions pas, foroés par les eirconstances : cet empire est le seul qu'il scil aujourd'hui possible en France d'exercer. La France ne souffnr^ pas qu'on abuse le meilleur des rois, et qu'on l'écarté, par des vues sinistres, du noble plan qu'il a luirmâne tracé ! Vous nMis avez appelés pour fixer de concert avec vous la constitutioD, pour (^er la régénération du royaume. L'assemblée na* tiesale vient vous déclarer solennellem^t que vos vœux seront remplis, que vos promesses ne seront pas vaines, que les pièges, les ^itt^tés f les terpeurs ne retard^ent point sai nsarche, n-îBlimideraÉt peint son courage.

^ e Oh donc est le danger des troupes , affecteront de dire neri énneBBiaf..^ Que veulent leurs pteintœ, puisqu'ils sont ioMiesBttiM «a déeentagstamt ?

RÉVOLtitlON FRANÇAISE- 3^5

c tè danger, Sire , est pressant , est universel , est au-delà dé tous les calculs de la prudence humaine.

< Le danger est pour lé peuple des provinces. Une fois alarmé àiir nôtre liberté , nous ne connaissons plus de frein qiii puisse le retenir. La ^stance seule grossit tout , exagère tout , double tes inquiétudes , les aigrit , les envenimé.

c Le danger est pour la capitale. De quel œil le peuple au sein de l'indigence , et tourmenté des angoisses les plus cruelles» se verra-t-il disputer les restes de sa subsistance par une foule de soldats menaçants ? La présence des troupes écbaufTera » ameutera, produira une fermentation universelle, et le premier Sitte de violence , exercé sous prétexte de police , peut commencer une suite horrible de malheurs.

(( Le danger est pour les troupes. Des soldats français approchés du centre des discussions , participant aux passions comme aux intérêts du peuple , peuvent oublier qu'un ei^^agement les a faits soldats , pour se souvenir que 1^ nature les fit hommes.

c Le danger, Sire , menace les travaux qui font notre devoir, et qui n'auront un plein succès , une véritable permanence, qu'autant que les peuples les regarderont comme entièrement libres. Il est d'ailleurs une contagion dans les mouvements passionnés ; nous ne sommes que des homqies : la défiance de nous-mêmes , la crainte de paraître faibles , peuvent entraîner au-delà du but ; nous serons obsiédés de conseils violents , démesurés ; et la raison calme , la tràn(][uille sagesse, ne rendent pas leurs oracles ai^ n^ilieu du tumulte, des désordres et des scènes factieuses.

c Lé danger. Sire , est plus terrible encore , et jugez de ^n étendue par les alarmes qui nous amènent devant vous. De

grandes révolutions ont eu des causes bien moins éclatantes ; plus d*une entreprise fatale aux nations s'est annoncée d'une manière moins sinistre et moins formidable.

c Ne croyez pas ceux qui vous parlent légèrement de la nation , et qui ne savent que vous la présenter selon leurs vues , tantôt insolente , rebelle » séditieuse ; tantôt soumise , docile au joug , prompte à courber la tête pour le recevoir. Ces deux tableaux sont également infidèles.

< Toujours prêts à vous obéir, Sire , parce que vous commandez au nom des lois , notre fidélité est sans borne conmiô sans atteinte.

c Prêts à résister à tous les commandements arbitraires de ceux qui abusent de votre nom , parce qu'ils sont ennemis des lois , notre fidélité même nous ordonne cette résistance , et nous nous honorerons toujours de mériter les reproches que notre fermeté nous attire.

c Sire , nous vous en conjurons au nom de la patrie , au nom de votre bonheur et de votre gloire , renvoyez vos soldats aux postes d'où vos conseillers les ont tirés ; renvoyez cette artillerie destinée à couvrir nos frontières; renvoyez surtout les troupes étrangères , ces alliés de la nation , que nous payons pour défendre, et non pour troubler nos foyers : Votre Majesté n'en a pas besoin.

c Eh ! pourquoi un monarque adoré de vingt-cinq millions de Français , ferait-il accourir à grands frais autour du trône quelques milliers d'étrangers ?

« Sire , au milieu de vos enfants , soyez gardé par leur amour. Les députés de la nation sont appelés à consacrer avec vous les droits éminents de la royauté sur la base immuable de la libfirté du peuple ; mais lorsqu'ils remplissent leur devoir,

lorsqu'il cèdent à leur raison , à leurs sentiments, les expose^ rez-vous au soupçon de n'avoir cédé qu*à la crainte. Ah ! rau* torité que tous les cœurs vous défèrent , est la seule pure , la seule inébranlable ; elle est le juste retour de vos bienfaits, et l'immortel apanage de princes dont vous serez le modèle. »

Louis XYI répondit :

c Personne n'ignore les désordres et les scènes scandaleuses qui se sont passées et renouvelées à Paris et à Versailles , sous mes yeux et sous ceux des Etats-Généraux. Il est nécessaire que je fasse usage des moyens qui sont en ma puissance pour remettre et maintenir l'ordre dans la capitale et dans les en* virons. C'est un de mes devoirs principaux de veiller à la sûreté publique. Ce sont ces motifs qui m'ont engagé à faire un rassemblement de troupes autour de Paris. Vous pouvez assurer l'assemblée des Etats-Généraux qu'elles ne sont destinées qu'à réprimer , ou plutôt qu'à prévenir de nouveaux troubles , à maintenir le bon ordre et l'exercice des lois , à assurer et à protéger même la liberté qui doit régner dans vos délibérations. Toute espèce de contrainte doit en être bannie, de même que toute appréhension de tumulte et de violence doit en être écartée. Ce ne pourrait être que des gens malintentionnés qui pourraient égarer mes peuples sur les vrais motife des mesures de précaution que je prends. J'ai constamment cherché à faire tout ce qui pouvait tendre à leur bonheur, et j'ai toujours eu lieu d'être assuré de leur amour et de leur liberté.

« Si pourtant la présence nécessaire des troupes dans les environs de Paris causait encore de l'ombrage , je me porterais , sur la demande de l'assemblée , à transférer les Etats- Généraux à Noyon ou à Soissons , et alors je me rendrais à

ftU mSTOIRÈ bE i^RÀNCE.

Compièpe pour maintenir la communication entre rassemblée et moi. »

GHAnniB ion.

GoiMéqneBees do reoToi de M. Neder. — Prise de U ^^tiOf.

On apprit la nouvelle du renvoi de M. Necker à Paris dans lâ joum^ du i 2. Cette nouvelle souleva les plus vives clameurs dans les clul)s.

Voilà , dîsalt-ôn avec violence , voilà le début du coup d'Etat ; trente régiments sont ep marche sur Paris ; le prétexte est Tordre public , m^is le but réel , la dissolution de Tassemblée nationale ; et pour faire réussir les projets du despotisme , on commence par éloiper celui de tous les ministres qui donpe lé pliis de garanties à fa liberté.

Oh aîlà même Jusqu'à propager le bfifit qu'on ne se bornerait pas â la seule mesure de dissolution ; mais que la mort de pttfsienrs députés avait été {'ésolue.

fous ces bruits , qui ajoutaient sans cesse de nouveaux aliments à Tanxiét^ publique , accroissaient dans la même proportion la foule au Palais-Royal. Les nouvelles les plus sinisf fes né tardèrent pas à y circuler.

Des canons étaient braqués en ce moment , disait-on , sur les hauteurs de Montmartre ef de Belleville. la Bastille avait été garnie d'otusiers tout prêts à écraser la ville. Un corps d'armée de trente mille hommes était aux Invalidés et à l'^Ëcole-Milîtaîrê , et upe armée encore plus considérable arrivait par les Champs-Elysées.

La plus grande effervescence régnait au Palais -Royal dans la joun&éd cht 12 jaOlet» tout à coup un jeune hoihmé

RÊTOLUTKMI FRARÇAISË. iM

nommé CamiOe Desmoulins , si conna par son exaltation ré|mbljcaiiie et sa fin tragique , monte sur une table dans le jardin , et , montrant ses pistolets , jette le cri : Aux armes ! puis iî arrache une feuille d'arbre qu'il attache à son chapeau, comitte une cocarde , en invitftnt tout le mon^ à Timiter.

Après cette scène , des jeunes gens Tont prendre Aéus M musée renfermant des bustes en cire les bustes de H < Veék(st et du duc d'Orléans , et après les avoir coavert^ de cMpes eà signe de deuil , les promènent dans les rues.

Cette foule qui les entoure rencontre aux environs de la place Yoiddme un détachement 4u royal-allemànd ayant à sa tète le prince de Lambesô. Une rencontre a lieu ; dans le tumuUe » plusieurs persdnnes sont blâsséés, ent^e autres un soldat atfji gardes françaises.

Le toyal-allemand fut exposé à son tour M feil de^ ^téfs françaises easernées près de la pkce Louis XT^ et qui prirent parti pour le peuple contre le détachement dti prince de Lttâbese , qui se replia sur les Tuil^les dont il forma lé jat^ après en avoir bruUdement chassé la population.

L'exaltation fut alors à son comble dans la foule qui se répandit dans tous les quartiers en répétant le èri ? Aux armes !

Les uns se portent à mètel-de-Tille Oti ils {i^enneiit, plutôt qu'ils ne demandent, toutes les armes qiiMlsi pureiît y trouver. Les autres se dirigent sur les boutiqnes d'antouriefs que l'on met au pillage.

Enfin sur le soir la foule , de plus en plus exaltée, se |)orte à toutes les barrières qu'elle trûle après en avoir dispersé les employés et rendu de la sorte les titrées libres.

Le 4 3 juillet au matin une municipalité improvisée à VI^Atelde-Ville organise une milice bourgeoise; «Ue devattétrt portée

tM HISTOIRE US FRANCE.

à un effectif de quarante-huit mille hommes. Le signe distinctif fut choisi : c'était la couleur de Paris , rouge et bleu , au lieu de la couleur verte prise au Palais-Royal par Camille-Desmoulins.

Le peuple envahit ce jour-là le garde-meuble , d'où il aileva une quantité assez considérable de vieilles armures; on le vit sortir avec le casque en tête et la pique à la main. Les gardes françaises et les milices du guet embrassèrent ce jour-là la cause populaire et furent incorporés dans la milice bourgeoise (1 ).

Le maréchal de Broglie fut informé par son fils, le prince de Broglie , et par moi , dit H. de Lameth , que M. le prince de Condé , alors directeur du conseil et toujours fidèle à Finimitié qui régnait entre eux depuis la guerre de sept ans , l'avait désigné pour le commandement. Le calcul du prince était simple. Si ces mesures présentaient des dangers , ils retombaient sur le maréchal , qui seul alors restait compromis ; si, au contraire, elles obtenaient un succès conforme aux vœux du parti, c'était le prince qui devait en recueillir les avantages.

Le maréchal de Broglie, honoré par ses vertus, vivait toujours éloigné de la cour, où il ne paraissait que deux ou trois fois par an, et dont il ne craignait pas de blâmer constanunent les erreurs et les fautes. C'était le Cincinnatus des temps modemes.n jugea exacts les renseignements que nous lui transmet-

(1) La prise de la Bastille eoâta à Tinsiirrectioik quatre-vinf^-trois morts sur place, qaioze morts par suite de leurs blessures , soixante blessés , quinze estropiés et six cent cinquante-quatre vainqueurs qui ne furent pas attemts par le feu des assiégés.

On sait que des pensions ont été accordées en 1S32 en verta d'une loi aux vainqueurs de la Bastille ; il se passa ï cette occasion un fait assez curieux ; on remarqua que le nombre des demandes excédait de beaucoup celui des vainqueurs tel que l'avait établi im acte officie! de l'époque.

RÉVOLUtlON rilANÇAtSE. iêi

ti<m sur la politique du prince de Condé, mais il nous répon-dit que l'obéissance au roi était une loi qu'il avait respectée toute sa vie, qu'il désirait vivement ne point recevoir les ordres qu'on lui annonçait, mais que s'ils lui étaient donnés par le roi^ il obéirait.

M. de Lambesc avait peu d'esprit , dit encore M. de Lameth, mais ses mœurs étaient douces et honnêtes, et sa politesse fort remarquable. Placé par l'autorité supérieure sur la place Louis XY , il obéit en militaire allemand , mais il paraît certain qu'il n'est point entré dans les Tuileries , ayant dû rester à la tête de son régiment; au reste, il n'avait pris aucune part aux intrigues politiques de la cour, on assurait même qu'il les désapprouvait.

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