‹ Histoire de France (volume 3)Chapitre 26 sur 41 · CHAPITRE XXm · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXm

Exaltation dans Paris, formation du conseil des Trois-Cents. —L'assemblée nationale

il Versailles.

La nuit 9 des bandes de voleurs et des hommes sans aveu se répandirent dans divers quartiers , poussant des cris menaçants contre les aristocrates , ils mirent le feu aux barrières et pillèrent les boutiques et la maison de Saint-Lazare. Un certain nombre d'entre eux ayant surpris le mot d'ordre , formèrent des patrouilles qui favorisaient le pillage et le partageaient. Les citoyens, effrayés d'un côté par ces brigands, de l'autre, par les troupes étrangères qui cernaient la capitale, ne sachant plus à quelle autorité s'adresser, eurent l'idée de s'assembler dans les soixante sections qui avaient servi à la réunion des électeurs pour la nomination des députés aux Etats-Généraux, et là ils choisirent cinq des plus notables d'entre eux et les

^ mvma pi fwm.

qp ae forma |e a^^efl d» trois ceofs 91^ la mSmfité ifm^M 40 ^H8 les finwoirs e^mtkh tfit^ de rautorité d^os h eiipitaie. Le pranier apt« de pette ipiw^c|p»Uté prQvi^oire fut de réunir et d*anner les citoyens.

n fi^T^ji di%i(e de prite^qter Ia table^v qu'osait ep ce vffVIf^e^t ]fi ville de Paf*is. A mesure qui) les troiipes venaient prendre ^ pof^itiens autour de ses mprs^ k^ alannes et l'fixaltatiQA des citpy^p ne cessaient de s'accroître. Dans toutes les rues piriQcipales , à toutes 1(^ barrières t e^ avait ouvert des tranchées appuyées de barrica4es formées de tonoeaui remplis de Orre* Tons le$ citoyens étaient squs les ^rmes. Le^ bruits les plus sinistres et même les plus absurdes av^i^t égaré toutes les imaginations. Beaucoup de gens du peuple croyaient qu'on avait creusé des qûqes sous divers quartiers de Paris, et , remplis d'épouvante , attendaient à chaque instant l'effet térHble des ëx|Aosibns. On avait transporté les paves de plusieurs rues sur les toits pour les lancer sur les troupes si elles pary^naient ^ pépétrer dans l'intérieur.

Yoici) sur la prise de la Bastille ^ des renseignements que nous avons recueillis d'un témoin oculaire qui vit enicore et qui a qmtr^-vingtrqpinze ans :

c Dès la matipée dp 4 2 , deux régiments débouphalent de la rpe Plpyale sur la place de la Concorde , alors plaee Louis XV» à cause de la statue de ce rpi qui en occupait le centre , à Tepdfoit où le monolithe ^ptien élève aujourd'hui son granit jq^ramidal.

Le premier de ces régiments était le royal-cravate , qui prit ppsitiim à Titrée des Champs-Elysées, faisant face au pont Tournant par lequel on entrait dans le jardin des Tuileries.

A sa i^auch^ , et tournaqt te dos à Ihôte} CriUoo et au Gardetieublé, était rangé eii bataille le rôyàl-àllëmàijid. comoiandé eh p<ersohné pat* le prllice de Lambésc,.

Siir i aiitre côté dé la place , dont une poi*|ion était éncopibrëe par des pielrres de taille et des débris de travaux de maçonnerie , un détachetnetit de dragons avait pris position \ peu dé distance dû pont.

Là foule , attirée pâi' i^é déploiement de forces et ëet appareil inusité de dispositions militaires , refluait dans l'intérieur dii jardin ; une portion tUéiiié 6sa franchir le pont Tournant et pénétrer sur la plaée.

Oîi vit alors lés dragons s'ébranler^ lé sabre en niain , et se mettre en devoir de faire évactiét* là place, en changeant là fbule. A ëétté attaque inopinée , on s'atine des débns qui couvtàiétit lé sol , et on lance ces projectiles contré les dragons, qui se retirent et vont reprendre leur première position, tétte iHandeiUvre se renouvela plusieurs fois , et la foulé fut forcée de se réfugier dans VintéHéur du Jardin.

Tout-à-coup une voix partie de cette foulé dans le voisinage du pont tournant, s'ëerie : « Tournez lé pont. » Cet ordre allait s'exécuter, quand le rbyal-allemand s'ébranle et vieiit àii galop prendre possession du pont.

té prince de Lambesc se plaçant alol*s â la tête dé quelques céntaitles dé cavaliers se niet en devoir dé faire éyacûer le jardin et de balayer la foule. Le prince galoppait eii avant dé ses cavaliers ; on vit un vieillard eu cheveux blancs tomber renversé par le poitrail du cheval du prince. Comme le prince avait dans ce moment le sabre levé , on crut qu'il avait frappé ce vieillard inofiensif , et le bruit s'en répandit avec la rapidité de l'éclair dans les rangs confus dé la foule indignée*

m msTomE de prance.

Le royal-allemand, après avoir fait évacuer le jardin, repassa le pont Tournant et se remit en marche par le boulevard de la Madeleine, précédé par les cris et les malédictions de la foule ; lorsqu'il fut arrivé à la hauteur de Thôtel des gardes françaises , le factionnaire cria : Aux armes !

A l'instant , un bataillon sortit Tanne au bras , fusils char-^ gés, se rangea en travers du boulevard et se prépara à en disputer le passage au prince de Lambesc et à sa troupe. Devant ce formidable obstacle, le royal-allemand s'arrêta tout court; un coup de fusil , parti des gardes françaises , tua un cavalier; le royal-allemand, sans en attendre davantage, battit en re- * traite au galop et disparut dans les rues adjacentes.

La foule applaudit ayec enthousiasme ses défenseurs après cet acte significatif , qui n'était que le prélude d'événements plus importants et plus graves.

La nuit du 1 2 et la journée du 4 3 s'écoulèrent dans les préparatifs faits par la population parisienne contre l'attaque générale qui semblait imminente. Les boutiques d'armuriers furent vidées et partout on se mit en quête d'armes et de munitions. Un homme qui depuis joua un rôle tragique dans le drame de Yincennes , le nommé HuUin , à la tête de quelques hommes résolus, se fit livrer les armes et les canons de l'Ecole- Militaire. C'est sous ces redoutables auspices que se leva le soleil du 4 4 juillet.

Une foule considérable s'était , dans la matinée , portée sur l'Arsenal en demandant des armes. « Nous n'en avons pas, leur répondit-on ; la nuit dernière on est venu , par ordre du gouvernement, enlever jusqu'au dernier sabre, jusqu'au dernier mousquet. Entrez , voyez , et assurez-vous par vousmêmes de la vérité de ce que nous disons. — Où a-t-on trans-

RÉVOLUTION FRANÇAISE. àà5

porté les armes enlevées? demande une voix forte. — A la Bastille ! répond le concierge de TArsenal. — A la Bastille ! redit la multitude exaspérée ; et bientôt des milliers de voix répétèrent ce cri : A la Bastille ! à la Bastille ! pendant qu'une foule immense et compacte en prenait le chemin.

Qu'allaient-ils faire à la Bastille ? attaquer cette forteresse , se heurter contre ces formidables remparts? Non ; ils allaient demander qu'on leur donnât des armes pour défendre leurs foyers , leurs femmes , leurs enfants.

Si on leur eût donné ces armes qu'ils demandaient , si on eût satisfait à ce vœu de la défense personnelle , à ce besoin sacré de la conservation , Paris fût resté peut-être dans une attitude défensive, et une agression éclatante n'eût point lancé tout un peuple dans la carrière des révolutions.

A l'aspect de cette multitude qui s'avance , le gouverneur de la Bastille , Delaunay , lui fait dire qu'elle ait à se tenir à distance, sinon qu'il emploiera la force ; on ne tient aucun compte de sa défense; on le somme de livrer les armes confiées à sa garde. Arrivée au pont-levis jeté sur le fossé qu'il faut franchir avant d'arriver au pied et^à la porte principale de la forteresse , la foule trouve le pont levé et s'arrête devant cet obstacle. Bientôt le canon gronde et sillonne le boulevard, le faubourg et la rue Saint-Antoine.

Au lieu d'e£frayer le peuple, la résistance Texaspère; un homme armé d'une hache détache la chaîne qui retient le pont mobile; le pont s'abat; on s'y précipite; on franchit le fossé, on est au pied des remparts. Tout-à-coup la porte s'ouvre ; le peuple peut entrer, on va lui livrer des armes ; trois à quatre cents hommes isont adnûs dans la première cour. Le tumulte s'apaise; le peuple attend dans le silence de l'anxiété. Quelles

sont ces détonations qu'on entend et dopt le bruit se inâe aui^ cris des victimes, au râle des mourants! Trahison! ce sont nos frères qu'on fusille !

Les détonations continuent , puis elles se ralentissent , puis elles cessent; le silence de la mort leur succède. Vengeance! s'écrie-t-on dé toutes parts; et ce sentiment terrible passe dans toutes les âmes ; de toutes parts on accourt ; le faubourg Saint- Antoine vomit ses flots populaires ; Parjs tout entier se précir pite pour venger ses enfants immolés. Les canons arrivent et sont mis en batteries ; les boulets se croisent avec les boulets. Cette lutte acharnée dure quatre heures j commentée à onze heures du matin , à trois elle durait encore.

Toutrà-coup une des portes latérales de la forteresse s'ouvre. Un envoyé du gouverneur paraît; il annonce son intention de capituler; les articles de la capitulation sont rédigés. Delaunay les signe ; puis il s'avance pour rendre son épée ; en même temps on aperçoit sa main gauche approchant de sa gorge un poignard ; on le lui arrache ; on le saisit , on l'entraine vers rHdtel-de-Ville par la rue Saint-Antoine ^ au milieu d'un orage terrible de malédictions populaires.

Arrivés à l'arcade Saint^^Jean » ceux qui le conduisaient et répondaient de sa personne ne peuvent plus repousser les flots sans cesse renaissants de la multitude furieuse. Hullin , l'un des vainqueurs de la Bastille , malgré sa force colossale , tombe évanoui sous la pression qui l'accable , et lâche son prisonnier. La foule s'en empare ; Delaunay est à l'instant égorgé , et sa tête placée au sommet d'une pique , promenée dans les rues de la capitale , va annoncer à Paris que le règne de là légalité est fini f que l'ère des révolutions commence [4]. »

(1) J'ai f ecuieUli jus^u'aif]L e^pressfoiis du t^ dif t4|Q0{{i Ofi|lMi!P.

RliveLUTICW FRANÇAISE. S97

A U oouvdle de ces événements , rasieiqblée naliosale dédaea les jumîstres» les conseîUers du roi» quels qu'ils fuss^iit, et tous les agents du pouvoir responsaUes des malheurs qni ^ pr^vaiisnt. Bile défendit de proncmeer le mot de banqueroute; etl^ déclara que M. Necker et les autres ministres dis^ graeiés ennportaient tous ses regrets ; enfin eUe se eonstitiia en permanwce et choisit ML de Lafayette pour suppléer» pendant )a nuit , Tarchevéque de Vienne » président » dont le grand Age De pouvait supporter une trop longue fatigue.

Cette nuit se passa dans les alarmes. On r^^aiMlit les bruits les plus «trayants sur 1^ projets hostiles de la eour. Le leor demain» à à juillet» le danger parut augmenter encore; des pebfions de gardes du corps passaient» au train de chasse» devant rentrée de l'assemblée et parcouraient Tavenue de Paris. On assurait que le pont de Sèvres avait été forcé ; on distinguait le bri^it du canon. Deux membres de rassemblée» parvenus à sortir de Paris » rapportèrent que la capitale était en proie à un désordre général » qu'on s'y livrait aux plus grands excès» qu'ils avaient vu des citoyens égorgés ; l'anxiété moQle à soa comble. Des députations de rHdtel-de-ville arrivent successiveMient; elles sont introduites au milieu du {riius profond silence ; elles racontent que » dès le matin du 4 4 » ie peuple qui avait enlevé le dépôt d'armes établi aux Invalides » s'était porté en masse sur la Bastille , et avait enlevé en quelques heures cette forteresse , depuis longtemps convertie m prison d'i^tat et devenue un objet d'eflVoi pour la capitale ; que» parmi les assiégeants » plusieurs avaient péri autour de cet an- ^ue monument du despotisme» mais qu'il y avait eu d'autres victimes» et que les elforts d'un grand nombre de citoyens n'avaient pu arracher à la mort ni M. Delaunay» gouverneur

3M nSTOlK DE FRANCE.

de la Bastille et quelques-uns des invalides qui Tavii^t défendue, ni M. de Flesselle, prévôt des marchands. Ce récit avait proinidénient ému l'assemblée.

Etant au nombre des députés envoyés à Paris le 4 5 juillet , dit M. Houni^, je fis dans l'assemblée un récit qui portait renq[>rdnte de ces divers sentiments , et qui a été annexé au procès-verbal. J'y disais que jNifTfit les actes de désespoir ék peuple 9 en pleurant sur la mort de pbmeurs citoyens, U serait peut-^tre digleik de résister à un sentiment de satisfaeiim en voyant la destruction de la Bastille. Je ne tardai pas à sortir de cette funeste illusion , à connaître les succès des coupables intrigues dont [dusieurs conversations m'avaient indiqué les motife , et que j'avais cru d'abord déjouées par la réconciliation de l'assemblée et du monarque.

Deux députations furent envoyées au roi, une troisième allait partir, lorsque Louis XVI parut accompagné seulement de ses deux frères ; il annonça qu'il avait donné aux troupes l'ordre de s'étoigner.

Son discours, simple et touchant , excita un enthousiasme g^ral. Le roi était venu sans cortège ; à son départ, l'assemblée se précipitant sur ses pas , le reconduisit jusque dans les appartements du château.

Louis XYI avait été déterminé à cette démarche par les instances du duc de Liancourt, qui, répondant à ce que venait de lui dire le roi et aux questions qu'il lui avait faites sur les mouvements de Paris , dit : < Non , Sire , ce n'est point une révolté , c'est une révolution (1 ). »

(!) M. de Lameth.

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