‹ Histoire de France (volume 3)Chapitre 28 sur 41 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

Etat de la France apr^ la prise de la Bastille.

M. Foulon , qui avait reçu lé portefeuille de contrôleur général le 1 2 Juillet , n'eut pas le temps d'entrer eh exercice. On lui avait attribué des propos atroces â l'occasiori de la cherté du blé. 11 sortit de Paris après le 1 4 juillet et alla se cacher i son château de Viry. H y fut pris par des paysans qui lui attachèrent derrière le dos une botte ie foin , allusion aux propos dont on l'accusait (^]. Conduit à Paris, il fut accrôcy â une lanterne par la populace. On lui cohpa la tété, et oii mit un bâillon et une poigiiée de foin dans sa bouche , et sa tête fut portée au Palais-Royal. Ut. feerthier, son gendre, arrêté à Com-

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S9* HISTOIRE m FRANCE.

{Mègne , fut amaié à Paris. On lai prés^ta la tête de son beaupère et on voulut le forcer à la baiser. Il fut mis en pièces. Son coeur et sa tète , placés au bout d'une pique , furent promenés dans les rues. On Taccusait d'avoir en la direction du camp SaintrDenis , où la cour faisait rassembler les troupes , et d'av(Hr distribué des cartouches aux soldats.

L'effervescence était partout, dit M. de Montlosier, partout l'aveuglement égalait la fureur. On avait pu d'abord, par méprise, immoler quelques accapareurs ; les hautes classes de la société, c'était là que se dirigeait principalement la haine. MM. de La Vauguyon , de Bézenval, l'abbé de Galonné, furent diversement arrêtés et maltraités. Les députés d'une certaine opinion ne furent pas plus respectés ; d'Epréménil, Cazalès , Maury, eurent à subir les mêmes arrestations et les mêmes avanies. A l'égard des violences et de leur objet, on peut s'en rapporter au Moniteur de ce temps-là. < Dans les premiers transports de l'effervescence , dit-il, ce fut un crime d'être gentilhomme, et le sexe même ne put se garantir de la vengeance de la multitude. » M. de Montesson fut fusillé au Mans , après avoir vu égorger son beau-frère. En Languedoc, M. de Barras fut coupé en morceaux devant sa femme près d'accoucher. En Normandie, un seigneur paralytique fut abandonné sur un bûcher dont on le tira les mains brûlées. A Caen, Belzunce fut tué par des brigands qui le mangèrent. En Franche-Comté, madame de Watteville fut forcée, la hache sur la tête, de faire l'abandon de ses titres ; la princesse de Listenai fut contrainte au même sacrifice, ayant la fourche au cou et ses deux filles évanouies à ses pieds. Madame de Tonnerre, M. Lallemand, eurent le même sort ; le chevalier d' Ambly, traîné sur un fumier, vit danser autour de lui les furieux qui venaient de lui

RÉVOLÙtlON FHANÇAt&E. m

arracher les cheveux et les sourcils ; M. et madame de Montessu eurent pendant trois heures le pistolet sur la gorge , demandant la mort comme une grâce ; ne voulant pas consentir à la cession de leurs droits, ils furent tirés de leurs voitures pour être jetés dans un étang.

Tout cela est encore peu de chose. Selon le même Moniteur, ce fut dans le Maçonnais et dans une partie du Beaujolais que la désolation offrit le tableau le plus affreux. Soixante^ouze châteaux furent la proie des flammes, ou de la rapacité de six mille scélérats. Cette fois ce ne fut pas seulement le seigneur, mais encore les propriétaires et les fermiers qui furent les victimes. Â cette époque, le duc d'Aiguillon disait à la tribune : < Messieurs, ce ne sont pas seulement les brigands qui, à main armée, veulent s'enrichir dans le sein des calamités. Dans plu^ sieurs provinces , le peuple tout entier forme une espèce de figue pour détruire les châteaux, pour ravager les terres» et surtout pour s'emparer des chartrières, où les titres de pro^ priétés féodales sont en dépôt. »

Au milieu de tant de désordres, ce qu'il y a de plus extraor-dinaire, c'est la manière dont en général on défendait les victimes. Veut-on connaître le plaidoyer avec lequel M. Bailiy et M. de Lafayette défendirent M. Foulon arrêté auprès du peuple de la place de Grève? Le voici :

M. BaUly : « au nom de la patrie , citoyens ne déshonorez pas votre victoire (la victoire du 1 4 juillet), en vous souillant du sang d'un vieillard de soixante-quatorze ans, que son âge» il est vrai, ne peut dérober au supplice , mais dont la tête ne doit tomber que sous le glaive des lois. »

M. de Lafayette : t Qtoyens, je ne puis blâmer votre colère et votre indignation contre cet homme, je ne l'ai jamais estimé;

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